Chapitre 523
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 523 : Il finira forcément bouilli et dévoré
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Ende avait affronté la meute de loups en ennemie. Les loups étaient féroces et puissants, mais ils n’avaient pas été difficiles à combattre. Les éléments habituels de la guerre — distinguer amis et ennemis, préserver le secret, manœuvrer pour prendre l’avantage, remonter le moral des troupes, démasquer les espions — avaient tous été absents.
Les humains étaient des alliés, les loups des ennemis. La victoire signifiait la vie, la défaite la mort. C’était assez simple pour que les hommes-bêtes le comprennent. Dès lors qu’ils pouvaient se concentrer uniquement sur l’ennemi devant eux, c’était comme s’ils avaient déjà remporté une victoire stratégique.
C’était pourquoi les hommes-bêtes d’Ende ne se méfièrent pas, même lorsqu’ils aperçurent une légion en armure. Il était impossible que les humains soient leurs ennemis.
Le marquis Lapaeno et son armée approchèrent discrètement, compte tenu de leur nombre.
« Alors, c’est toi, Gruel ! La gloire de la race porcine ! »
Gruel, décontenancé, dévisagea son visiteur inattendu.
Et pour cause. Quand un inconnu se présentait avec une légion dans son sillage, même Gruel, pourtant si hardi, ne pouvait l’accueillir sans appréhension. Et si cet inconnu était un homme d’âge mûr à la moustache arrogante, le malaise en était décuplé.
De plus, le marquis Lapaeno ne dissimulait pas son domaine. À la vue de la force qu’il avait rassemblée, acérée comme une lame, Gruel déglutit instinctivement.
C’était un expert égal à Gruel, voire plus puissant. Gruel se tourna vers Sapien et lui demanda :
« Qu’est-ce que c’est ? »
Sapien tressaillit.
« Surveille tes paroles, Gruel. Voici le marquis Lapaeno, le Général du Tigre noir. »
« Ah. L’un des cinq doigts de l’État vassal dont tu m’as parlé ? »
« J’ai dit de surveiller tes paroles. »
Gruel connaissait les règles élémentaires de la politesse. Il savait aussi combien il était inutile de s’incliner dès la première rencontre. Il leva cinq doigts et ricana.
« Les doigts ont aussi leur rang, non ? Lequel des cinq êtes-vous ? Le majeur, peut-être ? »
« Gruel… ! »
« Hahahaha ! Audacieux, très audacieux ! »
Heureusement, les craintes de Sapien ne se réalisèrent pas. Le marquis Lapaeno accueillit de bon cœur la provocation pourtant flagrante de Gruel.
« C’est exact. On compare souvent nos Cinq Généraux Tigres à des doigts ! Les cinq doigts qui tiennent l’épée de l’État vassal ! Et le saviez-vous ? Il y a des gens qui naissent avec six doigts ! Qu’y a-t-il de mal à en avoir davantage pour tenir une épée ? »
Lapaeno était un noble de l’État vassal, et pourtant il avait répondu favorablement à une provocation aussi puérile. Cela signifiait qu’il voulait quelque chose de Gruel. Et s’il parlait ici de six doigts, il n’y avait qu’une seule explication possible.
Lapaeno voulait faire de Gruel le sixième doigt.
« Vous essayez de me recruter dans l’État vassal ? »
« J’avais entendu dire que tu étais malin, et cela semble vrai ! Qui aurait cru que tu le comprendrais avant même que je parle de recrutement ! »
« Voilà donc ce qu’il en est. Quelle surprise. »
Gruel le dit, mais il s’était attendu à ce que cela arrive. Il aurait été bien plus étrange de ne pas tenter de recruter un maître ayant atteint le Principe.
Je n’ai pas l’intention de servir qui que ce soit. Cela dit, je pourrais nouer une alliance avec eux. Il va falloir bien peser le pour et le contre.
Maintenant qu’il avait décidé de prendre les hommes-bêtes porcins sous sa protection, Gruel devait obtenir le plus possible : des droits, de la nourriture, ce genre de choses. Il acheva ses calculs.
« C’est une offre bien trop généreuse pour un vagabond comme moi. Qu’est-ce que le grand État vassal gagnerait à m’accueillir ? »
« Les vagabonds ont leur utilité. Notre guilde s’intéresse tout particulièrement à toi. Plus précisément, aux trésors du Royaume des Dix Mille que tu pourrais nous rapporter. »
« Des élixirs spirituels. Je comprends votre intérêt. »
Maintenant que le Roi des Loups avait disparu, la plaine d’Enger allait de nouveau devenir une route fréquentée par les aventuriers. Ceux-ci auraient besoin de la Faction des Bêtes pour trouver le chemin du Royaume des Dix Mille, et Gruel, qui avait même transformé cela en activité commerciale, devait leur paraître extrêmement précieux.
