Chapitre 526
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 526 : Au-delà de la montagne, le Roi de la montagne
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Gruel était comme un éclair.
Il allait et venait à la vitesse de la foudre, ne laissant passer aucune ouverture, même la plus fugace, et transperçait l’espace en un instant. Ses deux dagues semblables à des crocs luisaient tandis qu’elles s’enfonçaient sans pitié dans les points faibles de son ennemi. Armé de ces armes, Gruel ne craignait aucun adversaire.
« Un Principe qui ne peut servir qu’après une préparation préalable ? C’est du travail à moitié fait. »
Pourtant, ni le fier Principe de Gruel ni ses armes de prédilection n’eurent le moindre effet sur le marquis Lapaeno.
Le marquis Lapaeno s’avançait nonchalamment, laissant des traînées dans l’air, comme si les efforts de Gruel n’avaient pas la moindre importance.
« Tu ne peux donc te déplacer que sur la distance que tu as préparée en poussant le sol de tes pieds ? Plus tu te prépares, plus tu deviens fort… Faible. Ton Principe est bien trop faible. »
Chaque fois que Gruel utilisait son Principe, il raclait le sol du pied. Le marquis Lapaeno comprit aussitôt ce qui le déclenchait et le pressa de toutes parts. Chaque fois que Gruel tentait de niveler un peu le terrain, le marquis visait ses jambes. Gruel avait l’impression de suffoquer.
« L’art énergétique que tu as appris. Les élixirs que tu as pris. Les techniques que tu as perfectionnées. Tout cela, c’est de la préparation, Gruel. Aie un peu plus confiance en toi. »
« Ne prends pas ces grands airs ! »
« Je ne les prends pas. Je suis ainsi, tout simplement. »
Le marquis avança sans que sa respiration ne s’accélère le moins du monde.
Le Manuel de combat vulcain était un art énergétique conçu pour les duels. Quand le marquis se pencha en avant et tendit une jambe, son corps s’allongea comme une lance. Aux yeux de Gruel, il semblait foncer sur lui comme une flèche.
Il est plus rapide que moi… !
Sans son Principe, Gruel lui était inférieur en force comme en vitesse.
Était-ce une question de talent ? Non. Avant même d’en arriver là, leurs niveaux étaient totalement différents.
L’art énergétique du marquis était plus raffiné. Son énergie, plus abondante. Et il n’avait pas négligé son entraînement. Il planta ses pieds dans le sol comme de grands arbres, puis libéra son énergie d’un seul coup pour propulser son corps vers l’avant. Dans le même temps, il étira tout son corps et concentra toute cette force dans son mouvement.
Et ce n’est pas tout. Chaque technique est d’une précision folle ! Pas un seul geste inutile !
C’étaient des techniques créées et perfectionnées pendant des décennies, voire des siècles, par ceux qu’on appelait des génies.
Gruel avait vu leur apogée, mais n’avait pas le temps de les admirer. Il se cambra tandis qu’un trait lumineux passait devant ses yeux. Alors qu’il tentait de se redresser en suivant l’élan, il se rappela le Principe du marquis. Gruel tendit le pied et se laissa délibérément tomber.
S’il relevait la tête, la lame lui trancherait le cou.
Perdre son équilibre était fatal. La rapière du marquis s’abattit sur Gruel. Tandis qu’il la voyait descendre vers son ventre, Gruel utilisa le Nivellement du sol, allongé par terre.
C’était un pari qu’il n’avait encore jamais tenté, mais son Principe fonctionna parfaitement. Son corps glissa sur près de deux mètres. Privée de sa cible, la rapière s’enfonça profondément dans le sol.
« Un Principe est une nouvelle forme de puissance. Il te donne une main supplémentaire, libre de ses mouvements. Pourtant, ton Principe n’est qu’un prolongement de l’Art du qi terrestre. Se déplacer rapidement grâce à un art énergétique… n’est-ce pas possible sans atteindre le stade du Principe ? »
C’était vrai. Pourtant, le marquis fit deux pas de plus et le rattrapa aussitôt.
