Chapitre 509
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 509 : L’heure du chien et du loup — 2
──────
« Ah oui ? Qu’est-ce que tu as dit ? »
« Ce que tu as entendu, Teia. J’ai besoin que tu serves d’appât pour attirer le Roi des Loups. »
Teia porta ses doigts à ses lèvres et réfléchit.
Elle aurait mieux fait de rester en lieu sûr. Et pas seulement à cause de sa blessure. L’Empire veillait à la sécurité et aux lignées de toutes les races d’hommes-bêtes chevaux de course. Ses exploits sur la piste lui avaient valu une certaine liberté, mais pas celle de se faire mordre à mort par des loups.
Teia me demanda, comme si elle n’arrivait pas à croire que je sois sérieux :
« Moi ? Tu parles vraiment de moi ? »
« Oui. Tu es la seule à pouvoir faire la course contre le Roi des Loups et arriver première. »
L’Empire était loin, tandis que mes arguments étaient juste devant elle. À peine reformulés, mes mots réveillèrent l’esprit de compétition de Teia.
Une course contre le Roi des Loups, ça a l’air passionnant. Et c’est pour une bonne cause. Mais surtout, les règles sont simples et palpitantes : si on se fait attraper, on meurt. Enfin, peu importe qui j’affronte, je ne peux pas perdre !
Bien qu’elle eût déjà pris sa décision, Teia se balança d’un côté à l’autre et fit mine d’hésiter.
« Ça ne me dérange pas, mais… je me remets d’une blessure, tu sais. Je ne peux pas courir longtemps. »
« De quelle blessure tu parles ? Tu n’as jamais été capable de courir sur de longues distances. »
Touchée en plein dans le mille, Teia me demanda prudemment :
« … Tu m’as déjà vue courir ? »
« Pas de mes propres yeux. Mais tout le monde sait que les hommes-bêtes chevaux de course sont rapides et manquent d’endurance. »
« Ce n’est pas vrai pour nous tous. »
« Qui regarde des courses de fond, de nos jours ? Le rythme est trop lent et il y a à peine des retournements de situation. C’est ennuyeux. »
« Hééé, tu t’y connais ! »
À vrai dire, c’était la régresseuse qui s’y connaissait. Des courses ? Qu’est-ce que j’y connaissais ? Quelle espèce de bête organisait des concours de course à pied ? Si tu t’essouffles après avoir accéléré un peu, tu finis par te faire bouffer.
Quoi que j’en pense, Teia était de meilleure humeur. Elle me répondit avec entrain :
« Exactement ! Tant que ce n’est pas une course de fond, je peux semer n’importe qui avec panache ! »
« Tu n’as même pas besoin de les semer. Le Roi des Loups sera probablement la seule à pouvoir ne serait-ce que marcher sur ton ombre, et Azzy ne te laissera pas mourir de sa main. »
« Azzy ? »
« Le chiot. Le Roi des Chiens. »
« Hééé, c’est un joli nom ! »
Difficile de faire plus simple. Teia hocha vigoureusement la tête, me fit signe de la main et disparut aussitôt au loin.
« Compris ! Appelle-moi quand tu auras besoin de moi ! »
Avant même que je puisse répondre, elle était déjà loin. Impossible de la retenir.
J’étais censé en parler à Sapien-gong, puis demander à celui-ci de convoquer Teia. Mais j’avais eu la chance de la croiser en sortant et de lui transmettre le message.
C’était mieux ainsi. Teia était trop importante pour qu’on l’utilise comme appât ; Sapien aurait pu la cacher quelque part. La régresseuse avait sans doute supposé que Teia nous aiderait tout naturellement, au vu de leur lien dans le cycle précédent.
Quoi qu’il en soit, la régresseuse s’était chargée de préparer l’opération et m’avait confié le soin de communiquer avec Ende. Vu ses piètres talents de communicatrice, c’était une mission qui lui convenait parfaitement.
