Chapitre 503
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 503 : Quand le lapin meurt, on fait bouillir le chien de chasse
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Si l’on offrait le Roi des Chiens en sacrifice, on pourrait échapper à la colère des loups. Le sacrifice d’une seule personne garantirait la sécurité d’Ende. Non, d’un seul animal.
Orcma avait appris la nouvelle d’Urukpaing. En toute hâte, ses membres convoquèrent les anciens et commencèrent une réunion secrète, ce qui ne leur ressemblait guère.
« Si nous offrons le Roi des Chiens en sacrifice, les loups nous laisseront tranquilles… C’est vraiment vrai ? »
L’Ancienne Mère Halfana plissa encore davantage son visage ridé avant de répondre.
« Hmph. Le Roi des Loups cherche le Roi des Chiens. Voilà pourquoi les humains qui voulaient éviter d’affronter les loups chassaient le Roi des Chiens. La dernière fois que chiens et loups se sont battus… ça devait remonter à la naissance de ta mère, soit près de cinquante ans. »
« Quel pays a combattu les loups il y a cinquante ans ? »
« Le Sanctuaire, bien sûr. L’Empire et le Sanctuaire ne cherchent pas à éviter les combats contre les loups. Ils sont assez puissants pour écraser une meute en un instant. Mais… hmph. Les autres pays n’ont pas les moyens de se le permettre. Et leur situation est compliquée, elle aussi. »
L’Ancienne Mère Halfana avait vécu plus de cent vingt ans. Même pour quelqu’un qui pratiquait le qi, c’était une longue vie. Comme elle n’y connaissait absolument rien, cela tenait du miracle.
Halfana n’était pas riche, ne descendait pas d’un ancien chef tribal et n’avait appris ni le qi ni la magie. Pourtant, grâce à son expérience, à sa sagesse et à ses relations, l’Ancienne Mère Halfana siégeait fièrement parmi les anciens. Elle incarnait à merveille le « vieux » d’« ancien ».
« Depuis, les pays humains évitent d’affronter les loups. Je ne me rappelle plus exactement quand… mais j’ai entendu dire que la Principauté Magenta avait chassé le Roi des Chiens. On disait qu’un émissaire impérial était venu à cause de cette affaire, qui avait fait grand bruit. À l’époque… »
Les paroles des vieillards ressemblaient à une vasière. Elles pouvaient sembler troubles, mais en les tamisant avec soin, on y trouvait toutes sortes d’informations utiles.
Poina tamisa les paroles d’Halfana, et son visage s’éclaira.
« …Alors, si nous chassons le Roi des Chiens, ou si nous laissons le Roi des Loups la tuer, les loups n’auront aucune raison d’attaquer Ende. »
Poina formula le plan auquel tous avaient pensé sans parvenir à se résoudre à le dire. Certains orcs la dévisagèrent avec effroi, mais elle ne remarqua même pas leurs regards et poursuivit, exprimant l’idée qui venait de lui traverser l’esprit.
« Nous ne pouvons pas envoyer d’émissaire chez les loups pour conclure un traité. Alors, servons-nous du Roi des Chiens comme appât et envoyons-la loin d’ici, quelque part où le Roi des Loups pourra la chasser sans être dérangé. »
« C-c’est vraiment acceptable ? »
À ces mots marmonnés par quelqu’un, Poina tourna vivement la tête et répliqua :
« Pourquoi est-ce que ça ne le serait pas ? »
« Non, c’est juste que… faire ça au Roi des Chiens alors qu’elle est venue nous demander de l’aide… »
« Le printemps vient à peine d’arriver dans la ville. Il nous faut du temps. Les choses tournent mal sans cesse parce que nous n’avons pas encore l’habitude, mais nous, les orcs, nous en sommes capables. Nous pouvons faire ce que les humains ont fait. »
Poina était toujours aussi pleine de confiance. La ville craquait de toutes parts, mais elle croyait que tout irait bien s’ils travaillaient assez dur. Les orcs pouvaient gouverner une ville aussi bien que les humains.
Pourtant, il fallait bien sacrifier quelque chose pour bâtir l’avenir qu’elle imaginait.