L’Art du qi terrestre était une technique qui utilisait le qi pour s’agripper à la terre et prendre appui dessus. Le Nivellement du sol, un Principe, permettait de se déplacer presque comme par téléportation. Pourtant, le jeu de jambes du marquis Lapaeno était si rapide que les gens ordinaires le distinguaient à peine.
Son jeu de jambes compensait la différence entre posséder un Principe et ne pas en avoir.
« Puisque tu t’es reposé sur ce Principe sans jamais apprendre à te déplacer correctement, tu ne peux pas m’affronter. »
La lame siffla.
Le flanc de Gruel s’ouvrit dans une gerbe de sang. Il scella la plaie avec son énergie et serra les dents.
Il ne pouvait pas gagner.
S’il avait nivelé le terrain à fond avant d’affronter les loups, alors qu’il était encore en pleine forme, les choses auraient peut-être été différentes. Dans son état actuel, il avait du mal à se défendre. Et vu le Principe du marquis Lapaeno, Gruel n’aurait probablement pas pu l’emporter, même sur un champ de bataille préparé à l’avance.
Peu importait la vitesse à laquelle il se déplaçait : s’il croisait la trajectoire de l’Épée jumelle, il ne ferait que se blesser.
« C’est parce que tu n’as pas su apprendre. Quel mauvais choix de la part d’un guerrier aussi doué et avisé que toi. Tss, tss. »
Gruel respirait bruyamment, tandis que le marquis Lapaeno n’avait pas le souffle court.
« Gruel. Tu ne sais vraiment pas pourquoi tu es resté en sécurité jusqu’à présent ? Tu crois que personne d’autre n’a songé à rapporter des élixirs du Royaume des Dix Mille ? Il n’y avait tout simplement aucune raison de s’aventurer dans la plaine d’Enger, déserte, en prenant le risque d’affronter les loups. Même en envoyant une grande troupe, elle subirait des pertes à cause des attaques des bêtes et des loups. Dans ce genre de situation, mieux vaut laisser le travail aux civils, comme les aventuriers. »
Gruel avait monté une affaire avec la Faction des Bêtes qui parcourait les plaines, leur apportant richesse et puissance. Ses capacités étaient assurément exceptionnelles, mais l’occasion ne se serait pas présentée sans le Roi des Loups.
« Mais puisque l’État vassal a décidé d’agir directement, tu aurais dû te joindre à nous. Nous y aurions tous deux gagné. Pourtant… si tu tiens à nous combattre, nous n’aurons pas d’autre choix que de nous débarrasser de toi. »
Pour Gruel, c’était absolument inacceptable.
Il avait refusé la proposition parce que le marquis Lapaeno avait dit qu’il chasserait les hommes-bêtes.
« Si tu es si malin en affaires, pourquoi veux-tu chasser les hommes-bêtes ?! Qu’est-ce que tu comptes faire dans la plaine d’Enger sans eux ?! »
Leur désaccord éclata au grand jour.
Le marquis Lapaeno eut l’air perplexe.
« … Hmm ? Si vous restez ici, il sera difficile d’envoyer des colons sur ces terres. »
« Ce sont eux, les colons ! »
« Ce n’est pas à toi d’en décider. »
« Si ! C’est à nous de décider. C’est nous qui décidons de ce que nous pouvons faire ! »
« Je le regrette, Gruel, mais ce n’est pas à toi d’en décider. »
Les deux dagues fusèrent vers l’avant.
L’avantage de manier deux armes était, naturellement, leur nombre. De même qu’une main ne pouvait en arrêter deux, il était difficile de parer avec une seule rapière des dagues qui empruntaient des trajectoires différentes. En temps normal, on aurait attaqué leur porteur plutôt que les armes pour interrompre l’assaut, mais le marquis choisit une méthode un peu plus compliquée.
« C’est la force qui décide. »
Il trancha un côté avant que Gruel ne l’atteigne, puis suivit l’autre et repoussa la dague.
La frappe du passé immobilisa la main gauche de Gruel, et celle du présent bloqua sa main droite.
La frappe du futur allait trancher Gruel.
La rapière refléta la lumière du soleil et brilla d’un éclat glacial.
