Chapitre 502
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 502 : Même les bêtes sont libres
──────
La régresseuse me regarda d’un air maussade, sans un mot. Je n’avais rien fait de particulièrement répréhensible, et pourtant, je me sentais coupable. Alors que je restais tranquillement assis, les mains jointes, elle décroisa les bras et prit la parole.
« Pourquoi tu te contentes de regarder ? »
« Quoi ? »
« Tu en es capable. Tu ne peux peut-être pas sortir affronter le Roi des Loups, mais tu peux embobiner et amadouer ces idiots de petits cochons. Dis-leur d’arrêter de se battre un moment et de s’unir contre le Roi des Loups. »
Elle était sérieuse ? Elle croyait que je pouvais embobiner et amadouer ces hommes-bêtes porcins, puis en faire ce que je voulais ? C’était le genre de chose qu’un hypnotiseur pouvait faire, pas le Roi de l’Humanité. Et comment j’étais censé m’y prendre ?
J’allais lui répondre que c’était impossible, mais je lus ses pensées.
« Tu en es capable. Tu pourrais obtenir un meilleur résultat, alors pourquoi tu ne veux pas essayer ? »
… Bon, d’accord. Elle me surestimait. Comme personne ne savait comment les choses tourneraient, je n’allais pas prétendre que c’était impossible.
Pour autant, je ne pouvais pas faire ça. Je risquais de décevoir ses attentes, mais je décidai de renoncer à cette étrange confiance que la régresseuse plaçait en moi.
« Que j’en sois capable ou non, ce n’est pas la question. Ça fausserait toute la situation. Je suis le Roi de l’Humanité, mais je ne suis pas un roi. Je ne peux pas intervenir pour ordonner aux hommes-bêtes porcins d’agir comme je l’entends. »
« Pourquoi ? »
« Je n’ai pas vraiment de réponse si tu me demandes pourquoi. Disons que c’est comme si Azzy ne persuadait pas les chiens d’aimer les humains. Le Roi des Bêtes est un représentant, pas un souverain. »
Azzy aimait les humains parce que les chiens les aimaient. Les chiens n’aimaient pas les humains parce qu’Azzy les aimait.
Voilà quel était le lien entre les bêtes et le Roi des Bêtes. Je ne faisais que révéler la nature humaine. Je n’essayais ni de la déplacer ni de la façonner. Non, je ne le pouvais pas. J’étais comme une ombre incapable de quitter son propriétaire.
« Si un Roi des Bêtes essayait de gouverner toutes les bêtes selon sa volonté, il ne vaudrait pas mieux que le Roi du Péché. »
La régresseuse avait beau manquer d’intelligence, elle avait beaucoup d’expérience. Avec autant d’explications, elle devrait comprendre. J’allais conclure la conversation sur une note satisfaisante.
Mais la régresseuse pencha la tête et demanda de nouveau :
« C’est pour Azzy. »
« Pardon ? »
« Tu dois tenir ta promesse envers Azzy. Tu dois vaincre le Roi des Loups. Contrairement à ce qui s’est passé dans l’Abîme, c’est quelque chose que tu dois faire. Avec sincérité, en donnant tout ce que tu as. »
Euh… Oui, je devais tenir ma promesse. Mais tant que je la tenais, la méthode n’avait pas d’importance, non ? C’était l’approche habituelle dans notre communauté des Rois des Bêtes.
« Tu sais que la situation actuelle d’Ende n’est pas la meilleure possible. Alors, tu devrais en faire la meilleure qui soit, pour honorer plus dignement la promesse faite à Azzy. Tu n’as peut-être pas beaucoup de puissance au combat, mais tu as les moyens d’y parvenir. »
« Hughes n’est pas comme le Roi du Péché, c’est certain. Mais il est tellement différent. Il n’aggrave pas les choses, sans pour autant faire le moindre effort pour les améliorer. Il ne fait que semer le chaos. Difficile de le cerner. Il en est capable, mais je ne sais pas s’il est utile ou non. »
Même si elle me croyait capable, je ne l’étais pas à ce point. Protéger la ville n’était pas vraiment ce qu’ils voulaient, et je ne pouvais pas leur imposer ce désir.
Ce n’était pas comme s’il n’y avait aucun moyen, pourtant… Ah, attends une seconde.
« Si je refuse, tu abandonneras Azzy et moi et tu t’enfuiras, Shei ? »
« Idiot. Je ne vais pas tout abandonner avec autant de légèreté juste parce que les choses tournent mal. À moins qu’elles ne tournent vraiment très mal. »
« C’est un peu inquiétant. »
Donc, si la situation empirait encore, elle pourrait tout laisser tomber et s’enfuir. Compris, compris.
