Chapitre 507
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Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
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Chapitre 507 : Une promesse tenue
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Le plus simple, pour faire tomber une armée rebelle, était de rétablir l’ancien régime. Comparer les humains reconnus d’Oberli à des rois était peut-être exagéré, mais Gruel avait compris que libérer les humains reconnus et les Obélisques signerait l’arrêt de mort d’Orcma.
Orcma elle-même ignorait sa faiblesse. Si concentrée sur l’expulsion d’Azzy qu’elle en avait complètement oublié Oberli et l’avait laissée sans surveillance. À ce stade, sa chute était tout à fait logique.
Il était sans aucun doute plus malin qu’Orcma. Cela dit, la comparaison plaçait la barre bien bas.
« Tu ne devais pas retrouver Shei ? J’ai vu les guerriers de la Faction des Bêtes tout à l’heure. »
« Plus précisément, je cherchais ceux qui transportaient le Roi des Chiens. J’ai entendu dire qu’on les avait retrouvés… mais, pour une raison ou une autre, j’ai eu envie d’attendre ici. »
Seul Gruel pouvait tenir tête à la régresseuse. Je m’étais dit qu’il irait la rejoindre dès qu’elle commencerait à semer le trouble. Je m’étais trompé.
Gruel était toutefois quelqu’un que je devais rencontrer, moi aussi.
« Qu’est-ce que tu veux ? »
« Partir pour la principauté. »
Gruel répondit sans détour. Il n’avait pas l’air de vouloir expliquer pourquoi ; je le fis donc à sa place.
« Tu veux qu’on attire les loups jusqu’à la principauté ? »
Gruel hésita un instant, apparemment surpris que j’aie percé son intention à jour.
« …Tu sais. »
« Je dirais plutôt que je le devine. Tu ne viens pas d’Ende et tu n’avais pas l’intention d’y faire quoi que ce soit, même après la réussite du coup d’État. Depuis le début, ton but était de protéger la Faction des Bêtes. Pas vrai ? »
« Dire que je protège la Faction des Bêtes me donne l’air d’un roi. Je cherche seulement à préserver l’ordre naturel. »
Ayant peut-être jugé inutile de continuer à le cacher, maintenant que j’avais découvert son jeu, Gruel croisa les bras et poursuivit.
« Ceux que tu appelles la Faction des Bêtes sont des nomades depuis les temps anciens. Ils errent dans les étendues sauvages aux côtés des buffles. Ils sont forts et belliqueux… mais leur existence est instable. Inondations, sécheresses, bêtes sauvages en furie… Chaque fois qu’un désastre s’abat sur les plaines du Sud, leurs rangs s’éclaircissent considérablement. Pourtant, les catastrophes finissent toujours par passer. Quand les jours meilleurs reviennent, ils prospèrent à nouveau. C’est l’ordre naturel. »
« Et alors ? »
« Mais… les loups sont restés trop longtemps dans la plaine d’Enger. »
Gruel se tourna vers le lointain. Au sud d’Ende s’étendait une terre aride la moitié de l’année et inondée l’autre moitié. Les bêtes devaient sans cesse se déplacer. Les humains ne faisaient pas exception.
« Les inondations et les sécheresses passent sur les plaines. Pourtant, la meute de loups, qui aurait dû croître quelque temps avant de décliner à nouveau, y est restée trop longtemps. Elle rôde depuis l’ancien territoire du Royaume des Dix Mille jusqu’à Ende, tue les buffles et attaque les humains. »
Tout cela était arrivé parce qu’aucun Roi des Chiens n’était apparu pour affronter le Roi des Loups. Gruel regarda Azzy en parlant.
« Si le Roi des Chiens est ici, le Roi des Loups partira sûrement vers le nord. Et si le Roi des Chiens va jusqu’à la principauté, ce sera encore plus certain. Peu m’importe ce qu’il faudra faire, du moment qu’on s’occupe des loups. Autant les attirer jusqu’à la principauté et régler le problème comme il se doit. »
Pour la Faction des Bêtes, l’essentiel était que les loups quittent la plaine d’Enger. Ce qui arriverait à Ende ou à la principauté n’avait aucune importance.
