Chapitre 522
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 522 : Le chien de chasse qui attrapa le loup
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Orcma avait autrefois conquis Oberli. Mais l’organisation n’avait pas su régler plusieurs problèmes à temps et avait fini par s’effondrer. Elle semblait vouée à se désagréger.
La présence de Gruel rassembla cependant les hommes-bêtes porcins. Après avoir négocié avec Sapien, Gruel absorba toute l’organisation d’Orcma et mit ses forces à profit pour affronter le Roi des Loups.
Gruel était un Maître et une source de fierté pour les hommes-bêtes porcins du monde entier. Orcma n’était pas la seule à l’admirer : même les hommes-bêtes porcins qui n’avaient aucun lien avec l’organisation l’admiraient. Puisque Gruel était aussi le seul à les protéger des fonctionnaires d’Oberli et des autres puissants, Orcma n’eut d’autre choix que de le suivre.
Gruel retrouva Urukpaing. Celui-ci avait mené des mercenaires au combat aux côtés des guerriers de la Faction des Bêtes et haletait après cette marche épuisante. Gruel s’approcha sans se soucier de son état.
« Urukpaing ! Tu t’es battu vaillamment à nos côtés contre les loups, mais j’ai encore besoin de toi un petit moment ! »
« Haletant, haletant. Non, Gruel. Ce fut un honneur de combattre à vos côtés ! »
« Tes arts du qi sont les meilleurs que j’aie vus chez quelqu’un à qui je ne les ai pas enseignés moi-même. Et je doute que quelqu’un te les ait appris. C’est rassurant d’avoir un orc comme toi parmi nous. »
« N-non… Snif. C’est tout à fait réciproque… ! »
Bouleversé, Urukpaing renifla et partit déblayer les pierres.
On croyait Gruel à la fois violent et sauvage, mais la force seule ne suffisait pas pour devenir grand chef de la Faction des Bêtes. Gruel savait aussi s’y prendre avec les gens.
Tantôt il les flattait, tantôt il les menaçait : il les tenait en laisse tout en les encourageant à avancer. Les hommes-bêtes porcins travaillaient sans relâche.
« J’entends des voix là-dedans ! Tout le monde, par ici ! »
« Un, deux, tirez ! »
Les hommes-bêtes porcins étaient nombreux, et le nombre faisait leur force. Ils étaient innombrables à transporter des pierres, à chercher les gens à l’odeur, à déblayer les décombres et à secourir ceux qui se trouvaient ensevelis dessous.
« Je suis vivant ! Merci de m’avoir sauvé… »
« … Sortez. »
Les gardes d’Oberli, prisonniers des ténèbres depuis des heures, éprouvèrent une gratitude mêlée de réticence envers les hommes-bêtes porcins qui les avaient secourus. Exactement comme Gruel le souhaitait.
Un ennemi extérieur unissait ceux qui se trouvaient à l’intérieur. Le ressentiment pouvait persister, mais les souvenirs d’avoir affronté ensemble le champ de bataille aussi.
« Orcma et les hommes-bêtes porcins sont désormais assez mêlés pour qu’on ne puisse pas distinguer facilement qui appartient à Orcma et qui n’en fait pas partie. »
Même en travaillant, Gruel surveillait sans cesse la situation et réfléchissait à la suite. Il ressemblait moins à un artiste martial qu’à un homme d’affaires. Alors qu’il vérifiait si d’autres tâches restaient à accomplir, il aperçut des travailleurs qui peinaient à déplacer un énorme rocher.
« Bon. Je ferais bien de montrer l’exemple et de les aider, moi aussi. »
Après avoir déraidit ses épaules, Gruel se mit à déblayer les gravats.
C’est alors qu’il remarqua un garçon homme-bête porcin qui lui semblait familier. C’était celui qu’il avait croisé à la décharge en arrivant à Ende.
Avant d’affronter les loups, ils avaient accepté des volontaires de tous âges, mais Gruel ne s’était pas attendu à ce qu’ils emmènent un gamin des bidonvilles comme lui. Il s’approcha du garçon.
« Hé, gamin. »
« Oui ? Ah, Seigneur Gruel… »
Le garçon faisait rouler des pierres lorsqu’il remarqua Gruel et ne sut plus quoi faire. Gruel l’examina. Son armure de cuir matelassée et le manche de lance qu’il tenait montraient clairement qu’on l’avait amené ici comme soldat.
