Chapitre 511
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 511 : À l’heure du chien et du loup - 4
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« Tuez-les ! »
« Bande de bâtards de loups ! »
« Aouuuu ! »
« Ouaf ! Ouaf ! »
Le massacre perpétré par Gruel mit le feu aux poudres : la bataille éclata entre la Faction des Bêtes et les loups. Les guerriers aguerris se regroupèrent par trois ou quatre et veillèrent les uns sur les autres. Souvent blessés, les loups étaient repoussés par des attaques renforcées par la maîtrise de l’énergie.
Ils n’avaient amené que la crème de la crème ; les loups ne pouvaient donc pas les abattre facilement. Les guerriers bloquaient leurs gueules avec des gantelets recouverts de dizaines de couches de cuir, puis leur fendaient le crâne à coups de dagues acérées ou de marteaux.
Tandis que les guerriers de la Faction des Bêtes repoussaient les loups, Gruel massacrait ses ennemis à lui seul.
« Sal Baramach… Gah ! »
Les deux lames que Gruel brandissait déchiquetèrent le corps d’un prêtre. Enveloppées de maîtrise de l’énergie, elles tranchaient la chair comme du tofu et l’os comme des concombres. Après avoir fendu en diagonale les côtes d’un prêtre, Gruel chercha sa prochaine victime et choisit d’avance où poser le pied. Il glissa sur la terre.
Nivellement du sol.
Sa silhouette disparut en un instant. Au même moment, une lame se ficha dans la bouche d’un autre prêtre qui implorait son dieu. Le prêtre n’avait pas trouvé le dieu qu’il cherchait, mais la froide dague suffit à lui ôter la vie.
« Je ne sais pas d’où te vient cette audace. Tu n’es qu’un déchet… »
Il ne fallut pas une minute à Gruel pour tuer le grand prêtre et sa troupe. Alors qu’il secouait le sang de ses lames, une voix lui parvint.
« … Alors, tu es vraiment un maître. Impressionnant. Dire qu’un homme-bête peut lui aussi atteindre ce niveau… »
Ne les avait-il pas tous tués ? Gruel tressaillit et se retourna. À quelques pas de là, la tête tranchée d’un prêtre remuait les lèvres en parlant.
« Une malédiction de poupée ? Ton vrai corps doit être ailleurs, seule ta conscience étant reliée à celui-ci. Pas étonnant que des lâches comme toi n’aient pas osé se montrer devant moi. »
« Khehehe. Ce n’est pas tout. »
Gruel se précipita sur la tête et l’écrasa du pied jusqu’à ce qu’elle éclate, mais la conscience du prêtre avait déjà rejoint un autre corps. Il balaya les alentours du regard. Une présence sinistre émanait des prêtres qu’il venait de tuer, de cadavres qui auraient déjà dû être sans vie.
« Espèce de fou furieux. Ces vingt-là étaient tous tes poupées depuis le début ?! »
« C’étaient des poupées et des sacrifices. Ils ont donné leur vie de leur plein gré pour apprendre à des bêtes comme toi quelle était leur place. »
Le sang adhérait à son corps avec une étrange ténacité. Il avait l’impression que des insectes lui rampaient dessus. Tandis que cette sensation désagréable lui chatouillait le pelage, Gruel lança d’urgence à ses subordonnés :
« Vous autres ! Repliez-vous ! Ne marchez pas dans le sang ! »
« Du sang pour le sang. Bête, connais ta place. ------. »
Un son que seules les bêtes pouvaient entendre. Une odeur que seules les bêtes pouvaient détecter. Grâce à leurs sens exceptionnellement aiguisés, la malédiction qu’Agartha avait plantée là depuis longtemps se déchaîna.
La malédiction de la frénésie. Propagée par les vingt prêtres sacrifiés, elle s’abattit sur la Faction des Bêtes.
La maîtrise de l’énergie consistait à se distinguer du monde. En atteignant l’Art du qi du Ciel et de la Terre, on pouvait bloquer les choses avant même qu’elles ne parviennent aux sens. Une fois qu’on en avait saisi le principe, on pouvait même maîtriser leurs effets sur son corps. Au stade du Principe, l’esprit lui-même devenait limpide.
Gruel, qui avait atteint le Principe, ne devint qu’un peu plus sensible. En vérité, même cela n’était pas dû à la malédiction en elle-même, mais aux guerriers de la Faction des Bêtes qui y avaient succombé.
