Chapitre 508
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 508 : L’Heure du chien et du loup - 1
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« … Les jours les plus humiliants de ma vie. »
À vrai dire, les paroles de Sapien étaient encore en dessous de la réalité. Gruel renifla et demanda :
« Parce que tu as perdu contre des hommes-bêtes ? »
« Parce que l’homme-bête qui m’a vaincu est en train de ravager cette ville. »
Ende était la ville où Saint Enger avait planté un drapeau et fondé une colonie. Au fil des années, elle avait porté de nombreux noms — Forteresse de l’Aube, Village des pionniers, margraviat, ville libre — et avait changé autant que ces noms.
Sapien, un Obélisque, descendant du margrave d’Enger et humain reconnu d’Ende, s’exprima malgré son humiliation.
« C’est la terre que Saint Enger a lui-même baptisée. Il ne suffisait pas que des hommes-bêtes et des sauvages s’emparent de cette ville. Il fallait aussi que je les regarde renoncer à sa fierté et à son devoir. C’était si honteux que j’avais envie de m’arracher la langue avec les dents. »
« Pour quelqu’un qui a si honte, tu as la langue bien pendue. Elle doit être plus résistante qu’elle en a l’air. »
« Je ne pourrai pas fermer les yeux, même dans la mort, tant que je n’aurai pas restauré cette ville en ruines. »
« Tu fanfaronnes pour quelqu’un qui n’est jamais mort. Parmi tous les morts que j’ai vus, un seul n’a pas pu fermer les yeux. On lui avait d’abord mangé les paupières. »
Leur conversation ressemblait fort à un duel, à ceci près qu’aucun des deux n’était armé. Parmi les deux hommes qui se dévisageaient, Sapien fut le premier à céder. Non par manque de courage, mais parce qu’il avait déjà perdu une fois.
« Ne te prends pas pour un roi parce que tu m’as battu, Gruel. Je ne suis qu’une médiocrité parmi tant d’autres dans les principautés. Comme pratiquant du qi, tu ne figurerais même pas parmi les cinq meilleurs là-bas. Si on ajoute les mages à la liste, il y en aurait encore davantage. Travaille davantage si tu ne veux pas qu’on te réduise à ta nationalité. »
Gruel répondit calmement à l’avertissement de Sapien.
« Tu savais que dans ma tribu, dès qu’on a plus de dix ans, on doit appeler ses parents par leur nom ? On n’a pas le droit de dire “mère” ou “père”. »
« Quel rapport avec la conversation ? »
« Ça veut dire que même les gamins de dix ans ne geignent pas en appelant “maman” et “papa”. Tu comprends, maintenant ? »
Le visage de Sapien rougit devant cette insulte flagrante, mais il ne tarda pas à riposter avec brio.
« Je te prie de m’excuser. Je pensais que cette coutume venait du fait que les parents y mouraient jeunes. Je te présente mes excuses. »
« … Ha. »
Pris au dépourvu par cette attaque, Gruel lâcha un son à mi-chemin entre le rire et le grognement. Sapien ne devait pas le savoir, mais cette tradition était bel et bien née du fait qu’ils perdaient leurs parents très jeunes.
Non, ce qui fait encore plus mal, c’est que Sapien l’ignorait. La mort doit être bien plus rare dans les principautés.
Après s’être blessés mutuellement et avoir brièvement apaisé leur échange, le bruit des sabots mit fin à leur face-à-face.
Une femme-bête équine accourut dans la brise et adressa un joyeux signe de la main à Sapien.
« Sapien ! Tu as dû en baver ! Mais je suis contente que tu sois entier ! »
« Teia. »
Teia, membre d’Oberli et maîtresse de poste honoraire du Service de messagerie du clan Express, s’approcha de Sapien sans cérémonie. Gruel fut déconcerté de voir quelqu’un traiter un humain reconnu en ami, mais Sapien lui répondit comme si cela lui était habituel.
« Tu as attrapé la femme-bête équine qui a provoqué les pillages à Ende ? »
« Oui ! Je ne suis peut-être pas très douée pour garder les écuries, mais je sais rattraper les chevaux qui s’enfuient ! »
« Je te prie de m’excuser. Tu devrais encore être en convalescence. »
« Si tu le sais, alors félicite-moi ! »
« Merci. Tu as fait du bon travail. »
« Quoi, juste des mots ? »
« … Et si on faisait une course un de ces jours ? Même si je perdrais à coup sûr. »
« Hé hé hé ! Super ! Pas question de revenir sur ta parole ! »
Teia lui fit un clin d’œil et sautilla vers l’extérieur. Elle semblait avancer d’un pas léger, mais avant même qu’on s’en aperçoive, elle était déjà loin.