« Qui t’a amené sur le champ de bataille ? »
Le garçon avait à peine réussi à survivre dans les bidonvilles. À moins qu’on l’ait enrôlé de force, il n’aurait jamais été volontaire. Gruel lui posa la question, mais le garçon évita son regard en répondant.
« J-je me suis porté volontaire. »
« Je vois. Qui t’a dit de répondre ça ? »
« C’est vrai. J’y suis allé moi-même et j’ai dit que je voulais me battre. Orcma nous a demandé de combattre pour les hommes-bêtes porcins. »
« Orcma ? »
« Oui. Orcma m’a donné… de la viande. »
Le visage du garçon rougit à l’idée qu’il s’était laissé convaincre par quelque chose d’aussi insignifiant que de la viande. Gruel attendit en silence. Le garçon poursuivit avec difficulté :
« Je n’avais jamais rien mangé de pareil… Et ils ont dit que ma famille pourrait y goûter aussi si tout se passait bien. Alors je suis venu. »
« Tu as refusé mon offre, mais tu as risqué ta vie pour de la viande ? Et tu as cru à la promesse d’Orcma ? »
« … Oui. »
S’il avait eu du courage, le garçon aurait accepté l’offre de Gruel. S’il avait été sage, il ne se serait pas engagé dans cette bataille.
Mais il n’avait ni courage ni sagesse. La promesse d’Orcma de lui donner de la viande l’avait tenté, et il s’était porté volontaire sans réfléchir.
Pourtant, comment Gruel aurait-il pu le blâmer ou se moquer de lui ? Un homme-bête porcin — non, un gamin des bidonvilles de cet âge-là — ne pouvait s’empêcher d’être irréfléchi et impulsif.
Tout le monde ne pouvait pas être aussi fort que Gruel. Tous ne pouvaient pas observer le monde avec calme et recul.
Et pourtant, le garçon n’avait pas eu besoin de beaucoup de raisons pour prendre une arme et se dresser contre l’adversité.
« Tu obtiendras ce que tu veux. Je te le promets. »
Gruel lui donna une tape ferme sur l’épaule et se releva. Sa résolution avait toujours été dure comme la pierre, mais la rencontre avec le garçon l’avait encore renforcée.
Sapien s’approcha alors, porteur d’une nouvelle désagréable.
« Gruel. Il faut que je te parle. »
« Vas-y. »
« C’est au sujet d’Orcma. On dirait que tu veux les récompenser pour leurs services et faire disparaître leurs crimes. »
« Et alors ? »
Gruel ne le nia pas. Sa réponse signifiait : *Tu as parfaitement compris. Qu’est-ce que tu comptes faire ?* Sapien en saisit le sens et parla franchement.
« C’est impossible. Ils ont gravement enfreint non seulement les règles d’Ende, mais aussi les lois du duché. On ne peut pas fermer les yeux sous prétexte qu’ils ont fait leur devoir. »
« Et moi ? »
« Tu es un étranger, pas un citoyen d’Ende. Nous ne pouvons pas t’appliquer les mêmes règles. En plus, tu as vaincu le Roi des Loups. »
« Alors exile Orcma. Je les accueillerai. »
Sapien secoua la tête devant cette proposition qui consistait à mettre les mérites et les méfaits dans le même panier.
« Tout le monde sait que ce serait une entourloupe. Si tu veux régler ça à l’amiable, choisis quelques membres de la direction d’Orcma. »
« Pour les tuer ? »
« Je ferai en sorte que ça n’en arrive pas là. »
« Tu comptes les livrer au duché en prétendant avoir capturé les chefs des rebelles. »
« … »
La promesse de Sapien de faire son possible signifiait que même un fonctionnaire d’Ende ne pourrait pas intervenir. Autrement dit, Sapien comptait les livrer au duché. Gruel eut un petit rire.
« Dis-leur que tu as essayé de les arrêter. Le duché ne peut pas être assez minable pour exiger de toi l’impossible. »
« Tout le monde sait que nous avons coopéré avec toi. Les paroles ne régleront rien. »
La politique était une bataille de justifications. Gruel le savait. Pourtant, il comptait porter le fardeau des hommes-bêtes porcins.
Il se détendit, puis se redressa.
« Alors je leur montrerai par des actes. Battons-nous. Je vais te mettre une raclée, juste assez pour faire passer le message, mais pas au point de te tuer. Le duché devrait comprendre ça. »
Une aura combative jaillit de tout le corps de Gruel. Comprenant qu’il était sérieux, Sapien recula.