Pour les gardes d’Oberli, c’était une nouvelle tombée du ciel.
« Vous comptez garder les humains reconnus prisonniers… ?! »
« Ce n’est pas la question ! La principauté au-dessus de nous, les loups en dessous ! Ende est en danger ! »
Même libérés, les Obélisques et les humains reconnus ne pourraient pas vaincre Gruel. Tant qu’ils resteraient sous sa coupe, il pourrait régner sur Ende à sa guise. Les gardes affichèrent une mine sombre. Si les choses continuaient ainsi, les hommes-bêtes canins, qui avaient échoué dans le coup d’État, subiraient une persécution encore pire.
Il y avait une chose que je ne comprenais pas.
« Attends. Alors, pourquoi es-tu venu à Ende ? Si ton but était de chasser le Roi des Loups, tu n’avais aucune raison de risquer ta peau en venant ici. »
« Je devais vérifier une possibilité. »
« Une possibilité ? »
« Celle de vaincre le Roi des Loups à Ende. Le moyen le plus sûr de chasser le Roi des Loups de la plaine d’Enger, c’est… de le tuer, non ? »
Ça aurait pu marcher si rien n’avait dérapé. Mais les hommes-cochons avaient protesté, les Obélisques s’étaient méfiés et avaient tenu la Faction des Bêtes en respect, et celle-ci, qui ne pouvait se permettre de se retrouver isolée dans une ville inconnue, s’était rangée du côté des hommes-cochons. Une fois les Obélisques écartés, les hommes-cochons avaient pris le pouvoir dans la ville.
Jusque-là, tout allait bien. Puis les hommes-cochons avaient déçu Gruel. Sans montrer la moindre aptitude au commandement ni la moindre compétence, ils avaient choisi d’éviter le combat.
Décevant, mais pas un mauvais résultat pour Gruel.
« Vu la tournure des événements, il est déjà trop tard pour sauver la situation. Il ne reste qu’à choisir la deuxième meilleure option. »
« Alors, toi aussi, tu te retires. »
« C’est un choix froid. Mieux vaut cela que de tenir une promesse impossible à accomplir. »
Personne ne voulait se battre contre les loups. Il n’y avait que des gens qui voulaient se servir d’eux, les éviter ou détourner le regard.
Gruel ne devait pas faire exception. Bien sûr, il nourrissait peut-être aussi quelque espoir…
« Aouuuuuuu ! »
C’est alors que cela arriva.
Un chien poussa un long hurlement. Ce cri soudain surprit non seulement les gardes d’Oberli, mais même Gruel.
Moi ? J’avais mal aux oreilles. Le hurlement venait de juste à côté de moi.
« Ouaf ! Ouaf, ouaf ! Aouuu ! »
Azzy aboya plusieurs fois vers le ciel. Ses hurlements portaient une émotion que les humains ne pouvaient comprendre.
Quiconque prétendait que les bêtes étaient des machines dépourvues d’émotions aurait changé d’avis en entendant ça. Le cri d’Azzy était si empreint de chagrin.
« Aouuuuu… »
Azzy aboya vers le ciel, refusant de regarder le sol. Le Roi des Chiens représentait tous les chiens. Elle avait pris forme humaine pour transmettre sa volonté aux humains. L’émotion qu’elle laissait s’exprimer bouleversa tous les chiens et les hommes-bêtes canins d’Ende.
Des hurlements montèrent de tous les quartiers d’Ende. Les hommes-bêtes canins cessèrent eux aussi de reculer.
« Majesté ? »
« Pourquoi hurlez-vous… ? »
« Aou, aou. »
Après avoir donné toute sa force à ce cri, Azzy releva la tête. Une fissure noire apparut près de son front. D’abord informe, elle se tordit et s’élargit, puis ses ramifications s’entrelacèrent comme des tiges végétales tressées.