Gruel fut secrètement surpris par sa vitesse.
Rapide.
Il était de notoriété publique que les hommes-bêtes équins étaient rapides, mais elle l’était davantage que tous ceux que Gruel avait jamais vus.
« Qu’est-ce que c’était que ça ? »
Sapien fronça les sourcils.
« Surveille tes paroles. C’est une jument de course impériale. »
« Une jument de course ? »
« Une femme-cheval. Une femme-bête équine. »
Sentant qu’il lui fallait apporter quelques précisions, Sapien poursuivit avant que Gruel ne puisse poser une autre question.
« Les courses de femmes-bêtes équines, un sport où s’affrontent celles qui maîtrisent le qi, sont toujours populaires dans l’Empire. Elle était la plus grande championne de son époque. Elle a pris sa retraite à cause d’une blessure, toutefois. »
« Une jument de course impériale est l’égale d’un humain reconnu ? »
« Bien sûr que non. »
Sapien répondit presque avec urgence, comme s’il tenait à prévenir tout malentendu.
« C’est moi qui devrais lui parler avec respect. Elle est décontractée, alors nous nous parlons familièrement. »
Gruel demanda, incrédule :
« Quoi ? À une femme-bête équine ? Je sais que la discrimination est forte dans l’Empire, pas qu’elle est moins forte. »
« C’est comme ça, Gruel. Personne, dans l’Empire, ne croit que les femmes-bêtes équines de course et les humains sont égaux. Pourtant, si on devait choisir lequel des deux tuer, d’innombrables personnes choisiraient l’humain sans hésiter. Certains ont fait ce choix plus d’une centaine de fois. »
Sapien avait suffisamment vu les contrées sauvages. Cette terre barbare, où des bêtes armées de cornes, de crocs et de griffes imposaient par la force la loi du plus fort, était déjà assez brutale.
Mais lorsqu’il tournait les yeux vers l’Empire, sommet de la civilisation, était-il vraiment à l’opposé de la barbarie ?
Sapien savait que non. C’était pourquoi, même en gouvernant comme humain reconnu, il ne méprisait ni ne maltraitait les hommes-bêtes.
Les humains n’étaient déjà pas égaux entre eux. Voilà pourquoi ils ne répugnaient pas à discriminer les hommes-bêtes.
La « discrimination » était naturelle.
« Si ce n’était pas une citoyenne impériale, mais une roturière des principautés, ils n’y réfléchiraient même pas. Gruel, tu devrais être reconnaissant de m’avoir seulement emprisonné. Si tu l’avais attaquée, l’Empire aurait créé un nouveau sport : la chasse aux membres de la Faction des Bêtes. Non pas qu’elle se laisserait capturer. »
« … Il y a vraiment toutes sortes d’absurdités, là-bas. »
« Il faut connaître toutes sortes de choses pour gouverner une ville. La chute des hommes-bêtes porcins était inévitable. Ils n’avaient jamais gouverné de ville auparavant. »
Depuis le retour des Obélisques, la ville grinçait encore de toutes parts, mais elle reprenait peu à peu forme. Ce n’était pas parce que les Obélisques étaient exceptionnels. Ils étaient simplement plus habitués à la tâche.
Pourtant, le fossé était immense. Gruel était bien sûr un étranger, mais même les hommes-bêtes porcins qui avaient vécu dans la ville ignoraient quelles ressources s’y trouvaient, sans même parler de savoir comment y accéder.
Sans l’aide du maire Triber à tous les niveaux, la ville se serait effondrée en une journée. Après avoir observé la ville plusieurs jours et appris ce qui s’était passé, Gruel avait compris au moins cela.
Il avait aussi compris autre chose.
« Pourtant, ça n’a pas l’air impossible. »
« Quoi donc ? »
« Vous, les Obélisques, vous bombe le torse, mais vous ne faites qu’emprunter et rassembler les forces des autres clans. Les hommes-bêtes ovins fabriquent du matériel militaire, les hommes-bêtes bovins labourent la terre et tendent des pièges, et les hommes-bêtes équins rassemblent et déplacent les gens. Et vous, qu’est-ce que vous faites ? Vous grognez ? Oh, mais c’est le rôle des hommes-bêtes canins. »
« En tant qu’humains reconnus d’Ende, nous coordonnons tout le monde et faisons la démonstration de notre force… »
« C’est le maire Triber qui coordonne tout le monde. Et votre force ? »
Les Obélisques de Sapien avaient pu gouverner non seulement grâce à leur autorité d’humains reconnus, mais aussi grâce à leur force. Si l’on pouvait convaincre les hommes-bêtes sauvages avec de simples paroles, on n’aurait jamais inventé le proverbe sur le fait de prêcher à une vache.