Je n’étais même pas certain de pouvoir expliquer correctement le plan de la régresseuse. Sans mon don de lecture des pensées, je ne l’aurais pas compris moi-même.
J’entrai dans la salle de réunion, où Sapien et Gruel m’attendaient. Gruel se redressa à moitié sur sa chaise et m’interpella :
« Magicien, tu es en retard. »
« Comment ça ? Je suis arrivé à l’heure. »
« La situation a changé. Les éclaireurs que j’ai envoyés ont trouvé les ossements de plusieurs centaines de moutons. »
Gruel avait passé toute sa vie à chasser dans la plaine d’Enger et connaissait les bêtes mieux que quiconque. Même quand Orcma avait eu du mal à gouverner Ende, il avait continuellement envoyé des guerriers de la Faction des Bêtes recueillir des renseignements.
« Peu de bêtes stockent de la nourriture comme les humains. Pour celles qui mangent de la viande, c’est quasiment impossible. Si les loups-garous n’avaient pas gardé un troupeau de moutons pour leur servir de garde-manger, la meute se serait effondrée d’elle-même. »
« S’ils ont vidé leur garde-manger, c’est qu’ils se préparent à la bataille ? »
« Exactement. Les loups seront probablement visibles depuis Ende dès demain. En pratique, c’est notre dernier jour pour nous préparer. »
Je croyais qu’on disait seulement que le temps pressait. C’était pour demain ? On était dans l’urgence.
« Je veux entendre votre plan. J’espère qu’il ne sera pas aussi brutal que celui proposé par l’humain reconnu. »
« Brutal… ? »
Sapien avait l’air stupéfait, comme s’il n’avait jamais imaginé qu’un homme-bête puisse le traiter de brutal. Je ne savais pas si j’arriverais à répondre aux attentes de Gruel, mais je leur exposai le plan de la régresseuse.
« Nous allons fracturer le sol. »
Au cycle précédent, tout était arrivé plus tard. Le Roi des Loups avait erré plus longtemps, et les hommes-bêtes qui ne supportaient plus la discrimination l’avaient rejointe, renforçant considérablement ses troupes. Incapable de rester les bras croisés, le Sanctuaire avait soutenu Ende aux côtés de l’État vassal. À Ende, les chiens et les loups s’étaient livrés à une guerre par procuration entre civilisation et sauvagerie.
La régresseuse était sûre d’elle parce qu’elle avait déjà vaincu le Roi des Loups. Après l’avoir mise à terre une fois, elle croyait pouvoir recommencer.
À l’époque, si nous n’avions pas résisté, nous serions morts. Tous les hommes-bêtes d’Ende s’étaient unis. Mais… le péché s’était déjà répandu. Les loups étaient bien plus forts que prévu. Les pertes n’avaient cessé de s’accumuler. Juste avant que nous soyons anéantis, j’avais décidé de renverser la table dans un geste désespéré.
La régresseuse avait accompli un acte de destruction ultime, sachant qu’elle pourrait laisser les conséquences au cycle suivant. Cela dépassait de loin tout ce que j’aurais pu imaginer.
J’avais tiré de Jizan toute la puissance qu’elle pouvait contenir et fracassé la terre elle-même. Cela avait laissé une cicatrice dans le paysage, semblable à l’Abîme, mais c’était la seule solution. Nous avions réussi de justesse à rétablir la paix en battant le Roi des Loups après l’avoir isolée sur un sol qui s’effondrait. Cette fois, cependant, nous ne pouvions pas nous contenter de vaincre les loups. Nous devions préparer l’avenir de ceux qui vivraient ici après nous.
Impossible que la régresseuse ait pu expliquer une chose aussi grandiose avec clarté tout en passant sous silence, comme par hasard, la régression.
