Chapitre 505
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 505 : Même les chasseurs peuvent se faire virer
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Les loups étaient puissants. Mais ils n’étaient toujours qu’une meute. Si une nation mobilisait toutes ses forces à temps pour s’occuper d’eux, elle pouvait les vaincre sans trop de difficultés.
Mais une nation était une vaste collectivité où vivaient des dizaines de millions de personnes, et il était difficile de garder constamment un œil sur une meute de bêtes quand personne ne savait où elle frapperait ni ce qu’elle ferait. Le Roi des Loups était assez malin pour éviter les combats sans raison. Sans le Roi des Chiens, il était très difficile d’affronter le Roi des Loups.
L’État militaire avait perdu des centaines de soldats au cours d’une campagne d’extermination de bêtes nuisibles, tandis que les États mineurs ne pouvaient s’installer dans les montagnes par peur des animaux sauvages. Même l’Empire n’exploitait qu’une infime partie de la Méditerranée, par crainte du Fléau marin qui y sévissait. Les bêtes étaient une véritable nuisance que même les nations ne pouvaient se permettre d’ignorer.
C’était pour cette raison que le Duché avait fondé Ende.
Quelques années après l’extermination des meutes de loups par le Sanctuaire, une meute que l’on croyait compter le Roi des Loups parmi ses membres apparut dans le sud de la plaine d’Enger. Pourtant, pour des raisons politiques, géopolitiques et administratives, le Roi des Chiens avait été abandonné ou chassé depuis des générations. Après la rébellion qui avait renversé le royaume, le Roi des Chiens avait disparu sans laisser de traces.
Entre-temps, les meutes de loups s’étaient multipliées et parcouraient le sud de la plaine d’Enger. Elles étaient devenues suffisamment menaçantes pour inquiéter le Duché lui-même. Le Duché du Lilas, le plus proche des loups, avait donc décidé de dresser un bouclier.
Les hommes-bêtes et Ende.
Des choses dont ils pouvaient se débarrasser à leur guise.
« Ende, c’est… un bouclier ? »
« C’est exact. Nous sommes les boucliers de chair du Duché. Mais en devenant leur bouclier, nous avons gagné notre liberté. »
Le maire Triber promena son regard sur la place. Au-delà s’étendaient d’innombrables maisons et des foules de gens. Des dizaines de milliers d’hommes-bêtes vivaient à Ende. Contemplant la ville, bâtie de toutes pièces, le maire prit la parole.
« Tous les habitants de cette ville jouissent de la liberté. Ils gagnent de l’argent, travaillent, sont traités équitablement et fondent des organisations. Dans une nation humaine, ces choses sont difficiles à obtenir. Cela prouve que les hommes-bêtes ne sont pas différents des humains. »
Un instant, le maire Triber contempla les hommes-bêtes avec émotion. Puis, la voix empreinte de désespoir, il les implora :
« Les loups. Il nous suffit de les vaincre. Alors, nous pourrons nous débarrasser de cette menace et obtenir une autonomie complète. Nous, les hommes-bêtes… nous montrerons au Duché que nous en sommes capables, nous aussi ! »
« Donc, vous voulez qu’on devienne les boucliers de chair contre les loups. »
« Les loups sont puissants, mais ils ne sont pas invincibles. Nous pouvons les combattre et gagner. Et ainsi, nous, les hommes-bêtes, aurons le droit d’adresser des revendications au Duché et au monde entier ! »
Azzy en sacrifice ? Non, c’était Ende, le sacrifice. Chasser Azzy, c’était comme si un sacrifice en poussait un autre hors de l’autel en lui disant de se laisser dévorer en premier. C’en était risible.
Bien sûr, pour les hommes-bêtes qui n’avaient jamais compris qu’ils étaient des sacrifices, même cela serait difficile à accepter.
« On n’en veut pas ! On n’est pas nés pour servir de boucliers de chair ! »
« Mais c’est grâce à ça qu’on a échappé à l’ingérence du Duché et qu’on a pu vivre libres ! »
« On n’a pas besoin d’une ingérence qui permet à quelqu’un de nous gouverner et de nous envoyer à la mort ! On vivra comme on l’entend ! Ende décidera de l’avenir d’Ende ! »
« Ça ne vous autorise pas à chasser le Roi des Chiens ! C’est de la trahison, ni plus ni moins ! »
Bon, bon. Ils n’avaient pas de temps à perdre ; ils pouvaient rester là et continuer à se disputer. Moi, j’avais du travail.
Je pris le mégaphone que j’avais apporté et montai lentement sur l’estrade. Je me plaçai devant les deux, les cachant à la vue de tous tandis qu’ils poussaient des cris qui tenaient peut-être de la dispute ou n’étaient qu’une vulgaire engueulade. Après m’être raclé la gorge, je portai le mégaphone à ma bouche et lançai :
« Je comprends ce que vous voulez. Vous n’avez pas l’intention de combattre les loups. Votre changement d’attitude en quelques jours à peine a de quoi laisser perplexe, mais si c’est la décision qu’Ende a prise après mûre réflexion, je la respecterai. »
Des murmures s’élevèrent du côté d’Orcma, comme si ce n’était pas la réaction qu’ils espéraient. Ils avaient dû s’attendre à me voir sous le choc et leur demander des explications. Malheureusement pour eux, ce qu’ils avaient fait correspondait exactement à mes plans.
