Chapitre 518
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Chapitre 518 : L’heure du chien et du loup — 11
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Fenrir et Azzy se battirent comme elles l’avaient toujours fait.
Elles s’immobilisèrent l’une l’autre à coups de pattes avant et de griffes, luttant pour prendre l’avantage avant de se montrer les dents. Elles avaient beau avoir forme humaine, leur nature était toujours canine. Pour être sûres de tuer l’autre, il leur fallait leurs crocs.
Une boule de poils brune et une boule de poils grise piétinèrent le sol et se ruèrent l’une sur l’autre. Elles allaient trop vite pour que je puisse les suivre des yeux. Tandis que les deux Rois des Bêtes livraient le combat du siècle, je ne pouvais que les regarder, la tête me tournant.
Était-ce donc cela, l’impuissance d’un simple humain face au destin ? Je n’arrivais à suivre ni leur force, ni leur vitesse, ni même leurs sens. À l’instant où je sentis le vent approcher, Azzy et Fenrir étaient déjà passées à côté de moi.
Si je pouvais au moins lire ses pensées, je pourrais anticiper les mouvements d’Azzy et la soutenir. Malheureusement, Azzy était un chien. Tout ce que je pouvais faire, c’était me servir d’Azzy et de Jizan comme boucliers pour rester hors de portée de Fenrir.
À quoi bon rassembler des Dieux démoniaques ? Mes statistiques brutes ne suffisaient toujours pas.
Fenrir avait peut-être entendu claquer ma langue. Nos regards se croisèrent un instant. Dès qu’elle montra les dents, ses yeux s’illuminèrent et elle fondit sur moi comme une météorite. Même à plus de cinquante mètres, elle se précipita à une vitesse terrifiante, visant ma gorge.
Azzy était trop loin. Jizan était la seule chose qui pouvait me protéger. Avant même d’avoir le temps d’y réfléchir, mon corps s’était déjà emparé de Jizan, ma bouée de sauvetage, et avait réagi.
La patte avant de Fenrir frappa Jizan. Un instant plus tard, l’onde de choc me percuta de plein fouet. La sensation étourdissante ne dura qu’un instant. Jizan résista légèrement, puis repoussa la patte de Fenrir.
Même un Roi des Bêtes ne pouvait vaincre un Dieu démoniaque.
Pourtant, même en maniant le même Dieu démoniaque, l’issue dépendait du talent de l’utilisateur. Contrairement à moi, qui chancelais sous la seule pression de l’onde de choc, Fenrir prit de nouveau appui au sol et bondit sur moi. Je n’avais plus la force de l’arrêter. Même avec Jizan, je ne pouvais tenir qu’un seul échange.
« Ouaf ! C’est de la triche ! Bats-toi à la loyale ! »
Mais je n’étais pas seul.
À peine avais-je résisté à cet échange qu’un projectile brun percuta le flanc de Fenrir. Azzy et Fenrir étaient presque à égalité en termes de capacités physiques. Quand Azzy la heurta de tout son corps, Fenrir se plia en deux et fut projetée au loin.
Je raffermis mes jambes tremblantes et réfléchis froidement.
C’était tout ce que je pouvais faire. Avec ma force, je ne pouvais tenir qu’un échange. Azzy pouvait profiter de cette ouverture pour frapper Fenrir, mais…
Pour quelque chose qui m’obligeait à risquer ma vie, le bénéfice était bien maigre.
« Ouaf ! Tu me gênes ! »
« C’est dur. J’essaie de t’aider. »
« Reste à ta place ! »
Même Azzy n’avait pas l’air de vouloir de mon aide. Quelle chienne ingrate.
Qu’est-ce que je pouvais bien utiliser ?
Un Dieu démoniaque ? Une force écrasante rendait même un Dieu démoniaque inutile. À part Jizan, qui était elle-même une relique, les autres Dieux démoniaques ne pouvaient que me soutenir.
Je devais devenir plus fort. Il n’y avait pas d’autre solution. Sauf qu’une personne comme moi, incapable même d’apprendre les arts de l’énergie, ne pouvait pas devenir plus forte…
Il y avait bien une chose.