Son explication était vague et décousue, mais je parvins à la reconstituer grâce à la lecture des pensées. Après que je leur eus présenté les grandes lignes, Sapien et Gruel me demandèrent si une telle chose était seulement possible. Au lieu de répondre, je leur montrai les Arts de la Terre. Ce n’était que mon propre pouvoir, et Jizan, qui détenait la puissance de la terre, était bien plus forte que moi. Une fois que je leur eus donné un plan détaillé et insufflé confiance, Sapien et Gruel l’acceptèrent pour le moment.
La ville fonctionnait effectivement mieux quand ces deux-là se surveillaient l’un l’autre. Je comprenais maintenant pourquoi on attelait plusieurs chevaux à une voiture. Laissés à eux-mêmes, ils tournaient la tête à leur guise.
Quand j’eus préparé les documents et tout expliqué en détail, la fin de l’après-midi était déjà arrivée. Ayant compris l’essentiel du plan, Sapien et Gruel partirent chacun organiser leurs troupes.
À mon tour de rentrer et de me reposer. Cette nuit serait probablement ma dernière occasion.
Je retournai une fois de plus au manoir. Au bruit de mes pas, Azzy accourut et se mit à tourner autour de moi.
« Ouaf ! Tu es revenu ! Tu es revenu ! »
On disait que la vie de chien était une vie de rêve… Pourtant, les pattes avant et la queue d’Azzy étaient tachées de sang. Elle avait dû apprendre la politesse aux loups qui avaient attaqué Ende pendant leur reconnaissance. Toi aussi, tu as eu une journée chargée.
« Je suis rentré. »
« Bon retour. Comment ça s’est passé ? Teia a accepté de nous aider ? »
« Oui. J’ai eu la chance de la croiser et de lui parler en personne. Maintenant, il ne nous reste plus qu’à attendre. »
Je répondis vaguement et pénétrai dans le manoir. La régresseuse jeta un coup d’œil à Azzy, puis me suivit au petit trot.
Je ne me fais pas d’idées. Il y a quelque chose qui cloche. Hughes a l’air agacé, je ne sais pas pourquoi.
Qu’est-ce qui lui prenait, tout à coup ? Je comprenais qu’Azzy s’en soucie, mais pourquoi la régresseuse surveillait-elle mon humeur ? Était-elle donc du genre à se préoccuper ne serait-ce qu’un peu de ce que pensaient les autres ? C’était bien la dernière chose qu’on aurait imaginée de quelqu’un qui avait foncé tête baissée jusque-là.
Tout se passe bien parce que Hughes fait sa part. Alors, quel est le problème ?
Justement, c’était ça, le problème. Tout se passait bien parce que je faisais ma part. Mais impossible de lui expliquer ça. Alors, qu’est-ce que j’étais censé faire… ?
Il a peut-être ses règles ?
Comme si c’était possible !
Quand je me retournai brusquement, la régresseuse vit mon expression et n’en fut que plus convaincue.
J’en étais sûre. Il y a quelque chose qui le met dans un état physiologiquement désagréable. C’est un homme, donc ce ne sont pas vraiment ses règles, mais quand même !
Remets tes pensées dans le bon ordre ! Tu m’as fait peur. J’étais idiot de me demander si elle avait pris mon sexe pour celui d’une femme ou si elle croyait que les hommes pouvaient ressentir la même chose !
Cette façon de penser, où l’idée venait d’abord et le raisonnement ensuite, était véritablement terrifiante. Je demandai à la régresseuse :
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Après avoir observé mon humeur un instant, elle finit par prendre la parole.
