Chapitre 498
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 498 : Une pyramide inversée ?
──────
Quand la terre est vide, on la dit désolée. Quand le ciel est vide, on le dit dégagé.
Ces deux mots décrivaient la plaine d’Enger.
Dans un coin de la plaine se trouvait Ende, où même les nuages qui traversaient le ciel finissaient par se fatiguer et tomber au sol. Le ciel nocturne était si pur qu’il était impossible de compter ses étoiles semblables à des joyaux. C’était une nuit où les bêtes hurlaient au loin, désireuses d’envoyer leurs voix jusqu’à la lune brillante qui les surplombait.
« Pouah, ces porcelets ingrats… ! »
Dans une planque exiguë, sans cour où contempler le ciel nocturne ni fenêtre pour entendre les bruits du dehors, un humain laissa éclater sa colère.
« Je les ai recueillis, je leur ai offert un toit et à manger, et voilà comment ils me remercient : ils s’en prennent à leur maître ? Maintenant, ils paradent dans la ville comme s’ils en étaient les maîtres ! Alors qu’ils n’ont jamais rien pu faire sans le pouvoir de Gruel ! »
À mesure que sa voix montait, Welshi, la femme-bête canine qui se tenait à ses côtés, dressa les oreilles avec nervosité.
« Maître. Quelqu’un pourrait vous entendre. Je vous en prie, baissez la voix… »
« Tais-toi ! Ne m’interromps pas quand je parle ! »
Furieux, le duc Erectus arpenta la pièce avant de donner un violent coup de pied dans le bureau. Celui-ci bascula, et la bouteille d’eau posée dessus perdit l’équilibre et tomba.
Juste avant qu’elle ne touche le sol, une queue soyeuse s’enroula autour d’elle. Avec la dextérité d’une main, elle la sauva de la chute.
Les chiens de garde apprenaient les arts du qi pour protéger leurs maîtres. Contrairement aux autres hommes-bêtes, les hommes-bêtes canins avaient accès à un qigong spécialisé, qu’ils n’avaient cessé de perfectionner à leur manière. Certains avaient même éveillé une Arcane innée, et la Sainte Vierge à fourrure elle-même avait été une femme-bête canine.
Le statut des hommes-bêtes canins différait peu de celui des humains.
Une famille de chiens de garde ? Les humains aussi faisaient de leurs semblables des serviteurs. Si les hommes-bêtes canins occupaient cette place, c’était simplement qu’ils étaient si proches des humains.
Welshi cala le bureau contre son genou, rattrapa une tasse d’une main et souleva la bouteille d’eau avec sa queue. Avec une concentration stupéfiante, elle remit la table, la tasse et la bouteille exactement comme avant la chute. L’exploit laissa même le duc Erectus sans voix pendant un instant.
« Si seulement ces porcelets étaient ne serait-ce qu’un quart aussi capables que toi. »
Il semblait avoir oublié sa colère, mais cela ne dura guère. Le duc Erectus s’emporta de nouveau.
« Est-ce que je devrais contacter la mère patrie ? Non, je serais la risée de tous si je n’étais même pas capable de gouverner correctement une ville comme celle-ci. Mais je ne peux pas me cacher comme un criminel alors que je suis le souverain d’Ende ! Je dois reprendre la ville. Comment faire ? »
Relations, autorité, argent, hommes. Il avait perdu beaucoup de choses pendant la révolution, mais il lui en restait assez pour pouvoir les compter.
Tandis que le duc Erectus réfléchissait à la manière de reconquérir la ville avec les moyens qui lui restaient, Welshi, qui attendait en silence, prit la parole avec précaution.
