Chapitre 50
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 50 : Urgence
──────
« C’est une urgence. Réveillez-vous immédiatement. »
Il surgit comme dans une embuscade.
Il s’était approché si furtivement, à la faveur de la nuit, que je n’avais même pas entendu ses pas. Il n’avait ni souffle, ni chaleur corporelle, ni même la vie. Lorsque je le remarquai, il se tenait déjà à côté de moi.
« C’est une urgence. Réveillez-vous immédi... Trois tentatives ont échoué. Selon la logique inductive, répéter l’opération serait probablement inutile. »
Quelque chose s’approcha de mon corps endormi et se mit à bavarder. Sa voix ténue était à la mesure de sa minuscule taille. Une fée qui s’était faufilée pendant notre sommeil ?
Cette fée ne semblait toutefois pas savoir voler. Elle n’arrivait même pas à grimper sur un lit qui ne lui montait qu’aux genoux et sautillait donc autour, en dessous, tout en me dévisageant.
Sans tenir compte de cette présence discrète, je tentai de me rendormir. Même si c’était le père Noël plutôt que la petite souris, il ne pouvait pas troubler mon sommeil. S’il avait quelque chose à me dire, j’espérais qu’il réglerait ça rapidement pendant que je dormais…
« Conformément au manuel d’intervention d’urgence, je vais maintenant activer le protocole de réveil forcé. »
J’entendis une brusque inspiration.
« WEEEEEEEEEEEEEE ! »
« Kyaaaaaaaah ! »
Le rugissement assourdissant me vrilla les oreilles et je repoussai la couverture en me redressant d’un bond. Une fois mon cœur affolé calmé, je baissai les yeux et vis une sphère de cristal faiblement lumineuse me regarder.
« Un golem ? »
« Je suis le capitaine AB, du corps des transmissions de l’État militaire. En raison d’une situation urgente, je n’ai eu d’autre choix que de… »
« Comment oses-tu me tirer du sommeil ? Aujourd’hui, je vais mettre fin à cette histoire de modèle obsolète. Il est temps pour toi de retourner à la casse. Stagiaire Shei ! Un golem s’est échappé… ! »
Le golem m’asséna un puissant coup de pied au tibia.
L’attaque venait d’un point bien plus bas que mon regard. Comme je ne pouvais pas lire les pensées du golem, impossible pour moi de l’esquiver ou de m’en protéger.
Son corps était en acier, plusieurs fois plus résistant que le mien. De plus, un duel entre un tibia et un autre objet était une lutte honnête, décidée uniquement par la force et la dureté.
Mes yeux s’écarquillèrent sous l’effet de la douleur atroce.
« Gnh, ngh. »
Je m’assis sur le lit, la bouche grande ouverte, en me tenant le tibia. Des larmes me montèrent aux yeux. Je foudroyai le golem du regard, plein de rage, de rancœur et de douleur. Il me rendit mon regard tout en redressant, de ses bras grinçants, l’armature tordue de sa jambe.
« Nous n’avons pas le temps. Ceci est un avertissement. Répondez immédiatement. »
« Gnh… Répondre à quoi ? Qu’est-ce qui se passe donc pour que tu sois obligé de réveiller quelqu’un au beau milieu de la nuit ? »
« Un intrus. Quelqu’un tente de s’infiltrer. »
« Quoi ? Un intrus ? »
Je pris un instant pour réfléchir à ses paroles.
Quelqu’un était donc en train de s’infiltrer dans le Tartare ? Le golem l’avait détecté et voulait que je l’arrête.
Un intrus qui s’introduisait chez moi. En temps normal, n’importe qui en aurait été tendu. Pourtant, je ne ressentais pas la moindre parcelle de l’inquiétude que j’aurais dû éprouver.
Je me tins la jambe douloureuse et me rallongeai sur le lit.
« Tu ne l’aurais pas pris pour quelqu’un en détresse ? Il a peut-être glissé et fait une chute ? »
S’infiltrer dans le Tartare ? C’était aussi absurde que de nager dans le ciel ou de faire griller du poisson sous l’eau. Le sujet et le prédicat n’allaient tout simplement pas ensemble. Pourquoi quelqu’un s’infiltrerait-il dans un endroit dont on ne pouvait s’échapper une fois entré, et qui ne renfermait rien de précieux ?
« Bon, ce n’est pas encore la Résistance, j’espère ? Si la Résistance s’est de nouveau introduite ici, alors l’État militaire est incompétent. Sérieusement. »
Il y avait bien une exception, évidemment : s’il avait une bombe.
