Chapitre 525
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Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
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Chapitre 525 : Franchir, puis franchir encore
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La potion du Cœur décupla mes capacités physiques. Bien sûr, elle s’assura aussi que j’en paierais le prix.
Les gens peuvent être fuyants, mais le corps, lui, est honnête. Quand il fournit un effort, les conséquences finissent toujours par revenir en proportion.
Mais qui étais-je ? Un as de l’esquive quand il s’agissait de payer. J’excellais à régler mes dettes autrement ou à les payer en retard. Après avoir passé ma vie à tromper les autres, j’avais fini par apprendre à tromper mon propre corps.
« Haa… Je me sens en pleine forme. »
« Hé ! Remets ton bras en place avant de parler ! Ton épaule est déboîtée ! »
Hein ?
Je baissai les yeux : mon épaule droite se trouvait à une demi-empan environ plus bas que la gauche. J’avais beau essayer de la lever, elle ne bougeait pas. Elle était complètement sortie de son articulation.
Mais, vu le prix de la potion du Cœur, ce n’était pas grand-chose.
« Et alors ? C’est normal de se déboîter l’épaule quand on déploie autant de force. Il suffit de la remettre en place. »
« Tu ne pratiques pas les arts de l’énergie ? Tu aurais pu éviter ça en faisant circuler un peu d’énergie dans ton épaule ! »
« Je n’ai pas ce genre d’énergie. Tu sais bien que je ne maîtrise pas vraiment les arts de l’énergie. »
« Ah oui, c’est vrai. Tu as à peine d’énergie interne. »
Impossible de l’évaluer. Il est si doué en tout que j’ai naturellement supposé qu’il savait aussi pratiquer les arts de l’énergie. Maintenant que j’y pense, c’est vraiment étrange. Accumuler de l’énergie interne, c’est aussi une aptitude. Il n’y a aucun sens à ce qu’il excelle dans tout le reste, mais n’ait pas la moindre énergie interne.
Tu m’avais pourtant vu faible un tas de fois, et tu continuais à me surestimer ? C’était là toute ma force, et même au-delà de mes limites. Ne me redonne pas ce genre de rôle.
« Enfin, Jizan m’a sauvé la vie plusieurs fois. »
« Ouaf ! Ouaf ouaf ! Moi, ouaf ouaf ouaf ouaf ! »
« …Et Azzy m’a aussi aidé. »
« Ouaf ! »
Azzy bomba fièrement le torse.
Non, tu n’as pas à être fière. Je t’ai aidée à combattre ce loup, alors tu devrais m’être reconnaissante.
Mais quand même…
« Azzy ! »
« Ouaf ? »
La régresseuse appela Azzy d’une voix pressante. Celle-ci la regarda, les yeux écarquillés, surprise par cet appel soudain.
Sa réaction ne différait pas de celle qu’elle avait d’habitude. Pourtant, la régresseuse eut du mal à prendre la parole.
« Azzy, à l’instant… tu ne t’es pas un peu effacée ? »
« Ouaf ? »
Azzy pencha la tête de côté, affichant comme toujours son air parfaitement niais. Mais la régresseuse l’avait bel et bien vu.
Azzy était devenue translucide, ne serait-ce qu’un instant.
« Hughes… tu l’as vu ? »
« Oui. »
« Pourquoi… Azzy cherche-t-elle à disparaître ? »
La régresseuse connaissait elle aussi la raison. Malgré tout, elle posa la question parce qu’elle voulait trouver une raison pour laquelle Azzy ne disparaîtrait pas.
« Ce n’est pas si étrange. Un Roi des Bêtes représente une espèce. Mais Azzy a renoncé à être le Roi des Chiens et a rendu au loup sa nature véritable. Maintenant, elle ne représente plus rien. »
« Alors elle disparaît à cause de ça ? C’est bizarre ! Elle allait bien jusqu’ici, et elle se met à disparaître après avoir cédé la couronne… ! »
« Écoute jusqu’au bout. C’est le contraire. »
« Comment ça ? »
À vrai dire, je n’en savais rien non plus. Mais Azzy n’avait pas encore disparu ; il devait donc y avoir une raison à sa présence.
« Si elle devait disparaître, elle aurait dû s’évanouir au moment même où elle a cédé la couronne. Mais elle a continué d’exister depuis. À l’heure actuelle, elle représente quelque chose, même si nous ignorons quoi. »
« Alors pourquoi est-elle devenue floue ? »
« Qui sait ? Peut-être représente-t-elle quelque chose de flou. »
« Quelque chose de flou ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »
« Comment veux-tu que je le sache ? Tu as une idée, Shei ? »
« Moi non plus, je ne sais pas. Pour Azzy… »
Même après avoir aidé Azzy à tuer le Roi des Loups, elle n’était restée que le Roi des Chiens et avait continué à aider les humains. Je ne sais pas si ce changement est une bonne ou une mauvaise chose… Mais une chose est sûre : ça ne s’est jamais produit lors du cycle précédent.
