Chapitre 528
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 528 : Un chiot nouveau-né ne craint pas le tigre
──────
Rien n’était plus vain que d’appliquer le bon sens à l’absurde. Si quelque chose était absurde, c’était précisément parce que le bon sens ne s’y appliquait pas. Aucun choix n’était le bon et, inversement, ne rien faire n’était pas forcément une erreur.
La régresseuse n’avait rien fait tandis que des gens mouraient autour d’elle, et pourtant, elle avait fini par avoir raison.
Parce qu’elle était en vie.
Pour l’instant.
« Combattre ? Ne pas combattre ? Bon sang, qu’est-ce que je fais ? »
Si seul comptait le fait de survivre, la bonne solution aurait dû être de fuir pendant que le Seigneur de la Montagne massacrait le Corps du Tigre noir… Pourtant, même cela me faisait hésiter. Dans cette situation urgente, la régresseuse avait gardé son calme et évalué la situation.
« Si je fuis seule, elle me traquera et me tuera. Pour que quelqu’un survive, il faut que tout le monde parte dans une direction différente. Sinon, on peut toujours s’aplatir par terre et prier pour que le tigre nous épargne… Bon sang ! Même dans ce cas, on confierait notre vie au caprice d’un tigre ! »
Je partageais son avis. À moins de pouvoir lire les pensées du Seigneur de la Montagne, je ne pouvais pas garantir qu’il était plus sûr de tourner le dos à une bête et de s’enfuir.
« Je peux survivre. Mais… ! »
La régresseuse était presque aussi absurde que le Seigneur de la Montagne. Elle avait rassemblé tous les moyens imaginables et avait un plan secret pour surmonter même cette crise. Mais cela ne valait que pour elle.
« Et Hughes ? Ende ? Et Azzy, qui a perdu sa couronne ? Est-ce que je dois laisser le Seigneur de la Montagne les tuer et m’enfuir ? »
La régresseuse pouvait s’enfuir. Elle pouvait échapper à l’absurde pour un temps, observer la suite des événements, puis revenir et changer la situation.
Pourtant, elle choisit de ne pas fuir. Même si elle mourait, elle pourrait tirer parti de cette expérience et recommencer. Elle voulait voir ce qui allait se passer.
« Non ! Je suis allée trop loin… ! Si je fuis maintenant, cette boucle est terminée ! Qu’arrivera-t-il à Azzy après qu’elle a perdu sa couronne ? En quoi le Roi des Loups, qui a gardé la sienne, est-il différent de la dernière fois ? Qu’est-ce qui a changé parce que Hughes est intervenu ? Je dois le savoir ! Si je fuis, je n’apprendrai rien ! »
Une lumière aux sept couleurs vacilla dans les yeux de la régresseuse. Les lumières de ses Yeux aux Sept Couleurs fusionnèrent et elle perçut ce qui se trouvait au-delà. Les yeux maudits autrefois appelés Œil céleste de la Roue tournante et Œil du destin brillèrent, reflétant le passé impossible de la régresseuse.
Elle avait déjà atteint ce niveau. Au lieu de poursuivre un principe qu’elle ne pourrait jamais saisir, elle s’était entraînée à la magie pour apprendre l’Arcane innée. Elle avait fini par échouer, mais cela lui avait permis de mieux comprendre les reliques.
La Shei reflétée dans l’Œil du destin était celle qui s’était consacrée à la magie.
Le mana afflua depuis un avenir qui n’existait pas. Le présent différait du destin qu’elle avait observé. Pour combler cet écart, elle puisa du mana dans toutes choses. Son sous-espace, la Bourse de Rene, s’ouvrit de lui-même. Le mana des innombrables trésors et outils arcaniques qu’elle avait réunis coula en elle et la soutint.
« Je n’ai pas besoin de gagner ! Il me suffit de la repousser ! Je dois juste la faire changer d’avis ! Je n’ai aucun plan, mais… le Seigneur de la Montagne a toujours été imprévisible ! »
Pour un vrai combat, les arts du qi auraient été préférables. La régresseuse n’était qu’une magicienne incomplète qui n’avait pas maîtrisé la magie unique. Mais ce n’était pas un combat. Elle devait seulement en imposer et faire assez de bruit pour effrayer le Seigneur de la Montagne. Ce dont elle avait besoin, ce n’était pas d’une épée, mais d’un gong.