Avec une bombe, on pouvait dériver dans le ciel et faire cuire du poisson sous l’eau.
Les bombes réglaient la plupart des problèmes que l’on croyait insolubles. Alors, chaque fois qu’un obstacle vous barrait la route, essayez donc une bombe si vous en avez une sous la main.
« Je ne peux pas déterminer les intentions de l’intrus. Il est désarmé. Toutefois, comme ses intentions sont inconnues, la situation n’en est que plus urgente. »
« Désarmé ? Hmm. La veilleuse est allumée, alors il doit faire nuit dehors aussi. Ah, je vois. Comme dans l’anecdote de ce célèbre philosophe, il devait contempler les étoiles et ne pas regarder où il mettait les pieds. Prions ensemble pour son âme. »
« …On ne peut pas s’infiltrer ici en tombant simplement. Il s’est clairement jeté dans l’Abîme dans le but d’entrer ici. »
« Non, je te dis que ça n’a aucun sens. Qui viendrait ici parce qu’il aurait quelque chose à régler avec nous ? Bon, je lui donnerai à manger quand il arrivera, alors va le chercher. »
À ma réponse désinvolte, le golem se tut et se mit à m’étudier attentivement. Je plissai les yeux et lui retournai la question.
Nous nous défiâmes du regard pendant un court instant.
Je l’emportai.
« …Vous êtes doué pour ce genre de négociations. Vous voulez dire que vous ne bougerez pas tant que je ne vous fournirai pas les informations nécessaires ? »
« Hein ? De quoi tu parles ? »
« Autorisation accordée. Je vais temporairement relever votre niveau d’habilitation en augmentant votre niveau de sécurité d’un échelon. »
« Non, je veux dire, qu’est-ce que tu… »
Pourquoi augmentait-il mon niveau de sécurité sans me demander mon avis ? De quoi parlait-il au juste ? J’étais seulement trop paresseux pour me lever.
« Le Tartare se trouve dans l’Abîme. C’est une terre entièrement séparée de la surface. On ne peut y accéder par des moyens ordinaires. »
« Des moyens ordinaires ? »
« Une chute. Les chutes ordinaires ne font que vous égarer dans l’Abîme ; elles ne permettent pas de déterminer les coordonnées du Tartare. »
« Depuis quand une chute est-elle devenue un moyen de transport ordinaire ? Historiquement, tomber a toujours été un aller simple, rapide et facile, pour le paradis. »
Le bon sens était donc différent ici. Typique de l’État militaire. Un pays dingue qui malmenait même le bon sens.
Attends.
« Mais on m’a jeté dans l’Abîme alors que j’étais ligoté normalement… Ah, j’ai compris. C’est ça qui n’était pas normal ? »
« …Puisque vous comprenez, je vais poursuivre. »
Le golem m’interrompit en toute hâte et reprit son rapport.
« À l’origine, personne ne pouvait atteindre le Tartare sans l’autorisation de l’État militaire. C’est pourquoi, malgré son statut d’installation de niveau 5, aucune mesure de sécurité particulière n’avait été mise en place, même à l’entrée de la prison. »
« On dirait que l’État militaire est en faute. Qualifier un endroit d’installation importante tout en faisant preuve d’une telle négligence… Tss, tss. »
« …Quoi qu’il en soit. »
J’entendis quelque chose craquer à l’instant. J’espérais que les circuits du golem n’avaient pas lâché.
« En surveillant l’intérieur et l’extérieur du Tartare, ce bureau a détecté, il y a environ sept minutes, que l’illusion qui enveloppait l’Abîme avait été brisée. Ce bureau est immédiatement venu vous trouver, car vous êtes le seul membre du personnel disponible à l’heure actuelle. L’intrus se dirige droit vers nous et devrait arriver dans environ trois minutes. »
« Et alors ? Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? »
« Si possible, éliminez-le. »
« Pourquoi vous cherchez toujours à tuer tout le monde ? Ça vous démange si vous passez une seule journée sans tuer quelqu’un ? »
Chaque fois qu’un événement impliquait l’immortel ou la personne qui tombait en ce moment même, l’État militaire me disait de la tuer. Je refusai fermement d’un geste de la main.
