Chapitre 515
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 515 : L’heure du Chien et du Loup — 8
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Jizan pesait autant que le mont Tai. Pourtant, pour celle que Jizan avait choisie, elle n’était pas plus lourde qu’une massue un peu pesante. En vérité, le Dieu démoniaque se mouvait selon la volonté de son porteur, mais, quoi qu’il en soit, la régresseuse faisait effectivement tournoyer le mont Tai.
Alors, amusons-nous à une réflexion puérile. Que se passerait-il si le mont Tai tombait du haut du ciel ?
On aurait dit que cela provoquerait une catastrophe effroyable, mais ce ne serait pas le cas. Jizan était le Dieu démoniaque de Terre Mère. Jizan faisait elle aussi partie de la terre. Elle se poserait simplement au sol comme une massue ordinaire, sans le faire voler en éclats.
Mais la régresseuse força cette règle à dévier.
« Épée et bâton du Ciel et de la Terre. »
Les arts du qi étaient le pouvoir d’imposer sa volonté au monde. Elle déversa dans Jizan un qi renforcé par toutes sortes d’élixirs et de remèdes miraculeux. Un art du qi exécuté au moyen de Jizan, qui était la terre elle-même, relevait-il de l’Art du qi céleste ou de l’Art du qi terrestre ? Une chose était certaine : un art du qi qui déplaçait la terre n’avait pas besoin d’un grand qualificatif.
La régresseuse s’élança dans le ciel et pointa Jizan vers le sol, très loin en contrebas. Suspendue entre deux doigts, Jizan oscilla comme un fil à plomb avant de s’immobiliser peu à peu. Une fois parfaitement immobile, elle pointait avec précision vers le cœur de la terre. Peut-être pressentant ce qui allait arriver, son manche se mit à trembler.
« Cette technique va sans doute affaiblir un peu l’autorité de Jizan, parce qu’elle déplaît à la Grande Maîtresse… Je n’ai pas le choix. Désolée. »
Après s’être excusée en son for intérieur, la régresseuse lâcha Jizan et murmura :
« Affaissement du sol. »
Aucun bruit.
Pas le moindre signe.
Le mont Tai tomba vers le sol en contrebas dans un silence et un calme saisissants. Jusqu’à ce qu’il heurte la terre, rien ne le distinguait d’un objet ordinaire soumis à la loi de la gravité.
… Jusqu’à ce qu’il frappe la terre.
Le combat d’Azzy et de Fenrir avait laissé de profondes cicatrices dans le sol. Elles se projetaient l’une contre l’autre, se mordaient et se frappaient furieusement. Un seul coup suffisait à envoyer l’adversaire rouler sur cent mètres, mais elles la rattrapaient comme si cette distance n’était rien et levaient leurs pattes avant. Chaque fois que leurs pattes heurtaient le corps de l’autre ou manquaient leur cible pour frapper le sol, d’immenses nuages de poussière s’élevaient et se dispersaient dans toutes les directions.
Malheureusement, Azzy encaissait la plupart des coups. La patte avant de Fenrir s’abattit sur elle alors qu’elle se recroquevillait. Le sol autour d’Azzy s’affaissa profondément en même temps qu’elle. Fenrir découvrit ses crocs et poursuivit Azzy, qui dévala la pente avant de se relever.
« Chienne ! Montre-moi tes crocs ! »
« Ouaf… ! »
« Aouuuuu ! Nous ne sommes pas nées pour protéger qui que ce soit ! Personne ne nous protège. Nous seules pouvons nous protéger ! »
Fenrir était sauvage. Azzy était apprivoisée. Même si elles déployaient toutes deux toute leur force, elles régnaient sur des domaines différents. Et cette différence se traduisait par une différence de puissance.
Fenrir, le Roi des Loups, menait une grande meute, comme il sied à un loup. La meute d’Azzy, en revanche, était composée d’humains, qui ne pouvaient pas devenir une source directe de force pour elle. Si elles se battaient seules, la louve ne pouvait que l’emporter.
Et jusqu’à présent, Fenrir avait probablement toujours gagné de cette façon.
« Protéger les humains ? Croire que les humains te protégeront ? Combien de fois déjà ? Combien de fois faudra-t-il que je te tue ? Combien de temps vas-tu encore attendre ces humains qui ne viennent jamais ? Combien de fois devrai-je te mordre et te griffer avant que tu comprennes ?! »
« … Ouaf. Je ne comprends pas. »
Haletante, Azzy se releva. Elle était bien plus sale et blessée que Fenrir. Pourtant, elle n’abandonna pas et lui aboya en retour :
« J’ai fait une promesse. Je protège les humains. Les humains me protègent. Comme les fleurs et les abeilles, nous nous aidons mutuellement. »
« Ils ne t’ont jamais aidée jusqu’ici ! »
« Cette fois, ils m’aident. »
Azzy tourna les yeux vers les humains. Elle avait été trahie et était née de nouveau encore et encore, mais cette fois, ils avaient répondu à sa confiance. Leur retour d’ascenseur était peut-être dérisoire, mais, pour Azzy, l’essentiel était qu’ils avaient tenu leur promesse.