« Sans force, tu ne peux pas faire entendre ta volonté au monde, Gruel. Reviens quand tu seras plus fort. Si tu en es capable. »
« Arrêtez ! »
La régresseuse s’interposa.
Une bourrasque fendit l’espace et fonça sur le marquis Lapaeno. Sentant la force inhabituelle du coup, le marquis serra l’autre main en poing et frappa l’air.
Art volcanique, Fracas explosif.
L’énergie concentrée dans son poing saisit le vent.
L’Art du qi céleste était un art du qi capable d’agir sur toutes les choses du monde. Un artiste énergétique parvenu à un certain niveau pouvait insuffler de l’énergie non seulement à l’acier, mais aussi à l’air lui-même. Le marquis empoigna le vent, y déversa son énergie, puis le lança.
Boum.
Le coup d’épée de Chanteciel heurta le poing du marquis Lapaeno et disparut. La main engourdie, le marquis regarda la régresseuse qui venait de s’interposer.
« Ce n’est pas un Principe. Une relique ? Dans ce cas, tu dois être l’aventurière engagée par la Guilde des Marchands violets. »
« C’est ça. Tu débarques de nulle part, et qu’est-ce que tu crois faire ? »
Même face à la régresseuse, le marquis Lapaeno ne montra aucun signe de tension. Il poussa plutôt un soupir, comme si la situation le désolait.
« Il n’y a donc ici que des gens à moitié formés ? Une relique, ce n’est au bout du compte que la force d’un autre. Ceux qui s’y accrochent ne peuvent jamais atteindre le stade du Principe… Quel gâchis, à un âge pareil. »
Sans Jizan, la régresseuse était, objectivement, un peu en dessous du niveau d’un Maître. Elle avait perdu contre la Lance absolue et n’avait pas non plus réussi à prendre un avantage net lors de son combat contre Jiseon.
Même avec Jizan, la victoire n’était pas assurée. Elle n’avait presque aucune chance contre le marquis Lapaeno.
Pourtant, la régresseuse ne s’en souciait guère.
C’était une régresseuse.
« Quel gâchis de talent ! Si tu es si fort, pourquoi n’as-tu pas affronté le Roi des Loups ? Tu essaies seulement de t’attribuer le mérite après que tout le monde a fini de se battre ? »
Agacé par les interruptions répétées de cette intruse indésirable, le marquis Lapaeno se contint une fois encore.
« C’est une affaire interne à l’État vassal. Ne t’en mêle pas. Enfin, si tu tiens à chercher querelle, je ne t’en empêcherai pas. Encore faut-il que tu montres une force suffisante. »
Les reliques sont pénibles à gérer, et je n’ai pas envie de provoquer l’intervention de la Guilde des Marchands violets. Quelle plaie. Si seulement on pouvait régler ça en discutant…
Naturellement, la régresseuse ricana et lança :
« Tu n’arrêtes pas de parler de force, de force. Et toi, alors ? Tu n’es qu’une brute qui fait la loi dans un État vassal. Seul un type comme le Saint de l’Épée peut se permettre de dire ça, et selon les critères impériaux, tu n’es rien de plus qu’un Maître de province ! »
« … »
C’était bien la régresseuse, ça.
Elle venait de lâcher une bombe bien plus puissante que tout ce que le duc Erectus avait pu dire. La remarque était si grave que les Obélisques et les hommes-bêtes, mais aussi l’armée amenée par le marquis Lapaeno, le dévisagèrent avec prudence.
Dans le silence étouffant, sa moustache trembla légèrement. Nul ne pouvait ignorer la rage qui bouillonnait en lui.
« Très bien. Depuis quand nous battons-nous avec des mots ? Je me suis trop efforcé de régler cette affaire par la discussion. »
Shing.
Le marquis Lapaeno tira une autre épée de sa ceinture. C’était une dague de parade, un peu plus courte que sa rapière. Sa lame noire avala la lumière du soleil en émettant un tintement sinistre.
« Vous êtes deux, alors vous ne verrez pas d’inconvénient à ce que j’utilise deux épées, n’est-ce pas ? »
L’esprit combatif s’éleva comme une fumée.
