Chapitre 494
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 494 : Le garçon qui criait au loup
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Une ville avait besoin d’immenses ressources pour subsister : nourriture, vêtements, combustible, eau, et bien plus encore. Les villes étaient généralement bâties dans des régions riches en ressources, mais les terrains qui possédaient tout ce qu’il fallait étaient rares.
Elles construisaient donc des installations pour produire ce qui leur manquait.
À l’origine, il n’y avait aucun troupeau de moutons dans la plaine d’Enger. Parmi les animaux herbivores, seules des espèces robustes comme les buffles d’eau, les zèbres rapides et les antilopes résistantes pouvaient y survivre. Si les moutons avaient pu venir paître sur ces terres, c’était pour une seule raison.
Les humains les élevaient.
Le jeune berger bâilla à s’en décrocher la mâchoire en regardant le troupeau se déplacer.
« Je m’ennuie… »
En général, la garde des troupeaux était confiée aux hommes-bêtes canins et aux hommes-bêtes ovins. Les premiers avaient un talent naturel pour cette tâche, même sans formation, tandis que les seconds savaient instinctivement communiquer avec les moutons. On pouvait acquérir de l’expérience, mais il était impossible de communiquer avec les moutons sans être né avec ce don. Ende, qui comptait de nombreux hommes-bêtes capables, avait donc préféré miser sur un potentiel supérieur plutôt que sur une sécurité garantie.
Le garçon, un homme-bête ovin chargé de garder les moutons, se lécha les lèvres en contemplant la plaine herbeuse et le troupeau.
« C’est mieux que d’avoir des problèmes… mais qu’est-ce que c’est ennuyeux. »
Garder les moutons n’avait pas toujours été aussi monotone. On se trouvait aux confins d’Ende. Des lions ou des chiens sauvages égarés apparaissaient parfois, et il n’était pas rare de se réveiller en découvrant qu’un ou deux moutons avaient disparu. D’ordinaire, il devait inspecter et réparer les pièges, ainsi que rafistoler les clôtures, tous les jours.
Mais, ces derniers temps, rien ne se passait.
C’en était même étrange.
Le jeune berger jeta de nouveau un regard à son troupeau.
En cette saison sèche, le ciel au-dessus de la plaine d’Enger était vaste et limpide. Le brun et le vert s’y disputaient le terrain, mais les efforts du troupeau repoussaient peu à peu la végétation. Les bêlements paisibles se mêlaient au bruissement du vent dans l’herbe.
C’était une vie pastorale paisible. Quelqu’un accablé de soucis aurait peut-être trouvé du bonheur dans ce calme.
Pour un garçon aux grands rêves, c’était d’un ennui insupportable.
« Il pourrait pas se passer quelque chose d’intéressant… »
Quand on parle du loup, on en voit la queue. Le chien de berger qui bâillait à côté de lui se dressa brusquement. Le jeune berger sentit lui aussi ses poils se hérisser, joignit les mains et fixa l’horizon.
Au loin, près de ce qu’on aurait pu appeler la lisière de la plaine, une silhouette au pelage gris approchait.
Un loup.
Une épaisse fourrure. Un corps élancé. Ses yeux brillaient d’une férocité telle qu’on aurait dit que des flammes fantomatiques y brûlaient. Bien qu’il fût encore loin, l’homme-bête ovin effrayé réagit par instinct.
« Ouaf ! Garde les moutons ! »
« Ouaf ! »
Laissant le chien de berger surveiller le troupeau, le garçon dévala la pente à toute allure. Le poil au vent, il atteignit le poste de garde, fit retentir la cloche d’alarme et cria à pleins poumons :
« Un loup ! Il y a un loup ! »
Le poste de garde fut aussitôt en effervescence.
Les gardes accoururent, armes à la main. Vêtus d’épaisses armures de cuir, ils suivirent le jeune berger jusqu’au pâturage en haletant.
Ils y trouvèrent un troupeau qui paissait paisiblement et un chien de berger, la queue dressée, qui montrait les crocs.
Les gardes regardèrent autour d’eux et demandèrent : « Où est le loup ? »
« Il était là, il y a un instant ! Il venait par la plaine, dans cette direction ! »
Le garçon pointa le doigt vers le lointain, mais le loup, qui s’était pourtant approché de très près, avait disparu.