Mais cela suffisait. De toute façon, le grand prêtre n’avait jamais eu l’intention de s’en prendre à quelqu’un qui avait atteint le Principe.
« Grrrr… ! »
« Urgh, hum ! Mooooo ! »
L’odeur écœurante qui s’échappait du sang. Les sons grinçants qui agressaient leur ouïe sensible. Le sang poisseux qui collait à leur pelage et les démangeait. Leur champ de vision qui se rétrécissait.
Les sens aiguisés des bêtes étaient aussi une malédiction. Déjà échauffés par le combat, les guerriers de la Faction des Bêtes haletaient, en proie à une souffrance intense.
« Bande d’idiots ! Arrêtez de vous entraîner autant et travaillez votre maîtrise de l’énergie ! Si vous en aviez seulement acquis les bases, ça irait ! »
« Je… ça va, chef ! C’est peut-être grâce à la maîtrise de l’énergie que vous nous avez enseignée, mais nous arrivons toujours à distinguer nos alliés de nos ennemis ! »
« C’est justement pour ça que ça ne va pas ! À quoi ça sert ? »
Comme Gruel venait de le dire, les guerriers de la Faction des Bêtes commencèrent à quitter leurs rangs. En pleine frénésie, ils se mirent à frapper aveuglément les loups qui se trouvaient devant eux.
Les pertes s’accumulèrent. Gruel les couvrait grâce au Nivellement du sol, mais les guerriers qui rompaient les rangs commencèrent à subir les assauts des loups.
« Chef. On devrait battre en retraite ? »
« Tu poses vraiment la question ? Demande-toi plutôt comment les faire reculer ! »
La malédiction avait perdu de sa force avec le développement de la maîtrise de l’énergie. Les guerriers de la Faction des Bêtes s’y étaient entraînés, à des degrés divers. Tous n’avaient pas succombé à la malédiction de la frénésie, et ils étaient encore assez proches les uns des autres pour s’entraider.
Pour l’instant.
S’ils se dispersaient au point que Gruel ne puisse plus les couvrir avec son Nivellement du sol, ils seraient traqués un à un.
Il existait une solution : assommer les guerriers frénétiques d’un coup derrière la tête pour les calmer. Mais affaiblir leurs propres forces alors qu’ils combattaient les loups reviendrait à faire le jeu de l’ennemi. Ils se trouvaient dans une impasse.
C’est alors qu’une armée d’hommes-bêtes, forte de plus d’un millier d’individus à vue de nez, se rua vers Gruel. Elle avançait en rangs serrés par la voie que Gruel avait dégagée à l’avance, et ses effectifs étaient suffisants pour qu’on la considère comme le gros des troupes.
Elle ne serait pas d’une grande aide dans un combat direct, mais, à cet instant, sa présence était plus que bienvenue. Des outils conçus pour entraver l’ennemi, comme des lassos et des cordes, s’avéraient efficaces contre les guerriers frénétiques.
Gruel les interpella avec soulagement :
« Des renforts ? »
« N-non ! Nous aussi, on a fui ! »
« Quoi ? Vous avez fui ? »
À la guerre, il y avait le gros des troupes et les détachements. En général, les détachements battaient en retraite vers le gros des troupes. L’inverse arrivait presque jamais.
Gruel et ses subordonnés avaient beau être puissants, l’écart de nombre et d’ampleur était absolu. Comment le gros des troupes pouvait-il battre en retraite jusqu’ici ?
Il y avait bien trop de moutons-bêtes et de vaches-bêtes chargés des pièges pour qu’il s’agisse d’une plaisanterie. Pris de court par cette nouvelle soudaine, Gruel demanda :
« Vous fuyez qui ? »
« Les hommes-bêtes canins ! Ceux de la Famille Baskerville ! »
Gruel cligna des yeux.
« Les Baskerville ? »
* * *
La Famille Baskerville, la plus puissante famille de chiens de garde de l’Empire. D’innombrables chiens de garde étaient nés au sein de la maison principale et de ses branches, et la plupart avaient été vendus comme gardes du corps aux plus hauts dignitaires de l’Empire. Dès la naissance, ils apprenaient l’étiquette et les bonnes manières, ainsi que la maîtrise de l’énergie nécessaire à la chasse et à la protection. Ils avaient toujours été très recherchés.
Leurs instincts de chasse et leur agilité dépassaient de loin ceux des hommes-bêtes canins ordinaires. Leur trait distinctif était une loyauté si absolue qu’ils n’épargnaient pas leur propre corps pour protéger leurs maîtres. Dignes et vaillants, ces fidèles limiers surveillaient sans cesse les alentours et protégeaient leurs maîtres.
