Chapitre 500
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 500 : Même un chien à l’école du village apprend les arts du qi au bout de trois ans
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Place d’Oberli.
Une atmosphère solennelle avait envahi les lieux, pourtant bruyants depuis qu’Orcma avait pris Oberli. Ce n’était pas parce qu’Orcma s’était retirée, mais parce qu’une nouvelle était arrivée, capable de faire taire jusqu’à Orcma.
Même Gruel, qui ne se montrait presque jamais, montait la garde, l’air grave.
La régresseuse s’avança.
« Les loups sont apparus. »
La régresseuse n’aimait pas se tenir devant une foule. Non qu’elle fût timide : elle trouvait simplement cela pénible. Si elle prenait ainsi les gens à partie sur la place, c’est donc qu’il s’était passé quelque chose qui l’ennuyait encore davantage.
« Tous les gardes postés à l’avant-poste ont été mordus à mort par des loups. Nous ne l’avons appris que tardivement, car ils les ont emportés sans laisser la moindre trace de sang. Il paraît que des bergers ont donné l’alerte il y a quelques jours, après avoir aperçu des loups. »
Les gardes de l’avant-poste sud avaient été exterminés. Plusieurs bergers avaient péri. La moitié d’un troupeau avait servi à rassasier les loups, et leur arrivée n’avait été découverte qu’au moment où ils s’étaient attaqués aux villages en périphérie d’Ende.
Ayant appris que l’ennemi était à leur porte, la régresseuse lança un regard acéré à tous ceux qui s’étaient rassemblés là.
« Et pourtant, aucun de vous n’a signalé quoi que ce soit. Vous n’avez rien à dire ? »
Tous les regards se tournèrent vers Urukpaing. Sous cette attention générale, Urukpaing promena maladroitement les yeux autour de soi.
Pourquoi est-ce qu’ils me regardent ? Je ne suis pas Orcma. Je commande le Croc, une compagnie de mercenaires alliée à Orcma. C’est vrai, on a surtout accepté des contrats auprès des hommes-bêtes porcins d’Ende, et j’ai pas mal aidé Orcma. Mais ne faites pas comme si c’était naturel de me confier le rôle de général de la ville ! Vous ne me traiterez même pas comme un vrai général !
Malgré tout, les mercenaires vivaient de leur réputation. Avec la régresseuse et Gruel qui les observaient, personne ne semblait prêt à écouter leurs doléances. Urukpaing répondit docilement.
« … Quand nous avons appris que des loups étaient apparus, la compagnie est partie enquêter. »
« Et alors ? »
« Nous n’avons trouvé ni fourrure ni même la moindre trace. Nous en avons donc conclu, à titre provisoire, que les bergers s’étaient trompés. »
Un silence encore plus pesant tomba sur la place. Ceux qui comprenaient le problème dévisagèrent Urukpaing, les yeux écarquillés. Anticipant cette réaction, Urukpaing ferma les yeux très fort.
« Vous êtes idiots ou quoi ? »
La régresseuse se mit à leur passer un savon.
« Je vous avais dit que le Roi des Loups allait venir, non ? Vous avez dit que vous l’affronteriez. Vous auriez au moins pu surveiller les déplacements des loups ! Comment avez-vous pu balayer leur apparition d’un revers de main sans même enquêter sérieusement ? »
« Nous sommes allés sur place, mais il n’y avait rien… »
« Rien ? On vous a signalé l’apparition de loups ! Si vous ne saviez pas quoi faire, vous auriez au moins pu m’en parler, ou prévenir Gruel ! »
La régresseuse ne fut pas la seule à les critiquer. Même leurs congénères orcs chuchotaient en regardant Urukpaing. Ils leur reprochaient leur négligence et demandaient qui allait en assumer la responsabilité. Accablé par des reproches plus virulents que prévu, Urukpaing s’indigna et rejeta sur les autres la faute qu’on lui faisait porter.