« Les loups s’en prennent aux humains, tandis que les chiens les suivent. Les loups sont mauvais, les chiens sont bons. Choisir de se soumettre au mal et de chasser le bien est profondément décevant… mais je peux comprendre votre choix, en tant que personne à la tête d’une ville. On vante la noblesse du sacrifice, mais quand c’est à notre tour de nous sacrifier, c’est difficile à accepter, n’est-ce pas ? »
Je soupirai d’un air contrit, réprimai un grognement, puis affichai de nouveau un grand sourire.
« On n’y peut rien. Nous n’avons donc pas d’autre choix que de partir vers le nord et de demander directement de l’aide au Duché. »
C’était le même jugement raisonnable que celui des orcs. S’ils refusaient de nous aider, il ne nous restait qu’à partir. Il s’était passé quelque chose d’inévitable ; nous ne faisions donc que choisir la meilleure réaction possible.
Mais maintenant que je connaissais les liens entre le Duché et Ende, ils ne pouvaient plus accepter cette idée. Poina pâlit et demanda :
« Attendez. Vous voulez dire que le Duché du Lilas… ? »
« Bien sûr. C’est le duché le plus proche. »
« C-ce n’est pas possible ! »
« Nous avons déjà chassé les humains reconnus comme tels. Si la nouvelle se répand qu’on a chassé le Roi des Chiens pour éviter d’affronter le Roi des Loups, les représailles seront d’un tout autre ordre… ! »
Exactement. C’était à peu de chose près de la trahison. Grâce au maire Triber, qui m’avait expliqué la situation à l’avance, je m’étais épargné cette peine. Toujours muni du mégaphone, je me détournai d’eux d’un air navré et repris :
« On n’y peut rien. Le Roi des Chiens doit combattre aux côtés des humains. Le pacte consiste à protéger les humains des loups. Mais puisque vous refusez de vous battre, ne devrions-nous pas demander de l’aide à la nation la plus proche ? »
On n’y pouvait rien. Comme eux, nous n’avions pas d’autre choix. Tandis que je martelais cet argument, j’enfonçai le dernier clou dans mon discours.
« Enfin, je crains que vous ne subissiez des pressions du Roi des Loups, au sud, et du Duché du Lilas, au nord… Mais je suis certain que vous, gens sages, prendrez une autre excellente décision pour votre ville ! »
Je prétendais leur faire confiance, mais ce que je voulais dire, c’était que j’allais informer le Duché et les laisser régler ça entre eux. Ni le maire Triber ni Orcma ne pouvaient l’accepter.
Poina s’écria avec fureur :
« Arrêtez ! Nous ne pouvons pas laisser partir le Roi des Chiens ! »
J’avais enfin obtenu la réponse que j’attendais. Je m’arrêtai sans me presser et lui demandai calmement :
« Pardon ? Alors, qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ? Vous dites que vous ne vous battrez pas, mais si vous abandonnez Azzy ici, vous la laissez tout simplement mourir. »
« …Cela ne vous regarde pas. Le Roi des Chiens existe pour protéger les humains. »
« Waouh ! J’ai déjà entendu ça quelque part ! »
Il suffisait d’écarter une couche de leur cœur pour découvrir qu’ils avaient tous la même chose à l’intérieur. Ils avaient beau essayer de l’enrober, les humains restaient des humains.
Les hommes-bêtes n’avaient pas besoin de se battre pour devenir humains. Ils n’avaient pas besoin de clamer qu’ils voulaient être les égaux des humains.
Ils l’avaient toujours été.
« Tout le monde, je le reconnais. Vous êtes déjà de parfaits humains ! Vous violez les traités, vous revenez sur vos promesses et vous abandonnez le Roi des Chiens. Puis, comme la situation risque d’empirer si vous la laissez partir, vous décidez de la laisser mourir ici ? Parfait ! Peut-on rêver d’humains plus parfaits ? »
Les hommes-bêtes n’étaient pas les seuls à blâmer. Les humains avaient chassé le Roi des Chiens, l’avaient laissée mourir et l’avaient même emprisonnée dans l’Abîme.
Il était donc tout naturel que les hommes-bêtes choisissent la même solution. Ils se ressemblaient tous.
« Les humains n’ont rien de spécial. Ce sont des bêtes, comme les loups. Ils se prosternent devant les plus forts et essaient de dévorer les plus faibles. Ils complotent pour vivre un peu mieux et plus confortablement. Ce n’est rien d’autre qu’une meute de bêtes ordinaire. Exactement comme vous tous ! »
À y regarder de plus près, le Duché qui avait envoyé des hommes-bêtes à Ende pour les utiliser comme boucliers ne faisait pas autre chose que les hommes-bêtes qui voulaient se servir d’Azzy comme bouclier.