« Mais nous ne pouvons pas verser notre sang dans une guerre qui n’est pas la nôtre. »
« Une guerre qui n’est pas la nôtre ? »
« Exactement. C’est une guerre entre chiens et loups. Nous, les orcs, n’avons de dettes ni envers les chiens ni envers les loups, et nous ne leur gardons rancune de rien. Nous ne pouvons pas gaspiller des vies précieuses à cause d’une promesse que les Rois des Bêtes ont faite entre eux, arbitrairement, il y a bien longtemps. »
Avant aujourd’hui, Poina n’avait jamais sérieusement réfléchi à la guerre entre chiens et loups. Pourtant, à présent, elle avait l’impression de pouvoir énumérer plus de cent raisons de ne pas combattre les loups. Elle poursuivit en regardant les anciens d’Orcma.
« Même les principautés et les pays humains abandonnent souvent cette promesse sans hésiter. Il est injuste d’attendre d’une simple ville frontalière qu’elle la respecte. Surtout d’une ville qui n’a obtenu l’égalité véritable que tout récemment. »
« Le Roi des Chiens n’est qu’une bête symbolique. Quand il faut choisir entre la vie d’un animal et celle d’un humain, les humains passent naturellement en premier. Et quand il s’agit d’opposer une vie à des dizaines de milliers, il est évident que les dizaines de milliers de vies comptent davantage. »
« Et sommes-nous les seuls à nous comporter comme des ordures ? Le Roi des Chiens est tout aussi éhontée. Si elle se souciait vraiment des humains, elle pourrait se battre seule pour qu’aucun humain ne soit blessé. Pourquoi parcourt-elle le pays à la recherche d’humains prêts à l’aider ? Ne leur demande-t-elle pas simplement de mourir avec elle ? »
« Dès le départ, il y avait quelque chose de suspect dans le fait d’amener le Roi des Chiens à Ende. Le plan devait être de se servir de nous comme boucliers humains pour vaincre le Roi des Loups. Ce ne serait pas juste de nous prêter à ce jeu. Pourquoi faudrait-il nous sacrifier ? »
À chaque mot, son raisonnement se précisait. Les orcs ne devaient rien aux chiens et ne leur avaient fait aucune promesse. Ils n’avaient donc aucune raison de se mêler d’une guerre entre chiens et loups. À vrai dire, c’étaient les chiens et les loups qui leur causaient des ennuis en entraînant les humains dans leur conflit. Les humains n’avaient pas à mener cette guerre jusqu’au bout.
Après avoir produit des dizaines d’arguments en un instant, Poina rassembla ses idées et déclara :
« Ça me fait mal de le dire, mais si nous prenons une décision ferme, nous avons beaucoup à y gagner. En chassant le Roi des Chiens, nous pourrons obtenir une foule de choses. Nous, les orcs, sommes désormais la race qui dirige cette ville. Nous devons faire un choix sans nous laisser attendrir. »
Les propos de Poina étaient si irréprochables qu’il semblait impossible de les contester. Non, il n’y avait aucune raison de les contester : chacun de ses mots était juste. Pourquoi les hommes-bêtes porcins, persécutés jusqu’ici, devraient-ils prendre les armes pour le Roi des Chiens ? Ce combat revenait aux humains qui régnaient au sommet de la pyramide, ou aux hommes-bêtes canins concernés. Les hommes-bêtes porcins n’avaient pas à verser leur sang pour les chiens.
Cette logique était facile à accepter, car c’était celle que tout le monde voulait entendre.
Gluta hocha la tête.
« Très bien. Appelons donc le maire Triber et annonçons-lui notre décision. »
Orcma était entrée à Oberli depuis près d’une semaine, mais le maire Triber s’occupait toujours des affaires administratives les plus importantes. La suggestion de Gluta était pertinente, mais Poina se rappela quelque chose et les arrêta précipitamment.
« Non. C’est une noble de la principauté et une femme-bête canine. Elle s’opposera forcément à notre décision. »
« Ah, c’est vrai. Alors, que devons-nous faire ? »
Poina réfléchit un instant, puis esquissa un sourire froid.
« …D’abord, nous devrions révéler l’identité du Roi des Chiens. »
Les loups n’étaient plus un danger invisible.
Ils apparaissaient à toute heure et attaquaient partout dans Ende. Comparés à une armée, ils n’étaient que des éclaireurs, mais même en tant qu’éclaireurs, ces loups puissants étaient aussi rapides et menaçants que des chevaliers montés.
