Chapitre 501
Traductions WeTried
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 501 : La ville libre des hommes-bêtes
──────
Ende était une ville libre des hommes-bêtes. Et comme toute ville libre, elle affichait un taux de criminalité assez élevé. Certains clamaient que personne n’était libre de commettre des crimes, mais, à strictement parler, c’était faux. Tout le monde était libre d’en commettre. Ce qui comptait, c’était de savoir si l’on pouvait se faire prendre et punir.
Ende était une ville où cohabitaient de nombreuses espèces d’hommes-bêtes. Les affrontements étaient fréquents, et les méthodes pour les régler, primitives. Les gardes de la ville n’intervenaient qu’une fois le sang versé ; quand la situation les dépassait, les Obélisques faisaient appel à l’autorité des humains reconnus pour réprimer les troubles. Après quelques douleurs de croissance, Ende avait trouvé son propre équilibre, les différentes espèces et les groupes d’intérêts s’étant regroupés en clans.
Mais la criminalité ne disparaissait jamais. Les gens étouffaient simplement les affaires, les réglaient au sein de leurs clans ou laissaient les gardes de la ville jouer les médiateurs et les enterrer. Partout où vivaient des gens, des problèmes finissaient par surgir.
Une ville en bonne santé n’était pas une ville où aucun problème ne survenait. C’était une ville où les problèmes ne s’aggravaient pas une fois apparus.
Comme dans notre corps.
« Au voleur ! Au vooooleur ! »
Alors, si Ende était devenue un tel foutoir, c’était qu’elle n’était plus en bonne santé.
« Attrapez ce salaud ! Gardes de la ville ! »
« Hiii ! Les gardes de la ville, mon œil. Les Obélisques ne viendront pas non plus, pas vrai ? »
Les hommes-bêtes équins étaient plus rapides que les autres hommes-bêtes. Certains auraient pu avoir l’idée sensée de tirer parti de cet avantage pour trouver un travail, bosser dur et gagner leur vie. Mais, à y réfléchir simplement, voler l’argent de quelqu’un et s’enfuir était le moyen le plus facile de vivre.
Surtout maintenant que l’ordre public s’était effondré.
« Ces porcelets lents sont en train de se planquer là-bas, pas vrai ? Sans gardes ni Obélisques, personne ne peut nous attraper ! La liberté ! »
L’homme-bête bovin à qui le pickpocket avait dérobé son sac se lança à sa poursuite, mais finit par trébucher. Le voleur équin jeta un regard en arrière tout en fuyant et, à la grande exaspération de sa victime, s’arrêta sur-le-champ dès que celle-ci tomba.
« Espèce de salaud ! Tu sais que je viens du clan de la Corne Unique ? Tu crois que tu pourras continuer à vivre à Ende après ça ?! »
Même quand l’homme-bête bovin invoqua le nom du clan de la Corne Unique, l’homme-bête équin se contenta de renifler.
« Non. Je n’en ai pas l’intention. »
« Quoi ? »
« Tu ne l’as toujours pas appris ? Le Roi des Loups va attaquer cet endroit ! Si tu restes à Ende, tu finiras en nourriture pour les loups ! Le mieux, c’est de réussir un gros coup et de quitter Ende ! Hahaha ! »
L’homme-bête équin se moqua des autres traînards, puis disparut dans une ruelle, laissant derrière lui la nouvelle de l’arrivée du Roi des Loups.
Les Obélisques et les gardes canins d’Oberli étant partis, les gardes de la ville avaient perdu toute autorité. La majestueuse autorité des humains reconnus, qui avait contenu la vague de criminalité, s’était évanouie. Non, depuis la révolution, les humains vivant à Ende portaient des capuches pour dissimuler leur absence d’oreilles et de queue.
Quand le mur entre Oberli et Ende s’était effondré, bien des choses s’étaient déversées : richesses, pouvoir, secrets et bien d’autres encore. Ayant perdu une grande partie de son influence, Oberli n’avait plus aucun moyen d’exercer son contrôle sur Ende.