« Tu comptes défier le duché ? Tu vas jeter aux orties tout le mérite que tu as gagné en affrontant les loups ? »
« Il n’est pas perdu. Nous avons prouvé quelque chose. »
« Quoi donc ? »
Gruel murmura à l’intention de Sapien, resté sans voix, en se remémorant le passé.
« Nous avons prouvé que nous pouvions aller de l’avant. »
Gruel était originaire d’Ende. Comme les autres orcs, il avait grandi en fouillant la décharge.
La différence, c’était qu’il s’était battu de toutes ses forces pour échapper à cette condition.
Au sud-est de la plaine d’Enger, sur les anciennes terres du Royaume des Dix Mille, des trésors d’une nation déchue gisaient enfouis. Les aventuriers en quête de ces trésors traversaient Ende pour explorer les ruines du Royaume des Dix Mille. La région regorgeait de terrains accidentés, de bêtes dangereuses et des sinistres vestiges laissés par une nation disparue. Mais c’était aussi une terre de possibilités, riche en remèdes précieux et en trésors.
Gruel avait décidé de faire de son statut d’homme-bête porcin un avantage. Il était entré en contact avec les hommes-bêtes porcins de la Faction des Bêtes, descendants des anciens orcs qui erraient dans les plaines, et avait gagné leur confiance. Ende, qui jouxtait la civilisation, les remplissait de curiosité autant que d’envie. Gruel leur avait parlé d’Ende, leur avait présenté des contacts et avait joué les intermédiaires.
Il avait ensuite aidé les aventuriers en faisant appel aux guides de la Faction des Bêtes. Ceux qui arrivaient à Ende et cherchaient des guides par le bouche-à-oreille pouvaient entreprendre des expéditions beaucoup plus sûres sous la conduite des tribus nomades de la région. Sous la direction de Gruel, la tribu et lui-même avaient prospéré. On les attaquait souvent, car ils avaient tellement changé par rapport à ce qu’ils étaient autrefois. Mais, à la fin, tous les autres prétendants au titre de chef étaient morts ou avaient fui, et Gruel était devenu le chef.
Gruel avait appris les arts du qi auprès des aventuriers et consommé de précieux remèdes trouvés dans les ruines du Royaume des Dix Mille. Après avoir surmonté d’innombrables dangers et avidement fait siennes toutes les richesses possibles, il était finalement devenu un Maître.
Puis les loups avaient pris le pouvoir dans la plaine d’Enger, coupant les routes commerciales et contraignant Gruel à fuir.
« La fierté des hommes-bêtes porcins. C’est drôle de dire ça de moi, mais je me croyais moi aussi digne de fierté. Alors, je reprochais injustement aux miens de ne pas saisir les occasions comme je l’avais fait. Mais après être venu ici, j’ai décidé de voir les choses autrement. »
« Comment ça ? »
« Je deviendrai leur occasion. »
Gruel ne commettrait pas les mêmes erreurs qu’Orcma. Alors, il pouvait agir à sa place.
Sapien répondit à cette déclaration pleine d’assurance d’un air sombre.
« Gruel. Est-ce que tu as déjà échoué ? »
« Rien ne me vient à l’esprit. »
« Je m’en doutais. Mais n’oublie pas ceci : le destin ne te sourira pas toujours. »
Sapien était peut-être moins capable que Gruel. C’était pour cela qu’il avait appris à se résigner bien plus tôt. Malheureusement, il connaissait ses propres limites bien mieux que Gruel.
« Parce que l’absurde peut te tomber dessus à tout moment. »
« Un des Cinq Généraux Tigres ? Qui ? »
La confiance était le pilier d’une guilde de marchands qui en parrainait une autre. Un gérant de guilde ne mentait pas. On disait que tromper les autres était le fondement du commerce, mais ceux qui suivaient fidèlement ce principe brillaient un instant avant de disparaître. Seules les sept guildes marchandes, aussi inébranlables que la Grande Ourse dans le ciel, avaient conservé leur place.
« Le marquis Lapaeno, le Général du Tigre noir, surnommé l’Épée jumelle. Il mène le Corps du Tigre noir ainsi qu’un corps de mercenaires financé par la cour. Les effectifs et la force exacte de ces troupes sont confidentiels ; le contrat m’interdit de les révéler. »
« Lapaeno… L’utilisateur de rapière ? Pourquoi ? »
« Le contrat m’interdit de révéler les objectifs militaires. »
Le gérant Moore répondit brièvement. Pourtant, s’il ne pouvait pas le révéler, c’était bien qu’il le savait. La régresseuse pouvait au moins tenter une supposition.