« Maître. Quand la tempête fait rage, mieux vaut parfois baisser la tête quelque temps. »
« Tu me donnes des ordres, maintenant ? »
Le duc Erectus lui lança un regard flamboyant. Welshi se tut, comme si elle en avait l’habitude, et il poursuivit seul :
« Tu me conseilles de me cacher comme un lâche ? C’est encore plus ridicule. Cette ville appartient à mon ancêtre, Saint Enger. Elle porte la grâce de celui qui chassa les porcelets et les bêtes, et étendit la plaine. Il est donc naturel que je chasse les bêtes et étende cette terre à mon tour ! Ton devoir n’est pas de me conseiller, mais de me servir… »
« Chut. Attendez. »
Welshi tendit vivement la main et plaqua sa paume sur la bouche du duc Erectus. Un geste scandaleusement irrespectueux de la part d’une servante, mais le duc Erectus dut lui aussi sentir que l’atmosphère avait changé, car il obéit et se tut.
« J’entends quelque chose d’étrange dehors. Maître, préparez-vous à fuir. »
Le duc Erectus n’aimait guère l’idée d’abandonner la planque qu’il avait tant peiné à trouver, mais il se prépara à partir sans protester. Quels que fussent ses sentiments, Welshi ne s’était jamais trompée quand il s’agissait de le garder en sécurité.
Lorsqu’ils déplacèrent une armoire, un trou donnant sur un passage souterrain apparut en dessous. Welshi serra son maître contre elle et se laissa glisser. En un instant, ils passèrent du troisième étage au rez-de-chaussée. Ils ouvrirent une petite trappe et quittèrent la planque.
C’est alors qu’ils entendirent des orcs marmonner derrière le duc Erectus.
« Snif. C’est vraiment ici ? On ne perd pas notre temps ? »
« Le magicien l’a trouvée. Fouillez les lieux, et on le trouvera. »
« Même si c’est un magicien, comment pourrait-il savoir qu’un duc se cache ici ? Ni les trucs ni la sorcellerie ne peuvent faire ça. »
« J’ai entendu dire par Gluta qu’il utilisait de la vraie magie. Peut-être qu’il peut retrouver un duc grâce à elle ? »
« Quelle magie ? Tu déranges un rat et il détale. Allez, on y va. »
Le duc Erectus s’était efforcé de rester silencieux, mais le mot « rat » le fit réagir violemment.
« Un rat ? Espèces de porcelets dégoûtants… ! Welshi, tue-les ! »
« Contenez-vous. »
Ils étaient plus nombreux. Les mettre hors d’état de nuire aurait été facile, mais si leur position était découverte, ils seraient poursuivis sans relâche. Sans hésiter, Welshi ignora l’ordre du duc Erectus et l’entraîna avec une rudesse toute particulière.
Après que Welshi eut emmené le duc Erectus loin de là, une agitation éclata près de la planque.
« Attendez ! Il y a un passage secret ici ! »
« Ils étaient là il y a un instant ! »
« Fouillez les environs comme si vous chassiez des rats ! »
Mais le duc et sa servante étaient déjà loin. Les orcs confus ne transmirent leur rapport qu’après coup. Leur système de communication était terriblement lent pour un groupe lancé à la poursuite de quelqu’un, mais cela ferait une bonne expérience aux orcs, qui n’avaient encore jamais rien organisé.
Il était facile de se cacher à Ende. Tant d’hommes-bêtes et d’humains vivaient dans la ville que la présence de n’importe qui paraissait normale. Même les gens les plus singuliers pouvaient s’y fondre dans la foule.
En outre, à Ende, bien plus de gens redoutaient le changement qu’ils ne se réjouissaient de la chute des humains reconnus. Welshi profita de ce fait pour trouver, d’une manière ou d’une autre, un endroit où loger son maître.
« Quelque chose cloche. »
« Qu… Quoi donc ? »
Le duc Erectus répondit, épuisé par leurs fuites à répétition. Comprenant que son maître était à bout de forces, Welshi s’arrêta et regarda autour d’elle.
La nuit à Ende était chaotique et bruyante. Le bruit des sabots, les cris et d’innombrables autres sons les frôlaient au passage. D’ordinaire, ce n’était qu’un vacarme irritant, mais maintenant qu’on les poursuivait, il dissimulait l’identité du duc et de son chien de garde.