Je sortis la carte que j’avais gardée tout ce temps.
Cœur.
Un élixir qui provoquait des changements dans le corps.
Après l’apparition des arts de l’énergie, qui devinrent le moteur de l’histoire, les élixirs étaient tombés en désuétude. Les arts de l’énergie séparaient complètement le soi du monde pour ensuite raffiner ce soi ; leurs pratiquants ne tiraient donc aucun bénéfice des élixirs, ou subissaient au contraire des réactions néfastes. Avec le temps, les élixirs en étaient venus à désigner des remèdes spirituels qui dévoraient le qi de leur utilisateur.
Les anciens élixirs étaient différents.
La force d’un ours. Les sens d’un faucon. Un courage sans limites. Une persévérance infatigable. L’endurance nécessaire pour se relever, même après avoir été blessé.
À l’origine, ils servaient à consumer mon moi futur pour donner de la force à celui que j’étais dans le présent.
Je sortis les cartes Cœur que j’avais mises de côté.
Le Cœur 1 était un remède qui reconstituait le sang, mais je ne l’avais pas sur moi. Je n’avais pas le choix : il me faudrait le remplacer par l’art du sang.
Le Cœur 2 : potion d’apnée.
Le Cœur 3 : potion de tendons d’ours.
Les Cœurs 4 et 5 supprimaient la douleur et amélioraient la concentration, mais je les avais utilisés la dernière fois et n’en avais plus.
Le Cœur 6 : potion adhésive.
Je pris les Cœurs 2, 3 et 6, puis les versai dans le Cœur J.
Aucun n’était particulièrement remarquable à lui seul. Le Cœur 2 ne faisait qu’accélérer les battements du cœur, tandis que le Cœur 3 libérait simplement la limite imposée à ma force pour empêcher mes muscles de se déchirer. Le Cœur 6 soignait temporairement les blessures internes.
Prendre un seul de ces remèdes mineurs suffisait à vous rendre malade pendant des jours à cause des effets secondaires. Les prendre tous les trois d’un coup pouvait vous tuer. Pour réduire ces effets au minimum, je les versai dans le Cœur J et les dosai avec soin.
Le remède rouge s’infiltra dans la carte ornée du portrait d’un chevalier. À mesure que les trois remèdes se mélangeaient, ils remplirent peu à peu la carte de bas en haut, redonnant ses couleurs au chevalier. Je pliai la carte éclatante et avalai le mélange.
Amer, âpre, douloureux.
Ma langue me lança avertissement sur avertissement. Elle me supplia de tout recracher immédiatement, me prévenant que ce qui entrait dans mon corps allait me mettre en danger.
Je n’en tins pas compte et avalai le remède. Ma gorge me brûla tandis que le liquide descendait.
Après l’avoir entièrement bu, je jetai la carte vide. Elle heurta un rocher et s’y enfonça à moitié.
« Ha… Ha… »
Mon cœur battait à tout rompre. Ce n’était pas l’excitation d’avant un combat, mais un rythme artificiellement imposé. Il me suffisait d’inspirer pour sentir ma poitrine me faire mal, comme si elle allait éclater.
« Ah… »
Une vive douleur me traversa la paume. En baissant les yeux, je vis que j’avais serré le poing si fort que mes ongles s’étaient enfoncés dans ma peau, faisant couler le sang. J’essuyai celui-ci et marmonnai :
« Je vais le regretter demain. »
Je respirais si vite que je parlais plus vite que d’habitude. Une douleur sourde parcourut mes articulations. Sans arts de l’énergie, mon corps avait dépassé ses limites et en payait le prix.
Mais seuls ceux qui survivaient aujourd’hui avaient le privilège de voir demain.
Ce qui comptait, c’était maintenant.
Je serrai fermement Jizan. Je n’avais même pas forcé, pourtant ma main était devenue blanche, vidée de son sang.