« Ça doit être à cause du Roi des Loups. Le duché ne devait pas être certain qu’Ende pourrait s’en occuper correctement. S’ils ont fait appel à un corps de mercenaires financé par la cour, c’est que la situation était urgente. »
« La dernière fois qu’il y a eu la rébellion, ils n’ont même pas prêté attention à Ende. Comme on est avant la rébellion, ils ont peut-être un peu de marge. Enfin, nous nous sommes occupés du Roi des Loups nous-mêmes. »
Si le Roi des Loups l’emportait, le duché serait probablement menacé à son tour. Dans ce cas, il était plus logique d’envoyer une armée vaincre le Roi des Loups avant qu’Ende ne tombe complètement. C’était une hypothèse tout à fait raisonnable et normale.
Le gérant Moore ne dit rien.
Le monde ne semblait ni si raisonnable ni si normal.
« La Guilde des Marchands violets garantit votre identité. Je dois toutefois vous prévenir que l’exécution du contrat pourrait être quelque peu retardée, selon la décision de l’un des Cinq Généraux Tigres. »
« D’accord. Mais vous avez fait tout ce chemin juste pour me dire ça ? »
Sans répondre, le gérant Moore fit pivoter le bracelet à son poignet. À cet instant, un vent venu de nulle part se leva et sa cape se déploya comme une voile, l’emportant dans les airs. Le gérant Moore rasa le sol comme une hirondelle.
« Une voile de vent. C’est un accessoire coûteux. »
« Moore est gérant de la Guilde des Marchands violets. Il doit posséder des choses bien plus chères. Mais surtout, le marquis Lapaeno… »
« Tu le connais ? »
« C’est un Maître, alors j’en sais un peu sur lui. Lapaeno l’Épée jumelle. Il est célèbre pour avoir remporté le tournoi des Cent Combats du Colisée, obtenu le titre de Maître des duels et maîtrisé les vingt-quatre formes du Manuel de combat vulcain. »
Il devait être impressionnant. C’était à la fois un Maître et l’un des Cinq Généraux Tigres du duché. Tout le monde le savait.
« Et son tempérament ? »
La régresseuse posa le menton sur sa main, réfléchit longuement, puis répondit :
« Euh… Arrogant ? Mais ça vaut aussi pour les autres Maîtres. »
« Ah. Donc, même parmi les Maîtres arrogants, il se distingue par son arrogance. »
« C’est ce que ça veut dire ? Enfin, c’est un général. Son caractère ne devrait pas poser de problème… n’est-ce pas ? »
La régresseuse n’en était pas sûre, même en le disant. Elle avait probablement vu trop de gens tout gâcher à cause de leur caractère.
Elle y compris, bien sûr.
« Hmm. Ça me paraît louche. »
« Oui… hein ? »
La régresseuse avait un bon instinct animal. Elle pouvait être stupide, mais cela voulait dire qu’elle jugeait les situations d’abord à l’instinct, avant de s’en remettre à la raison.
Le gérant Moore qui se déplaçait en personne sans raison apparente, et le marquis Lapaeno qui marchait sur Ende à un moment aussi mal choisi… La régresseuse ressentait un étrange malaise.
Et son instinct ne la trompait pas.
D’après les informations que j’avais obtenues en lisant les pensées du gérant Moore, le marquis Lapaeno n’était pas parti pour aider Ende…
L’époque où l’on faisait la guerre à coups d’effectifs était révolue. Un seul Maître pouvait facilement affronter une centaine d’adversaires plus faibles. Cela ne signifiait pas pour autant qu’il était judicieux d’envoyer un Maître se faire encercler par cent hommes. Reconnaissance, manœuvres, ravitaillement, encerclement : la doctrine militaire classique consistait à adjoindre des unités rapides et efficaces, capables d’appuyer le gros des forces.
Les troupes du marquis Lapaeno suivaient cette doctrine à la lettre.
Les cavaliers, tous formés aux arts du qi, pouvaient chevaucher trois jours et trois nuits sans se fatiguer. La section des mages de la cour pouvait gérer parfaitement le ravitaillement et l’entretien avec un effectif réduit. Avec un mage et un Maître en plus, l’armée constituait déjà une force stratégique.
La formation était peut-être un peu lâche, car l’unité avait été constituée à la hâte, mais sa puissance restait intacte. Les troupes du marquis Lapaeno atteignirent Ende aussi vite qu’elles avaient été rassemblées.