La régresseuse concentra son mana déchaîné dans Chanteciel. Elle prit pour catalyseur Chanteciel, qui renfermait le ciel et avalait la foudre, et en tira le maximum de la magie du vent et de la foudre.
Après avoir anéanti le Corps du Tigre noir et tué le marquis, le Seigneur de la Montagne tourna la tête. Deux de ses moustaches frémirent.
La régresseuse répondit par une attaque dans laquelle elle mit tout ce qu’elle avait.
« Technique de l’Épée céleste, Aigle de tempête ! »
L’atmosphère s’étendit et battit des ailes, donnant naissance à une immense tempête. Le vent déchaîné aspirait tout sur son passage et le projetait dans les airs. Le sable et la poussière se dispersèrent en poussant des cris de rapace. L’air raclait le sol, produisant de l’électricité statique sans le moindre pouvoir divin.
À ce stade, on pouvait difficilement encore parler de vent. Même une immense cascade n’aurait pas égalé cette puissance. Les humains ordinaires souffraient rien qu’à être exposés à ce courant violent. Les hommes-bêtes hurlaient tandis que le vent menaçait de leur arracher chaque poil du corps.
« Aaaaaah ! »
« Fuyez ! »
« Non ! À terre ! »
Le dicton selon lequel même un énorme rocher pouvait résister à une tempête n’avait dû exister que parce que les tempêtes ordinaires étaient faibles. Le sol s’affaissa sous les battements d’ailes de l’Aigle de tempête, et des rochers roulèrent comme des billes. Heureusement, au lieu de renverser les gens, ils s’accrochèrent ici et là, formant des abris inclinés contre le vent.
« On est sauvés… ! »
« Teeeeeeeeeeeeee ! »
« Bon sang, tais-toi ! »
Sans Kito, des dizaines de personnes seraient mortes des seuls dégâts collatéraux, mais la régresseuse n’avait pas le loisir de s’en soucier. Si elle ne parvenait pas à repousser le Seigneur de la Montagne, tout le monde risquait de mourir.
« Dégage de là ! »
La régresseuse brandit Chanteciel de toutes ses forces. L’Aigle de tempête, si sombre qu’on en distinguait la forme, fonça sur le Seigneur de la Montagne, tel un aigle avidement emportant tout ce qui se trouvait au sol.
Il ressemblait à un aigle, mais n’avait pas de forme physique. Le Seigneur de la Montagne lui donna plusieurs coups de patte, faisant naître d’immenses ondulations, mais la tempête ne disparut pas. Elle fronça les sourcils et baissa le corps. Sa jupe flottait violemment.
Pourtant, elle ne recula pas. Prenant appui sur le sol et essuyant les pierres qui volaient, le Seigneur de la Montagne continua d’avancer lentement vers la régresseuse. Même si le vent lui brouillait la vue, ses deux yeux brillants perçaient tout et fixaient la régresseuse.
N’importe qui aurait fui, terrorisé, mais la régresseuse tira encore plus de pouvoir de ses réserves. La foudre jaillit de Chanteciel.
« Technique de l’Épée céleste, Faucon-tonnerre ! »
Une lumière jaune jaillit de la gueule de l’Aigle de tempête. C’était la foudre que la régresseuse avait recueillie dans la cascade foudroyante de Claudia. Sa puissance grandit au cœur de la tempête.
Elle ne comptait pas blesser le Seigneur de la Montagne. Quelle douleur la foudre pourrait-elle lui infliger au milieu d’une tempête de poussière déchaînée ? La régresseuse concentra plutôt sa puissance sur le tonnerre. L’éclair chevaucha le vent et provoqua des vibrations.
Rrrroum !
Un vacarme aussi puissant que le rugissement du Seigneur de la Montagne déchira le monde. Assez fort pour résonner dans toute la plaine d’Enger, un pouvoir immense se transforma entièrement en son et parcourut la terre et le ciel. Les rochers et le sable rebondirent sur place sous l’effet des vibrations, et l’air trembla au point de faire apparaître des mirages de chaleur.
Elle tordit l’espace avec Chanteciel et projeta ce son sur le Seigneur de la Montagne. Un rugissement assourdissant, qui aurait dû faire éclater les tympans d’une bête et la pousser à fuir, déchira le monde.
