Chapitre 514
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 514 : À l’heure du chien et du loup — 7
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Teia courait.
Elle portait sur son dos des dizaines de milliers de vies, mais cela lui était égal. Elle courait pour elle-même. Teia était une légende de la course ; rien que marcher dans son ombre passait pour un exploit.
Les plaines d’Ende lui semblaient trop étroites tandis qu’elle filait, laissant derrière elle tout ce que le monde avait à offrir à sa vue.
Mais son adversaire était le Roi des Bêtes.
Le bruit des pattes martelant le sol résonnait dangereusement près derrière Teia. Elle sentait presque un souffle brûlant lui effleurer la nuque.
Teia le savait par instinct plus que par sensation. Elle n’avait pas encore été rattrapée, mais elle ne creusait pas non plus l’écart.
Fenrir était-elle incroyable pour réussir à rattraper Teia, une légende de la course ? Ou Teia était-elle incroyable pour parvenir à fuir le Roi des Bêtes, alors qu’elle n’était qu’une humaine ?
Toutes deux étaient extraordinaires, mais ni Teia ni Fenrir ne se souciaient de ce que les autres pouvaient penser tandis qu’elles couraient.
Vivre. Tuer.
Devant elle, personne. Derrière, la sauvagerie la traquait. Sa destination était invisible. Pourtant, la pression se faisait plus forte à chaque seconde.
Était-ce cela, la peur de mener la course ?
Teia comprit enfin pourquoi les coureurs hommes-bêtes équins détestaient courir en tête. Fuir un adversaire invisible tout en supportant cette pression était si difficile.
Malgré tout, il fallait parfois faire des choses difficiles.
Pour la première fois de sa vie, Teia prit la fuite.
« Ils arrivent ! Les loups arrivent ! »
Les gardes d’Oberli, qui avaient senti les secousses, se mirent à crier. Les hommes-bêtes, qui dispersaient négligemment des pièges à ours même pas encore armés, se rassemblèrent à la hâte. Leurs regards tendus, tandis qu’ils pointaient leurs lances, tombèrent sur un spectacle inconnu.
« Bon sang… »
Deux silhouettes fonçaient vers eux, soulevant des nuages de poussière : Teia, qui courait à toutes jambes, les dents serrées, et le Roi des Loups, lancé à sa poursuite avec férocité.
À dire vrai, elles étaient encore assez éloignées l’une de l’autre, mais elles allaient si vite qu’on aurait dit qu’elles se touchaient presque. La distance était relative. Pour elles, cet écart n’était sans doute rien.
Les gardes d’Oberli contemplèrent la bête sauvage aux trousses de Teia et marmonnèrent :
« C’est… le Roi des Loups ? »
Un peu plus tard, des centaines de loups apparurent sur la crête, à la suite de leur roi.
Les loups vivaient en meutes. Mais sans système politique, leur nombre ne pouvait dépasser un certain seuil. Les problèmes de hiérarchie, de nourriture et d’organisation sociale se multipliaient de façon exponentielle, et une bête ordinaire ne pouvait pas les résoudre tous.
Du moins, cela aurait dû être le cas.
Pourtant, le nombre de loups rassemblés sous l’autorité du Roi des Bêtes était véritablement stupéfiant.
Les loups qui avaient suivi leur roi aboyaient avec férocité, exhalant la sauvagerie. Peut-être parce qu’ils appartenaient à la meute royale, ils étaient tous imposants et rapides. Ils avançaient à l’allure d’une cavalerie, en hurlant à perdre haleine.
[Awoooooouh…]
[Awoooooouh…]
Les hurlements se propagèrent peu à peu alentour. Et ce n’était pas seulement la meute royale : les loups qui rôdaient autour de nous se mirent eux aussi à converger en même temps. Un garde d’Oberli poussa un cri effrayé devant cette soudaine marée de loups.
« Les loups arrivent ! Ils sont trop nombreux ! Il faut d’abord battre en retraite… »
Le garde, qui tentait d’ordonner un repli même tardif, se retourna et se figea d’effroi.
« Ils arrivent aussi par-derrière ! »
« Quoi, par-derrière ? »
« Les loups nous ont contournés ? »
Des centaines de bêtes chargeaient aussi dans cette direction, martelant violemment la terre. Fuir aurait déjà été difficile, et voilà qu’on nous encerclait. Si nous restions là, la mort nous attendait.
La situation était désespérée. Un garde d’Oberli lança d’une voix pressante :
« Magicien ! Kito ! Vous ne pouvez rien faire ?! »
Ils arrivent. Mais avant ça…
Je brandis le drapeau bien haut.
C’était la ligne d’arrivée. Tout commencerait quand Teia l’aurait atteinte.
Ayant repéré la ligne d’arrivée, Teia serra les dents et accéléra une dernière fois.