Hé, attends un peu. Qu’est-ce que tu voulais dire par « pour Azzy » ? Ça rimait à quoi, régresseuse ? À ce rythme, tu allais révéler que tu étais une régresseuse d’ici peu.
Oui. Révèle-le, tant qu’à faire. Je ne voulais pas continuer à marcher sur un fil en lisant tes pensées. Avoue tout, et laisse-moi te poser mes questions franchement !
Rah… Mais je ne peux pas expliquer le cycle précédent. Ce serait gênant s’ils ne croyaient pas à la régression, mais ce serait tout aussi gênant s’ils y croyaient. Dès qu’ils apprendront que j’ai régressé, ils s’intéresseront davantage à ma régression qu’au monde.
Malgré tout, je ne pouvais pas la laisser découvrir que je connaissais sa régression. Dès qu’elle prendrait conscience de ma lecture des pensées, elle hésiterait à penser en ma présence.
Bon. Puisque les choses avaient tourné ainsi, j’allais plutôt m’efforcer de gagner la confiance de la régresseuse.
Depuis quelque temps, j’étais accaparé par mes propres affaires. J’avais vu l’armée du marquis Lapaeno arriver, mais j’en avais déjà appris la nouvelle et n’y avais guère prêté attention.
C’est pourquoi je réagis avec un léger retard quand les combats éclatèrent.
« Q-Quoi ? Qu’est-ce que ce fou fabrique ?! »
Je me retournai en entendant des voix murmurer et vis Gruel combattre le marquis Lapaeno, tandis que le duc Erectus courait vers nous, son chien de garde dans les bras. J’ignorais ce qui s’était passé, mais une bagarre avait manifestement éclaté.
La régresseuse tendit la main.
« Hughes. Jizan ! »
« Tiens. »
« Bien… Aah ! Pourquoi tu as lancé Jizan ?! »
« Tu m’as demandé Jizan. Tu as même tendu les mains pour l’attraper. »
La régresseuse n’avait pas douté un seul instant que je lancerais Jizan, ni qu’elle l’attraperait. Elle en était si certaine que, malgré mon hésitation, je finis par le lui envoyer.
La colère de Jizan ne semblait pas retombée : l’épée refusait de se laisser tenir par la régresseuse.
« Ugh. Garde Jizan pour l’instant ! Je vais voir ce que je peux faire avec Chanteciel ! »
« Attends un peu. Je ne peux pas lever le bras droit, alors je vais tenir Jizan de la main gauche. »
« Pourquoi tu n’as toujours pas remis ton épaule en place ?! »
« Je n’en ai pas eu le temps ! Alors remets-la en place, Shei ! »
« Je vais le faire, alors ne bouge pas ! »
« Attends. Je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai pas confiance quand tu dis que tu vas la remettre en place. Je vais m’en charger moi-même. »
« Qu’est-ce que tu me reproches ?! Je sais remettre une épaule en place… »
Maintenant que j’y pense, est-ce que j’ai déjà remis l’épaule de quelqu’un en place ? Presque personne autour de moi ne s’est déboîté le bras… Enfin, qu’est-ce que ça peut être difficile ? Il suffit de forcer, non ?
« …Je crois ? »
« Je ne te laisserai pas faire ! »
Alors que je me chamaillais avec la régresseuse, Azzy me tapota soudain l’épaule.
Comme par hasard, c’était l’épaule blessée. Je gémis et me tournai vers elle.
« Azzy. J’ai mal à l’épaule, alors fais attention quand tu… »
« Ouaf. »
« Aaaah ! »
Azzy agrippa mon épaule et la fit pivoter d’un coup sec. Le bruit de l’os qui reprenait sa place résonna dans tout mon corps. Je poussai un cri de fillette et repoussai Azzy de mon bras droit.
« Hé ! Ça fait mal ! Pourquoi tu as fait ça ?! »
« Guérir ! »
« Qu’est-ce qu’un chien pourrait bien guérir… Hein ? »
Je pouvais bouger le bras droit ?
Azzy venait de remettre mon os en place ? Depuis quand un chien savait-il faire ça ?
La régresseuse contempla mon bras, désormais fonctionnel, avec regret.
« J’aurais pu le faire, moi aussi. »
Ça m’aurait fait une bonne expérience si j’avais pu essayer d’en remettre une en place.
Je ne suis pas un terrain d’entraînement !