Après qu’il m’eut semblé que tous les sons du monde avaient retenti en même temps, un silence étouffé s’installa dans mes oreilles.
Tempête, lumière, vacarme. Après avoir déchaîné toutes les forces qu’une bête pouvait détester, la régresseuse releva soudain la tête.
« …Hein ? Où est le Seigneur de la Montagne ? »
Le Seigneur de la Montagne avait disparu de ses sens. Ceux de la régresseuse étaient presque aussi aiguisés que ceux d’un animal. L’Œil du destin ouvert, elle voyait « tout » ; il ne devait donc rien y avoir qu’elle ne puisse voir.
« Elle a fui ? Je l’espère. Je vous en prie, dites-moi qu’elle a fui ! Mais si elle n’a pas fui… ! »
La régresseuse ne pouvait pourtant pas se détendre.
Les tigres étaient rapides et puissants. Surtout, ils étaient silencieux. Ils dissimulaient leur présence, s’approchaient de leur proie, puis lui mordaient le cou et le brisaient en un instant.
La capacité du Seigneur de la Montagne à dissimuler sa présence relevait presque du pouvoir divin. L’Œil du destin ouvert, la régresseuse étendit ses sens au loin. Elle l’avait perdue de vue un instant, mais ses yeux étaient des trésors sans pareil.
Les trois pouvoirs qui lui permettaient de voir la température, la profondeur et à travers toutes choses repérèrent quelque chose qui fendait la tempête et le vacarme.
Et cette chose était terriblement rapide.
Dans le nuage de poussière tourbillonnante, la régresseuse vit l’illusion de rayures de tigre qui grandissaient à vue d’œil.
La régresseuse réagit dès qu’elle le sentit. À cet instant, le Seigneur de la Montagne jaillit des ténèbres et bondit comme l’éclair.
« Chanteciel… ! »
Même si elle déploya l’espace, dispersa le vent et réagit avec la Frontière d’inversion céleste, la patte avant du Seigneur de la Montagne transperça tout et frappa la régresseuse.
Son petit corps traversa la tempête et la poussière comme une balle. Agrippée à Chanteciel, la régresseuse fut emportée par le vent et flotta comme un cerf-volant, sans même toucher le sol.
« Agh… ! »
Pourtant, la régresseuse était en meilleur état que le marquis Lapaeno. La Frontière d’inversion céleste, cet art du qi inégalé créé par la Maîtresse de l’Épée, avait réagi même au coup du Seigneur de la Montagne. Son qi, son mana, ses muscles, sa force, tout s’était mobilisé pour dévier l’attaque d’un adversaire à la puissance écrasante et lui laisser tout juste la vie sauve.
Personne ne pouvait rivaliser avec la régresseuse en matière de combats à mort contre des adversaires bien plus puissants qu’elle. Grâce à l’expérience accumulée au fil de ses régressions, elle resta consciente malgré la tempête.
« Ne tombe pas ! Ça ne va pas me tuer ! Non, même si je meurs, ce n’est pas fini ! Comparée au Roi du Péché, elle n’a ni la même volonté de me tuer ni la même puissance ! »
Flottant dans les airs, elle se laissa porter par le vent et regarda en bas. Heureusement, le Seigneur de la Montagne ne s’intéressait qu’à la régresseuse.
« Si je reste en l’air, je peux gagner du temps ! Les tigres n’ont pas d’ailes, elle ne peut donc pas sauter jusque-là. Si je gagne du temps et que je m’échappe… ! »
Mais même la régresseuse n’avait jamais affronté le Seigneur de la Montagne en tête-à-tête. Inutile de mettre la tête dans la gueule du tigre.
Le grand tigre fendit la tempête. Prenant appui sur les rochers et les cailloux en suspension, s’agrippant aux racines d’arbres et aux planches pour se hisser, elle grimpa. Quand la régresseuse reprit ses esprits, le Seigneur de la Montagne avait déjà bondi tout près d’elle.
Elle était trop rapide et trop puissante pour qu’on puisse l’éviter. Sentant l’écart de force brute, la régresseuse serra les dents.
« …Même ça ne suffit pas… ?! »
On appelait le tigre calamité parce qu’il n’était rien d’autre qu’un désastre. La mort, contre laquelle l’humanité ne pouvait résister, dévoila ses crocs devant elle. Une patte avant s’abattit à une vitesse que l’œil ne pouvait suivre. Malgré son impuissance et son désespoir, la régresseuse brandit Chanteciel dans le même mouvement ascendant.
