Chapitre 506
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 506 : D’humain à humain
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« Ouf. Ça fait du bien de semer le chaos. Mais rien que penser au nettoyage après coup, ça me décourage. »
« Ah bon ? Tu pensais vraiment au nettoyage après coup ? Tu fonces toujours tête baissée, alors je croyais que tu n’avais jamais de plan. »
« Depuis que nous sommes arrivés à Ende, j’ai été bien plus méthodique que toi ! »
Tandis que tout le monde était rassemblé sur la place, Ende était devenue étrangement silencieuse. La régresseuse et moi descendions une rue particulièrement déserte en discutant.
« Franchement, ça ne me dérangerait pas d’aller dans le Duché. À ce stade, les circonstances d’Ende ne devraient plus nous inquiéter. »
« Il aurait été bien plus facile d’arrêter le Roi des Loups dans le Duché qu’à Ende. Une fois Ende tombée, le Duché a rassemblé toutes ses forces pour affronter le Roi des Loups. Vouloir l’affronter à Ende, c’est juste mon entêtement. »
Cet entêtement avait la vie dure. Était-ce parce qu’elle était régresseuse ? Tant qu’elle ignorait comment les événements allaient se dérouler, elle se montrait extrêmement proactive, à la limite de l’agressivité. Mais dès qu’elle avait déjà vécu quelque chose une fois, elle devenait très méticuleuse.
À voir comment elle avait noué des liens avec les groupes de marchands d’Ende, pris contact avec les gens au sommet et fait venir la Faction des Bêtes, je sentais vraiment qu’elle avait régressé.
… Même si ce n’était peut-être qu’une habitude. Quoi qu’il en soit, je compris que la régresseuse voulait résoudre les problèmes d’Ende aussi proprement que possible.
« Tu ne vas pas abandonner Ende, si ? »
« Tu as dit que tu avais un plan. Je ne sais pas ce qui pourrait encore arriver ici, mais je compte garder le Duché comme option. »
« Inutile. J’ai fini ce que j’avais à faire avec les hommes-bêtes porcins. Je leur ai dit qu’eux aussi étaient humains. Alors, maintenant, on peut laisser derrière nous ce souhait qui s’est réalisé. »
Il n’y avait rien de honteux dans les désirs primaires. Ce qui était étrange, c’était de ne pas pouvoir appeler naturelle une chose qui l’était.
Ils voulaient mieux vivre. Ils voulaient s’approprier ce que les autres possédaient. C’était naturel, non ? Pourtant, certains prétendaient que les humains étaient par nature supérieurs aux hommes-bêtes, tandis que d’autres affirmaient que, puisque tout le monde était égal, il était naturel que les gens cèdent leurs biens. Quelle comédie.
Je voulais seulement arracher l’emballage qui recouvrait les désirs bestiaux. Je voulais que les gens redeviennent des bêtes.
La régresseuse me dévisagea avec méfiance.
« … Tu emploies toujours ce mot comme s’il rabaissait les humains. »
« Si tu trouves que c’est rabaissant, mademoiselle Shei, c’est que tu as trop d’attentes envers l’humanité. Pour ma part, j’ai toujours été cohérent. »
« Même si tu n’en attends pas grand-chose, tu ne pourrais pas au moins exiger une réaction un tant soit peu raisonnable ? »
« Le bon sens varie d’une personne à l’autre. »
« C’est vrai, mais il y a des choses que les gens ont en commun. C’est pour ça qu’on parle de bon sens. »
« Dès qu’il y a des différences, quelque chose cloche déjà. Au bout du compte, quelqu’un doit corriger ces différences. C’est ça, se battre. »
Réduite au silence par mes arguments, la régresseuse voulut répliquer, puis lâcha un gémissement contrarié.
« Alors ? Comment on fait pour remettre ces idiots dans le droit chemin ? »
« D’abord, mademoiselle Shei, continue à semer le chaos comme tu le fais depuis tout à l’heure. »
« Et comment je m’y prends ? »
« Pas besoin d’y réfléchir. Quoi que tu aies envie de faire, mademoiselle Shei, ça sèmera le chaos. »
Le talent naturel et le talent acquis, c’était différent. J’avais beau me creuser la tête, je ne pourrais jamais rivaliser avec la régresseuse. Alors autant qu’elle fasse ce qui lui plaisait.
La régresseuse plissa les yeux.
« Tu dis des choses qui ressemblent à des petites piques déguisées. »
« Pas du tout. Les voilà ! »
Au moment où je criai, plusieurs hommes-bêtes équins apparurent devant nous. Ils étaient vraiment rapides. Nous venions à peine de nous échapper de la place en chevauchant le vent, et ils nous avaient déjà retrouvés.
« Je les ai trouvés ! Par ici ! Ils sont là ! »
« Espèce de… ! »
« Puihi ? Je ne suis qu’un éclaireur ! »
La régresseuse dégagea une aura féroce, et les hommes-bêtes équins détalèrent la queue entre les jambes. Ils n’avaient appris que les bases des arts du qi appliqués à la course, mais c’était déjà assez pour nous ôter toute envie de les poursuivre.