« Battre loup. »
Une couronne fendue en deux flotta au-dessus de la tête d’Azzy.
C’était le symbole d’un Roi des Bêtes. La couronne que j’avais perdue en perdant mes forces. Pourtant… Azzy en avait une. Enfin, la moitié d’une.
La moitié ? Attends. Pourquoi n’en avait-elle que la moitié ? Où était le reste ?
« Si humains tenir promesse, si combattre en meute avec moi. Battre loup. Possible. »
Les paroles prononcées avec la couronne sur la tête l’étaient au nom de tous les chiens. Azzy parlait pour chacun d’entre eux.
« Combattre avec moi. Si humains tenir promesse, moi protéger humains aussi. »
Gruel était un homme-bête. Comme tous les hommes-bêtes, il respectait le Roi des Bêtes.
Mais Gruel était aussi un humain, et le Grand Chef de la Faction des Bêtes. Il s’exprima avec embarras.
« Même si tu dis ça… »
« Ça ne marchera pas, hein ? Désolé. Notre Azzy en a trop demandé. »
Tu as fait de ton mieux, Azzy. Mais les humains ne bougeraient pas simplement parce que tu étais sincère. Il n’était ni chien ni cochon. Il était humain, tout simplement.
J’allais convaincre l’humain.
« Au fond, tu es un petit Cochon comme ceux d’Orcma, alors c’est quoi, cette demande ? Très bien. Nous irons où tu veux. »
« …Orcma ? »
À l’évocation de ses congénères décevants, le sourcil de Gruel tressaillit. Puisque j’avais réussi à le provoquer, je haussai les épaules.
« Orcma voulait s’enfuir en sacrifiant Azzy, parce qu’ils pensaient perdre s’ils se battaient. Tu as dit qu’ils t’avaient déçu, et pourtant, tu essaies de fuir en sacrifiant Ende de la même manière. Tu ne vaux pas mieux qu’eux. »
« Si je ne veux pas être comme eux, je dois affronter les loups et me battre. »
Il avait touché juste. Pourtant, je ne pouvais pas me réjouir sans réserve que mon adversaire soit perspicace. Les gens perspicaces devinaient aussi mes intentions.
Gruel marmonna, puis reprit d’un air étrange :
« Tu es un drôle d’homme, Magicien. »
« Quoi ? »
« Tu as aidé Orcma à renverser les humains reconnus. Tu as hissé les hommes-cochons au sommet, puis tu les as regardés se détruire en riant. »
…J’avais cru qu’il ne connaissait pas grand-chose à la situation d’Ende, mais il avait dû recueillir pas mal d’informations durant son séjour à Oberli. Gruel ne cherchait pas à dissimuler sa méfiance à mon égard.
« Et maintenant, tu me pousses à affronter le Roi des Loups. Quel est ton véritable objectif ? Si tu voulais combattre les loups, tu n’avais pas besoin d’aider Orcma au départ. »
Une idée sembla traverser l’esprit de Gruel, et il me lança brusquement :
« Tu ne désires que le chaos ? »
Voilà pourquoi je n’aimais pas les gens perspicaces. Il retournait la situation pour m’interroger sur mes intentions.
Je devais pourtant répondre pour Azzy. Gruel avait atteint le Li. Le Li était le pouvoir d’achever son propre monde et de le faire advenir. Il n’agirait que si son cœur lui-même en était convaincu.
Je répondis avec une honnêteté assez franche.
« Je ne crois pas qu’on puisse tenir quoi que ce soit pour acquis dans ce monde. Ne pas avoir d’oreilles animales ne donne pas automatiquement le droit de gouverner les autres. Le fait que tous les humains soient égaux ne leur donne pas le droit de priver les autres de ce dont ils jouissaient. Ce n’est rien de plus que l’usage de ce qui est “normal” comme d’une arme pour satisfaire ses propres désirs. »
Les humains reconnus, fiers sans en avoir la force, et les hommes-cochons, qui jouissaient du pouvoir sans en avoir les compétences, avaient tous découvert leur faiblesse et leur bêtise. Grattez une couche de vernis, et au fond, ils n’étaient que des bêtes et des humains.