La lame acérée de Chanteciel entailla la main du Seigneur de la Montagne. La fourrure résistante fut tranchée, et la peau du Seigneur de la Montagne égratignée à peine.
Une blessure infime.
Le prix à payer pour la lui infliger fut atroce.
Boum !
Le corps de la régresseuse s’écrasa au sol comme la foudre. Sa peau se fendit, ses muscles et ses os se tordirent. Du sang jaillit de sa bouche, de son nez et de ses oreilles tandis qu’elle chutait. Elle avait déjà frôlé la mort avant de toucher terre, mais après l’impact, son état empira.
« Aaaaaah ! »
Le sang jaillit de sa bouche comme un geyser. Incapable de bouger, elle tremblait de douleur. L’empreinte de la patte du Seigneur de la Montagne se dessinait nettement sur son corps, et une énergie rouge vacillait à travers ses vêtements.
« Ça… fait… mal… ! »
Chanteciel et la Frontière d’inversion céleste avaient au moins amorti la chute, mais le coup qu’elle avait reçu était trop puissant pour qu’elles puissent en atténuer tout l’impact. Ses capillaires éclatèrent, teintant ses yeux de rouge sang au lieu de sept couleurs. Le mana qui emplissait tout son corps se dispersa dans toutes les directions.
Et le Seigneur de la Montagne, qui avait plaqué la régresseuse au sol, avait frappé si fort qu’elle remontait dans les airs. Quand elle retomberait, la régresseuse partirait.
Pour la prochaine boucle.
« Non, le Seigneur de la Montagne… »
De toute façon, rien n’était évident. Si nous avions fui avec Azzy pendant que la régresseuse gagnait du temps, aurions-nous survécu ? Elle était tombée si vite que le Seigneur de la Montagne aurait très bien pu nous poursuivre et nous tuer.
Je ne lui avais pas lu ses pensées, et je n’avais pas vu l’avenir. Dans cette situation désespérée, je m’étais contenté de penser à une maigre possibilité.
Un loup. Une promesse. Le Seigneur de la Montagne avait fait une promesse à un loup. Il fallait que ce soit une promesse de roi.
Alors…
« Azzy ! »
Je n’eus même pas besoin de l’appeler. Azzy avait déjà fini de soigner les blessés et courait vers le Seigneur de la Montagne.
Sauf que…
« Ouaf ?! »
Son corps entier se brouilla ; elle perdit l’équilibre et trébucha un instant. Elle reprit ses esprits et tenta de repartir, mais sa démarche aussi semblait maladroite.
La possibilité était mince. Azzy était un chien, pas un loup, et elle avait même remis sa couronne. Espérer que le Seigneur de la Montagne la juge digne d’intervenir dans cette promesse était bien trop optimiste.
Mais je devais essayer.
Je courus en fixant le Seigneur de la Montagne qui retombait. Même les tigres semblaient soumis à la gravité : elle chutait dans les airs, sa jupe retroussée.
Même alors, ses yeux restaient rivés sur la régresseuse. Peut-être sentait-elle une menace. Elle était animée d’une féroce intention meurtrière.
Je regardai le Seigneur de la Montagne et criai :
« Tigre ! »
Qu’est-ce que j’avais, au juste ? Des cartes ? Elles ne serviraient à rien. Le Dieu démoniaque ? Je n’étais pas le Dieu démoniaque lui-même, et m’en servir comme d’un outil ne ferait que la chatouiller.
Bon sang, je n’avais rien. Il ne me restait que le titre creux de Roi de l’Humanité…
Je ne savais pas si ça marcherait, mais…
« Je suis humain ! La promesse a été tenue ! Le loup n’est plus là ! Les chiens et les loups ne font qu’un ! »
Je criai de toutes mes forces, mais elle ne me regarda même pas. Son ouïe était fine, il était donc impossible qu’elle ne m’ait pas entendu. Elle m’ignorait simplement parce que ma présence était trop insignifiante, parce que je ne représentais personne.
Et si j’essayais ça ?
Je plantai Jizan dans le sol et ramassai de la terre comme avec une pelle. La terre et des morceaux de roche jaillirent dans les airs.