« Qu’est-ce que vous attendiez de nous ? Mes hommes et moi sommes épuisés par le travail, jour après jour ! Nous gardons Oberli, traquons toute la nuit l’humain identifié qui s’est enfui, et maintenant vous voudriez qu’on surveille aussi les vastes environs d’Ende ? On a dix corps chacun, peut-être ? »
« Les Obélisques s’en occupaient déjà. »
« Nous ne sommes qu’une compagnie de mercenaires, pas les Obélisques ! Non, c’est encore pire parce que nous n’avons même pas les gardes canins ! C’est vous qui avez enfermé les Obélisques et chassé les gardes canins ! »
Ah, voilà. Jusqu’ici, c’était « nous ». Maintenant, c’était « vous ». C’était à cet instant que se fissurait l’unité de but qui avait jusque-là soudé Orcma.
« Vous ? C’est grâce à Orcma que vous occupez ce poste ! »
« Pour que ce poste vaille la peine qu’on s’en vante, il me faut des gardes et des Obélisques sous mes ordres ! C’est quoi, ce poste ? Ma tombe ? Vous me faites travailler comme un porc ! »
« Surveillez vos paroles, Urukpaing ! Vous avez la liberté pour laquelle nous nous sommes battus ! Ce n’est plus comme avant, quand on vous exploitait ! »
« On m’exploite en ce moment même ! »
Le ton monta. Craignant que la dispute ne dégénère, Poina cria :
« Arrêtez ! Ce n’est pas le moment de nous déchirer ! »
Poina, la présidente d’Orcma, n’avait ni compétences ni expérience remarquables. Pourtant, sa voix puissante et convaincante suffisait à apaiser le tumulte d’Orcma. C’était assez pour qu’elle remplisse son rôle de présidente et de porte-parole.
« Urukpaing, veuillez patienter encore un peu. Je vais rassembler au plus vite les orcs d’Ende et organiser une nouvelle force de garde. »
Urukpaing, qui semblait s’être quelque peu calmé, poussa un long soupir et grommela :
« Ces gens-là ne seront pas utiles tout de suite. Il faudra d’abord les faire suer pendant longtemps. »
« C’est nécessaire. Nos orcs n’en ont jamais eu l’occasion. Ils doivent apprendre et s’entraîner jusqu’à pouvoir gagner leur place à Ende. »
« Nous n’avons pas le temps… »
Je ne voyais pas pourquoi ils ne recrutaient que des orcs pour les gardes. Urukpaing, qui n’avait rien à gagner à poursuivre la dispute, s’assit, soulagé au fond de soi.
Ouf. Au moins, ils ne vont plus me mettre toute la faute sur le dos, si ? Bon, pour l’instant, c’est réglé.
Urukpaing était pratiquement devenu un politicien.
Une fois Urukpaing assis, Poina s’adressa à la régresseuse.
« Chercher des coupables pour les erreurs passées ne résoudra rien. Parlons plutôt des mesures à prendre. »
« Je suis d’accord, mais venant de vous, c’est gonflé. »
« … Hum. Quoi qu’il en soit, des experts sont venus arrêter le Roi des Loups. J’aimerais donc connaître votre avis. »
Poina avait fait mine de calmer Urukpaing, avant de nous refiler discrètement la responsabilité. C’était déjà de la belle politique, même si elle n’était pas aussi complexe que celle des humains. Orcma devait, elle aussi, apprendre peu à peu les rouages de la politique. Le problème, c’est qu’elle semblait en adopter d’abord les pires aspects.
« C’est une chasse. »
Gruel se leva lentement de son siège.
Une pression, sans commune mesure avec celle qui avait accompagné le redressement d’Urukpaing, s’abattit sur la place. Les orcs pris dans son regard reculèrent instinctivement, saisis de peur.
Gruel prit la parole d’une voix chargée de gravité.
« Les loups sont des bêtes qui chassent en meute. Chacun a son rôle : repérer, intimider, rabattre, chasser. Ils harcèlent leur proie, l’encerclent et la poussent petit à petit, avant de lui mordre le cou au dernier instant pour lui couper le souffle. »
Les habitants d’Ende avaient beau être habitués aux bêtes sauvages, ils ne pouvaient rivaliser avec la Faction des Bêtes, qui vivait dans la nature.
« Ceux qui sont venus cette fois sont des éclaireurs. Ils s’approchent discrètement de loin, observent et provoquent leurs proies pour voir comment elles réagissent. Parfois, quand un troupeau est malade et répond faiblement, les éclaireurs en emportent d’abord quelques-unes. On dirait que la meute de loups a sous-estimé Ende. »
« Mais les mercenaires orcs ont dit n’avoir trouvé aucune trace de loup en se rendant là-bas. À moins que les loups puissent utiliser les arts du qi, comment est-ce possible ? »
« Les arts du qi. »
Gruel l’affirma avec certitude. Les orcs qui comprenaient ce que cela impliquait se mirent à murmurer.