Elle avait couru à pleine vitesse du début à la fin. Ses jambes tremblaient tandis qu’elle atteignait ses limites. Pourtant, après avoir poussé le corps humain et les arts du qi humain à leur extrême absolu, elle parvint de justesse à semer le Roi des Loups et se rua en avant.
« J’y suis ! »
Tap.
Teia chancela en franchissant la ligne d’arrivée. Le soulagement d’avoir gagné faillit la faire s’effondrer, mais elle serra les dents et fit un pas de plus. Après avoir ralenti un peu et repris son souffle, elle se retourna.
« Où est Fenrir ?! »
Nous avions arbitrairement décidé que cet endroit serait la ligne d’arrivée. Le loup n’avait aucune raison de jouer le jeu. Craignant que Fenrir ne l’ait suivie jusqu’ici, Teia chercha la louve du regard…
Le Roi des Loups s’était arrêté bien avant Teia.
On aurait dit qu’Azzy avait été trempée dans différentes peintures avant d’en ressortir. Ses traits, la forme de son pelage et même sa corpulence étaient identiques à ceux d’Azzy. Seules différaient la couleur de sa fourrure et son aura. Le Roi des Loups, qui avait chargé avec une férocité meurtrière, s’arrêta et fixa intensément un point au-delà de nous.
Entre deux respirations saccadées, Teia demanda :
« Qu’est-ce… qu’elle regarde ? »
Son autre moitié, sans doute.
Je suivis le regard du Roi des Loups et observai la meute qui s’approchait derrière nous.
« Ouaf ! Ouaf ! »
« Ouaf ! »
« Grrrr ! »
Leurs mouvements étaient moins coordonnés que ceux des loups. Leurs apparences variaient étrangement. Pourtant, ces bêtes couraient ensemble, en une seule meute, unies par un même objectif.
Et à leur tête se trouvait Azzy, le Roi des Chiens.
« C’est pas Bokshil, le chien de Matthew ? Ce ne sont pas des loups… ce sont des chiens ? »
Tu as compris. Ce qui venait par-derrière n’était pas constitué de loups.
C’étaient des renforts.
Ende était une ville d’hommes-bêtes. Pourtant, les hommes-bêtes mangeaient de la viande et élevaient des animaux. Tout comme certains élevaient des cochons pour leur viande, beaucoup élevaient des chiens. À Ende, où même le vol était librement toléré, la plupart des chiens étaient des chiens de garde, chargés de protéger les maisons et les biens.
Azzy avait fait appel au pouvoir royal pour mener des bêtes dépourvues de sens tactique, qu’on ne pouvait normalement pas considérer comme une force militaire.
« Awoooooouh ! »
Azzy courait à quatre pattes. Tout comme le Roi des Loups avait poursuivi Teia pour la tuer, Azzy avait senti cette intention meurtrière et s’était élancée pour la sauver.
Elle allait aussi vite que le Roi des Loups.
La sauvagerie d’Azzy ne se manifestait pas contre les humains. Elle pouvait se manifester contre n’importe quelle autre créature, mais, en tant que Roi des Chiens au tempérament doux, Azzy la laissait généralement dormir.
« Loup… ! »
Mais face au Roi des Loups, son ennemie jurée, l’incarnation même de la sauvagerie, Azzy aussi se laisserait submerger par elle et se battrait.
Crac. Crac.
Une couronne se forma au-dessus de la tête d’Azzy. Face à son ennemie, Azzy allait maintenant se battre contre les loups au nom de tous les chiens.
Et le Roi des Loups aussi.
« Chien… ! »
Des flammes ondoyèrent dans les yeux du Roi des Loups. En contemplant son autre moitié, qu’elle haïssait plus encore que les humains, elle révéla toute sa sauvagerie. Crac. Une fissure apparut à une paume au-dessus de sa tête, et une couronne commença à pousser, elle aussi.
Une demi-couronne, comme si elle avait été arrachée à celle d’Azzy.
« Awoooooooooouh !!! »
Le Roi des Loups changea elle aussi de cible. Le Roi des Bêtes, qui courait vers les humains, hurla au nom des loups. Le monde trembla en entendant la rage de ces derniers.
Même les autres loups frémirent de peur. Quelques chiens roulèrent au sol en pleine charge, mais Azzy enflamma son regard et accéléra encore.
Au dernier moment, Azzy fusa comme une balle brune et se jeta sur le Roi des Loups.
Badoum, badoum, badoum.
Les deux bêtes roulèrent des dizaines de fois sur le sol. Elles se plaquèrent l’une l’autre avec leurs pattes avant griffues et visèrent la gorge de leur adversaire de leurs crocs acérés. Le sang gicla, les contusions s’accumulèrent. Avant même d’avoir roulé deux fois, les deux bêtes avaient déjà échangé des dizaines de coups.