Agacés d’avoir été appelés si brusquement, les gardes lui lancèrent sèchement :
« Il n’y a rien ! »
« Je l’ai bel et bien vu ! »
« Tu as peut-être mal vu. Ou alors tu l’as imaginé. »
« Non ! Vous croyez que je ne sais pas reconnaître un loup ? C’en était bien un ! »
« Un loup se montre un instant, puis disparaît ? Ça n’a aucun sens. »
Il les supplia de le croire, mais les gardes ne firent que le dévisager avec méfiance. Un loup qui s’était mis à chasser ne lâchait pas sa proie. Il épuisait ses nerfs jusqu’à ce qu’elle s’effondre, puis lui mordait la gorge dès qu’elle baissait sa garde. Il ne disparaissait pas simplement sous ses yeux.
Exaspéré, le jeune berger se tourna vers son compagnon, le chien de berger.
« C’est vrai ! Ouaf, toi aussi, tu l’as vu, pas vrai ? »
« Ouaf ! Grrr, ouaf ! »
Mais seul le Roi des Bêtes parlait la langue des humains. Même les aboiements du chien ne semblaient pas convaincre les gardes.
« Hmph. Très bien. Admettons que ce soit ce qui s’est passé. »
Les gardes grommelèrent en retournant au poste. Ils n’avaient pas besoin de le dire pour que le jeune berger comprenne qu’ils le prenaient pour un menteur. Leur attitude le mit en colère.
« Un loup est vraiment venu, et c’est comme ça que vous me traitez ?! Vous me reprocherez quoi, quand tout le troupeau aura disparu ?! »
« Ouaf, ouaf ! »
« Oui, Ouaf. Tu as bien travaillé. Mais qu’est-ce que c’était, ce loup ? »
Il s’était approché du troupeau, puis avait disparu pendant la brève absence du garçon. Ce n’était assurément pas le comportement d’un loup. La plaine d’Enger était immense. Pour se cacher sur un terrain sans aucun obstacle, il aurait dû s’éloigner très loin.
S’approcher de si près pour ensuite simplement repartir… Les animaux ne se comportaient pas de façon aussi inefficace.
Ce n’était pas comme si le loup était un humain en train de monter une supercherie.
Le jeune berger laissa libre cours à son imagination.
« Peut-être que c’était un loup chassé de sa meute. Il s’est approché, puis a reculé parce qu’il y avait trop de moutons. »
« Grrr ! »
« Ou alors il a pris la fuite en voyant à quel point notre Ouaf est puissant ! »
« Ouaf ! »
Le jeune berger bavarda un bon moment au sujet du mystérieux loup. Le chien ne comprenait pas un mot de ce qu’il disait, mais lui répondait tout de même avec enthousiasme.
Il y avait tout de même un bon côté à l’apparition du loup.
Au moins, il ne s’ennuyait plus du tout.
Quelques jours passèrent.
Le jeune berger longeait la clôture en bâillant quand il aperçut une nouvelle silhouette de loup, loin à l’horizon. Elle était encore éloignée, mais moins que la dernière fois.
Terrifié, il dévala aussitôt la pente jusqu’au poste de garde.
« Un loup ! Il y a un loup ! »
Cette fois, une bande de mercenaires orcs arriva avec les gardes. Ils portaient des armes tape-à-l’œil et reniflaient en scrutant les environs.
Le garçon se demanda pourquoi des hommes-bêtes porcins étaient venus au lieu des Obélisques, mais Ende avait toujours manqué de bras. Ils avaient sans doute été engagés pour chasser le loup. Comme il était toujours le dernier au courant, le jeune berger n’y réfléchit pas davantage.
Les mercenaires orcs inspectèrent les environs et demandèrent : « Où est le loup ? »
« Là-bas, près du gros rocher, de l’autre côté de la clôture ! »
Les mercenaires orcs scrutèrent le gros rocher, mais on n’apercevait pas même l’ombre d’un loup. Leurs visages déjà contrariés se renfrognèrent davantage.
« Je ne vois rien. Snif, snif. Je ne sens pas non plus d’odeur de sang. Il y avait vraiment un loup ? »
« Oui ! Il était juste là, à remuer son énorme queue et à me fixer d’un air menaçant ! »
Il se frappa la poitrine et clama la vérité, mais, une fois encore, on ne lui adressa que des regards méfiants au lieu de le féliciter.
« Alors, allez voir vous-mêmes ! Il doit y avoir d’énormes empreintes de loup, là-bas ! »
N’y tenant plus, le jeune berger franchit lui-même la clôture. Les mercenaires orcs le suivirent.
« Il était énorme et terrifiant. Il cachait complètement le rocher ! Ses empreintes doivent être aussi grandes que sa tête ! »
Sûr de lui, le garçon conduisit les mercenaires orcs jusqu’au rocher. Dès qu’ils verraient les traces, son innocence serait reconnue.
Pourtant, contrairement à ses attentes, il ne restait pas une seule empreinte près du rocher.