Je n’étais peut-être rien, mais Jizan, elle, n’était pas rien. Le Seigneur de la Montagne finit par tourner les yeux vers moi. Ayant attiré son attention, je criai :
« Tigre, arrête ! Celui à qui tu as fait cette promesse n’est plus là, alors tu n’as plus aucune raison de quitter ta montagne… »
Au beau milieu de ma phrase, le Seigneur de la Montagne s’accroupit brusquement. Puis elle détendit ses membres avec force et fila vers le sol en un instant.
Qu’est-ce que c’était ? Sur quoi avait-elle pris appui pour bondir ?
On aurait dit qu’elle nageait dans la poussière.
J’avais attiré son attention, alors ça devrait aller, non ? J’étais roi, au moins de nom. Elle n’allait tout de même pas me tuer comme ça ?
À l’instant où je le pensai, le Seigneur de la Montagne disparut dès que ses pattes touchèrent le sol. Avant que je puisse réagir, elle me fixait de tout près. Sa férocité terrifiante était tournée contre moi.
Je ne pouvais plus bouger les bras ni les jambes. Une sueur froide m’inonda le corps. Saisi d’une peur instinctive, je la saluai désespérément.
« Tigre, ravi de… »
Je ne pus finir.
Le coup du Seigneur de la Montagne m’enfonça la poitrine.
Mon torse et mon dos se rejoignirent. Du sang jaillit de mes entrailles broyées. Un seul coup de poing, donné avec irritation, tordit ma chair et mes os. Je vis quelque chose de rouge vif s’écouler de ma peau déchirée, comme la farce qui jaillit d’une boulette quand on appuie trop fort dessus. L’onde de choc déchira mes vêtements et mon corps s’envola comme si un cheval m’avait rué dessus.
Putain.
Me faire déchiqueter par un tigre…
Voilà pourquoi je n’aurais jamais dû me mêler des affaires de la régresseuse.
Je n’eus même pas le temps de sentir la douleur. Comme un homme ordinaire face à un tigre enragé, je fus écrasé sous son énorme patte avant.
Puis ma conscience s’éteignit…
J’eus l’impression de tomber à la renverse dans une eau tiède et douce. Une sensation de flottement m’enveloppa, et je ne savais pas si je montais ou si je descendais.
C’était douillet. Comme lorsqu’on ne voulait pas quitter son lit le matin, j’avais envie de continuer à m’enfoncer ainsi.
Puis je me rappelai soudain le Seigneur de la Montagne et battis des pieds pour me réveiller de force.
Qu’est-ce que c’était ?
Quand je repris connaissance, tout était noir autour de moi. J’avais beau agiter les membres, je ne touchais rien. Mes pieds ne brassaient que le vide, sans trouver le sol.
L’au-delà ?
Ça ne pouvait pas être ça.
Existait-il vraiment un endroit aussi irréel, où les bêtes mortes abandonnaient leur corps, où leur conscience était emportée, où elles étaient jugées selon des critères religieux de bien et de mal, puis condamnées à une punition ou une récompense éternelle ? La régression était plus vraisemblable que ça. Au moins, c’était simple.
Mais je n’étais qu’une bête. Si un endroit aussi irréel existait et m’avait entraîné ici, je devais me comporter comme le croyant le plus fervent qui soit, même maintenant. Non, ce n’était même pas une question de faire semblant. Si c’était réel, je devais me repentir, croire et suivre ses enseignements.
[Pensée répugnante.]
Quoi ? Qui était-ce ? Quelqu’un lisait les pensées d’un lecteur de pensées !
Si vous êtes un dieu, je suis désolé. Cette bête stupide n’a jamais cru qu’en ce qu’elle pouvait voir ; j’étais donc trop ignorant pour accepter vos enseignements. Le Seigneur de la Montagne m’a déchiqueté à mort pour me punir, alors veuillez me pardonner dans votre grande miséricorde.
[Tu n’es pas encore mort. N’ouvre pas les yeux.]
…Je n’étais pas mort ? C’était impossible. Je n’avais ni Frontière d’inversion céleste, ni pouvoir divin, ni vampirisme. Comment aurais-je pu survivre à ce coup ?
[Tu le peux. Je suis en toi.]
Qui es-tu ?
[Je suis toi. Tu es moi. Je suis entrée en toi.]
Qu’est-ce que tu racontes ? Il ne pouvait pas y avoir deux moi. Montre-toi.