Je devais d’abord briser cette confiance aveugle qu’elle avait en moi… Non, à y réfléchir, je me sentais lésé. Qu’avais-je bien pu lui montrer pour qu’elle me surestime à ce point ? Elle n’avait donc rien remarqué ? Même après notre arrivée à Ende, j’étais resté presque un mois sans emploi. J’étais incompétent et démotivé.
« Tu pourrais t’en sortir si tu faisais un effort. Pourquoi tu ne veux pas ? Même si tu es le Roi de l’Humanité, tu restes humain. Je ne te demande pas ça pour moi, alors montre-moi que tu es prêt à travailler un peu plus. Comme ça, je pourrai encore espérer en toi au prochain cycle. »
Pourquoi cherchait-elle de l’espoir en moi ? Regarde les humains. Les humains.
Les hommes-bêtes porcins étaient des humains. Les humains reconnus comme tels étaient des humains. Les autres hommes-bêtes aussi étaient des humains.
Si Ende était dans un tel état, c’était simplement parce que les humains étaient comme ça, dès le départ. On aurait cru qu’un changement était possible, mais au bout du compte, ils étaient tous pareils ; les choses avaient donc naturellement pris une tournure similaire.
Et pourtant, elle me demandait de faire mieux, ici. C’était contradictoire. Si les humains étaient comme ça, que pouvait-elle attendre de moi, le Roi de l’Humanité… ?
« Ouaf ! Ça va ! »
Azzy se glissa soudain entre la régresseuse et moi. Les yeux limpides, sans laisser deviner si elle avait compris quoi que ce soit, elle aboya joyeusement.
« Je tiens promesse ! Protège humains ! Protège toi ! Même sans celle-là ! »
Tu devrais apprendre à renoncer un peu à tes attentes. Pourquoi t’obstinais-tu à tenir ta promesse, que quelqu’un l’attende de toi ou non ? Quelle idiote.
La régresseuse, soudain prise à partie, se désigna du doigt et demanda :
« Quoi ? Même sans moi ? »
« Fais-moi confiance ! Ouaf ! Je ne m’enfuirai pas ! »
« Je t’ai dit que je ne m’enfuirais pas, moi non plus ! »
« Ouaf ouaf. C’est facile, les paroles ! »
« Je suis sérieuse ! »
« Depuis que j’ai obtenu Chanteciel, je n’ai jamais évité ce combat ! Quoi qu’il arrive, quelle qu’en soit l’issue ! Tu ne comprends rien ! »
Ah, oui. C’était la régresseuse.
Ce cycle n’était pas le dernier. Je n’étais peut-être pas du genre à me soucier de l’avenir, mais je ne pouvais pas rester sans rien faire en sachant que, lors d’innombrables régressions futures, mon moi du futur serait harcelé par la régresseuse.
Peut-être qu’un peu plus d’assiduité ne me ferait pas de mal. Comme ça, j’aurais peut-être droit à quelques miettes après la régression, moi aussi.
Franchement. C’était plus difficile que l’au-delà. Tout le monde savait ce qu’étaient les bonnes actions, mais la régresseuse elle-même ne comprenait pas son propre cœur.
Enfin, les sentiments de la régresseuse n’étaient pas le sujet. Je devais quand même tenir ma promesse.
« Shei. »
« Quoi ? »
« Alors, à partir de maintenant, suis mes instructions. Ne me demande pas trop pourquoi. »
« Pourquoi ? »
« … Tu ne m’as pas dit de faire de mon mieux ? Ma puissance au combat est faible, alors je ne peux pas agir comme je le voudrais. Mais avec toi à mes côtés, ces limites deviennent moins gênantes. »
Exact. Elle n’avait pas encore accepté de ne pas me demander pourquoi, alors c’était normal.
Convaincue par mon explication, la régresseuse hocha la tête.
« Très bien. Essaie. Je t’aiderai de tout mon cœur. »
« La dernière fois, il m’a dit qu’il avait du travail, alors je l’ai laissé partir seul. Je n’ai jamais vu ce qu’il faisait vraiment. Cette fois, je vais l’observer de près. Je vais découvrir quel genre d’homme est réellement Hughes. »
Bien sûr. Observe autant que tu veux. Juge-moi à ta guise. Cela dit, je devrais aussi vérifier jusqu’où pouvait aller une régresseuse coopérative.