« Ce serait plus facile de les tuer que de les attraper. Enfin, pas qu’on en ait besoin ! »
Dès que les hommes-bêtes équins disparurent, plusieurs autres hommes-bêtes se précipitèrent vers nous. En nous apercevant, la régresseuse et moi, l’un d’eux, encapuchonné, cria :
« Prévenez le chef Gruel ! On les retient ici ! »
« La Faction des Bêtes ? »
À Ende, peu de gens avaient une force comparable à celle de la régresseuse. Si je disais « peu », c’était à cause de lui.
Gruel. Un homme-bête porcin qui avait atteint le Principe.
La régresseuse empoigna Chanteciel et se mit en garde.
« Pourquoi la Faction des Bêtes est-elle ici ? Ils ont décidé de se ranger du côté d’Ende, cette fois ? »
La régresseuse possédait un qi débordant et maîtrisait des arts du qi extraordinaires, mais elle restait légèrement inférieure à un pratiquant du qi qui avait atteint le Principe par ses propres moyens. C’était une différence de talent, une différence dans le jugement et l’instinct, à la fraction de seconde près, qu’on ne pouvait expliquer par la seule force ou la vitesse.
Elle avait Chanteciel, Jizan, d’innombrables trésors et toutes sortes de pouvoirs. Ce n’était pas comme si elle allait forcément perdre le combat. Malgré tout…
« C’est pénible ! Me battre contre quelqu’un sans savoir si je vais gagner ou perdre ! »
La régresseuse fit monter son qi et cria :
« Écartez-vous ! »
Technique de l’Épée céleste, Pluie de météores.
Des débris et des morceaux de roche se soulevèrent dans la tourmente. La régresseuse s’enveloppa de vent et abattit son épée ; des centaines, voire des milliers de fragments s’abattirent sur les guerriers de la Faction des Bêtes.
Elle comptait les neutraliser rapidement, mais les guerriers de la Faction des Bêtes ne se laissèrent pas faire si facilement.
« Aux capes ! »
Les guerriers de la Faction des Bêtes levèrent aussitôt devant eux les capes de cuir qu’ils portaient.
Badoum, boum, boum.
Les capes de cuir résonnèrent comme des tambours. Repoussés par leur Art du qi rebondissant, les débris retombèrent mollement au sol. Ils résistèrent sans peine à l’attaque de la régresseuse.
Les guerriers que Gruel avait formés en personne n’avaient rien à envier aux Obélisques. Ils avaient atteint les branches du Ciel et de la Terre des arts du qi et, sans avoir maîtrisé la branche de l’Eau, avaient plutôt endurci leurs puissants corps d’hommes-bêtes. Ils étaient du niveau des généraux de l’État militaire.
Leurs arts du qi étaient peut-être inférieurs à ceux d’un général, mais, en dehors des combats entre humains, le raffinement des techniques comptait assez peu.
C’était vrai aussi dans le cas présent. La régresseuse était du genre à miser davantage sur la force que sur les arts du qi.
« Tss ! Ça aurait été plus simple si vous étiez juste tombés par terre ! »
Les guerriers de la Faction des Bêtes, les dents serrées sous l’impact violent, crièrent :
« Ne croisez pas le fer avec elle ! C’est une experte. Avancez et reculez en formation de chasse au buffle ! »
« Merci de reconnaître mon talent ! »
Personne ne le lui avait demandé, mais la régresseuse chargea aussitôt. Tandis que je la regardais semer le chaos comme je le lui avais conseillé, je me tournai discrètement vers Azzy.
« Azzy. On y va ? »
« … Ouaf. »
Azzy acquiesça faiblement. Ce qui s’était passé plus tôt semblait l’avoir profondément blessée.
C’était le plan. Non… c’était peut-être plutôt une question de ce que je ressentais.
Le souhait d’Orcma avait été exaucé. Ils avaient obtenu le droit de tout gâcher eux-mêmes, comme les humains, et ils en abusaient librement. Ils avaient dit qu’ils s’en chargeraient eux-mêmes, alors pourquoi m’en mêler ?
Je voulais voir ce que l’autre camp souhaitait à présent. Si j’exauçais ce souhait, je pourrais peut-être sauver la ville.
« Hé ? C’est toi… ! »
À peine un homme-bête porcin m’eut-il reconnu et pointé du doigt que je lui saisis le doigt pour le lui tordre vers l’arrière. J’empoignai l’homme-bête qui hurlait et le plaquai contre le mur de la ville.
Ma seule force ne suffisait pas à briser des murs de pierre, mais l’Art de la Terre rendait la chose possible. Le mur s’enfonça exactement autant que j’y avais enfoncé l’homme-bête. L’homme-bête porcin se retrouva parfaitement encastré, comme s’il avait toujours fait corps avec le mur.
Je cherchai ma prochaine victime du regard.