[— D’accord.]
Une belle jeune fille apparut alors devant moi, avec des cheveux argentés, des yeux rouges et une peau si pâle qu’elle en était presque blanche. Je ne m’attendais pas à la voir sous cette forme, ici, et je fus plutôt surpris.
Qu’est-ce que c’était ? Tu avais dit : « Je suis toi », alors j’avais pensé que tu étais liée au Roi de l’Humanité, comme les chiens et les loups… Pourquoi ressemblais-tu à Tyr ?
Tyr me parla d’une voix qui ne lui ressemblait pas du tout.
[Tu ne dois pas mourir. Tu ne peux pas mourir. Tu dois vivre. Nous devons nous retrouver.]
J’appréciais le sentiment, mais les paroles seules ne pouvaient pas me garder en vie. Pour vivre, il fallait toutes sortes de choses.
[Ouvre les yeux. Respire. Fais battre ton cœur.]
Tu crois que c’est facile ?
[Tu le dois.]
Non, je te dis que je n’en ai pas la force.
[Si.]
Quelle force ?
[La force.]
Quelque chose toucha ma main, qui aurait dû être vide. Le six de pique, la carte du Dieu démoniaque. Le Dieu démoniaque de Tyr était probablement à l’intérieur, mais il n’avait fait que rendre mon corps un peu plus résistant. Même si je connaissais mon propre corps, sans arts du qi, je n’avais aucun moyen de l’utiliser…
[Tu ne mourras pas. Tu resteras tel que tu es, sans changer. De même que tu m’as donné ton cœur, je t’ai donné un dieu.]
Le Dieu démoniaque n’était pas parfait. C’était un concept universel et un excellent outil, mais il ne pouvait pas aider chaque humain à la perfection. Comme les vampires, qui dépouillaient les gens de leur libre arbitre, ou le Seigneur de l’Or, qui détruisait les corps, il ignorait les petites différences entre les individus et les entraînait dans son propre courant.
…Non.
Ce n’était pas le Dieu démoniaque qui était imparfait. C’était l’humanité. Le principe universel du Dieu démoniaque était si vaste et merveilleux qu’il ne pouvait pas se soucier de chaque être humain. Le mal venait du fait que, dans le processus, des individus étaient broyés et écrasés.
C’était pour cela qu’on l’appelait le Dieu démoniaque.
[Vis.]
Pourtant, le Dieu démoniaque de Tyr pulsait en moi.
Le vampirisme ? Non. Si j’étais devenu un vampire, même la potion de Cœur n’aurait servi à rien. Ce n’était pas cela qui m’empêchait de changer. Cela me gardait simplement en vie.
Cela m’empêchait de mourir.
Normalement, si je revenais à la vie de cette façon, le dilemme de l’homoncule aurait dû me transformer. Comme l’homoncule du Seigneur de l’Or ou les vampires de Tyr, mon essence aurait changé ; j’avais donc désespérément rejeté cette transformation.
[Nous devons nous retrouver, toi tel que tu es.]
Arcane innée, Hyu.
L’ombre de Tyr me parlait dans les ténèbres, avec le visage exact de Tyr.
De même que j’avais donné mon cœur à Tyr, Tyr m’avait donné son Dieu démoniaque. De même que j’avais mémorisé à la perfection les battements de cœur de Tyr pour les lui offrir, Tyr avait gravé mon corps en elle, à la perfection, puis l’avait insufflé en moi.
J’avais pu donner mon cœur à Tyr sans la transformer parce que j’étais le Roi de l’Humanité. À l’inverse, le Dieu démoniaque de Tyr pouvait me ramener à la vie sans me transformer parce que j’étais le Roi de l’Humanité. Je lisais le Dieu démoniaque et en faisais mon outil.
J’avais obtenu un pouvoir régénérateur parce que Tyr était devenue un Dieu démoniaque. Ou peut-être Tyr était-elle devenue un Dieu démoniaque pour me donner ce pouvoir régénérateur.
Je n’en étais pas sûr, mais au moins, je ne mourrais pas à force de me faire battre. Puisque cela n’empêchait pas le changement lui-même, je risquais d’avoir des ennuis si mon corps était démembré puis dévoré, mais…
Pour l’instant, cela suffisait.
Je sentis mon corps remonter, ouvris les yeux et revins à la vie.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>