Si cela continuait, quelqu’un allait mourir. Sapien s’interposa précipitamment et cria :
« Arrêtez, marquis Lapaeno ! Sinon… ! »
Pour interrompre le combat, Sapien fit un ultime choix.
« J’en appellerai à l’Empire et au Sanctuaire ! »
Ces paroles firent hésiter non seulement le marquis Lapaeno, mais aussi son armée. Constatant que la menace avait porté, Sapien fit un pas de plus.
« La plaine d’Enger est une terre où Saint Enger a planté son étendard ! Nous, descendants de Saint Enger, en sommes les propriétaires incontestables, des nobles qui l’ont défendue de toutes leurs forces ! La Justice ne tolérera pas que vous vous empariez à votre guise d’une terre sanctifiée par un Saint ! »
S’il ne s’était agi que d’une terre appartenant à un État vassal, la manœuvre aurait été impossible. Mais le nom d’un Saint franchissait les frontières nationales, et leur revendication avait une légitimité évidente. L’Empire ne refuserait pas non plus un prétexte à intervenir.
« Tu n’aurais pas dû faire ça. »
Mais pour Sapien, c’était aussi une terrible décision.
Le marquis Lapaeno donna un ordre à voix basse.
« Tout le monde, en position de combat. »
Clac.
L’armée leva ses armes d’un seul mouvement. Le corps des mages commença à incanter, tandis que l’unité de gardes se mettait en formation.
C’était une armée de guerre menée par le Corps du Tigre noir.
Des guerriers plus puissants que les combattants de la Faction des Bêtes avancèrent en formation, soutenus par des mages. Ils ne visaient pas seulement Gruel et la régresseuse, mais aussi tous les hommes-bêtes qui avaient fini de se battre et se reposaient.
« Éliminez les traîtres. »
« … Quoi ? »
« Fonctionnaire Sapien, Gruel de la Faction des Bêtes et cette aventurière. Je les déclare tous trois traîtres. Quiconque leur prêtera assistance sera massacré. Ceci est un ordre d’exécution du Général du Tigre noir. »
Les États vassaux étaient soumis à l’Empire. Leurs citoyens se trouvaient donc un rang au-dessous des citoyens impériaux.
C’était un destin décidé dès la naissance.
Naturellement, personne n’aimait un destin qui le désavantageait. Certains tentaient de le surmonter.
Le marquis Lapaeno était de ceux-là.
La régresseuse le regarda, incrédule.
« Tu déclares la guerre ? Tu vas vraiment aller aussi loin ?! »
« Tu trouves cela injuste ? Qu’y faire ? C’est ainsi que va le monde. Quand nous finissons par nous affronter, nous n’avons d’autre choix que de comparer nos forces. »
Les hommes-bêtes porcins avaient combattu les humains pour résister à l’injustice. Pourtant, ceux qui avaient pris la place des dirigeants avaient à leur tour créé une nouvelle injustice. Les hommes-bêtes d’Ende condamnaient leur sottise et leur lâcheté.
Mais les hommes-bêtes porcins étaient-ils les seuls à être lâches et sots ?
Ils avaient simplement agi un peu plus tard.
De telles révolutions absurdes s’étaient déjà produites des dizaines de fois. Même après leur réussite, les mêmes injustices perduraient, dissimulées sous leurs fastes.
Les humains avaient eux aussi été des hommes-bêtes porcins.
Les États vassaux faisaient subir à Ende l’injustice qu’ils avaient reçue de l’Empire.
« Obélisques ! Préparez-vous au combat ! »
« Bande d’ordures ! Aux armes ! »
Des éclairs et des flammes s’abattirent sur eux tandis qu’ils se relevaient en hâte.
C’était de la magie blanche lancée par le corps des mages de l’État. Cette attaque préventive, destinée à briser leur esprit combatif, plongea les Obélisques et les guerriers de la Faction des Bêtes dans la panique. Ende ne disposait d’aucun corps de mages capable de leur tenir tête.
Le Corps du Tigre noir était déjà bien plus puissant en matière d’arts énergétiques. Soutenus par les mages, ses soldats avancèrent contre des combattants épuisés par l’affrontement avec les loups et le sauvetage de personnes ensevelies sous les décombres. Les hommes-bêtes tombèrent sans défense.