« Laisse tomber. Allons-y ! »
Gruel et le marquis Lapaeno se battaient. À première vue, Gruel allait vite et repoussait le marquis, mais en réalité, le combat tournait complètement à l’inverse.
Le marquis Lapaeno, qui laissait des entailles suspendues dans l’espace, était l’ennemi naturel d’un combattant aussi rapide que Gruel. Il s’appropriait peu à peu l’espace autour d’eux et acculait Gruel.
Si le marquis avait été seul, l’intervention de la régresseuse aurait peut-être renversé la situation. Mais le problème vint ensuite.
« Attends, Shei. Il y a une armée, là-bas. »
Les yeux de la régresseuse virèrent un bref instant à l’orange, puis reprirent leur couleur normale. Grâce à ses Yeux aux Sept Couleurs, son Œil orange scrutateur estima immédiatement leurs effectifs, et elle claqua la langue.
« Cinq cents hommes. Ils maîtrisent tous les arts de l’énergie ! »
« Qu’est-ce qu’on fait ? On se bat ? »
« Arrêtons-les d’abord ! On réfléchira ensuite à la suite… Hein ? »
À cet instant, le duc Erectus, qui courait en portant son chien de garde blessé, nous aperçut, la régresseuse et moi. Il se précipita aussitôt vers nous.
Du sang ruisselait derrière lui à mesure qu’il s’approchait. Même la régresseuse pâlit.
« Merde ! Hé, l’aventurière ! Sauve Welshi ! »
« Quoi ? »
« Il n’y a pas le temps ! Welshi est en train de mourir ! Dépêche-toi, tu as bien un moyen de la sauver, non ?! »
Bien sûr, la régresseuse avait un moyen. Mais, à cause de l’image que le duc Erectus s’était forgée, elle le regarda avec méfiance au lieu de lui venir en aide.
« C’est toi qui as amené l’armée du duché ici. »
« Non ! Vous m’en avez empêché ! Merde, on n’a pas le temps de discuter ! Dépêche-toi… »
La voix du duc Erectus avait presque atteint le cri.
Malheureusement, la régresseuse n’avait aucune raison de sauver Welshi. Beaucoup d’hommes-bêtes étaient déjà morts ou blessés dans leur combat contre les loups. Même elle ne pouvait pas les sauver tous un par un.
Préparer un remède dans un immense chaudron et le distribuer aux blessés, c’était tout ce qu’elle pouvait faire par bonté.
Plus important encore, elle devait arrêter le marquis Lapaeno. C’était le moyen d’éviter davantage de pertes.
« Dépêche-toi… je t’en prie… »
Voilà bien la régresseuse. Moi, cet homme m’intéressait.
« Shei. Vas-y. Je m’occupe de lui. »
« Hein ? D’accord. »
La régresseuse s’avança sans hésiter, tandis que je restai en arrière pour m’occuper de Welshi.
Le duc Erectus lui avait apparemment prodigué les premiers soins en bandant ses blessures, mais c’était loin de suffire. Le sang avait tellement imprégné les bandages qu’ils ressemblaient à de la soie tissée avec du sang.
À moins d’être le Sage guérisseur, ranimer Welshi dépassait mes capacités.
J’allais tout de même essayer. C’était ce qu’il voulait.
J’utilisai la magie du sang pour lui faire réintégrer son corps, puis tirai un fil de mon vêtement afin de préparer de quoi recoudre ses plaies. Son corps était résistant, puisqu’elle avait appris les arts de l’énergie, mais rien ne garantissait que ma chirurgie de fortune la sauverait.
À voir son état, elle était bien plus proche de la mort que de la vie.
Pourtant, le duc Erectus niait désespérément l’évidence et plaçait son faible espoir en moi.
« Tu peux la sauver, pas vrai ? »
« Honnêtement, c’est peu probable. Je ne suis pas médecin, et même si je l’étais, tu crois que je pourrais soigner une blessure infligée par un Maître ? »
« Il n’y a aucun moyen ? »
« Si, mais… ce serait beaucoup trop précieux pour l’utiliser sur une simple femme-bête canine. »
Le visage du duc Erectus s’éclaira aussitôt.
« De quoi as-tu besoin ? Je paierai n’importe quel prix ! Sauve Welshi, je t’en prie ! »
« C’est trop précieux… Tu ne gagnerais pas du temps en prenant un autre chien de garde ? »
« Merde, de quoi tu parles ?! Je te dis de sauver Welshi ! »
« Quoi ? Je croyais que n’importe quel chien de garde ferait l’affaire. Les hommes-bêtes ne sont que des êtres nés du ventre de la Reine pour servir les humains. Welshi a assez servi, alors laisse-la partir. »
« Comment peux-tu dire ça ?! Welshi a vécu avec moi près de vingt ans ! Rien ne peut la remplacer ! »
« Si elle t’était si précieuse, tu aurais dû mieux la traiter. »
Mes mots lui transpercèrent la poitrine comme un poignard.