Les arts du qi étaient un pouvoir humain. Les bêtes dépourvues d’intelligence ne pouvaient pas les manier. Même les hommes-bêtes porcins le savaient, c’était une évidence. Pourtant, Gruel venait de soutenir le contraire.
« Quoi ? Mais les bêtes ne peuvent pas utiliser les arts du qi… »
« Les bêtes qui vivent longtemps acquièrent de l’énergie spirituelle. Vous avez entendu parler de Lobo, le seigneur loup qui a terrorisé un territoire dans un État vassal, du lion de Némée qui a dévoré une ville entière, et du tigre mangeur d’hommes du Bengale. »
« Mais ça veut seulement dire qu’elles sont devenues un peu plus robustes en vivant longtemps. Elles ne peuvent pas maîtriser méthodiquement leur énergie vitale comme les humains et utiliser les arts du qi, si ? »
« Pourquoi pensez-vous que c’est impossible ? J’ai vu quantité d’humains plus stupides que des loups. Surtout ces derniers temps. Il n’y a rien d’étonnant à ce que les loups utilisent les arts du qi. »
« Même comme ça… Comment des loups pourraient-ils comprendre les branches du Ciel, de la Terre, de l’Eau et du Li des arts du qi ? »
Un orc qui connaissait au moins vaguement les arts du qi posa la question. Gruel lui répondit :
« Parce que le Roi des Bêtes est là. »
« Vous voulez dire le Roi des Loups ? Un Roi des Bêtes sous forme humaine ? »
« Vous êtes capable de réfléchir un peu, à ce que je vois. Oui. Un Roi des Bêtes fait le lien entre les humains et les bêtes. Si le Roi des Loups enseigne les arts du qi en s’appuyant sur cette compréhension, les loups pourraient assimiler au moins une partie de ce savoir. »
« Dire que c’était possible… Je n’avais jamais entendu parler de ça. »
« C’est normal. C’est probablement la première fois que quelqu’un le dit. »
« Quoi ? »
L’orc qui l’écoutait attentivement laissa échapper un son étranglé. Gruel poursuivit sans s’en soucier.
« Notre Faction des Bêtes avait vivement ressenti les changements chez les bêtes. Elles étaient dangereuses à l’origine, mais depuis que nous nous sommes rassemblés, les pertes étaient devenues rares. Puis, à un moment donné, les loups ont commencé à nous dominer et à emporter des membres de nos tribus. Nous avons même retrouvé les traces de guerriers formés aux arts du qi, déchiquetés par des griffes et des crocs. »
« Vous voulez dire que… ? »
« Quelqu’un entraîne les loups. Voilà ma conclusion. »
Gruel acheva son discours, balaya la place d’Oberli du regard et les avertit :
« Cela signifie que quelqu’un utilise les loups pour attaquer Ende. Même nous, qui combattons les bêtes au quotidien, sommes venus ici après avoir mis les membres de nos tribus à l’abri. Si vous n’êtes pas pleinement résolus, vous vous ferez dévorer. »
Les autres orcs ne l’avaient peut-être pas remarqué. Mais ne disait-on pas que la fonction faisait l’homme ? Poina perçut une profonde irritation dans les paroles de Gruel et protesta :
« N-nous sommes prêts, nous aussi ! »
« Qu’avez-vous fait pour vous préparer à combattre les loups ? »
« Kito, qui conçoit des pièges, est en train d’en poser. Grâce à son Arcane innée, elle peut installer et entretenir une quantité innombrable de pièges sans aucun coût. Avant d’entrer dans Ende, les loups devront traverser un champ de pièges ! »
« … Hmph. Je ne sais pas à quel point ce sera utile, mais j’ai hâte de voir ça. »
Gruel ignorait la situation de la ville. La régresseuse, qui avait vu plusieurs fois les capacités de Kito, ravala son mécontentement.