« Comment un citoyen respectable comme moi, qui n’arrive même pas à attraper un seul chien, pourrait-il tuer quelqu’un ? Ne raconte pas de sottises. »
« Question : comment avez-vous donc géré la Résistance ? »
« Les lames sont restées immobiles, mais ils ont eux-mêmes placé leur cou contre elles. Ils ont voulu se battre contre la stagiaire Shei, puis ont exhibé un chapelet devant la stagiaire Tyrkanzyaka. Un suicide de luxe, soigneusement préparé, non ? Enfin, s’ils avaient eu l’intention de vivre, ils ne seraient pas tombés ici avec des bombes. »
Malgré tout, quelqu’un était venu me rendre visite, alors je devais aller l’accueillir. Il serait plus facile de lire ses intentions à l’avance et de décider si je pouvais me servir de lui. S’il ne semblait absolument bon à rien, je devrais demander à la régresseuse et à la vampire de le tuer.
Puisque je sortais de toute façon, écouter une information supplémentaire du golem ne me coûterait pas grand-chose. J’enfilai mon paquetage et me préparai à partir.
« D’accord, d’accord. Je vais aller voir. Attends ici. »
Le golem m’agrippa le bas du pantalon en toute hâte.
« Veuillez emmener cette unité avec vous. Ce bureau est chargé d’observer la situation anormale au Tartare. »
« J’en ai pas envie. Tu es lourd. »
« Vous êtes un ouvrier affecté au Tartare et êtes tenu de suivre les instructions de ce bureau, responsable officiel de cet établissement. Si vous ne souhaitez pas subir les conséquences d’une désobéissance, exécutez les ordres de ce bureau. »
« Tu pensais que j’allais obéir juste parce que tu le dis d’un ton aussi raide ? Ah, j’ai tellement mal au cœur que je n’ai même pas la force de soulever un golem. »
Quand je me plaignis de façon théâtrale, le golem comprit que les menaces ne mèneraient à rien et prit la parole.
« …Que voulez-vous ? Je vous préviens, réclamer une compensation matérielle à un soldat en service est un crime grave. »
« Je ne veux rien d’un golem. Fais-toi mignon. Le plus mignon possible. Ce serait bien si tu prenais une petite voix d’enfant avec un léger zozotement. »
« …Nous n’avons pas le temps… »
« Justement, alors dépêche-toi si tu ne veux pas être en retard. Bon, comment je te porte ? Sur mon dos ? Sur mes épaules ? »
« … »
Le golem grinça. Je craignis qu’une partie de son armature ne casse. Je sifflotai d’un air tranquille.
J’avais siffloté trois fois environ quand je l’entendis grincer des dents.
« S-sur le dos… s’il te plaît. »
« Ah. La fin de ta phrase est encore un peu raide. Même si le corps d’un golem est dur, son cœur devrait être tendre. »
Crac.
J’entendis, à travers le micro, quelque chose qui ressemblait à un roseau sec en train de se briser. Après une étrange bouffée de parasites, impossible à décrire, une voix tremblante retentit.
« Porte-moi sur ton dos… grand frère… »
« Je ne t’ai jamais dit de m’appeler grand frère. Cela dit, c’est bien plus agréable quand tu parles doucement. N’est-ce pas merveilleux quand tout le monde s’entend ? »
Quoi qu’il en soit, je ne pouvais pas refuser la demande de ma petite sœur adorée.
Je soulevai le golem et le posai sur mes épaules. Il m’avait demandé de le porter sur le dos, mais je craignais que cela ne lui bloque la vue. C’était ma petite attention personnelle.
Les jambes du golem posées sur mes épaules, je m’engageai dans le couloir.
« Ah, au fait, j’ai bien exécuté l’ordre de l’État militaire. Je n’ai pas proposé de pot-de-vin ; si tu me pénalises pour ça, c’est que tu laisses tes sentiments personnels influencer ton évaluation. Un agent du corps des transmissions de l’État militaire ne commettrait certainement pas de faux témoignage sous l’effet de ses sentiments personnels ? »
« --- !!! »
« Il est cassé ? Il y a l’air d’avoir un problème avec la transmission. Pourquoi je n’entends plus la voix de quelqu’un ? »
Je me balançai de gauche à droite. Je faisais exprès de remuer largement le haut du corps en marchant, dans l’espoir d’apprendre au golem ce qu’étaient les sensations fortes. Le golem me tira les cheveux de ses poings durs. J’entendis mes racines craquer.
Bon. Il avait trouvé mon point faible. Mieux valait éviter de recommencer.
Notes :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>