« Hughes, quelque chose te tracasse ces derniers temps ? »
« J’en ai l’air ? »
« Oui. Tout se passe bien, mais tu avais toujours l’air plus heureux quand ça ne marchait pas. »
« Tu me fais passer pour un détraqué qui aime semer la pagaille. »
« Exactement ! C’est tout à fait ça ! »
Cette femme… J’avais envie de lui donner une pichenette sur le front. Elle esquiverait et riposterait avec la Frontière d’inversion céleste. Tss. Je me retins. Calmant ma main droite qui tressaillait, je repris :
« Non, c’est juste à cause d’une chose que j’ai dite en persuadant Gruel. »
« Quoi donc ? »
J’avais dit à Gruel que s’il voulait la gloire, il devait la chercher lui-même. Au lieu d’offrir une occasion aux hommes-bêtes cochons et de pouvoir se décevoir à sa guise, il devait mettre lui-même les pieds dans la boue et en faire quelque chose de glorieux.
Ces mots s’appliquaient aussi à moi.
Bien sûr, je ne cherchais pas la gloire des humains. Ma conviction était inébranlable. Les humains n’étaient rien de plus que des bêtes. Même s’ils chassaient le Roi des Bêtes et établissaient un ordre à sa place, ils ne cesseraient jamais d’être des bêtes. Je n’avais pas changé d’avis là-dessus.
Pourtant, afin de tenir ma promesse à Azzy, j’avais agi exactement comme Gruel. J’avais pris les devants et guidé Ende vers une situation plus idéale. J’avais pu le faire parce que chacun avait la volonté de protéger Ende… mais, au bout du compte, c’était moi qui les avais coordonnés.
Je n’avais pu le faire que parce que j’étais un Roi des Bêtes qui avait perdu ses pouvoirs. Tss. À ce rythme, je n’aurais bientôt plus aucune raison de me plaindre qu’on m’ait retiré mon titre de Roi des Bêtes.
« Chaque mot que je disais me donnait l’impression de me parler à moi-même. Ça m’a tellement retourné l’estomac que ça m’a agacé. Je me suis demandé si les gens qui m’écoutent ressentaient toujours ça. »
Avait-elle seulement compris ce que je voulais dire ? La régresseuse hocha aussitôt la tête.
« Oui. Ta façon de parler est plutôt agaçante. »
« Merci. Ça m’a fait du bien. »
« C’est agaçant aussi ! »
La régresseuse s’emporta soudain, puis se détendit.
« Enfin, le résultat est bon. Alors, pourquoi tu t’inquiètes ? »
« Tu ne devrais pas t’inquiéter un peu plus, monsieur Shei ? »
« Tu dis que les humains sont des bêtes. Alors, pas besoin de s’inquiéter, pas vrai ? »
« Tu crois que les bêtes ne s’inquiètent pas ? »
« Ouaf ! Moi, je ne m’inquiète pas ! »
« Elle dit qu’elle ne s’inquiète pas. »
Avec l’aide d’Azzy, la régresseuse prit un air grave, comme une sage.
« S’inquiéter ne change pas l’avenir. Il y a d’innombrables choses qui ne marcheront pas, quels que soient les moyens qu’on emploie ou les efforts qu’on fournit. Les circonstances changent sans cesse et, au moment où l’on croit avoir bien fait, tout peut soudain s’écrouler à la fin. Je ne peux que choisir pour le présent, en espérant que tout ira bien. »
C’était étrange de l’entendre dire ça. Elle était plus proche de la Sainte Vierge que quiconque au monde.
Mais ce n’était pas pareil. Peut-être parce qu’elle était une régresseuse, il existait une différence nette entre la régression et la prophétie. La plus grande différence tenait à quelque chose comme un nombre illimité de possibilités. C’était probablement ce qui distinguait la régresseuse de la Sainte Vierge.
… Elle avait quand même raison. Depuis quand est-ce que je m’inquiétais de ce genre de choses ? Je devais rester fidèle au désir que je ressentais à cet instant.
« Ne t’emballe pas non plus, monsieur Shei. On n’a pas encore obtenu le résultat. »
« Alors cesse d’être agacé et dors, comme ça demain sera encore plus parfait. »
« C’est toi qui m’en empêches, monsieur Shei. »
« Arrête de me répondre aussi agaçamment ! »
La régresseuse cria, exaspérée.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>