« Les loups ! Les loups sont là ! »
Une ville immense comme Ende avait forcément des quartiers périphériques. Malgré l’ordre d’évacuation, des habitants qui n’avaient pas réussi à fuir à temps étaient encore éparpillés partout. Certains ne savaient pas où emmener leurs moutons, d’autres étaient sur le point de récolter leurs cultures, et d’autres encore ne pouvaient se résoudre à abandonner aux loups les animaux qu’ils avaient élevés.
Les loups n’en avaient cure.
« Tout le monde, cachez-vous ! »
Au cri de quelqu’un, les habitants attrapèrent leurs enfants par la main et se ruèrent chez eux. Ils barricadèrent les portes, fermèrent hermétiquement les fenêtres et se blottirent dans des abris souterrains.
Quand la ville, qui avait repéré les loups, fut plongée dans un silence total, l’un des loups qui rôdaient à l’extérieur bondit par-dessus la palissade de bois. Celle-ci avait été renforcée, mais le loup sauta bien plus haut qu’elle. Il pénétra dans Ende avec une agilité stupéfiante, les crocs découverts, et s’avança dans le village.
Clac.
Au moment où il franchit la palissade et posa une patte à terre, un piège à mâchoires d’acier dissimulé sous le sable jaillit. Ses crans acérés, pareils aux dents d’un animal, se refermèrent sur l’avant-patte du loup.
« Yip ! »
« Aouuu ! »
Tandis que les loups effrayés bondissaient en arrière, Kito, la conceptrice de pièges cachée dans les buissons, surgit avec un léger sourire.
« Hi hi, hiii ! Alors, qu’est-ce que vous en pensez ? Ce sont des pièges à ours spécialement modifiés, que j’ai installés toute la nuit… »
Grâce à l’Arcane innée de Kito, les pièges réagissaient avec bien plus de force au moindre déclenchement. Les loups avaient beau être intelligents, ils ne pouvaient éviter des pièges parfaitement dissimulés par l’Arcane innée. En un instant, près de trente pour cent d’entre eux furent pris au piège et immobilisés.
« Les bêtes restent des bêtes… Tant qu’il y a des pièges, on n’a rien à craindre ! »
Kito cria fièrement, comme pour s’en convaincre.
Les loups ne prêtèrent presque aucune attention à Kito.
Après s’être jeté un regard, chacun d’eux se mit à faire la même chose.
Grincement, craquement.
Ils piétinèrent de toutes leurs forces leurs pattes avant prises au piège. Ils accrochèrent les loquets de leurs griffes et mordirent les pièges. En tournant la tête, ils écartèrent de nouveau les crans emboîtés.
Grincement. Craquement.
Les ressorts détendus se contractèrent, ramenant les pièges à leur état initial.
Ils comprenaient le fonctionnement des pièges. Comme s’ils en avaient déjà fait l’expérience, ils les démontèrent avec une habileté éprouvée.
« Euh, euh ? »
Quelle que fût sa robustesse, un animal qui échappait à un piège à ours en acier aurait dû en ressortir grièvement blessé. Pourtant, les loups qui envahissaient Ende les démontaient comme s’ils avaient déjà eu affaire à de tels pièges. Comme un humain pris dedans par accident.
Le chef, lui, mordit directement dans le ressort. Des morceaux de métal brisé dégoulinèrent de sa gueule avec sa salive.
Après avoir neutralisé les pièges, les loups déferlèrent sans retenue dans le village.
« Aaah ! »
« À l’aide… »
« Ouaf ! Ouaf ! »
Leur pelage gris traversa toutes les rues à toute allure. Les habitants et les chiens qui n’avaient pas réussi à se cacher furent mordus à mort par les loups. Mais ceux-ci ne s’arrêtèrent pas à leurs proies. Ils défoncèrent les portes des maisons, grattèrent les planchers et cherchèrent les humains qui s’y dissimulaient.
Les sous-sols étaient un peu plus difficiles à fouiller pour les loups, mais ce n’était qu’une question de temps. Acharnés et féroces, ils se mirent en route pour exterminer tout un village.
« Hi, hiiii ! Sauvez-moi, je vous en prie ! »
Kito, devenue soudain la proie des loups, s’enfuit devant eux. Trois loups la poursuivaient. Elle était rapide, mais ne faisait pas le poids face à de vrais loups, et la distance se réduisait peu à peu.