Les opérations de secours n’étaient même pas terminées.
Malgré l’avancée de l’armée, les ouvriers déblayaient toujours les pierres et sauvaient les ensevelis lorsqu’un nouveau désastre s’abattit sur eux.
« Toeeeng. J’ai réussi à sortir… Je vais enfin pouvoir me reposer… »
« Aaaah ! Au feu ! »
« Toeeeng ?! »
Ils avaient été pris par surprise par des humains qu’ils croyaient alliés, sans ordre ni plan. Avant même de pouvoir songer à la victoire ou à la défaite, ils devaient se demander s’ils allaient réussir à s’enfuir.
Leur unique coup de chance, c’était que le seul mage d’Ende venait tout juste d’être libéré.
Les mages de l’État, qui lançaient sans discernement des sorts sur les hommes-bêtes, sentirent que quelque chose clochait.
« Mage Algios. Nos déclencheurs ne fonctionnent plus. »
« Quoi ? Une Arcane innée ? »
« On dirait bien. Les baguettes qui nous servent de catalyseurs ne fonctionnent plus. Changer les déclencheurs ne donne rien non plus. On dirait qu’une sorte de règle les bloque. En revanche, si nous canalisons le mana directement, les sorts fonctionnent normalement. »
« Une Arcane innée qui agit sur les déclencheurs ? L’effet est faible, mais la règle est simple et la portée étendue. Ce serait gênant de tomber sur une telle capacité sur un champ de bataille. »
« Attendez. Vous avez dit qu’elle agissait sur les déclencheurs ? »
« La règle est peut-être différente, mais c’est bien ce que semble produire l’effet. »
« Alors, elle ne pourrait pas faire l’inverse… et activer les déclencheurs ? »
« Quoi ? »
Boum !
Les catalyseurs portés par les mages s’activèrent et lancèrent des sorts dans toutes les directions, au hasard.
Contrairement à la magie noire, qui utilisait le corps du lanceur comme catalyseur, la magie blanche recourait à des gemmes ou à des outils. Il suffisait de graver des circuits de mana dans des outils alchimiques précis, puis d’y déverser du mana, pour lancer des sorts à l’aide d’un simple mot d’activation. De nombreux outils magiques étaient également dotés de déclencheurs, afin de pouvoir être utilisés au combat sans qu’il soit nécessaire de les charger séparément en mana.
Ils l’avaient été.
J’employai le passé, car l’Arcane innée de Kito venait de les activer jusqu’au dernier.
Des flammes jaillirent des baguettes et se répandirent dans toutes les directions. Les membres du corps des mages, habitués à attaquer mais pas à se défendre, couraient en hurlant.
« Une embuscade ? »
« Non, c’est une Arcane innée ! »
Le corps des mages de l’État était une force précieuse, même pour l’État vassal. Tandis que l’unité échappait à tout contrôle, tous les regards se tournèrent vers elle un instant.
La régresseuse ne laissa pas passer cette ouverture et brandit Chanteciel.
« Technique de l’Épée céleste, Bananier ! »
Chanteciel était une relique qui incarnait l’espace lui-même.
Une tempête déferla et stoppa l’avancée de la légion, tandis que la magie déchaînée se répandait dans le vent. La légion marqua un bref arrêt pour identifier l’attaque.
Après avoir créé une ouverture brève mais précieuse, la régresseuse regarda derrière elle et cria :
« Tout le monde, fuyez… Ghk ! »
« Peine perdue. »
Un coup d’épée fulgurant fondit sur la régresseuse.
Les deux épées la prirent pour cible. C’était une attaque surprise, puissante et rapide, mais la régresseuse déploya la Frontière d’inversion céleste et rejeta le haut de son corps en arrière pour l’éviter.
En termes de puissance pure, la régresseuse n’était pas moins forte que le marquis. Elle avait bu comme de l’eau les élixirs obtenus grâce à sa connaissance du futur, puis absorbé leur pouvoir par l’intermédiaire de l’art énergétique sans égal appelé Frontière d’inversion céleste.