Et pourtant, à présent, ils massacraient des hommes-bêtes.
Sapien balaya largement l’espace du manche de sa lance. Le Baskerville esquiva d’un bond et tenta de dévier le coup, mais Sapien était un Obélisque qui avait défendu des villes contre les hommes-bêtes. Il réajusta sa prise sur le manche et écrasa le Baskerville de sa force brute.
Le gros des troupes ne pouvait rien faire. Les pièges et les cordes ne servaient à rien contre un expert en maîtrise de l’énergie. Seuls les Obélisques pouvaient se battre.
L’ennemi était lui aussi expert en maîtrise de l’énergie, mais le niveau de Sapien devait suffire. Sentant la confiance lui revenir, il cria :
« Obélisques ! Tenez vos positions ! Ce sont des hommes-bêtes ! »
Si les Obélisques tenaient mieux que prévu, c’était sans doute parce que leur expérience passée n’avait pas été vaine. Sapien balaya le champ de bataille du regard et lança :
« Affrontez-les sans trembler ! Vous allez encore perdre contre des hommes-bêtes ?! »
« Et alors ? Qu’est-ce qu’il y a de mal à perdre contre moi ? »
Sapien tressaillit et se retourna.
Floc, floc.
Deux Obélisques qui le suivaient furent projetés dans les airs, le sang giclant autour d’eux. Plus loin se tenait une Baskerville en costume noir, le poing ganté tendu. Un Obélisque leva précipitamment son bouclier pour bloquer le coup.
Boum. Le poing ganté heurta le bouclier et des ondulations se propagèrent à sa surface. L’attaque avait été clairement bloquée, pourtant l’énergie pénétra à l’intérieur et secoua tout le corps de l’Obélisque.
Derrière l’Obélisque, qui s’effondra, du sang coulant de sa bouche, une jeune femme aux oreilles pointues sourit en les faisant frémir.
« Parce que nous sommes des chiens ? »
Ce ne fut qu’alors que Sapien comprit. Les Obélisques ne tenaient pas si bien que ça. Les Baskerville, nés pour protéger les nobles, ne se servaient pas d’armes ; les Obélisques en armure mettaient donc simplement plus de temps à tomber.
« Pourquoi les Baskerville sont-ils ici… ?! »
« Aou. Tu nous as reconnues. Je suppose qu’on ne peut pas te laisser en vie. »
Un feu follet brûlait dans les yeux de la Baskerville. Des flammes bleues dessinèrent un arc tandis qu’elle fonçait sur Sapien. Il saisit le manche de sa lance à deux mains et le leva par réflexe. Le manche, d’apparence si lourd, se glissa de justesse sur la trajectoire du poing qui s’abattait comme une météorite. Clang. Un fracas assourdissant retentit, trop puissant pour qu’on croie qu’il venait d’un poing frappant du fer.
« Elle n’est pas seulement rapide… ! Sa maîtrise de l’énergie est aussi plus forte que la mienne ! »
Sapien fut repoussé d’environ trois mètres et raffermit ses bras tremblants. Il n’avait pu réagir que parce qu’il venait d’affronter quelqu’un qui avait atteint le Principe. L’image de Gruel se superposant à celle de son adversaire, Sapien fut horrifié.
« Aussi forte que Gruel ? Alors… ne me dis pas qu’elle a atteint le Principe ? »
« J’allais te tuer de toute façon. Ouaf. »
Un corps mince sous un costume ajusté. Des cheveux soigneusement coupés. Des oreilles pointues qui dépassaient au-dessus, et une queue invisible. Même au combat, sa posture restait parfaitement droite.
Mais surtout, ses yeux semblaient brûler de flammes bleues. Une Baskerville. Sans avoir le temps d’y réfléchir davantage, Sapien prit la parole.
« Qui vous a donné ces ordres ?! Un noble impérial vous a ordonné de nous attaquer ?! »
« Un maître ? Ouaf. Si j’en avais un, pourquoi ferais-je ça ? »
Malgré l’aura dangereuse qu’elle dégageait, la femme-bête canine affichait une expression douloureuse en tripotant son gant.