« Pour commencer, attends-moi à la maison. Joue avec Azzy. »
« Pourquoi ?! »
« … Il y a des moments où c’est nécessaire. Sinon, tu peux me suivre en cachette. Je dois discuter de quelque chose qui ne pourra pas être abordé si tu te montres. »
« Quoi ? »
Le Roi des Loups allait bientôt attaquer ; j’aurais donc pu attendre jusque-là. Pourtant, est-ce que je ne pouvais pas leur offrir plus tôt un choix ? Ils n’étaient pas obligés de payer le prix de leurs décisions dans le sang. Même s’ils risquaient de regretter de ne pas l’avoir fait.
« Tu l’as dit tout à l’heure, Shei. Tu as dit que les orcs hésiteraient jusqu’à l’attaque du Roi des Loups, puis qu’ils se feraient emporter par les événements. »
« C’est vrai. »
« Je pense qu’on devrait avancer un peu ce moment-là. »
« Nous n’avons pas le temps. »
« C’est justement pour ça que nous verrons jusqu’où ils peuvent sombrer. »
Plus les choses devenaient urgentes, plus leur vraie nature se révélait. Allez. Il était temps de gratter le fond de la nature humaine.
Urukpaing était un mercenaire né parmi les hommes-bêtes porcins. Comme la plupart des mercenaires, il n’était pas né mercenaire.
Depuis son enfance, il avait été bâti comme une armoire et menait une bande de petits cochons. Chaque fois qu’il surprenait un homme-bête s’en prenant à des petits cochons ou les discriminant, il fonçait sur lui et le rouait de coups. Les hommes-bêtes porcins le vénéraient comme leur chef, et Urukpaing savourait discrètement leur admiration.
Ce jour-là avait commencé comme les autres. Dans une taverne, il avait vu plusieurs humains crier à tue-tête. Quelques humains à l’air féroce lançaient à tout bout de champ des « sales hommes-bêtes », comme s’il s’agissait d’une exclamation, et dénigraient Ende en buvant.
Naturellement, Urukpaing ne pouvait pas laisser passer ça. Il mena sa bande jusqu’aux humains et les encercla. Ces humains à l’air frêle se retrouvèrent cernés par des hommes-bêtes porcins baraqués. Après avoir jeté un coup d’œil autour de lui, l’un des humains sourit.
C’étaient des mercenaires venus dans la plaine d’Enger pour une mission. Des mercenaires qui maîtrisaient les techniques d’énergie.
Des dizaines de petits cochons rampaient au sol en poussant des couinements. Urukpaing implorait leur pardon, une défense brisée pendouillant hors de sa bouche. Laissant derrière eux la taverne saccagée, les mercenaires s’emparèrent d’Urukpaing et l’emmenèrent de force.
Les mercenaires avaient besoin d’un guide pour traverser l’immense plaine d’Enger, et Urukpaing leur fournissait un prétexte bien commode pour le faire travailler. D’autant plus qu’il était un homme-bête porcin. Pendant près de cinq ans, ils se servirent de lui et le traitèrent plus mal qu’un chien.
Ces années furent faites de souffrance et d’humiliation, mais Urukpaing en tira beaucoup. Il apprit à s’orienter, à diriger les autres et à maîtriser les techniques d’énergie. Celles-ci n’étaient plus les secrets si précieux qu’elles avaient été autrefois. Urukpaing s’acharna à apprendre celles que les mercenaires lui transmettaient comme s’ils lui faisaient l’aumône.
Heureusement, Urukpaing avait du talent et de l’enthousiasme. Surtout, son amertume le rendait fort. Une fois les techniques d’énergie maîtrisées, il devint assez puissant pour que les mercenaires hésitent à le traiter à la légère.
Les mercenaires décidèrent donc de le laisser partir.
Urukpaing fut déconcerté lorsqu’ils lui annoncèrent qu’il pouvait s’en aller. Il les détestait, mais il s’était un peu attaché à eux. Il avait gagné en puissance, sans être encore assez fort pour se venger. Surtout, l’argent que les mercenaires lui versèrent comme indemnité de départ était plutôt généreux. Troquant un peu de sa fierté contre de l’argent, il retourna à Ende.
Ce qu’il avait appris, c’était la force. Quand on était fort, les gens vous traitaient bien. Quand on était fort, les gens vous respectaient. Les hommes-bêtes porcins étaient traités comme des moins que rien parce qu’ils manquaient de force. Tout comme lui avait subi des humiliations au sein de la bande de mercenaires.
