Chapitre 504
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 504 : Faire bouillir le chien de chasse en premier
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Face à un humain, Azzy était impuissante. En tant que Roi des Chiens, elle ne pouvait que résister avec autant de prudence que possible, sans lui faire de mal.
Mais si son adversaire n’était pas humain, Azzy se montrait plus fiable que n’importe quel autre Roi des Bêtes. Elle mettait tout en pièces avec la sauvagerie d’une bête, sans jamais blesser un humain.
« Aouuuuuuu !! »
Azzy bondit et renversa un loup. Celui-ci se débattit désespérément pour survivre, mais Azzy le saisit par la peau du cou avec une précision parfaite et le projeta sur le côté. Il roula au sol, se tortilla quelques fois, puis s’immobilisa.
À la chute d’un loup, le reste de la meute prit la fuite au loin. La gueule ensanglantée, Azzy menaça les loups à distance. Incapables même d’envisager de se venger, ils baissèrent la tête comme des soldats vaincus et s’enfuirent à travers la plaine.
Azzy garda le poil hérissé et les fixa jusqu’à leur disparition. Puis son expression s’adoucit et elle aboya gaiement en direction des humains qu’elle avait protégés.
« Ouaf ! »
Le Roi des Chiens était sociable. Même avec du sang autour de la gueule, Azzy avait bien du mal à effrayer les humains.
Pourtant, les gens qui ramassaient les corps de ceux que les loups avaient tués la regardaient avec ressentiment.
Sensible aux émotions humaines, Azzy perçut l’étrange hostilité qui se cachait dans leurs regards et pencha la tête.
« … Ouaf ? »
« Pourquoi tu souris… ? Mon fils est mort… »
La femme qui pleurait au-dessus du corps recouvert de paille serra sa jupe dans ses poings. Azzy ne pouvait pas le voir, mais elle ressentait les émotions de la femme. Ses oreilles et sa queue s’affaissèrent.
« Les loups n’auraient jamais dû envahir cet endroit… Pourquoi faut-il qu’on se batte contre eux ? »
« Ouaf. »
« C’est à cause de toi ! À cause de ta présence… ! »
La femme fixa Azzy et cria d’une voix tremblante.
« Si tu n’avais pas été là, les loups ne seraient pas venus ici ! »
« Hé, belle-sœur ! Calme-toi ! »
« Ça suffit. Le Roi est venu nous aider ! »
« Nous aider ? Il n’y avait aucun problème jusqu’à récemment ! J’étais heureuse avec mon enfant ! Et maintenant, tout est fini ! Tout est fini ! »
Certains accusaient Azzy, d’autres tentaient de les arrêter, d’autres encore observaient l’ambiance, et quelques-uns prenaient discrètement parti et jetaient de l’huile sur le feu. Au milieu de tout ce vacarme, Azzy se recroquevilla peu à peu. Son poil hérissé retomba, et sa queue, qu’elle avait agitée avec tant d’énergie, se plaqua contre elle tandis qu’elle observait nerveusement les gens.
Bon sang. Tu devrais apprendre à prendre les choses avec plus de souplesse.
Je finis par rattraper Azzy après qu’elle eut chassé tous les loups, mais je tombai sur des gens qui la montraient du doigt. Essoufflé, je lançai : « Huh, huh… Bon sang, je n’ai plus de souffle. Azzy, tu as fini ici ? »
« Ouaf… »
« Bien. Tu as fait du bon travail. On rentre. Apparemment, une réunion importante nous attend. »
Azzy hocha la tête et se mit aussitôt en route. Je venais à peine d’arriver et devais déjà faire demi-tour sans même avoir eu le temps de reprendre mon souffle.
« Hé, hé, hé. Ralentis. Les humains à pied se fatiguent. »
Mon endurance s’était assez améliorée pour que ce ne soit plus aussi difficile qu’avant, mais je n’arrivais toujours pas à suivre Azzy. Alors que je pressais le pas derrière elle, elle s’arrêta soudain et me demanda :
« Ouaf. Tu me détestes ? »
« Non. Pourquoi ? »
Azzy s’accroupit et me parla sans me regarder.
« Ouaf, ouaf. Les humains disent qu’ils me détestent. Ils disent qu’ils aimeraient que je ne sois pas là. »
« Eh bien, ça arrive. Tout le monde n’aime pas les chiens. »
« Moi, j’aime les humains. »
« Tu devrais apprendre à ne pas aimer les gens, parfois. Il y a plein de mauvais humains dans le monde. »
« Il n’y a pas de mauvais humains dans le monde. »
« J’ai l’impression que tu devrais dire le contraire. »
Il y avait assez de mauvais humains pour qu’on trébuche sur eux. Mais il n’existait pas de mauvais chiens. C’était parce que tous les mauvais chiens mouraient ou devenaient des loups. Les chiens ne pouvaient pas s’empêcher d’être gentils, et Azzy, le Roi des Chiens, incarnait pratiquement la bonté.