Elles arrivèrent un peu tard pour participer au combat contre les loups, mais ce n’était qu’un détail.
« Hmm. Alors, c’est ça, Ende ? »
Un homme d’âge mûr à la moustache imposante et à l’allure robuste fit son entrée dans la ville. L’arrivée de plusieurs centaines de soldats armés aurait dû provoquer un tollé, mais de nombreux habitants étaient partis se préparer au combat contre les loups. Aussi, la réaction fut presque inexistante.
Le marquis Lapaeno caressa les pointes de sa moustache recourbée et donna son impression.
« C’est aussi sale que le prétendent les rumeurs, mais moins bruyant. Ha ha ha ! Je devrais tout de même trouver au moins une personne dans ce cloaque capable de me comprendre. »
Heureusement, la nouvelle de l’arrivée du marquis Lapaeno parvint à Oberli. Les fonctionnaires qui venaient à peine de reprendre le pouvoir s’y trouvaient toujours.
Le duc Erectus, un fonctionnaire d’Ende, vint accueillir le marquis Lapaeno. Accompagné d’une petite escorte, il le retrouva à la porte principale de la ville.
« C’est un honneur de rencontrer le marquis Lapaeno, l’un des Cinq Généraux Tigres et le bouclier qui protège le duché. Je suis Erectus, fonctionnaire d’Ende, et je vous souhaite la bienvenue au nom de tous ses habitants. »
« Hum. Hmm. »
Après avoir réfléchi un instant, le marquis Lapaeno donna un petit coup de coude à son adjudant et lui demanda :
« Qui est-ce ? Je ne connais pas bien les pouvoirs locaux. »
Aider un général à comprendre les pouvoirs locaux faisait partie des devoirs d’un adjudant, notamment pour éviter les insultes involontaires. L’adjudant, qui avait étudié Ende à l’avance, répondit au marquis Lapaeno :
« Le duc Erectus. »
« Un duc ? Dans une ville aussi petite ? »
« À strictement parler, son titre diffère quelque peu de celui d’un duc ordinaire. Après que Saint Enger eut laissé trois descendants et rejoint les cieux, l’Empire fit de la plaine d’Enger un margraviat en son honneur. Plus de deux cents ans plus tard, quand la plaine d’Enger fut cédée au duché, une partie de ses terres devint le territoire du Duché du Lilas, mais Ende resta un margraviat. Par conséquent… »
« Hmm. Ça suffit. Donc, il n’est duc que de nom ? C’est pour ça que je déteste les marches frontalières. N’importe quel chien ou vache y porte le titre de duc. »
L’adjudant avait étudié les faits, pas pour que le marquis Lapaeno les énonce à voix haute. Et voilà qu’il parlait de chiens et de vaches à Ende, précisément. L’adjudant le reprit à voix basse.
« Saint Enger a planté son étendard sur cette terre. Veuillez surveiller vos paroles. »
« Ah. Hmm. »
Le duc Erectus avait parfaitement entendu les deux hommes.
Ils auraient pu communiquer par transmission sonore, mais ils avaient délibérément parlé à voix haute. C’était une façon de déclarer qu’ils n’avaient aucune intention de faire preuve de courtoisie. Leur impolitesse frôlait la déclaration de guerre. Mais qui pouvait l’en empêcher ?
Le marquis Lapaeno ne se souciait guère de son manque de politesse.
« J’ai appris la nouvelle en chemin. Alors, vous avez vaincu le Roi des Loups ? »
« … D’après les rapports, oui. »
« Hmm. Perdre contre une simple meute de bêtes, ça aurait été indigne des “Seigneurs de toute la Création”, n’est-ce pas ? Ah, cette ville abrite des hommes-bêtes, pas vrai ? Vous vous êtes bien débrouillés, oreilles de bêtes ! Je devrais vous féliciter ! »
« C’est un résultat que nous avons obtenu tous ensemble. »
« Ah, c’est vrai ! Féliciter les oreilles de bêtes, quelle maladresse de ma part ! Le mérite revient aux Maîtres qui ont su manier les oreilles de bêtes ! Ha ha ha ! »
Il rit comme s’il venait de faire une plaisanterie amusante, puis agita la main.
« Enfin, peu importe. Ce n’est pas important. Si les loups ont disparu, passons à la suite. »
« Et quelle serait cette suite ? »
Le marquis sourit comme si, enfin, quelque chose avait éveillé son intérêt.
« Où est Gruel ? »
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