Le duc Erectus serra les dents, mais il ne protesta pas et n’osa même pas lever la main sur moi. La vie de Welshi était entre mes mains.
« Tu l’as humiliée devant tout le monde, tu t’es moqué d’elle parce qu’elle ne servait à rien et tu l’as fouettée. Elle est même morte deux fois pour toi, et tu ne lui as jamais témoigné la moindre gratitude. Tu ne l’as jamais sauvée non plus, mais maintenant, tu demandes à quelqu’un d’autre de le faire. Tu n’as pas honte ? »
« Je le sais ! Mais… elle est quand même mon chien de garde ! Elle est à moi ! Je n’ai pas le droit de prendre soin de ce qui m’appartient et de le chérir ?! »
La meilleure raison qu’il avait trouvée, c’était qu’elle lui appartenait ?
Ces idées profondément enracinées ne changeaient vraiment pas facilement. Malgré tout…
« J’ai davantage besoin de mon chien de garde que de ces humains de malheur ! »
Au moins, il était honnête sur ce qu’il ressentait.
Je le regardai tandis que les larmes lui montaient aux yeux et lui dis : « Ton souhait s’est réalisé. »
« Quoi ? »
« Tu voulais trouver quelqu’un qui reconnaîtrait ta valeur, pas vrai ? On dirait que tu pensais que les hommes-bêtes n’avaient aucune valeur parce qu’ils étaient trop insignifiants. Mais sa perte t’a fait comprendre à quel point elle t’était précieuse, n’est-ce pas ? »
Il n’avait jamais considéré un chien de garde comme un être humain. Comme on ne se soucie pas du regard d’un chien qu’on a élevé, il les avait maltraités, persuadé que leur opinion ne comptait pas.
Il avait été ainsi jusqu’à ce qu’il entende les sentiments de Welshi, alors qu’il fuyait Orcma.
Ce n’est qu’après être devenu lui-même un fugitif qu’il avait commencé à voir Welshi comme une personne à part entière.
« Tu avais déjà quelqu’un qui te regardait et reconnaissait ta valeur. Ce que tu cherchais se trouvait juste à côté de toi depuis le début. Voilà une leçon digne d’un conte de fées classique. »
« Alors… »
« Maintenant, tu vas la perdre. »
« Quoi ? »
Hum. Ça dépassait mes capacités. Sans pouvoir sacré ni soins vampiriques, je ne pouvais pas la sauver. Quel dommage.
Je secouai la tête et me relevai. Mon geste était suffisamment explicite, et le visage du duc Erectus se remplit de désespoir.
Il n’y avait rien à faire. Au moins avait-il fini par comprendre.
« Ouaf. »
« Hein ? »
Alors que j’allais le laisser derrière moi, Azzy aboya en regardant Welshi et le duc Erectus.
« Tu veux la sauver ? »
« Qui ? Welshi ? Oui, je veux la sauver, mais je n’en suis pas capable. »
« Si capable ? Sauver ? »
Je le ferais, bien sûr. Si j’en étais capable, en tout cas.
Tout le monde savait comment transporter un rocher au sommet d’une montagne. Il suffisait de le soulever ou de le faire rouler, puis de gravir la pente un pas après l’autre.
Mais rares étaient ceux qui pouvaient réellement y parvenir, et même eux ne le feraient pas sans une récompense considérable.
Alors, peu importe combien on me suppliait de la sauver, je ne pouvais pas exaucer ce souhait.
« Ouaf ! »
Avait-elle seulement entendu ma réponse ? Azzy posa une patte avant sur le dos de Welshi, puis se mit à lécher sa blessure sans hésiter.
Je comprenais son intention, mais le pouvoir de guérison du Roi des Bêtes n’était guère plus qu’un désinfectant. Azzy ne faisait que lécher le sang.
C’était toujours mieux que de le laisser couler, mais pas suffisant pour sauver Welshi…
« Hein ? »
Un miracle se produisit.
Une lueur blanche apparut et les blessures de Welshi commencèrent à se résorber.
« Welshi ! Tu m’entends ? Welshi ! »
« …Maître. »
« Oui, c’est moi ! Bon sang. Pourquoi as-tu voulu t’en mêler… »
Ce pouvoir tenait davantage de la restauration que de la guérison.
Azzy avait accompli un miracle. Elle avait les babines tachées de sang, mais elle tira la langue et me regarda de son air inoffensif habituel.
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