C’était ce que je voulais savoir. Et je venais encore une fois de confirmer que j’avais raison.
« La seule chose qu’on puisse tenir pour acquise, c’est le désir des bêtes. J’ai tout vérifié, alors maintenant, je dois faire ce qui s’impose. »
« Et c’est aider le Roi des Chiens à sauver les humains ? Voilà qui est inattendu. »
Gruel avait l’air intrigué. Je lui demandai d’un ton agacé :
« Qu’est-ce que ça peut faire ? »
« Le Roi des Chiens est un Roi des Bêtes, et pourtant son but est plus noble que celui de n’importe quel humain. »
C’était parce qu’Azzy était bizarre. Qu’une bête s’abstienne d’attaquer les humains en toutes circonstances n’avait rien de naturel. Combien de chiens mordaient les gens ?
Mais une promesse restait une promesse, et je devais la tenir. Voilà pourquoi il ne fallait pas se faire mordre, ni par les animaux ni par les contrats.
« On dit que le démon qui met les humains à l’épreuve est en réalité celui qui cherche Dieu plus que quiconque. En ce sens, tu lui ressembles. »
Pourquoi ramener la Bible dans cette histoire ? Réponds, c’est tout.
« Toi aussi, tu lui ressembles. Certains pourraient croire que je tire les ficelles. C’est toi qui as donné leur chance aux hommes-cochons. »
Il avait demandé au jeune homme-cochon s’il voulait devenir son disciple dès son arrivée, puis il avait aidé Orcma sitôt qu’il avait appris qu’ils avaient lancé un coup d’État. Il n’avait pas le droit de m’interroger. Il aurait dû commencer par se poser la question à lui-même.
« Si tu veux être noble, reste loin d’Ende jusqu’au bout. Les hommes-cochons ont protesté après ton arrivée, réussi leur révolution grâce à toi et profité du pouvoir grâce à ta force. Ce qui comptait le plus pour Orcma, c’était que tu aies soumis les Obélisques. C’est toi, Gruel, qui as déplacé les pièces sur cet échiquier. »
« Tu veux dire que moi aussi, j’ai été mis à l’épreuve ? »
Pris à son propre piège, Gruel eut un petit rire plein d’autodérision.
« …Oui. J’avais placé tous mes espoirs dans mes congénères, tout seul. »
« Arrête d’attendre des autres qu’ils agissent et fais-le toi-même. Avant d’espérer que tes congénères deviennent admirables, montre-leur l’exemple. »
Gruel décroisa les bras. C’était lui qui avait mené la Faction des Bêtes à Ende. Il avait eu dès le début assez de volonté pour se battre.
Il avait perdu son ardeur en découvrant l’état de la ville, mais la détermination allait et venait à sa guise.
« …Le Roi des Chiens se battra même sans moi, n’est-ce pas ? »
« Elle se bat depuis avant ta naissance. »
« Ne te méprends pas. Je ne me bats ni pour mes congénères ni pour l’honneur. C’est que le Roi des Loups a l’air d’être un adversaire à ma mesure. Je refuse de mourir comme un chien — ou plutôt, comme un cochon. »
Gruel se retourna et s’éloigna à grands pas. Devant lui se dressait la prison où étaient détenus les Obélisques. En contemplant le bâtiment, plutôt luxueux pour une prison, Gruel s’adressa à Azzy et à moi :
« Peut-on gagner ? »
La promesse serait tenue. Constatant la détermination de Gruel, Azzy répondit avec assurance :
« Gagner ! »
« Alors. »
Gruel saisit la porte de la prison et tira. L’immense et épaisse grille de fer, seule partie de cette prison luxueuse à vraiment ressembler à une prison, se déchira comme du papier.
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