« Urukpaing ! Des hommes-bêtes pillent le quartier commerçant en groupe ! »
« Pourquoi tu me racontes ça ? Arrêtez-les ! »
« On ne peut pas… Ils sont trop nombreux ! »
« Bon sang ! Ils pillent en plein milieu d’une situation pareille ? Mais quelle espèce d’hommes-bêtes sont-ils ? »
« Surtout des hommes-bêtes équins… »
« Je le savais ! On devrait leur fracasser les chevilles à tous, à ces salauds ! »
« … Un grand nombre d’orcs participent aussi. Quand les hommes-bêtes équins commencent à piller, les orcs accourent et dérobent chacun une ou deux choses. On arrête plus d’orcs que d’hommes-bêtes équins. »
« Argh ! »
Les mercenaires orcs se déplaçaient aux côtés des gardes de la ville, mais il était impossible qu’ils coopèrent efficacement. Les gardes n’avaient ni l’intention ni la raison d’obéir aux ordres de ces orcs mal organisés. Ils intervenaient aux mêmes endroits, en laissaient d’autres sans surveillance et, dès que la situation leur échappait, abandonnaient complètement la partie.
Au milieu du chaos provoqué par la dégradation de l’ordre public, les habitants d’Ende n’avaient d’autre choix que de trouver des moyens de se protéger.
« Les clans des moutons et des vaches n’en pouvaient plus des vols. Ils organisent donc des milices privées et installent des palissades ! »
Ende se déchirait, clan après clan. Chacun délimitait son propre territoire et en bloquait les accès, dans l’espoir de protéger ses membres.
Du point de vue d’un clan, c’était peut-être la bonne chose à faire. Mais, à l’échelle de la ville, c’était comme si des territoires autonomes poussaient partout — une situation inacceptable. Poina fut horrifiée en apprenant la nouvelle.
« Les clans ont organisé des milices privées ? C’est illégal ! Ende impose de sévères restrictions aux milices des clans extérieurs à Oberli ! »
« … Et nous, alors ? »
« Nous sommes des membres légitimes d’Oberli ! »
La crise étant à leurs portes, Orcma rétablit enfin les gardes d’Oberli. Mais, au fond, ils avaient pris la pire décision au pire moment. Les gardes étaient favorables aux humains, avaient réellement collaboré avec les humains reconnus et voulaient chasser Orcma, qui leur avait pris leur travail, même si ce n’était que temporaire.
Des nouvelles arrivaient parfois : des loups emmenaient des gens de force dans les environs. Mais le vacarme qui régnait à Ende les engloutissait, et elles finissaient par passer au second plan. Les rapports annonçaient toujours que les préparatifs étaient en cours, et la lutte contre les loups se rapprochait de plus en plus de leurs portes.
« Awooooo… »
On entendait du tumulte à l’extérieur. C’étaient surtout des humains qui criaient, hurlaient et gémissaient. Depuis l’intérieur des murs, je ne distinguais pas grand-chose, mais les oreilles et le nez d’Azzy semblaient capter le moindre son.
Je fis signe à Azzy, qui hurlait tristement vers le ciel.
« Azzy. Arrête de hurler si tristement vers le ciel et viens dormir à l’intérieur. »
« Ouaf. Encore. Humains se battent encore. »
« Ça arrive tout le temps. Qu’est-ce que ça peut faire ? »
« Ouaf ! Mais loups arrivent ! Humains se battent entre eux ! »
« Tu veux dire que ça t’agace de voir les humains gaspiller leurs forces à se battre entre eux alors qu’ils ont une occasion rare d’affronter les loups ? »
Je ne pouvais pas lire les pensées d’un chien ; je traduisis donc ses paroles du mieux que je pus. Azzy secoua la tête et aboya.
« Pareil, différent ! »
« Pareil mais différent ? Qu’est-ce qui change ? »
« Loups mauvais. Tuent moutons, attaquent humains. Très mauvais ! »
« Oui. Ils sont mauvais. »
« Loups mauvais ! Humains bons ! Mais humains se battent ! »
« Ah. »
La lecture des pensées ne fonctionnait pas sur Azzy, mais le langage qu’elle employait était celui, sincère, d’un chien. En prenant ses paroles au pied de la lettre, je compris l’essentiel.