« Le Duché s’est dit la même chose ! Ah, merde. Ces salauds de l’Empire se croient puissants, alors ils veulent nous faire subir la même chose. Ça me dégoûte, alors utilisons plutôt les hommes-bêtes. Tout va bien, c’est leur rôle, non ? »
Je pris la voix du Duché, écartai les bras et hurlai :
« Qu’en pensez-vous, hommes-bêtes ? Maintenant que vous êtes à leur place, voyez-vous les choses du point de vue des humains ? Comprenez-vous pourquoi ils vous ont envoyés en première ligne contre les loups ? Félicitations ! Si vous comprenez, alors vous aussi, vous êtes des humains ! »
« … ! »
Je les félicitais sincèrement. C’était une félicitation venue du fond du cœur, le genre que je pouvais leur adresser parce que les hommes-bêtes avaient obtenu ce à quoi ils aspiraient depuis si longtemps.
Enfin, pas vraiment du fond du cœur. Je savais déjà que leur souhait n’avait rien de noble.
Ils voulaient seulement bien vivre. Ils voulaient manger de bons plats, jouir du pouvoir et être bien traités. Ils trouvaient toutes sortes de raisons pour se donner des airs de militants idéologiques, mais ils n’étaient au fond qu’un groupe de gens qui voulaient mieux vivre qu’auparavant. Ils étaient pétris d’un sentiment de victimisation, mais c’était là leur véritable nature.
« …Vous nous comprenez bien, magicien. Puisque vous êtes si compréhensif, vous comprendrez aussi pourquoi nous ne pouvons pas laisser partir le Roi des Chiens. »
« C’est vrai ! C’est une décision parfaitement compréhensible ! Bien sûr que je comprends ! »
Mais la part du gâteau qu’ils convoitaient appartenait déjà à quelqu’un d’autre. À moins d’en préparer un nouveau, ils n’auraient tôt ou tard d’autre choix que de prendre celui d’autrui.
À ce stade, seule la loi du plus fort pouvait encore s’appliquer.
« Ça ne veut pas dire qu’on a la moindre raison de vous suivre, n’est-ce pas ? Tout comme vous refusez d’obéir aux ordres du Duché ! »
L’argent, le pouvoir, les égards, le respect. Il leur fallait tout conquérir par la force.
C’était bestial, et alors ? J’aimais ce genre de désir. Je ne détestais que ces envies simples et primaires qui se faisaient passer pour de nobles idéaux.
« Notre survie est en jeu. À présent, nous sommes dans le même bateau. Ende et nous. Qui va mourir ? Désolé, mais moi, je n’ai pas envie de mourir. »
Je portai délibérément le mégaphone à ma bouche et criai gaiement :
« Désolé ! S’il vous plaît, mourez à ma place ! »
« Attrapez-les ! »
Urukpaing et les autres mercenaires se ruèrent sur nous. Ils comptaient s’emparer d’Azzy et de moi avant que nous ne puissions fuir, mais un immense coup fendit l’espace entre nous à cet instant. La régresseuse s’avança lentement parmi les orcs médusés, Chanteciel à la main.
Peut-être que m’entendre parler avait un peu apaisé son humeur. Sa présence était moins tranchante qu’avant.
Elle n’en était pas moins féroce.
« N-nous ne disons pas que nous allons vous tuer ! Nous devons seulement abandonner le Roi des Chiens ! »
« Pourquoi ? Azzy vaut mieux que vous. Si quelqu’un doit être abandonné, ce devrait être vous. »
La régresseuse leva Chanteciel et répondit :
« Ce n’est pas parce que vous êtes des hommes-bêtes. C’est parce que vous êtes des humains pires que des chiens. Contrairement à Azzy, votre abandon ne semble pas avoir beaucoup d’importance. »
Waouh. Elle arrivait à provoquer les gens à ce point sans même faire d’effort ? Les gens doués avaient vraiment quelque chose de particulier. Moi, il me fallait lire dans les pensées et choisir mes mots pour provoquer quelqu’un. Je n’étais qu’un homme ordinaire.
« Grr… ! »
« Nous n’avons plus rien à faire à Ende. Faites ce que bon vous semble. Moi aussi, je ferai ce qui me plaît. »
Dans un reniflement méprisant, la régresseuse libéra le pouvoir de Chanteciel.
Technique de l’Épée céleste, Spirale du dragon.
Un tourbillon nous enveloppa, Azzy et moi. Des vents furieux fracassèrent l’estrade et soulevèrent une tempête de sable. Un gigantesque tourbillon de terre, de poussière, d’éclats de bois et de débris balaya la place. Les hommes-bêtes s’accroupirent et se protégèrent le visage du vent.
Quand le tourbillon, assez puissant pour les empêcher d’ouvrir les yeux, se dissipa, nous avions déjà disparu de leur vue.
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