« Ouaf. Veux-tu être mon maître ? »
« Ne raconte pas n’importe quoi ! Combien d’Obélisques as-tu déjà tués ?! »
« Si tu ne veux pas, je n’y peux rien. Très bien. Nous servirons notre roi comme nous l’avons toujours fait. Mais… »
La Baskerville hocha la tête et demanda :
« Où est le traître, le Roi des Chiens ? »
« Toi… ! »
« Réponds. »
Un sinistre pressentiment parcourut l’échine de Sapien. Il balaya largement l’espace du manche de sa lance et abaissa son corps. Il en bloqua un coup, en esquiva un autre et en dévia un troisième. Mais la Baskerville s’approcha davantage, posa une main au sol et lui donna un coup de pied dans l’abdomen. Sapien fut projeté au loin et roula sur le sol, à distance.
La Baskerville se releva plus vite que lui. Une chaussure de ville lui écrasa la gorge. Le pied posé sur cet humain reconnu comme tel, la Baskerville se pencha.
« Si tu ne réponds pas, j’irai poser la question à la personne suivante. »
« Urgh… ! »
« Ah. J’ai appuyé trop fort ? »
Clac. Sapien agrippa de ses deux mains la cheville de la Baskerville. Un geste désespéré, comme s’il tentait de lui faire lâcher prise. La Baskerville découvrit les dents et sourit.
« … J’aime que tu ne renonces pas. Mais c’est pitoyable. »
Sapien ne résistait pas. Depuis le sol où il gisait, il pouvait le voir.
Une silhouette qui tombait du ciel.
Son approche avait été si silencieuse qu’elle avait même étouffé le bruit, mais la Baskerville l’avait peut-être sentie grâce à son instinct d’homme-bête. Tous les poils de son corps se hérissèrent. Quand elle tourna brusquement la tête, elle vit Shei, qui agrippait l’espace déformé.
« Technique de l’Épée céleste ! Oiseau-Tonnerre ! »
Un éclair jaillit. Prenant appui sur des nuages apparus en plein ciel, Shei s’abattit comme si elle s’était transformée en éclair. Dispersant jusqu’à la puissance de la foudre qu’elle avait acquise à Claudia, Shei fit s’abattre son éclair de toutes ses forces.
Blanca tenta de bondir à l’écart, mais Sapien lui tenait fermement la cheville, en dessous d’elle. Elle n’avait pas le temps de se dégager de Sapien, qui s’était solidement ancré au sol grâce à l’Art du qi terrestre.
Elle avait toutefois des compagnons loyaux.
« Blanca ! »
« Attention ! »
Le devoir d’un chien de garde était de protéger. Même si la personne à protéger appartenait à sa propre famille, il se jetait en avant. Sentant l’attaque grâce à leur instinct d’hommes-bêtes, deux Baskerville firent fi de leur sécurité et se précipitèrent sur sa trajectoire.
L’attaque de Shei les engloutit tous les trois. Le tonnerre rugit, le pelage se calcina et le sang brûla. La lame forgée par la foudre transperça même leur maîtrise de l’énergie protectrice et coûta la vie à deux d’entre eux.
« Blanca Baskerville. Tu es sortie cette fois-ci ! »
Grâce à leur sacrifice, la survivante n’eut même pas le temps de faire son deuil avant d’affronter l’intruse. Un garçon qui semblait la connaître pour une raison ou une autre la regardait avec une hostilité manifeste.
« … Tu es forte. »
Sa négligence lui avait coûté la vie de ses proches. Blanca se calma et réajusta son gant. Ne laissant paraître sa colère que dans ses yeux, elle répéta à Shei ce qu’elle disait toujours aux humains :
« Veux-tu être mon maître ? »
Malgré cette proposition inattendue, Shei ne paniqua pas et ne se mit pas en colère. Pour elle, qui avait remonté le temps, ce n’était pas la première fois qu’on lui posait cette question. Elle ricana et répondit :
« Je serai ton maître. Alors, pourquoi ne pas te mordre la langue et te tuer ? »
« … Au bout du compte, vous voulez vous débarrasser de nous aussi. »
« Au bout du compte ? Je veux me débarrasser de vous au plus vite. »
« Ouaf. On n’y peut rien. Alors, nous… »
Blanca Baskerville serra le poignet de son gant.
Et sa transformation commença.
Ses ongles s’allongèrent à travers le gant. Plus épais et plus acérés que des doigts, ils ressemblaient davantage à des griffes qu’à des ongles. Tirant les armes de la bête, Blanca se nimba d’une énergie bleue qui ondoyait et gronda :
« Nous n’avons pas d’autre choix que de devenir des loups. »
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