« Au suivant. »
« Euh… Un intr… ! »
Avant qu’il ait pu finir de crier « Intrus ! », je lançai une carte.
Fouish. Chargée d’électricité, la carte se ficha dans l’épaule de l’homme-bête porcin. Le sang gicla. Pour un homme-bête d’Ende, endurci par une vie rude, ce n’était qu’une égratignure.
Le problème, c’était la décharge qui parcourait son sang. Son corps fut secoué de spasmes par l’électricité qui courait le long de ses nerfs, puis il s’effondra.
« Ma main est plus rapide que l’œil. Enfin, ce n’est pas vraiment le moment de sortir cette phrase. »
Je secouai la main et ouvris la porte d’Oberli.
Les dirigeants d’Oberli étant temporairement absents et la régresseuse semant le chaos en plein cœur d’Ende, les défenses de la ville n’avaient jamais été aussi faibles. Et Oberli recelait un joli butin que tout le monde convoitait.
« Ouaf ouaf ouaf ouaf ! »
« Au secours des humains reconnus ! »
Les hommes-bêtes canins, gardes d’Oberli compris, profitèrent de l’occasion pour attaquer la ville. Fière et isolée, Oberli eut l’humiliation de tomber deux fois en peu de temps.
Oberli, elle-même, n’en avait probablement rien à faire.
Les hommes-chiens attaquaient les hommes-porcs comme pour évacuer des années de rancœur. Les hommes-porcs, rassemblés à la hâte pour faire nombre, se firent balayer sans résistance.
Un coup d’État qui tombait à point nommé. Je ne l’avais pas prévu. Lui aussi, tôt ou tard, aurait eu lieu.
Même dans leur renversement, ils étaient pareils. Humains jusqu’au bout, jusque dans leur chute.
« Magicien… Je ne te pardonne pas ! Je te laisse partir uniquement parce que tu es avec le Roi ! »
« … Ouaf. »
« Non, Majesté. Je ne criais pas après Votre Majesté… Tss, enfin ! À la prochaine ! »
L’un des hommes-chiens cria en entraînant les autres. Emportés par leur élan, ils traversèrent les rues ordonnées d’Oberli et ouvrirent à la volée les portes de toutes les maisons. S’ils trouvaient des humains reconnus, ils les secouraient. S’ils trouvaient des hommes-porcs, ils leur décochaient des coups de poing.
Ces coups ne faisaient aucune différence entre l’âge ou le sexe. Tout ce qui comptait, c’était d’avoir des oreilles de porc.
Des cris ou des acclamations retentissaient. Il coulait plus de sang que la dernière fois. À l’époque, seuls les humains reconnus avaient été pris pour cible, et les auteurs du coup d’État ne les avaient pas brutalisés.
« Les porcelets n’ont pas leur place ici ! »
« Vous aimiez vous comporter en propriétaires, hein ? »
Ils ne montraient aucune de ces retenues envers ceux qui avaient des oreilles différentes. Au contraire, ils se livraient à des représailles encore plus cruelles.
« … Aouh, aouh. »
Azzy ferma les yeux très fort. De son point de vue, la dernière fois s’était bien mieux passée. Au moins, les humains n’avaient pas souffert.
Eh bien, j’éprouvais à peu près la même chose. Ils ne se laissaient pas un peu trop emporter ?
Mais la véritable force appartenait à quelqu’un d’autre.
« Yip, yip, yip ! »
Les cris de détresse des hommes-bêtes canins résonnèrent. Devant la prison d’Oberli, dans l’allée où étaient enfermés de nombreux humains reconnus, les hommes-bêtes canins qui s’étaient précipités pour les libérer furent balayés comme des feuilles mortes. En voyant leurs camarades s’effondrer en tas sanglants, les gardes d’Oberli reculèrent prudemment.
« Qu’y a-t-il ? Vous ne disiez pas que les porcelets n’avaient pas leur place ici ? »
Un immense homme-bête porcin s’avança calmement devant eux. Écrasé par cette pression intense, un homme-bête canin, la queue entre les jambes, lança désespérément :
« A-arrêtez ! Vous avez entendu tout à l’heure ? Si vous continuez à résister, ce sera de la trahison envers le Duché… ! »
« Vas-y. »
La Faction des Bêtes désignait les nomades qui parcouraient la plaine d’Enger. Toutes sortes de tribus, de races et d’origines s’y mêlaient, et ils n’appartenaient à aucune nation. Les cris de trahison d’un autre pays ne les menaçaient guère.
Et puis, menacer de trahison quelqu’un qui avait atteint le Principe était d’un ridicule achevé. Gruel renifla et leva le poing.
« Les bêtes effrayées font beaucoup de bruit. Cessez d’aboyer comme des chiens et montrez-moi de quoi vous êtes capables. »
« Urgh… ! »
Tandis que tous les hommes-bêtes canins autour de nous reculaient, je me retrouvai assez loin devant, pour être resté immobile. Au milieu du chaos, Gruel me remarqua et m’adressa la parole comme s’il m’avait attendu.
« Je t’attendais, Magicien. »
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