« Alors, ceux qui te traitent mal sont les vrais méchants. »
« Ouaf ? Toi ? »
« Quoi, moi ? Quand est-ce que je t’ai mal traitée ? »
« Tu as promis ! Tu n’as pas tenu ta promesse ! »
« Tu crois que je l’ai rompue exprès ? Et puis, au départ, la promesse ne portait pas sur ça, si ? Quelque chose n’a pas changé en cours de route ? »
« Comment je le saurais ! »
Oui. Qu’est-ce que tu en savais ? Toi et moi, nous n’étions que des animaux.
Malgré tout, une promesse restait une promesse. Quel que soit le problème, il fallait que je la tienne. Ce n’est qu’alors que je découvrirais ce qui avait mal tourné. Il y avait une différence entre la tenir et la repousser, mais la rompre n’était jamais une option. Puisque mourir n’en était pas une, il fallait que j’avance d’une façon ou d’une autre, petit à petit.
« Ne le prends pas trop à cœur. Je vais régler ça vite. »
« Ouaf. »
J’avais semé des graines dans leur cœur. Ils feraient un choix cruel, nourri par le malaise, l’inquiétude et la peur.
Mais eux aussi étaient victimes d’une énorme erreur de jugement.
Ils croyaient que leur choix pourrait changer le monde.
L’assemblée d’urgence annoncée par Orcma se tint à Ende, et non à Oberli. Comme la ville ne possédait aucun espace assez vaste pour accueillir tout le monde, on vida le camp de tentes situé à la périphérie afin de faire de la place. Malgré cela, la majorité des habitants d’Ende s’y étant rassemblés, le terrain découvert était si bondé qu’on pouvait à peine y poser le pied.
Celle qui apparut sur l’estrade devant toute la ville d’Ende ne fut autre que Poina, d’Orcma.
« Nous sommes confrontés à une terrible catastrophe. »
En temps normal, le maire Triber ou Sapien aurait pris la parole, tandis qu’une personne à la voix forte aurait relayé son discours au mégaphone. Mais Poina avait proposé de prononcer elle-même le discours, pour peu qu’on lui en remette le texte. Le maire Triber avait hésité un instant, mais avait respecté sa détermination. La voix de Poina portait assez pour qu’un seul haut-parleur retransmette clairement ses paroles.
« Des loups sont apparus. La meute qui rôdait aux abords d’Ende déchire nos clôtures et dévore nos moutons et nos habitants. Ces loups cruels et sauvages ne s’en contentent pas. Ils veulent nous mordre tous jusqu’à la mort, derrière ces murs. À leurs yeux, nous ne sommes que des proies. »
Contrairement à ce qu’on aurait pu attendre d’une femme-bête porcine, Poina était une oratrice habile. Malgré sa voix nasillarde, elle lut son texte sans hésiter. Le maire Triber compara le discours écrit aux paroles de Poina, puis hocha lentement la tête.
Le maire Triber croyait que tous les hommes-bêtes étaient égaux et qu’avec la possibilité d’apprendre, ils pouvaient le devenir, dans une certaine mesure. Les hommes-bêtes avaient besoin d’occasions. La situation était malheureuse, mais le maire Triber ne la jugeait pas entièrement mauvaise. Si les hommes-bêtes porcins surmontaient cette guerre, ils en tireraient de la fierté.
« Mais ce ne sont que des bêtes. »
À partir de là, son discours ne suivit plus le texte.
Après avoir brièvement observé la réaction du maire Triber, Poina sortit une feuille supplémentaire qu’elle avait glissée sous son texte.
C’était un nouveau discours rédigé par Orcma.
« Les loups ne mordent pas tout un troupeau de moutons jusqu’à la mort. Ils veulent se remplir le ventre, pas exterminer les moutons. Ici, c’est pareil. Les loups ne cherchent pas à nous tuer tous. Les bêtes n’attaquent pas une ville pour une telle raison. Les loups ont un autre objectif. »
« … Mademoiselle Poina ? »
Poina croyait que tous les hommes-bêtes étaient égaux et que les hommes-bêtes porcins méritaient le même traitement que les autres. Si on leur en donnait l’occasion, ils montreraient qu’ils en étaient tout aussi capables. C’était pour cela qu’elle avait attaqué Oberli et pris le pouvoir.
Et à présent, il lui fallait protéger l’occasion qu’elle avait obtenue.
Quitte à renoncer à tout le reste.
« Les loups ont pour cible le Roi des Chiens. »
Poina désigna Azzy. Désignée ainsi sans prévenir, celle-ci sursauta et ouvrit de grands yeux.