Aussi rapide fût un coup, dès qu’elle le repérait, elle l’esquivait à coup sûr.
Pour éviter les attaques, elle n’avait rien à envier à Gruel, qui avait atteint le stade du Principe.
Tss ! Impossible de contre-attaquer… !
Pourtant, même après être morte et revenue à la vie, elle ne pouvait pas se dire avantagée.
Les entailles du marquis Lapaeno persistaient et continuaient de menacer la régresseuse. La plupart des Principes fonctionnaient ainsi, mais celui-ci était d’une puissance trop absurde pour qu’on puisse l’affronter de front.
Et un autre problème se posait.
Combien de temps ces choses vont-elles rester ?! Il y a des entailles partout ! Je n’ai plus aucun endroit où reculer !
La véritable force de l’Épée jumelle résidait dans sa maîtrise de l’espace.
Tout espace que son épée avait touché, ne serait-ce qu’une fois, appartenait au marquis. Contrairement à Gruel, dont le Principe s’épuisait à l’usage, le marquis Lapaeno devenait de plus en plus avantagé à mesure que le combat se prolongeait.
Elle pouvait reculer dans une direction que son épée n’avait pas touchée, mais les endroits sûrs étaient généralement ceux où se tenaient ses alliés. Ils se feraient prendre dans les frappes d’épée d’un Maître.
C’est absurde… !
« Tu ne trouves pas cela absurde ? »
Le marquis Lapaeno s’adressa à elle comme s’il avait lu dans ses pensées.
« C’est pareil pour tout le monde. L’injustice peut frapper n’importe qui, à n’importe quel moment. La capacité à la surmonter ne dépend que de la force. Voilà pourquoi… nous nous battons pour l’acquérir. »
« C’est pour ça que tu veux chasser tous les hommes-bêtes ?! Si tu le fais, l’injustice finira un jour par te frapper, toi aussi ! »
La régresseuse cria en se rappelant le Roi du Péché, mais le marquis Lapaeno lui répondit avec calme :
« Quoi que je fasse, l’injustice qui doit me frapper finira par arriver. Si acquérir la force de la surmonter l’exige, je deviendrai moi-même cette injustice. »
Mais ce n’était pas de l’injustice.
C’était simplement le résultat naturel de l’égoïsme des humains. Ils appelaient cela une injustice, mais, en vérité, la sauvagerie dissimulée sous le masque de l’ordre venait simplement de se révéler.
La seule raison pour laquelle cela leur semblait injuste, c’était qu’ils attendaient quelque chose de l’autre camp. Ils se sentaient lésés parce qu’ils souhaitaient que l’autre, un être humain comme eux, pense et agisse de la même façon.
La véritable injustice ne se produisait pas ainsi.
Elle frappait avec tant de soudaineté et de violence qu’on n’avait même pas le temps de se sentir lésé.
Oui, comme…
« Grrr. Tu es l’humain le plus haut placé ici. »
Comme la jeune fille qui apparut soudain devant le marquis, sa queue rayée frémissant sous sa veste.
La jeune fille qui avait forcé le passage à travers les lignes ennemies paraissait détendue, malgré les flammes qui se propageaient et le sang qui giclait. Au milieu de l’acier et des cris, elle ne montrait pas la moindre peur, seulement de l’ennui.
Son regard mêlait une légère curiosité à une arrogance manifeste.
Apparue d’une manière encore plus absurde que la situation elle-même, la jeune fille prit lentement la parole.
« Je te le demande. »
Je ne parvenais pas à lire ses pensées.
Si cela avait été tout, je n’aurais rien ressenti.
Mais mon instinct me mettait en garde contre le danger.
Tout mon corps tremblait et une sueur froide me coulait dans le dos. À un moment, mes vêtements s’étaient retrouvés trempés. Même le fait qu’Azzy soigne les blessés n’avait plus d’importance.
Il ne resterait peut-être bientôt plus personne qu’Azzy puisse soigner !
La reine des tigres, Seigneur de la montagne.
La Roi des Bêtes, véritable souveraine des montagnes, donna un ordre à l’humain.
« Où est le loup ? »
Notes :
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