« Exactement. Sais-tu combien d’élixirs spirituels il faut pour former un seul pratiquant de l’énergie ? Une quantité impossible à décrire. Même après leur en avoir fait avaler autant, rien ne garantit qu’ils deviendront des maîtres. Les élixirs manquent toujours, car nous devons continuer d’investir même en sachant que cela ne donnera rien. Et pourtant, un vagabond qui n’a fait que ramasser des miettes d’élixirs spirituels peut atteindre le Principe du jour au lendemain. »
« Qu’avez-vous à offrir à un vagabond comme moi ? »
« Que peut-on offrir à un pratiquant de l’énergie ? De meilleurs manuels, des élixirs spirituels plus précieux et la possibilité d’affronter d’autres maîtres. »
Gruel était aussi un artiste martial ; l’offre ne pouvait donc que le tenter. Malgré tout, n’était-ce pas là ce que tout maître au service d’un pays était censé recevoir ? Gruel croisa les bras et attendit la suite, comme pour inviter Lapaeno à poursuivre.
« Et je te confierai cette ville, Ende. »
L’offre était si extraordinaire que Gruel ne parvint pas à cacher sa réaction.
« … Qu’avez-vous dit ? Ende ? Vous êtes sérieux ? »
« Oui. Les loups ont disparu, il est donc temps que le propriétaire d’origine revienne dans la maison qu’il a laissée vide. L’État vassal a décidé d’administrer Ende à partir de maintenant. Puisque nous y sommes, autant recruter aussi un maître. »
Recruter Gruel et lui confier Ende dans le même temps. C’était si inattendu que Sapien en resta lui aussi sans voix.
« Attendez un instant, marquis Lapaeno. Tout cela est très soudain. »
« Soudain ? Qu’y pouvons-nous ? Dès l’instant où tu n’as pas réussi à empêcher la rébellion des oreilles-de-bête, tout était déjà décidé. Il est temps de cesser de jouer au roi parmi les oreilles-de-bête sous prétexte que tu es humain. »
La nouvelle de la rébellion d’Orcma était déjà parvenue au marquis Lapaeno. Sapien se mordit la lèvre, humilié de voir son échec révélé, mais Lapaeno ne lui accorda même pas un regard. Gruel, lui, fut plutôt surpris.
Sapien m’avait mis en garde contre lui, mais il semble plutôt facile à aborder. Et son offre est remarquable. Qu’est-ce qui est censé être déraisonnable, au juste ?
Bien que Lapaeno eût amené une armée, il ne cherchait pas à étaler sa puissance. Il n’essayait pas non plus d’écraser qui que ce soit sous son autorité. Comparé à cet humain reconnu qui régnait simplement parce qu’il était humain, n’était-il pas plus humain que lui ?
Gruel commençait justement à pencher légèrement en faveur du marquis Lapaeno…
« Je vais bientôt ordonner aux oreilles-de-bête d’évacuer la ville et les tenir pour responsables de la rébellion. Préparez-vous à l’avance. »
Ces mots, prononcés sans élever la voix, le frappèrent comme la foudre.
La maison laissée vide par son propriétaire d’origine. Ende allait désormais être administrée par l’État vassal. Il était temps de cesser de régner parmi les hommes-bêtes.
Ils chasseraient les hommes-bêtes d’Ende, puis les humains s’installeraient sur ces terres désertées. Tout ce qu’avait dit le marquis Lapaeno menait à cette unique conclusion.
Sapien, qui connaissait mieux la situation politique que Gruel, fut le premier à comprendre.
« Seuls quelques hommes-bêtes porcins se sont rebellés ! La plupart des hommes-bêtes n’y sont pour rien ! »
« Et alors ? »
« Comment ça, et alors… ? »
La réponse du marquis laissa Sapien sans voix. Lapaeno se mit à faire tourner sa moustache d’un air distrait.
« Les oreilles-de-bête sont toutes des oreilles-de-bête. Quelle différence ? Elles auraient dû nous être reconnaissantes de les avoir laissées vivre ici, et pourtant elles ont osé oublier cette faveur et attaquer des humains. N’est-ce pas une raison suffisante pour agir ? Pourquoi devrais-je faire une distinction selon le type d’oreilles qu’elles ont ? »
Pourquoi distinguer Orcma des autres, les hommes-bêtes porcins des autres hommes-bêtes ? Le marquis Lapaeno posait la question en toute sincérité.