« Pourquoi les loups attaqueraient-ils une ville puissante ? Pourquoi le Roi des Loups serait-il venu à Ende ? Tout cela parce que le Roi des Chiens se trouve ici. Autrement dit, si le Roi des Chiens quitte la ville, les loups se retireront et partiront à sa poursuite. »
« Mademoiselle Poina, vous… ! Hum ! »
Urukpaing retint le maire Triber qui s’apprêtait à s’avancer. Une fois le maire réduit au silence, Orcma poursuivit son discours sans interruption.
« Nous pouvons surmonter cette menace. Mais puisqu’il existe une meilleure façon de l’éviter, rien ne justifie de transformer Ende, notre foyer et notre gagne-pain, en champ de bataille. »
Des murmures s’élevèrent dans la foule, mais personne ne protesta. Orcma avait déjà répandu les rumeurs parmi les hommes-bêtes porcins. Dans une ville d’Ende déjà plongée dans le chaos par les attaques et les pillages, il était bien trop facile de désigner un coupable.
Poina cria avec plus de force que jamais :
« Je vais ordonner l’expulsion du Roi des Chiens. »
Les membres d’Orcma, leurs partisans infiltrés amenés par les hommes-bêtes porcins et ceux qui avaient entendu les rumeurs et y croyaient dur comme fer poussèrent tous des acclamations. À l’exception des hommes-bêtes canins, toute la foule d’Ende applaudit cette décision.
« Ende ne combattra pas les loups. Roi des Chiens, je vous prie de quitter la ville avant la fin de la journée. »
« Ouaf ? Moi ? C’est de moi que vous parlez ? »
Ce ne fut qu’à cet instant qu’Azzy comprit qu’on parlait d’elle. Elle dressa les oreilles et posa la question. Avant que je puisse lui répondre, même avec douceur, la foule se mit à crier :
« Dehors ! »
« Dehors ! »
Les gens qui, d’ordinaire, étaient incapables de garder leur calme savaient sacrément bien se mettre au diapason quand il s’agissait de ça. Le chant de la foule se transforma peu à peu en une seule voix.
Azzy était le Roi des Chiens. Elle était sensible non seulement aux émotions des humains, mais aussi à celles des foules. Sous l’hostilité collective de ces gens qui la rejetaient, elle se recroquevilla peu à peu. Son regard désemparé se tourna vers moi, comme pour me demander quoi faire.
Désolé. Je n’ai pas de réponse à te donner pour le moment.
« … »
La régresseuse ne réagit pas, même après que les choses en furent arrivées là. Elle connaissait déjà mon plan. Mais elle était si mécontente que son intention meurtrière déferlait par vagues.
Heureusement que je l’avais prévenue. Sinon, quelques-uns auraient pu perdre leur bras droit.
« Hein ? »
« Assez de cette mascarade ! »
C’est alors que le maire Triber se dégagea de l’emprise d’Urukpaing et se précipita sur l’estrade. Les orcs, pris au dépourvu, tentèrent de l’arrêter, mais Poina leur fit rapidement signe de ne pas intervenir.
« On ne devrait pas arrêter le maire ? »
« Triber est un homme-bête canin très respecté. Si on l’arrête, les gens vont forcément en parler. »
« Mais si on le laisse parler… »
« J’ai une solution. »
Après avoir rapidement échangé leurs avis, les orcs décidèrent de le laisser faire. Le maire Triber monta sur l’estrade, haletant, puis cria :
« C’est un pacte ! Nous devons combattre les loups ! Si nous prenons la fuite ou si nous l’abandonnons, nous perdrons tous notre fierté ! »
« C’est ce que diraient les hommes-bêtes canins. Je ne vous en empêcherai pas. Hommes-bêtes canins, prenez vos armes et allez protéger le Roi des Chiens. Vous êtes libres de choisir. »
Poina prononça ces mots d’un ton moqueur.
S’ils voulaient combattre le Roi des Loups, ils le pouvaient. Elle ne les en empêcherait pas. C’était une tactique rhétorique courante : imposer sa propre opinion sous couvert de laisser le choix. Mais les orcs qui se livraient à ce genre de manœuvres politiques n’étaient désormais pas différents des humains.
« Ce n’est pas à cause d’une promesse faite au Roi des Chiens ! C’est à cause du traité que nous avons conclu avec le duché ! »
Mais pouvaient-ils vraiment accepter un combat d’égal à égal ?
Pourquoi Ende était-elle devenue une cité libre des hommes-bêtes ? Pourquoi était-ce une ville gouvernée par des humains reconnus, où les humains détenaient le pouvoir sans presque y vivre ?
Pour quoi devaient-ils se battre afin de devenir véritablement égaux ?
Le maire Triber poussa un cri comme s’il vomissait du sang.
« L’autonomie d’Ende a été obtenue à la condition que nous combattions les loups ! Ende est le bouclier du duché ! Un rempart contre la menace grandissante des loups ! »
Notes :
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