« Tous les sons semblent affluer dans la même direction, ce soir. »
« Ils ont peut-être enfin appris à faire la queue… »
« Ce n’est pas possible. Je crois qu’ils empêchent les gens de sortir pour pouvoir nous capturer. »
« Hmph. Tu crois que ces imbéciles désobéissants vont leur obéir juste parce que les porcelets essaient de les contrôler ? Ils ne comprennent pas pourquoi nous avons bâti Oberli. »
Il suffisait de regarder autour de soi pour voir que leur tentative avait déjà échoué. Ils avaient dressé des barricades et bloqué la circulation, mais les hommes-bêtes pressés sautaient déjà par-dessus les toits. Leur volonté d’imposer l’ordre n’avait fait qu’aggraver le chaos.
« Le problème, c’est qu’ils ont fait ça pour nous capturer. Ils n’ont pas renoncé. Ils vont certainement essayer de nous attraper, et ils se dirigent dans la bonne direction bien plus que je ne l’aurais cru. »
« Ces ingrats… ! Mordre leur maître ne leur suffisait pas, il faut maintenant qu’ils veuillent me chasser complètement ? »
Le duc Erectus trembla de rage.
On pouvait se faire mordre par un animal qu’on avait élevé. Les animaux ne savaient pas se retenir. Mais si, tout en vous mordant, il vous traînait hors de chez vous et vous abandonnait là, ou s’il essayait de vous enfermer quelque part, c’était une rébellion. On en était arrivé au point où des têtes devaient tomber.
« Je dois prévenir la principauté. »
« Votre sécurité peut-elle être garantie d’ici là, maître ? »
« Ma sécurité ? C’est à eux de la garantir. À moins qu’ils ne veuillent être exterminés pour rébellion ! »
Welshi s’assombrit. Le duc Erectus, qui ne prêtait aucune attention à l’humeur d’un chien, poursuivit :
« Qui a étendu ces plaines ? Qui a répandu la civilisation ? Qui a planté un drapeau à Ende, cette ville qui a eu la bonté d’accueillir même les hommes-bêtes, et guidé tout le monde ? C’est mon ancêtre, le grand saint, Saint Enger ! »
Un saint du Sanctuaire, celui qui avait apporté la civilisation dans la plaine d’Enger et un stratège de légende qui avait arrêté les vampires. Saint Enger.
Le duc Erectus trembla en invoquant le fondateur d’Ende.
« Il l’a dit lui-même. Les hommes-bêtes sont comme du bétail, mais s’ils ont une nature douce, ils peuvent vivre à nos côtés. Les porcelets, les hommes-bêtes équins et les hommes-bêtes bovins ont pu vivre à Ende grâce à cette faveur ! Et ils osent s’en prendre à moi, descendant de Saint Enger ?! Je ne leur ferai plus grâce. Les bêtes doivent être traitées comme des bêtes ! »
J’ignorais si Saint Enger avait dit cela pour persuader les gens ou si, selon les critères de l’époque, ces paroles témoignaient d’une certaine sagesse.
Hum. Oui. Les bêtes doivent être traitées comme des bêtes.
J’acquiesçai, en attendant le bon moment pour sortir, mais Azzy se précipita devant moi. En apercevant Welshi, elle se mit à remuer la queue et tourna sur elle-même.
« Ouaf ! Contente de te revoir ! Contente de te revoir ! »
« Roi ? »
Welshi s’était méfiée de cette intruse inconnue, mais elle reconnut Azzy et baissa sa garde. Elle aussi remua la queue en guise de salut, puis comprit qu’Azzy ne serait jamais venue seule.
« Si c’est le Roi… qui est-ce ? »
J’avais voulu faire une entrée plus théâtrale, mais Azzy avait tout gâché. Je sortis de la ruelle et leur adressai un signe de la main.
« Bonjour. C’est la première fois que nous nous rencontrons en personne, n’est-ce pas ? »
Le duc Erectus regarda d’abord au-dessus de ma tête, puis derrière ma taille. Après avoir vérifié que je n’avais ni oreilles ni queue, il se détendit.