Urukpaing forma une compagnie de mercenaires composée d’hommes-bêtes porcins. Il leur enseignerait les techniques d’énergie et deviendrait une source de force pour les siens. Ainsi, tous pourraient être respectés.
« Ouf… »
Mais ce n’était pas suffisant.
Ende était un trop gros morceau. Les hommes-bêtes porcins n’avaient ni la force ni les préparatifs nécessaires pour s’en charger. Urukpaing ne pouvait pas maîtriser le chaos qui régnait à Ende. Faisant exprès d’ignorer les rapports qui continuaient d’arriver, il vida son verre.
« Il nous faut du temps. »
« Tu as l’air préoccupé, Urukpaing. »
Je m’assis naturellement à côté de lui. Urukpaing me regarda à travers ses cheveux gras qu’il n’avait pas lavés depuis des jours.
« Hé hé. Le magicien. Tu tombes à pic. J’étais à deux doigts d’emprunter le pouvoir de la magie. »
« Tu as déjà obtenu tout ce que tu voulais. Qu’est-ce que tu voudrais emprunter de plus ? »
« Tout ? »
« Le pouvoir à Ende. Grâce à tous tes efforts, les hommes-bêtes porcins sont enfin respectés. »
« Hmph. Le pouvoir n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est la force qui permet de l’obtenir. »
Urukpaing vida son verre d’un geste brusque. Il avala l’alcool d’un trait, lâcha un rot, puis marmonna :
« Nous manquons de force. Nous avons pris ce pouvoir grâce à la force de lord Gruel. Mais il ne semble pas s’intéresser particulièrement à Ende. Nous, les orcs, devons renforcer notre puissance, mais nous avons trop peu de temps. Et voilà que c’est le Roi des Loups… »
« Exactement. Le Roi des Loups arrive. Qu’est-ce que tu comptes faire ? »
« Je ne sais pas… Je ne sais pas. Nous ne pouvons pas non plus relâcher les Obélisques. »
Alors, il était au courant. Réprimant le rire qui menaçait de m’échapper, je pris la parole.
« Pourquoi ne pouvez-vous pas les relâcher ? »
« Pourquoi poser une question aussi évidente ? À la seconde où nous les libérerons, ils essaieront de nous capturer. Hors de question. Nous aurions tous la tête tranchée. »
Pourtant, le chaos serait maîtrisé. Les Obélisques proposeraient peut-être une alliance afin de surmonter la crise à venir, ou Gruel prendrait les choses davantage en main.
Bien sûr, personne ne savait ce que l’avenir réservait. Mais une chose était certaine : ils agiraient pour surmonter la crise.
… Urukpaing le savait, lui aussi. Il ne pouvait simplement pas se résoudre à faire ce choix.
« Alors, tant pis. Vous n’avez pas d’autre choix que de vaincre vous-mêmes le Roi des Loups. »
« Il y a un moyen ? »
« On ne le fait pas parce qu’il y a un moyen. On le fait parce qu’on y est obligé. Tant que le Roi des Chiens sera ici, le Roi des Loups viendra, c’est certain. Le Roi des Loups essaiera de tuer tous les humains. Si vous ne voulez pas mourir, vous devez vous battre. Tous. »
« Facile à dire quand ce n’est pas ton problème. »
« Pas notre problème ? Azzy et moi sommes directement concernés. Nous sommes venus à Ende pour combattre le Roi des Loups. »
« Ah, c’est vrai… Pourquoi fallait-il que vous arriviez maintenant ? »
Les paroles désinvoltes d’Urukpaing le firent soudain frissonner. Le froid lui remonta le long de l’échine. On aurait dit que l’alcool qu’il avait bu s’était évaporé d’un coup. Son ivresse agréable s’évanouit, remplacée par un froid glacial. Figé de stupeur, Urukpaing repassa dans sa tête ce qu’il venait de dire.
« Attends. Tant que le Roi des Chiens sera ici, le Roi des Loups viendra… ? Ça veut dire que… »
C’est ça. Voyons jusqu’où tu peux aller.
Masquant mes intentions glaciales, je lui tapotai l’épaule et me levai.
« J’ai déjà élaboré une stratégie contre le Roi des Loups. Appelle-moi quand tu seras prêt. »
« Compris… magicien. »
Tu as bien compris. Merci. Si tu avais été trop ivre pour saisir, ça m’aurait compliqué la tâche.
Je saluai largement en quittant la taverne, histoire de laisser à Urukpaing le temps de méditer plus sérieusement à tout ça.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>