« Mais… ! »
« Ne vous emportez pas comme ça. Qui a dit que nous vous retirerions votre autorité ? Vous garderez votre titre et vos pouvoirs. Si vous le souhaitez, vous pourrez conserver les oreilles-de-bête que vous employez dans votre maison. Les autres, en revanche, devront retourner d’où elles viennent. L’État vassal compte des dizaines de milliers de sujets sans abri. Nous ne pouvons pas laisser les oreilles-de-bête occuper des maisons vides. »
Ende, terre d’opportunités, était devenue une cité libre des hommes-bêtes grâce au Roi des Loups. Plutôt que de s’exposer au danger des loups dans la rude plaine d’Enger, les humains avaient voulu vivre en sécurité sous la protection de l’État vassal.
Mais maintenant que les hommes-bêtes avaient chassé les loups, les humains comptaient reprendre cette terre d’opportunités.
« C’est aussi mieux pour vous. Combien de temps allez-vous rester une ville de frontière ? Vous avez vaincu les loups ; ne devriez-vous pas commencer à rassembler du monde et songer à bien administrer la ville ? »
Les hommes-bêtes n’étaient même pas considérés comme des êtres dignes d’attention. Ils n’étaient pas des cibles qu’on aurait insultées ou méprisées.
Gruel intervint.
« Attendez, marquis. Je suis l’une de ces oreilles-de-bête dont vous parlez sans arrêt. »
« Et alors, Gruel ? Ce qui compte, c’est que tu es un maître avide de pouvoir. Qu’il s’agisse d’une épée démoniaque ou d’autre chose, une lame acérée doit d’abord être rangée dans un fourreau. »
Le marquis Lapaeno se gratta l’oreille, comme si la conversation l’ennuyait.
« Si tu tiens vraiment à prendre soin des oreilles-de-bête… je te conseille d’accepter mon offre. N’aurais-tu pas besoin du soutien de l’État vassal pour dresser ne serait-ce que des tentes pour elles ? »
Si Gruel avait été un homme ambitieux et sans scrupules, il aurait accepté l’offre du marquis Lapaeno. C’était l’occasion de réaliser ses ambitions.
Même si Gruel avait eu la bonté de prendre soin des siens, il aurait dû l’accepter. Autrement, tous les hommes-bêtes chassés d’Ende auraient été abandonnés de tous.
C’était à moitié une menace. Malgré tout, la détermination de Lapaeno à placer fermement Ende dans la sphère d’influence de l’État vassal était évidente. Et Ende ne pouvait échapper à cette volonté si Gruel ne se dressait pas personnellement contre lui.
L’inacceptable arrivait d’une manière véritablement inacceptable. Sans le moindre temps d’arrêt, sans tenir compte de la détermination de Gruel, il ne lui laissait qu’un seul choix.
Tandis que Gruel réfléchissait à toute vitesse, un autre humain reconnu s’avança le premier.
« Marquis Lapaeno. Il y a une chose que vous avez dite et que je ne peux pas laisser passer. »
Le duc Erectus, un humain reconnu sans égal dans sa discrimination envers les hommes-bêtes. À sa vue, tout le monde se tendit, comme s’il venait d’assister à la naissance d’une bombe sous forme humaine. Sapien envisagea sérieusement de frapper Erectus à la nuque et de l’entraîner au loin avant qu’il n’aggrave la situation.
Le marquis Lapaeno fouilla sa mémoire.
« C’est… qui, déjà ? »
« L’humain reconnu Erectus. C’est le seigneur qui est resté à Ende et a conservé son poste tandis que tous les autres partaient à cause des loups. »
« Ah, le duc qui n’en a que le titre… Qu’y a-t-il ? Avez-vous quelque objection à la décision de l’État vassal ? »
« Naturellement. L’État vassal porte atteinte à la propriété privée. »
« La propriété privée ? »
Des dizaines de milliers d’hommes-bêtes vivaient à Ende. Le duc Erectus les traitait tous comme sa propriété privée, comme si c’était parfaitement naturel, alors qu’il aurait déjà été difficile de posséder autant de bêtes au sens propre.
« Oui. Les hommes-bêtes d’Ende sont la propriété des humains reconnus d’Oberli, qui protègent ces terres depuis si longtemps. Ce sont les biens des humains reconnus que nous sommes, nous qui avons préservé notre fierté et notre devoir pendant que tous les autres fuyaient Ende. Je respecte le jugement de l’État vassal, mais… je ne peux pas accepter l’ordre d’évacuation. Nous avons le devoir de protéger notre territoire et nos biens. »
Au racisme répondit le racisme. Même le marquis Lapaeno resta un instant sans voix devant une déclaration bien plus extrême encore.
Notes :
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