Ça ne servira absolument à rien. L’Arcane innée de Kito, Piège à lapin, s’appelle un piège, mais son essence, c’est le maintien de l’instabilité. Elle peut maintenir tendu un fil tiré à bloc pendant un instant. Dans une ville complexe, ça pourrait marcher, mais dans les plaines, ce n’est même pas aussi efficace que de faire des nœuds avec de l’herbe.
Elle se souvenait bien de choses insignifiantes, tout en peinant à en retrouver d’autres. Cela dit, ces connaissances dataient d’avant sa régression, et la régresseuse actuelle n’avait aucun lien avec Kito. Si elle faisait semblant de la connaître, les autres se méfieraient. Comme il n’était pas nécessaire de gâcher leur projet de poser des pièges, elle garda le silence et regagna sa place.
Ni Gruel ni la régresseuse n’ajoutèrent quoi que ce soit. Poina se sentit donc satisfaite, comme si elle avait résolu un problème épineux. En réalité, elle n’avait fait que repousser un problème qu’elle ne savait pas gérer. Mais chaque journée était déjà une lutte ; elle n’avait pas le temps de s’en inquiéter.
« Alors, dès aujourd’hui, je vais rassembler les orcs de tout Ende et les faire s’entraîner pour combattre le Roi des Loups. Monsieur Gruel, veuillez vous charger de leur instruction. »
« Mieux vaut éviter d’envoyer une bande de bons à rien. Ils finiront en nourriture pour loups. Appelez plutôt les gardes. »
« Il vaut mieux rassembler les hommes-bêtes porcins que des gardes qui n’obéiront pas. C’est nécessaire pour que notre peuple puisse s’en sortir par ses propres moyens… »
« Ce qu’il vous faut, c’est calmer le chaos au plus vite et rassembler les forces des autres hommes-bêtes. Ne m’obligez pas à ramasser les morceaux après vous. »
Gruel posa ses conditions sans appel.
Même la voix convaincante de Poina ne parvenait pas à l’atteindre. S’il avait attaqué les Obélisques, c’était parce que plusieurs circonstances s’étaient alignées, pas parce qu’Orcma l’avait convaincu. À présent encore, Gruel occupait une partie d’Oberli avec toutes sortes d’hommes-bêtes et observait avec désapprobation les hommes-bêtes porcins, de plus en plus indisciplinés.
« Alors… »
« Appelez les gardes et envoyez-les-moi. Pour s’occuper des loups, il faut des chiens. Je leur apprendrai à les combattre. »
« Mais ils sont sanctionnés pour avoir aidé l’humain identifié à s’évader. »
« Vous comptez laisser les chiens de garde attachés sans rien faire ? »
« Ça… »
Poina ne termina pas sa phrase.
La puissance d’Orcma venait de son occupation d’Oberli. Les habitants acceptaient en silence qu’Orcma gouverne la ville grâce à Gruel, qui avait vaincu les Obélisques. Il allait de soi que la gloire d’un homme-bête porcin avait renforcé les hommes-bêtes porcins.
Pourtant, Orcma le savait bien : Gruel n’était pas de son côté. Il n’était son allié que contre le Roi des Loups.
Et maintenant, il leur demandait d’armer les gardes et de les lui envoyer ? Et si les gardes décidaient de rendre la ville à ses propriétaires d’origine, à Ende, avant même d’affronter les loups ?
« Faites-le. »
Gruel le déclara comme s’il n’allait pas céder d’un pouce. Poina n’eut d’autre choix que d’acquiescer.
La réunion touchait peu à peu à sa fin, mais aucun problème n’avait réellement été résolu. Au contraire, toute une pile de nouvelles difficultés s’était accumulée. Face à cette liste interminable, tous comprirent que le gouvernement d’Orcma s’était formé grâce à un équilibre délicat, sans pour autant fonctionner correctement.
La douceur de la victoire s’estompa peu à peu et la dure réalité leur pesa. Les orcs commencèrent à sentir l’inquiétude grandir dans leur cœur, se demandant si les choses pouvaient continuer ainsi.
Puis cette inquiétude devint réalité.
Un orc accourut et cria sans même prendre le temps de reprendre son souffle.
« Poina ! C’est une urgence ! »
« Nous sommes en réunion. Si ce n’est pas urgent, veuillez revenir plus tard. »
« Les hommes-bêtes équins sont en train de fuir Ende en toute hâte ! »
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