Kito jeta un coup d’œil derrière elle, aperçut les loups et fondit en larmes.
« Aouuuu ! »
Les hommes-bêtes lapins étaient réputés pour leurs oreilles dressées et leurs brusques changements de direction. Les loups qui la poursuivaient ne mordirent que le vide, encore et encore, tandis que Kito disparaissait sous leurs yeux en un instant.
Bien qu’elle fût une mage ayant éveillé son Arcane innée, Kito restait au fond d’elle une femme-bête lapine. Les innombrables courses-poursuites auxquelles elle avait échappé dans Ende depuis son enfance lui furent plutôt utiles, même contre les loups.
Et Kito avait aussi son Arcane innée.
La corde qu’elle traînait derrière elle se nouait toute seule grâce à son Arcane innée, et les pièges qu’elle lançait négligemment se mettaient en place d’eux-mêmes. En revanche, les pièges ne réagissaient pas quand Kito marchait dessus. Seuls les ennemis pouvaient déclencher ceux qui étaient soumis à son Arcane innée.
Après avoir employé tous les moyens à sa disposition pour gagner du temps, Kito s’adossa à un mur, haletante.
« Ah… Ahhh… Je n’aurais pas dû venir seule sans escorte… »
Comment Kito, l’une des principales forces de combat de la ville, avait-elle pu en arriver là ? Pourquoi avait-elle posé des pièges dans une ville frontalière où les loups pouvaient surgir à tout moment ?
En remontant calmement le fil des événements, Kito se rappela la cause première de tout cela et se mordit les lèvres.
« Tout ça, c’est la faute de ces fichus porcinets ! »
Orcma avait ordonné à Kito de poser des pièges. C’était un travail qu’elle faisait d’ordinaire, alors elle avait accepté.
Mais Kito ne s’attendait pas à ce qu’on lui ordonne de ressortir tous ses pièges, même les modèles obsolètes, et de les installer n’importe comment, sans escorte ni stratégie. On lui avait demandé de piéger tous les villages sans même lui indiquer où se déroulerait la bataille ni combien de temps les pièges serviraient.
C’était le genre d’idée irréfléchie que pouvaient avoir les hommes-bêtes porcins.
« Alors pourquoi est-ce moi qui paie pour leur stupidité ?! »
Kito était une femme-bête lapine. Elle pouvait semer les loups un instant, mais pas courir éternellement. Bientôt, les loups commencèrent à l’encercler.
Tremblante de peur, Kito activa son Arcane innée. Mais elle eut beau chercher, il ne restait plus rien dans ce village qu’elle puisse utiliser.
Les larmes aux yeux, Kito les ferma bien fort.
« Aouuuu… C’est donc là que tout s’arrête pour moi… ? »
Mais ce qu’elle redoutait ne se produisit pas.
Quand elle constata que sa tête était toujours solidement attachée à son corps, Kito rouvrit lentement les yeux.
Une femme-bête inconnue se tenait à quatre pattes devant elle. Sa queue était dressée et une présence terrifiante émanait de son corps. Le Roi des Chiens montra les crocs aux loups malfaisants.
« Grrr, ouaf ! »
Azzy passa à l’action.
Ende était immense. Même avec ses sens aiguisés, Azzy ne pouvait pas percevoir toute l’étendue d’une ville.
Mais lorsque les loups envahirent la ville, les humains se réfugièrent dans Ende, réduisant naturellement cette zone. Azzy s’efforçait de détourner le regard quand des humains se battaient, mais elle se montrait impitoyable envers les ennemis de l’humanité.
Azzy jaillit du manoir en un instant et abattit tous les loups qui s’en prenaient aux humains. Les loups interrompirent leurs raids et commencèrent peu à peu à encercler la ville.
Azzy n’était plus qu’une présence discrètement connue ; elle se révéla au grand jour. Tous les habitants d’Ende reconnurent le Roi des Chiens, qui filait comme l’éclair et rapportait des loups entre ses crocs.
Les hommes-bêtes canins acclamèrent les exploits de leur reine, mais les autres hommes-bêtes ne partageaient pas leur enthousiasme.
En partie parce que le Roi des Chiens se montrait particulièrement amicale, ce qui éveillait leur jalousie, mais surtout parce que…
— Les loups envahissent la ville à cause du Roi des Chiens.
C’était à cause d’une rumeur murmurée en secret.
Notes :
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