Avec une force bien supérieure désormais présente au grand jour, l’importance des Obélisques ne pouvait que diminuer. D’autant plus qu’ils avaient déjà essuyé une défaite.
« Votre force ne suffit pas, non ? C’est pour ça que vous empruntez notre aide. »
Gruel le fit remarquer en haussant les épaules.
Quelle que fût la puissance des Obélisques, ils manquaient de bras et agissaient lentement. Leur autorité amoindrie et leur force de combat réduite, ils ne pouvaient, à eux seuls, résoudre le chaos qui éclatait partout dans la ville tout en préparant la guerre. Gruel, qui avait pris le contrôle total des hommes-bêtes porcins et de la ville, était une force dont Ende avait désespérément besoin.
Les hommes-bêtes porcins pourraient gérer la ville s’ils avaient simplement le savoir-faire des Obélisques ? Hmph. Comme si c’était possible…
Pourtant, la majeure partie de l’administration de la ville était assurée par le maire Triber, un homme-bête canin. Si Gruel avait dirigé Ende dès le début à la place d’Orcma, l’issue aurait peut-être vraiment été différente. Sapien se perdit dans ses pensées.
Ce serait déjà bien si les hommes-bêtes porcins ne causaient pas d’ennuis, mais ils obéissent tous aux ordres à la perfection, c’est presque effrayant… et bien pratique. Je dois le reconnaître. Leur communauté est bien plus soudée et organisée que je ne le pensais. Ils sont utiles pour l’instant, mais ils pourraient menacer Ende à l’avenir…
Pourtant, face au Roi des Loups, une petite menace susceptible de surgir un jour était bien trop insignifiante. Sapien choisit soigneusement ses mots avant de répondre.
« … Nous n’aurions pas besoin de votre aide si nous n’étions pas en guerre contre les loups. »
« Tu as dit que tu étais destiné à affronter les loups, que tu le veuilles ou non, non ? Alors tu n’avais pas le choix, tu devais emprunter notre aide. »
« Toi non plus, tu n’as pas le choix. »
Naturellement, la Faction des Bêtes, qui rivalisait directement avec les loups, se trouvait dans une situation plus urgente qu’Ende. Gruel acquiesça sans hésiter.
« Pour l’instant, aidons le Roi des Chiens à se débarrasser des loups. Garde tes récriminations pour plus tard. »
« … D’accord. Commençons par vaincre le Roi des Loups. »
Au bout du compte, il n’y avait qu’une seule conclusion.
Le Roi des Loups. Ils s’occuperaient du reste après avoir vaincu l’ennemi qui menaçait l’humanité.
Gruel regarda soudain autour de lui.
« Au fait, où est le Magicien ? »
« Pourquoi ? »
« Il a dit qu’il avait un plan. »
Chercher un étranger devant la plus haute autorité militaire d’Ende, c’était aller trop loin. Visiblement mécontent, Sapien répondit :
« Si tu veux un plan, nous en avons un aussi. »
« Les miens ont proposé le vieux plan consistant à poser une tonne de pièges. J’ai essayé, et ça ne suffira pas, loin de là. Les loups les éviteront ou les désamorceront tout simplement. »
Sapien, qui n’avait reçu aucune nouvelle pendant sa détention, demanda, stupéfait :
« Les désamorcer ? Les loups ? »
Sapien avait tendance à accepter les circonstances telles qu’elles se présentaient, parce qu’il était rationnel, mais c’était tout. Il restait un humain reconnu, profondément pétri de préjugés.
Au moment où Gruel s’en rendit compte, il eut envie de tout envoyer promener.
« Ha. Toi comme moi, on ignore bien trop de choses. Tu ne sais même pas que les loups utilisent le qi, pas vrai ? »
« Quoi ? Il est impossible que des animaux imitent une technique aussi raffinée, créée par les humains. »
Avec suffisamment d’expérience, même les hommes-bêtes porcins pouvaient gouverner une ville. Ce n’était qu’une remarque lancée à la légère par Gruel, mais à présent, il croyait sérieusement que c’était possible.
Les humains et les hommes-bêtes porcins n’étaient pas si différents.
Comme l’avait dit le Magicien.
« Alors, il est où, le Magicien ? »
* * *
« Hein ? Qu’est-ce que tu as dit ? »
Par hasard, je tombai sur Teia et lui exposai le plan, puisqu’elle allait jouer un rôle essentiel dans cette guerre.
« C’est exactement ce que ça veut dire, Teia. Tu vas devoir servir d’appât pour attirer le Roi des Loups. »
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