« Tu te demandes pourquoi les bons humains se battent entre eux alors que les mauvais loups sont juste dehors ? »
« Ouaf ! »
Azzy hocha la tête avec enthousiasme. Et moi qui me demandais ce qu’elle avait. C’était une question vieille comme le monde. Je me rallongeai et répondis :
« Franchement. Quelle question évidente. »
« Ouaf ? »
« Je suppose que les humains proches se traitent plus mal que les loups lointains. »
Quand je lui répondis comme si c’était une évidence, Azzy pencha la tête et demanda :
« Ouaf ? Humains bons ! Chiens bons ! »
« Il faudrait demander leur avis aux humains. C’est vrai que les humains aiment les chiens et que les chiens aiment les humains. Mais les humains n’aiment pas les autres humains. »
« Ouaf ouaf ? Pourquoi ? »
« Parce que les humains possèdent la plupart des choses dont les humains ont besoin. C’est plus facile de les prendre. Ceux qui veulent se les approprier guettent toujours une occasion, et ceux qui sont visés détestent se demander qui pourrait s’en prendre à eux. Alors ils n’ont d’autre choix que de se battre. »
« Awoo… »
En théorie, Azzy avait peut-être raison. Mais la réalité était froide.
Azzy baissa les oreilles et la queue, puis hurla de nouveau dans le vide. Son hurlement plaintif était grave, mais portait loin. Je me grattai l’oreille et lui lançai :
« Ne hurle pas trop. Les autres chiens pleurent en t’entendant. »
Je ne disais pas ça pour plaisanter. À cet instant même, des hommes-bêtes canins, dehors, se faisaient rouer de coups.
« Attendez ! Nous sommes juste venus voir le Roi ! »
« Nous sommes des hommes-bêtes canins ! Vous n’avez pas le droit de nous empêcher de lui demander audience ! »
« Vous allez vraiment vous ranger du côté des porcelets après avoir vu ce qu’est devenue la ville ? »
Les gardes d’Oberli venus voir Azzy protestèrent avec véhémence, mais la régresseuse n’en tint pas le moindre compte. Elle leva Chanteciel et marmonna :
« Je vous ai dit de dégager. »
Boum, boum, boum.
La régresseuse mit les hommes-bêtes canins à terre en un instant. Après avoir traîné au loin les hommes-bêtes canins étalés par terre, elle revint et se frotta la nuque d’un air agacé.
« La nouvelle s’est répandue jusqu’ici aussi. Des invités indésirables vont venir nous déranger tous les jours. Je commence à me dire qu’on devrait déménager. »
« Tu les as chassés ? Tu aurais au moins pu les écouter. »
« Il s’agit de combattre des gens. Azzy ne peut servir que de bouclier. C’est pour ça qu’ils sont venus. »
La régresseuse répondit avec indifférence. Elle avait l’air de ne plus rien attendre, ni même d’être déçue.
Les sentiments de la régresseuse dépassaient la simple irritation. On ne s’irritait que lorsque les choses tournaient mal dans des limites raisonnables. À présent, elles n’étaient pas emmêlées : elles avaient été problématiques depuis le début. Naturellement, la régresseuse avait aussi changé d’avis sur la situation à Ende.
La discrimination contre les hommes-bêtes a toujours été un problème. Avant ma régression, les hommes-bêtes se sont rangés du côté du Péché et ont précipité la fin. Mais quand je vois ce chaos, je ne sais même plus comment résoudre la discrimination contre les hommes-bêtes.
Si elle avait pu régler le problème en distribuant quelques coups, elle l’aurait fait. Mais la régresseuse le savait elle aussi. Ce n’était pas un problème qu’une seule personne pouvait résoudre en s’occupant de quelques individus.
À présent, c’était une catastrophe du même ordre que l’arrivée du Roi des Loups. Au lieu de piquer une colère, la régresseuse se trouvait désemparée.
« Haa… Tout est complètement fichu. »
« Et alors ? Ce n’est pas si fichu que ça. »
Elle en faisait un peu trop. La situation n’était pas aussi désespérée. Je m’adressai d’un ton détaché à la régresseuse, qui paraissait un peu abattue.
« Si ça tourne mal, Shei, Azzy, Gruel et moi, on peut sortir et tuer le Roi des Loups nous-mêmes. Aussi inutile qu’Ende puisse être, elle peut sûrement au moins servir de nourriture aux loups, non ? »
L’époque où l’on rassemblait une armée pour foncer tête baissée sur l’ennemi était révolue. Maintenant que les techniques énergétiques et les arts arcaniques s’étaient largement répandus, le moyen le plus simple de déployer une force militaire consistait à envoyer des pratiquants de l’énergie ou des mages d’exception, avec un soutien adapté.