Enfin, alors que chacune tentait d’arracher la gorge de l’autre, leurs têtes s’entrechoquèrent.
Leurs demi-couronnes se heurtèrent. Des ondes de choc se propagèrent, telles des branches noires. Le corps des deux filles était bien trop léger pour encaisser la force de cet impact colossal. Les deux reines des bêtes furent projetées dans des directions opposées.
Azzy roula jusqu’à moi. Couverte de terre, elle se remit sur ses pattes, toute ébouriffée.
Le Roi des Loups, en revanche, retrouva aussitôt son équilibre et bondit sur elle.
Sentant le danger, Azzy hérissa son pelage. Elle semblait un peu acculée.
« Azzy, vas-y doucement. Tu n’as pas besoin de gagner toute seule. »
« Ouaf ! »
Azzy aboya bravement et repartit à la charge. Qu’elle m’ait écouté ou non, elle serra les dents et bondit sur le Roi des Loups.
Peut-être parce que les mouvements d’Azzy étaient trop faciles à lire, le Roi des Loups, qui la fixait droit dans les yeux, abattit aussitôt une patte avant.
Boum.
La patte avant du loup s’écrasa de plein fouet sur le sommet du crâne d’Azzy. Son corps heurta le sol tandis que la poussière jaillissait de chaque côté d’elle comme des ailes. Voilà la force du coup qu’elle avait encaissé.
« A… wouuuuh ! »
Pourtant, même enfoncée dans le sol, Azzy se redressa d’un bond et sauta sur le Roi des Loups. En ramenant le combat à une mêlée de chiens, elle continua de lui tenir tête malgré les blessures qui s’accumulaient.
« Le Roi des Chiens est en difficulté… ! »
« Oui, mais Azzy essaie aussi de nous protéger. »
Même blessée par le loup, elle tentait de l’éloigner autant que possible des humains. Comme les deux rois se battaient au milieu des loups, l’élan de ces derniers s’était un peu brisé.
Pendant ce temps, les chiens d’Ende et les gardes d’Oberli unirent leurs forces pour combattre les loups. Leur assaut était terrifiant, mais l’alliance des chiens et des humains tint bon avec bien plus de fermeté.
À l’origine, chiens et loups avaient été des loups. Puis, pour une raison ou une autre, ils s’étaient séparés en deux.
Les chiens, amicaux envers les humains. Les loups, dangereux pour eux.
Mais les chiens pouvaient mordre les humains, et les loups pouvaient leur témoigner de l’affection. Au départ, ils ne faisaient qu’un. Aucune bête n’obéissait aux humains sans condition ni ne les haïssait sans condition.
Les bêtes n’étaient pas des phénomènes.
Et pourtant…
« Quelqu’un a séparé artificiellement les chiens et les loups. »
On avait insufflé la sauvagerie aux loups et l’inertie aux chiens. Profitant de leur séparation à partir d’une même branche, on les avait changés en phénomènes plutôt qu’en espèces.
Voilà pourquoi ils étaient identiques et pourtant opposés. Des loups féroces et des chiens domestiqués, condamnés à s’affronter pour tuer ce qui était différent.
« Un seul être aurait pu faire une chose pareille… mais je réfléchirai à ça plus tard. »
La ligne de front reculait. Les chiens mordus par les loups se multipliaient. Les gardes d’Oberli tentaient de les aider en donnant des coups de lance dès qu’ils le pouvaient, mais les loups se faufilaient dans les brèches de la formation et les mordaient et les griffaient sauvagement.
« Argh ! Mon bras ! Mon bras ! »
« Lancez les filets ! »
Les deux camps parvenaient tant bien que mal à se contenir tout en s’infligeant des dégâts, mais si la meute menée par le Roi des Loups se joignait à l’attaque, tout serait terminé.
Nous ne tenions plus qu’à un fil.
Alors, des groupes surgirent de part et d’autre. Depuis Ende arriva le gros des forces hommes-bêtes, mené par les Obélisques. Dans la direction opposée surgirent les guerriers de la Faction des Bêtes, conduits par Gruel.
« Mage, espèce de cinglé ! Qui as-tu utilisé comme appât sans ma permission ?! »
« Hmph. Ce n’était pas prévu, mais nous voilà encerclés. C’est le moment ! Guerriers ! Chargez avant que votre sang ne se refroidisse ! »
Sapien et Gruel, qui avaient repoussé l’offensive, avaient rassemblé leurs forces et étaient venus jusqu’ici. Les humains qui se tenaient avec les loups avaient dû faire de même.
C’était le champ de bataille.
Tout était en place.
Je criai vers le ciel lointain, où quelqu’un se cachait.
« Shei ! Maintenant ! Vas-y ! »
Même si le plan venait d’une régresseuse peu fiable, nous n’avions plus le choix : il fallait nous y fier.
À toi de jouer.
Notes :
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