« Un humain ? Qui êtes-vous ? »
« C’est l’invité qui est venu à Oberli avec le Roi des Chiens. »
« Il y avait un humain comme ça ? »
« Il était là, à nous observer en silence. À l’époque, j’avais pensé qu’il n’intervenait pas parce qu’on se servait de lui, comme de moi… »
« On se sert bien de moi. Tu as vu juste. Ceux qu’on exploite se reconnaissent vraiment entre eux ! »
Contrairement au duc Erectus, qui ne m’avait pas prêté la moindre attention, Welshi se souvenait de moi. J’en fus touché.
Le duc Erectus me regarda, réajusta ses vêtements et s’approcha.
« Je ne m’attendais pas à rencontrer un humain ici. Si vous me faites sortir de cette ville, je vous récompenserai généreusement. »
Le duc Erectus témoignait aux humains une certaine courtoisie. Ce qui ne voulait pas dire qu’il était poli.
J’avais fait pas mal de choses à Ende, et il ignorait toujours qui j’étais ? Il était vraiment mal informé. Ou peut-être qu’il s’en moquait tout simplement.
Welshi arrêta le duc Erectus, qui s’approchait de moi sans hésiter sous prétexte que j’étais humain.
« N’y allez pas, maître. »
« Welshi. Ne m’interromps pas quand je parle à un humain. »
« Non. Cet homme est le magicien dont tout le monde parle. Il n’est pas votre allié. »
Ah, je compris. Il avait quelqu’un pour réfléchir à sa place, et il était devenu imprudent. Welshi retint le duc Erectus et me lança un regard noir.
« C’est lui qui a aidé Orcma à prendre Oberli. »
« Il a pris Oberli ? Comment ? »
« Il a fait arrêter les principaux membres d’Orcma et les a enfermés dans la prison d’Oberli. Ensuite, pendant que les Obélisques étaient partis accueillir Gruel, il les a libérés. Un mercenaire orc a pris un humain reconnu en otage depuis l’intérieur, ce qui leur a permis de s’emparer d’Oberli. »
Elle semblait plus compétente que son maître. Après tout, les chevaux servaient de montures parce qu’ils couraient plus vite que les humains, et les bovins servaient aux travaux des champs parce qu’ils étaient plus forts. Quant aux serviteurs, on les employait parce qu’ils étaient plus polis, plus sociables, avaient meilleure mémoire et étaient plus compétents que leurs maîtres.
« Il est du côté des orcs. C’est sans doute lui aussi qui nous a retrouvés. »
« C’est faux. Je suis du côté de l’humanité. Je pense simplement que les orcs sont eux aussi humains. »
« Humains ? »
Certaines choses étaient évidentes, mais pas pour tout le monde. Pour le duc Erectus, les hommes-bêtes porcins étaient des humains : voilà qui en faisait partie.
« Humains ? Ces créatures te paraissent-elles être de la même espèce que moi ? »
Le bon sens était si fragile. Incrédule, je lui demandai :
« Bien sûr. Nous sommes de la même espèce. »
« Ces bêtes dégoûtantes et imparfaites, qui ignorent jusqu’à la gratitude, seraient humaines ? »
Il les connaissait bien. J’acquiesçai et répondis :
« Bien sûr. Nous sommes tous de la même espèce de bêtes. »
« Des bêtes ? Les humains sont des bêtes ? »
« Alors, qu’est-ce que les humains ? Des êtres nobles et supérieurs, comme les dieux ? »
C’était une moquerie ouverte, mais le duc Erectus répondit sans ciller.
« N’est-ce pas évident ? Les humains sont des êtres élus, façonnés à l’image du Dieu céleste. Ils sont l’espèce dominante de la terre, les seigneurs de toute la Création que toutes les bêtes admirent. Il est tout à fait naturel que de tels humains gouvernent les autres bêtes. »
Waouh. Impressionnant.
Je restai un instant sans voix devant le duc Erectus, qui croyait sincèrement à ce qu’il disait.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>