Les forces d’Ende étaient composées d’hommes-bêtes qui connaissaient à peine quelques techniques énergétiques. Au mieux, ils pourraient soutenir Gruel. Alors autant les employer ainsi.
« On ne peut pas laisser tout le monde mourir. Les loups sont forts, et ils sont trop nombreux. Les pertes seront énormes. »
« Alors, qu’ils s’enfuient. »
« J’aurais dû les évacuer dès le début, mais maintenant, c’est trop tard. Dans la vaste plaine plate d’Enger, seuls les hommes-bêtes équins peuvent échapper aux loups. Qu’ils le veuillent ou non, ils n’ont plus qu’à se battre. »
« Alors, tu as obtenu ce que tu voulais. S’ils doivent se battre, qu’ils vivent ou qu’ils meurent, qu’ils le veuillent ou non, ils fourniront plein d’appâts et de soutien. »
Les yeux de la régresseuse s’écarquillèrent à mes paroles désinvoltes, et elle me lança :
« Tu devrais vraiment dire ça ? »
« Je ne devrais pas ? C’était aussi ton objectif, Shei. »
Si elle avait voulu sauver des gens, elle les aurait évacués d’abord. Mais elle ne l’avait pas fait, n’est-ce pas ?
Quelle que soit sa puissance, nul ne pouvait combattre une force immense sans le soutien d’une ville. Enfin, on le pouvait, mais ce n’était pas avantageux d’un point de vue stratégique, alors on ne s’y risquait pas. Oberli, avant la révolution, comme la régresseuse, avait choisi d’annoncer le combat à venir le plus tard possible, afin d’éviter les déserteurs et les défections.
« Tout ça, c’est parce que tu as aidé les hommes-bêtes porcins ! »
« Au début, ça te plaisait aussi, Shei. »
« Je ne savais pas que ça tournerait aussi mal ! »
« Moi non plus. »
Qui aurait pu savoir ? Je n’étais pas prophète. Je ne savais pas ce que l’avenir nous réservait. Et c’était toujours le cas aujourd’hui.
« Chacun a fait ce qu’il voulait. Ce n’est que le résultat. Les orcs devront choisir : abandonner le pouvoir qu’ils détiennent ou se battre et saigner pour le garder. »
« Tu sais bien qu’ils ne peuvent faire ni l’un ni l’autre. Ils hésiteront jusqu’à ce que les loups les mordent à mort. »
« Mais l’important, c’est qu’ils le peuvent. Sans ce chaos, ils n’auraient eu aucun choix. »
La régresseuse répétait que tout était fichu, mais à bien y réfléchir, rien n’avait tellement changé. Malgré tout son cinéma, ce n’était pas si fichu. Je haussai les épaules.
« Oberli aurait décidé de se battre pour préserver son pouvoir, tandis que les hommes-bêtes d’Ende n’auraient rien su jusqu’à la veille du combat, avant d’être entraînés dans la bataille sans comprendre ce qui se passait. Les hommes-bêtes porcins, lents et savoureux, auraient été les plus nombreux à mourir. On aurait balayé leurs morts en les qualifiant de sacrifices nécessaires à la protection de la ville, et la pyramide se serait encore consolidée dans le sang. »
Alors que ceux qui vaincraient le Roi des Loups seraient la régresseuse, Azzy et Gruel. L’ours faisait toujours tout le travail pendant que quelqu’un d’autre empochait l’argent.
Et l’ours qui faisait tout le travail s’inquiétait de savoir si les gens iraient bien.
« Ça aurait mieux valu que les humains restent à Oberli. »
« En quoi ça aurait été mieux ? Tu l’as vu tout à l’heure. Les gardes sont venus chercher Azzy. À ton avis, qui se cache derrière les larbins des humains reconnus ? »
Que le Roi des Loups attaque ou non, les humains s’activaient dans l’ombre pour reprendre le pouvoir.
Ils étaient tous pareils. Qu’y pouvais-je ? J’étais humain, moi aussi.
Ma réponse ne lui plut peut-être pas. L’expression de la régresseuse s’assombrit peu à peu. Elle plissa les yeux, prit un air sérieux et m’appela par mon nom.
« Hughes. »
« Oui ? C’est bien mon nom, mais pourquoi tu m’appelles soudain par mon nom ? »
Le simple fait d’entendre mon nom me tendit et me fit me redresser sans que je le veuille. Pourquoi m’appelait-elle soudain par mon nom ? C’était inquiétant.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>