J’étais encore très loin d’égaler la force d’Azzy et de Fenrir…
Malgré tout, c’était la limite que mon corps pouvait atteindre à cet instant.
Je pointai Jizan vers un rocher et l’y enfonçai. L’épée s’y engouffra aussi facilement que dans du tofu. Quand je levai le bras, le rocher embroché sur Jizan se souleva avec lui. Des graviers secs retombèrent sur le sol.
Même avec la force que m’avait donnée l’élixir, je n’aurais jamais pu soulever un rocher plus grand qu’un homme. Mais Jizan, une arme sans recul, pouvait rendre l’impossible réel. Grâce à l’art de la Terre, j’attachai le rocher à Jizan et regardai Azzy.
Azzy et Fenrir allaient toujours trop vite pour que je puisse les suivre des yeux. Pourtant, j’arrivais à les distinguer plus souvent qu’avant. J’observai attentivement leurs mouvements et levai Jizan au-dessus de ma tête.
Si les humains avaient un trait distinctif, c’étaient les outils. En tant que Roi de l’Humanité, je pouvais me servir de n’importe quel outil. Même d’une relique de Dieu démoniaque.
Alors, comment fallait-il utiliser un outil ?
Tout naturellement, on utilisait les outils avec les mains. Les humains possédaient des capacités physiques adaptées à leur maniement. Ou peut-être avaient-ils utilisé des outils parce qu’ils possédaient ces capacités.
Saisir, lancer, balancer.
La force que les humains possédaient en tant que bêtes, et dont les bêtes à quatre pattes étaient dépourvues.
Je tendis tout mon corps comme une corde d’arc, puis contractai tous mes muscles d’un coup et fouettai l’air avec Jizan. Poignet, bras, épaule, taille, jambes. Chacun était faible à lui seul, mais j’insufflai de la force à l’arme en enchaînant une vaste amplitude de mouvement. J’avançai le pied de tête et pivotai à partir de la taille. Au sommet de son accélération, je claquai du poignet.
Le rocher enfoncé dans Jizan fila en emportant toute cette vitesse.
Un rocher lancé par une catapulte aurait dû décrire un arc. Le mien rasa le sol comme une hirondelle. Lancée par un humain dopé à l’élixir et utilisant un outil, la pierre fila à une vitesse stupéfiante.
« Azzy ! Mords-la ! »
Les oreilles de Fenrir se dressèrent. Même un Roi des Bêtes ne pouvait ignorer un rocher des dizaines de fois plus lourd qu’elle qui fonçait sur elle. Au moment où Fenrir tenta de l’esquiver, Azzy s’agrippa à elle.
Sa queue remuait joyeusement malgré le rocher qui arrivait.
« Ouaf ! »
« Grrr ! Espèce de… ! »
Combien de fois Azzy avait-elle rapporté ma balle ? Elle avait compris ce que je préparais dès que j’avais commencé à m’apprêter à lancer.
Azzy repoussa Fenrir. Celle-ci heurta le rocher, plusieurs fois plus gros que son corps, et fut projetée au loin.
Un seul coup solide ne représentait pas grand-chose, mais c’était déjà précieux. Même lancé de toutes mes forces, le rocher n’était guère plus qu’une pierre qui frappait un Roi des Bêtes. Mais lorsqu’il arrivait au beau milieu d’un combat rapproché contre un adversaire de force égale, il constituait une interruption extrêmement gênante pour Fenrir.
« Aouuu ! Humain ! »
N’en pouvant plus, Fenrir bondit vers moi. À cet instant, Azzy s’élança comme une flèche et attrapa Fenrir par la cheville. Même si Fenrir avait l’avantage, sa force était presque égale à celle d’Azzy. Elle n’avait pas la marge nécessaire pour se débarrasser d’elle et m’attaquer.
Et puis…
Boum. Boum.
Chaque fois qu’un rocher tombait, il explosait dans un fracas assourdissant. Le poids en soi était une arme. Le Roi des Bêtes, dont le corps était léger au regard de son immense force, se faisait emporter par les débris et repousser.
