Chapitre 512
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 512 : L’heure du chien et du loup - 5
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Un combat de chiens, c’est lorsque deux adversaires s’agrippent l’un à l’autre et échangent des coups à la force pure. Comme leur nom l’indique, les chiens excellent dans ce genre d’affrontement. Les hommes-bêtes canins possèdent un instinct inné pour les combats rapprochés, où réflexes et mouvements explosifs font la différence.
Si son adversaire avait été moins redoutable, Shei l’aurait emporté. La Frontière d’inversion céleste, qui avait repoussé les limites qu’un être vivant — humain ou bête — pouvait atteindre, mettait en échec les hommes-bêtes canins grâce à des réflexes supérieurs. De plus, cet art énergétique garantissait une défense presque absolue contre quiconque l’avait affrontée ne serait-ce qu’une fois. C’était peut-être leur première rencontre dans cette itération, mais le corps de la régresseuse gardait le souvenir de ses multiples combats contre Blanca.
Bon sang… !
Mais les principes pouvaient même tordre l’absolu.
Le principe de Blanca n’a rien de particulier. Si je devais le classer, il serait parmi les plus faibles. Mais… !
Les principes s’activaient par la seule volonté. La simple possibilité qu’une personne puisse en manier un changeait l’ampleur du danger.
Le principe de Blanca était la bestialisation. Ses griffes pouvaient apparaître ou disparaître à volonté, tandis que sa fourrure poussait ou raccourcissait. Grâce à ce principe, elle pouvait librement utiliser les armes d’une bête.
Une technique courante, à peine différente du pouvoir d’un druide lié par contrat à un Roi des Bêtes.
Dans un combat de chiens, c’est pratiquement un vrai chien !
Pourtant, quiconque avait affronté Blanca le savait. En s’approchant tout en parant ses attaques à l’aide de gantelets de combat et de qi, il fallait toujours garder assez de distance pour tenir compte de la longueur de ses griffes et de sa fourrure. Impossible de savoir quand ses griffes jailliraient pour déchirer la chair, ou quand sa fourrure s’allongerait au point de leur barrer la vue. Cette carte supplémentaire qu’elle pouvait abattre suffisait à mettre la pression sur son adversaire.
Bien sûr, Blanca ressentait elle aussi la pression de Chanteciel, une épée sans poids ni forme visible. Mais il était difficile de remarquer la pression qu’on exerçait sur autrui.
« Elle est belle, l’épée que tu portes.
— Tss ! »
Des griffes acérées jaillirent du bras qui avait pénétré dans sa portée. Propulsées par le contrôle de l’énergie et un principe, elles fusèrent à une vitesse incroyable. Cinq coups de griffe s’abattirent sur Shei, comme si le bras de Blanca s’était allongé.
Shei avait pris ses distances à l’avance ; elle esquiva donc avec la Frontière d’inversion céleste et riposta en portant une estocade avec Chanteciel. Au moment où la lame invisible allait entailler la peau de Blanca, sa fourrure poussa et la recouvrit.
Tranche.
La fourrure, renforcée par le contrôle de l’énergie, fut sectionnée, mais Blanca n’eut pas une égratignure.
Griffes et fourrure. À la fois armes d’attaque et de défense. Les affronter donnait à Shei le sentiment désespérant qu’elle ne pourrait pas gagner sans ruse. Une fois de plus, la régresseuse se rappela à quel point un principe était injuste.
…Bien sûr, Blanca éprouvait à peu près la même chose face à Shei. La Frontière d’inversion céleste, améliorée au fil des itérations, était tout simplement écrasante. Comme je l’ai souvent dit, les souvenirs des coups reçus s’attardent, tandis que ceux des coups portés s’évaporent en un instant.
« On dirait que tu connais aussi mon principe. Tu t’intéressais à moi ?
— Hmph. Ce n’est pas parce que je t’ai suivie un instant !
— Alors tu dois aussi savoir pourquoi nous sommes devenus des loups. »
Évidemment que Shei le savait. Elle l’avait entendu tant de fois avant de régresser qu’elle en avait été écœurée. Et à ce stade, ce n’était sans doute plus un secret. Convaincue qu’elle ne risquait rien à le dire, Shei cria :
« Parce que vous avez tué des gens !
— …Tu sais pourquoi nous les avons tués ?
— Ça change quelque chose ? Ce qui compte, c’est que vous êtes des meurtriers. »
En entendant des paroles qu’elle n’avait plus entendues depuis longtemps, Blanca esquissa un faible sourire.