« Ouaf ! Ces humains ?! Ces lâches qui prêchent l’apprivoisement par la violence, mais qui ont pris peur et t’ont placée devant eux pour se protéger, ils t’aident ?! »
Fenrir aboya bruyamment, d’une voix qui aurait pu exprimer la moquerie ou les pleurs. Était-ce de la méfiance envers les humains, ou du mépris envers elle-même, cette chienne qui continuait de croire en eux ?
Fenrir transforma tout cela en férocité et posa sur les humains un regard brûlant.
« Aouuuuu ! Si c’est à cause d’une promesse que tu ne comprends pas, alors je vais la mettre en pièces à coups de crocs ! »
Tuer le Roi des Chiens ne mettrait pas fin à ce combat interminable. Ce qu’il fallait tuer, c’étaient… les humains.
Son hostilité se détourna de la chienne pour se porter sur les humains. Comptait-elle les tuer et effacer ainsi jusqu’à cette promesse ?
Fenrir, coiffée d’une demi-couronne, se rua sur nous. Comprenant ses intentions, Azzy bondit comme une flèche et lui barra la route. Au milieu du chaos, entre les loups qui se précipitaient, les chiens qui aboyaient et les humains qui chargeaient en criant,
Jizan tomba au beau milieu du champ de bataille.
Tout d’abord, ce fut silencieux. Jizan s’enfonça doucement dans la terre. La terre et le sable jaillirent, et ce ne fut qu’alors que les loups et les humains comprirent que quelque chose était tombé.
Jizan ne s’arrêta pas, même en s’enfonçant plus profondément. Le mont Tai transperça la peau de la terre et se dirigea vers son cœur. Le sol, durci par l’alternance des inondations et des sécheresses. Les pousses cachées sous la surface, qui attendaient patiemment de fleurir l’année suivante. Les terriers creusés par de petits animaux fuyant les prédateurs.
Jizan transperça tout cela et continua de tomber toujours plus profond.
Bien qu’elle eût le poids du mont Tai, Jizan ralentit à peine en heurtant la terre. Elle n’allait pas assez vite pour la transpercer, mais ne perdait pas non plus son élan. Comme un hameçon qui déchirait le sous-sol, Jizan poursuivit sa chute.
Jizan tomba encore et encore, jusqu’à heurter enfin la roche qui se trouvait très bas, assez compacte pour soutenir le sol.
Aussi lourd que fût le mont Tai, il ne pouvait peser plus que la terre entière. Enfin, Jizan rencontra un obstacle digne de ce nom.
Et l’axe de la terre se tordit.
« Aaaaaah ! »
« Aouuuuu ! »
Les humains et les loups hurlèrent de concert. Une immense fissure se forma autour de l’épicentre de l’Affaissement du sol. Comme si quelqu’un avait jeté une pierre sur une fine couche de glace, la terre se fendit comme une vitre, s’abaissant et se soulevant.
Des morceaux de terre brisée furent projetés dans les airs, et le sol s’effondra dans les vides qu’ils avaient laissés. La terre n’était pas une masse unique. Divisée en d’innombrables fragments, chaque portion se déplaçait pour trouver sa propre voie.
Loups et humains durent lutter contre la catastrophe. Ils glissèrent, tombèrent, s’agrippèrent aux objets, s’accrochèrent les uns aux autres, hurlèrent, crièrent, pleurèrent, se piétinèrent et poussèrent des exclamations paniquées.
Les gardes d’Oberli, les loups, les chiens, les guerriers de la Faction des Bêtes et les Obélisques qui se tenaient plus loin. Même les Baskerville et les autres prêtres, qui se faisaient encore discrets. La secousse les frappa tous à des degrés divers, mais aucun ne put échapper à ses conséquences.
Le champ de bataille fut enseveli sous un chaos et une onde de choc immenses.
Je ne savais pas combien de personnes avaient glissé et étaient tombées. Les gardes d’Oberli et les chiens, rassemblés en rangs serrés, avaient essuyé presque toute la force de l’impact et furent ensevelis. Même en glissant, en roulant, sous la pluie de poussière et les pierres qui s’abattaient sur eux, ils s’accrochaient désespérément.
La secousse, qui semblait devoir durer éternellement, prit fin. Au milieu de centaines de corps entremêlés, les gardes d’Oberli reprirent leurs esprits et se remirent debout en titubant.