Je profitai de ce bref instant où Azzy retenait Fenrir pour lancer un autre rocher. Fenrir parvint de justesse à se libérer d’Azzy et fendit la pierre d’un coup de patte. Le rocher éclata en morceaux en plein vol.
Mon attaque avait échoué, mais Azzy repartit à la charge pendant cette ouverture. Priver Fenrir de l’occasion de mettre Azzy sous pression représentait déjà un gain majeur.
… Même si je n’étais pas sûr que ça compte vraiment comme un gain.
« J’aimerais qu’au moins tu aies aussi mal que moi. »
Une douleur qui n’aurait pas dû exister me traversait les membres. J’essayai de ne pas y penser, mais mon bras droit me semblait légèrement plus long que le gauche.
Lancer des objets lourds mettait le corps à rude épreuve, même sans élixirs. En le forçant au-delà de ses limites, je le faisais hurler.
« Il nous en faut un de plus. Azzy et moi, on n’y arrivera pas seuls. »
Alors que j’enfonçais Jizan dans un autre rocher, des pas rapides résonnèrent dans ma direction. Deux loups bondirent en avant et fondirent sur moi.
« Vous voulez jouer à la balle, vous aussi ? »
Balancer Jizan comme tout à l’heure aurait été trop lent. À la place, je frappai violemment le rocher avec le plat de l’épée. Des centaines, des milliers d’éclats de pierre jaillirent comme une bombe et s’enfoncèrent dans le pelage des loups. Ils titubèrent sous l’impact, mais seulement un instant, avant de pousser des cris stridents et de bondir vers mes membres.
« Tss. »
Je pivotai et enfonçai Jizan dans le sol comme une clé. Mon art de la Terre ne pouvait que pousser et tirer légèrement le sol, mais avec Jizan, je pouvais l’utiliser à bien plus grande échelle. Obéissant aux ordres de l’épée, des rochers jaillirent comme des cornes et frappèrent l’un des loups au ventre.
Ils n’avaient peut-être jamais fait face à ce genre d’attaque. L’un des loups poussa un cri pitoyable et fut projeté au loin.
L’autre réussit d’une manière ou d’une autre à l’éviter et se jeta sur moi. Il posa ses pattes sur ma poitrine et mon épaule, puis avança le museau vers mon visage. L’impact me fit l’effet d’une balle, mais je n’avais pas le temps de m’en soucier : ses crocs acérés se dirigeaient déjà vers mon visage.
Mon corps fut repoussé en arrière, mais je reculai du pied arrière. J’encaissai la charge du loup avec la force de mes hanches et de mes jambes. C’était uniquement possible maintenant que l’élixir avait renforcé mon corps.
Le loup hésita un instant. Je lui décochai un coup de paume sous la mâchoire.
Je jugeai mal ma force et me foulai le poignet gauche. Son museau baveux me manqua de peu. À présent, c’était à mon tour de contre-attaquer. Je saisis Jizan et la balançai en un large arc de cercle.
Jizan s’acquitta aussi consciencieusement de son rôle de gourdin.
Je frappai le loup au ventre par en dessous et l’envoyai à près de trente mètres dans les airs. J’allais l’achever tandis qu’il se débattait sous le choc quand je sentis une intention meurtrière. Au lieu de ça, j’enfonçai Jizan dans le sol.
« Aouuu ! »
Le sol sous mes pieds s’affaissa et des murs de terre et de roche s’élevèrent autour de moi, comme pour m’enfermer. Fenrir défonça d’un coup la muraille de fortune et se rua à l’intérieur.
« Ouaf ouaf ! Fuis ! »
Azzy, qui la suivait, poussa un cri désespéré, mais je me retrouvai pratiquement piégé face à Fenrir. Elle avait profité de l’ouverture créée par les loups pour fondre sur moi. Il me suffisait de l’effleurer pour mourir.
J’essayai de la bloquer, mais Fenrir avait compris le fonctionnement de Jizan. Elle se jeta sur moi de tout son corps. Une attaque vive venait de l’extérieur de la portée que Jizan pouvait couvrir.
Notes :
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