Les citoyens de l’Empire qui ignoraient toute l’histoire disaient ce genre de choses en condamnant la Famille Baskerville. Ils affirmaient que les chiens de chasse n’avaient plus leur place à cette époque, et que les élever était une souillure. Selon eux, l’existence même de cette famille était le problème.
Alors que c’étaient les humains qui leur avaient appris à tuer des humains.
« Ouaf. Nous ne faisons que suivre les ordres de notre maître. Comme des chiens fidèles, sans jamais rien remettre en question.
— Dans ce cas, vous auriez dû continuer à ne rien remettre en question ! Si vous comptiez vous poser des questions, vous n’auriez pas dû mordre les humains !
— Tu as raison. Pourquoi n’avons-nous pas pu… rester des chiens jusqu’au bout ? »
Blanca Baskerville sourit tristement et promena son regard autour d’elle.
Cette attaque surprise avait été menée par des troupes d’élite. Elle avait porté ses fruits, mais seulement tant que Blanca pouvait se déplacer librement. S’ils restaient isolés derrière les lignes ennemies alors que l’issue était incertaine, ils se feraient massacrer. Gruel se trouvait de l’autre côté.
Comme si elle mâchait et avalait son propre corps, Blanca déclara :
« Vous trois, restez ici. Les autres, repliez-vous. »
Les Baskerville acquiescèrent et se retirèrent en bon ordre. Shei se sentit soulagée intérieurement. La Famille Baskerville était bien plus puissante que les forces d’Ende, Obélisques compris. Si les deux camps s’étaient battus jusqu’au bout, les pertes d’Ende auraient vite échappé à tout contrôle ; leur décision de fuir était donc presque bienvenue.
Je pourrais régler son compte à Blanca ici, mais n’oublie pas ! Ma véritable cible, c’est le Roi des Loups ! Je dois garder assez de forces pour l’Affaissement du sol !
Tandis qu’un Baskerville retenait Sapien, les deux autres coururent vers la ville. Leur déchaînement bruyant visait à provoquer Shei, comme s’ils l’invitaient à venir les tuer. C’était évident, mais elle n’avait pas le choix : elle devait arrêter ces maîtres du contrôle de l’énergie avant qu’ils ne frappent à mort les citoyens d’Ende sans distinction.
Shei fusilla du regard Blanca qui s’éloignait et lança :
« Tu t’enfuis ?
— La prochaine fois, nous viendrons avec notre roi. Ouaf. Et nous terminerons ce combat inachevé.
— Si tu veux mourir à ce moment-là, vas-y ! »
Après avoir fait plusieurs centaines de victimes en peu de temps, la Famille Baskerville se replia comme des fantômes, aussi discrètement qu’elle était arrivée. Tandis que Shei tranchait le bras droit du Baskerville laissé derrière pour la retenir, elle attendait un signal qui ne venait toujours pas.
« Pas encore ? »
Des souhaits innombrables s’entrechoquaient. Je n’aimais pas la guerre, mais j’aimais le chaos. Chacun portait son propre souhait tandis que tous s’entremêlaient, avançant dans une situation où tout pouvait arriver. Parmi les volontés de milliers de personnes ainsi mêlées, seule la plus forte finissait par subsister et briller.
Pourtant, cette fois, à mon grand dépit, je devais orienter cette volonté selon mes propres intentions. Je soupirai en extrayant du chaos le seul souhait de protéger la ville.
Était-ce donc ça, la guerre ? L’humanité elle-même risquait de changer au cours de ce combat. Avais-je le droit de la changer ? Ce n’était pas le Roi des Bêtes. Je n’étais qu’un roi.
À côté de moi, tandis que je me lamentais, Teia, vêtue d’une tenue de course, marmonna pour elle-même :
« Alors, c’est ça, la guerre~. Hum, c’est vraiment effrayant. »
Teia piétina sur place, comme pour calmer son anxiété, mais le vacarme et les cris autour de nous semblaient peu à peu lui faire perdre le rythme.
Après avoir pris plusieurs grandes inspirations, Teia me demanda :
« Tout est prêt ?
— Oui. Tiens. »
Je tendis à Teia une écharpe en fourrure brune. Elle examina l’écharpe grossière, à l’aspect brut, puis demanda, incrédule :
« Hein ? C’est un cadeau ?