« Hum ! Hum, hum ! »
« Yip ! Ouaf ! Ouaf ! »
« Bokshil, ça va… Tout le monde va bien ? »
« Heureusement, nous n’avons fait que glisser et tomber. »
Les hommes-bêtes qui maîtrisaient les arts du qi ne se blessaient pas simplement en dévalant une pente. Pourtant, même le plus robuste des hommes-bêtes aurait eu du mal à qualifier leur situation de bonne, ensevelis qu’ils étaient sous des dizaines de mètres de terre. Dans l’obscurité, les gardes d’Oberli tremblaient en contemplant les rochers dangereusement imbriqués au-dessus d’eux.
« Heureusement, les rochers se sont empilés comme un toit et ont laissé un peu d’espace. Je ne sais pas si on peut appeler ça de la chance ou si ça n’a fait que retarder notre mort. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais vu l’état des choses, l’opération est fichue… »
« Non. Tout s’est déroulé comme prévu. »
« Hein ? Qu’est-ce que tu as dit, magicien ? »
Ça avait failli mal tourner, mais tout s’était déroulé comme prévu. Nous avions réussi à piéger les loups. Je me redressai tant bien que mal et pris la parole.
« Nous servions d’appât pour attirer les loups et leur roi. Nous les avons fait venir comme prévu, et nous avons été ensevelis dans le piège comme prévu. »
« Q-quoi ? Alors, le plan consistait à nous ensevelir dans un piège… ? »
« Plus précisément, à ensevelir les loups. Nous n’étions qu’un supplément. »
Les gardes d’Oberli comprirent la véritable nature de l’opération et entrèrent dans une colère noire. Incapables de contenir leur rage, les oreilles frémissantes, ils s’approchèrent de moi.
« Espèce d’ordure ! Tu crois qu’on t’a suivi pour mourir comme des chiens ?! »
« Vous ne mourrez pas. »
« On n’a survécu que par chance ! Qu’est-ce que tu aurais fait si une force importante comme Teia ou Kito était morte ?! »
« Par chance ? Non. »
Je levai la main et effleurai légèrement le plafond. Des racines et des lianes cachées sous terre soutenaient les rochers et le sol comme un filet. En regardant autour de moi, je vis que les pierres restées debout en tombant supportaient le poids des décombres comme des piliers.
C’était bien trop commode pour être une coïncidence.
« Si nous avons survécu, ce n’est ni par chance, ni par destin, ni grâce à un miracle. C’était inévitable. »
« Inévitable ? Quoi, les rochers nous ont reconnus et nous ont évités ? »
« Oui. Parce que nous sommes à l’intérieur d’un piège. »
Un piège. En entendant ce mot, les gardes d’Oberli tournèrent la tête comme si quelque chose leur était revenu. Leur regard se posa sur Kito, le concepteur de pièges d’Ende.
On appelait Kito un concepteur de pièges, mais Kito était en réalité un mage qui avait éveillé son Arcane innée. Dans les bonnes circonstances, avec les matériaux adéquats, Kito pouvait devenir plus puissant que n’importe qui.
Maximilien, l’un des Six Généraux de l’État militaire, avait créé un mécanisme d’engrenages pour exploiter l’Arcane innée, tandis que le chef des Petits États avait régné grâce au Colosse, qui maximisait l’Arcane innée. Un mage était maître de son propre monde. Plus il façonnait ce monde avec minutie, plus il se rapprochait d’un dieu.
« Euh… »
On méprisait un peu Kito parce que c’était un homme-bête lapin doux, mais cela n’était possible que dans l’ignorante Ende. Ce qu’un mage pouvait accomplir dépendait de la situation.
À l’intérieur de cet immense piège, l’Arcane innée de Kito maîtrisait l’état des choses juste avant l’effondrement.
« Tout le monde, euh… »
Au moment où tout avait commencé à s’écrouler, Kito avait libéré son Arcane innée et sauvé la vie des gardes d’Oberli. Alors même que le sol s’affaissait et que les rochers dégringolaient, Kito avait empêché l’effondrement et maintenu la situation en équilibre. Kito était devenu le déclencheur, capable de l’activer à volonté.
Telle était l’Arcane innée de Kito : Miss Goldberg.
L’Arcane innée se répandit au-dehors. Le sol qui semblait prêt à s’effondrer à tout instant, les racines des lianes qui menaçaient de céder, les rochers branlants, les pièges installés à l’avance qui s’étaient dispersés dans leur chute. Tout formait un équilibre précaire.
Retenant dans son Arcane innée la force chaotique créée par l’Affaissement du sol de la régresseuse, Kito comprit ce qu’il pouvait en faire. Tremblant d’exaltation, Kito déplia lentement ses oreilles aplaties.
« Je suis devenu… un dieuuuu. »
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