— C’est une écharpe faite avec la fourrure d’Azzy, ramassée par les femmes-bêtes ovines pendant le nettoyage.
— Ah. Une écharpe en fourrure du Roi des Chiens ? Quel honneur !
— Si tu la portes, le Roi des Loups va te poursuivre comme un fou, mademoiselle Teia. »
Teia allait joyeusement l’enrouler autour de son cou, mais se figea, terrifiée. Cela ne dura qu’un instant. Elle poussa un profond soupir et enfila aussitôt l’écharpe. Au moins, l’intérieur avait été correctement doublé ; elle ne lui irriterait pas la peau.
Teia tripota l’écharpe et demanda :
« Si tu me donnes ça, c’est qu’on part bientôt, pas vrai ? Où est-ce que je dois aller ? »
Au lieu de répondre, je ramassai une branche et dessinai sur le sol. Ende, un loup, puis un petit croquis de Gruel et des Baskerville quittant leurs camps respectifs et fonçant l’un vers l’autre.
« Comme le duc Sapien a défendu le camp principal, la Famille Baskerville est venue l’attaquer. Comme Gruel a chargé, ils ont envoyé leur prêtre pour riposter. Les deux camps frappent les points faibles de l’autre et visent la ligne de front dégagée par la Famille Baskerville, tandis que nous en créons une nouvelle du côté de Gruel. Pour l’instant, les deux forces tournent en cercle autour d’un même point.
— Ouais. Je ne comprends rien à tout ça. »
Teia, qui ignorait comment la bataille se déroulait, pencha la tête. Mais l’avantage d’un dessin, c’était qu’on pouvait le voir même sans le comprendre. En observant la carte du champ de bataille, Teia désigna le centre du cercle et dit :
« Hé hé. J’ai l’impression que je devrais foncer tout droit au milieu~.
— C’est ça. Mais la ligne d’arrivée va continuer à changer. Je te dirai exactement où elle se trouve plus tard, mais tu dois préparer un itinéraire qui t’amènera près de cette zone, mademoiselle Teia.
— Aucun problème. Je connais chaque recoin du coin. »
Les hommes-bêtes équins avaient une excellente mémoire des terrains. Elle ne risquait pas de se tromper et de foncer en plein territoire ennemi.
Je lui avais expliqué les grandes lignes ; il était temps de partir.
« Allons-y. Azzy, les gardes d’Oberli et moi allons t’escorter jusque-là.
— Je m’en sortirai seule.
— On ne peut pas laisser les loups t’épuiser, mademoiselle Teia. Les vies des citoyens d’Ende dépendent de tes sabots, de ton endurance et de ta concentration. »
J’avais sorti un cliché pour lui remonter le moral avant son départ pour le champ de bataille, mais Teia le prit au sérieux.
« J’aime cet endroit.
— Ende ?
— Oui. Ça va peut-être paraître capricieux, mais on ne sait que courir. On vit pour courir et on meurt en courant. On endure cette douleur qui donne l’impression que le cœur va éclater, on tend chaque veine pour dépasser les autres chevaux de course. Tous les autres ne sont plus que le décor de la seule personne qui franchit la ligne d’arrivée en premier. »
Teia frotta un pied contre le sol et murmura :
« J’aime courir. Mais… je ne crois pas que j’aime ne faire que ça. Il faut bien qu’il existe un endroit comme celui-ci, pour que les hommes-bêtes équins qui ne veulent pas courir aient un lieu où vivre. »
Elle ne s’était pas avancée à la légère pour risquer sa vie sous prétexte qu’elle était sûre de ne pas se faire attraper. Elle s’était engagée parce qu’elle voulait protéger Ende et qu’elle avait trouvé un moyen d’aider.
Je n’avais pas créé un souhait qui n’existait pas. C’était vrai. Qui souhaiterait la mort ou la ruine ? Tout le monde voulait bien vivre. Je n’avais fait que donner de la force aux souhaits déjà présents.
« Alors, ta course sauvera les hommes-bêtes équins qui ne veulent pas courir. »
Sans le vouloir, je finis par l’encourager. Teia rayonna et forma un V avec ses doigts.
« Ça fait du bien d’avoir au moins un talent dont on peut se vanter ! Je suis rapide, tu sais ! »
En riant pour chasser la tension, Teia s’avança courageusement. Les gardes d’Oberli et les hommes-bêtes porcins la suivirent.
La chasse au loup avait commencé.
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