Après avoir cherché aux alentours, les mercenaires orcs déclarèrent d’un ton sombre : « Il n’y a rien ici. »
« Hein ? Hein ? C’est bizarre. Pourquoi il n’y en a pas ? »
« On dirait que tu as eu peur et que tu as tout imaginé. Voilà pourquoi les moutons peureux ne devraient pas être bergers. »
L’accusation était déjà assez pénible, mais ce qui tourmentait le jeune berger, c’était cette injustice. Il avait clairement dit la vérité et n’avait fait que son travail avec sérieux, pourtant, le voilà devenu un menteur aux yeux de tous. C’en était trop pour lui.
« C’est vrai ! Un énorme loup se tenait juste ici et nous fixait d’un air menaçant ! »
« Alors pourquoi n’y a-t-il aucune empreinte ? »
« Quoi, le loup aurait utilisé l’Art du qi terrestre pour cacher ses traces ? »
« N’importe quoi. Si c’était un loup capable d’utiliser le qigong, ce gamin aurait déjà été emporté dans sa gueule. »
« Les loups se déplacent en meute. C’est bizarre de dire qu’il n’y en avait qu’un. »
« Peut-être que tu as vu un loup qui te tue après que tu l’as vu trois fois ? »
« Alors, tu vas bientôt mourir ! Hahaha ! »
Tout ce qu’on pouvait reprocher au garçon, c’était son zèle. Il avait raconté ce qu’il avait vu et signalé ce qui s’était passé, et le voilà devenu un menteur sans même s’en rendre compte.
Même les gardes venus avec lui se mirent à le montrer du doigt.
« Ne le prenez pas trop au sérieux. Ce gamin a déjà sonné l’alarme la dernière fois en disant qu’un loup était venu, et on n’a rien trouvé. Il a voulu vous faire marcher, les Pigi, parce que vous veniez d’arriver. »
« Les Pigi ? »
« Ah, pardon. Les orcs… c’est ça ? »
« Surveillez vos paroles. Orcma a reçu le pouvoir de punir les insultes raciales à sa discrétion. »
Quoi qu’il en soit, malgré toutes leurs recherches, ils ne trouvèrent ni traces de loup ni le moindre poil. Les mercenaires orcs insultèrent le garçon en aboyant leurs menaces.
« Si tu nous fais encore venir pour des mensonges, tu vas le regretter. »
« Tout ce bazar avec les loups suffit déjà à semer le chaos, et maintenant les bergers s’y mettent aussi. »
« Quand il est au milieu du troupeau, on ne le distingue même pas d’un mouton. Comment espère-t-il s’occuper de quelque chose de plus intelligent que lui ? »
« Tout le monde sait que les moutons voient mal. Il a dû voir flou et accourir parce qu’il avait eu peur. »
Il eut assez de jugeote pour ne pas leur dire qu’ils étaient de sales Pigi, eux aussi. Le jeune berger garda la bouche bien fermée et ravala sa colère jusqu’au départ des mercenaires.
« Ugh. Il y avait un loup. Je n’ai fait que dire la vérité… »
Jamais de sa vie il ne s’était senti aussi blessé et furieux. Je n’ai rien fait de mal, et pourtant, j’ai l’impression que le monde entier s’est ligué pour me gronder. J’ai beau crier, ils ne font que rire et se moquer de moi.
Le garçon se croyait courageux et jugeait honteux de pleurer. Retenant désespérément ses larmes, le jeune berger renifla et enfouit son visage dans le cou du chien de berger.
« Je ne sonnerai plus jamais l’alarme, même si je dois en mourir. Hmph, vous verrez. Quand tous les moutons seront morts, vous regretterez de ne pas m’avoir cru. »
Les animaux ne parlaient pas la langue des humains, mais ils savaient réconforter leur cœur.
Le chien de berger consola silencieusement son maître, qui essuyait ses larmes dans sa fourrure.
Le lendemain.
Le loup reparut. Un énorme loup noir fixait le troupeau à distance, comme auparavant.
Tout était comme la fois précédente, mais l’attitude du jeune berger envers le loup avait changé. Sans lui prêter attention, il ramassa de la paille.
« Ouaf ! Ouaf ! »
« Ça va, Ouaf. Laisse-le prendre quelques moutons. »
« Ouaf ! Ouaf ! Ouaf ! »
« De toute façon, ils ne me croiront pas, même si je sonne l’alarme. »
« Ouaf ! Ouaf ! Ouaf ! Gémissement, ouaf, ouaf… »
« Pas la peine de te donner autant de mal pour les protéger. Quand il y aura du sang de mouton partout, ils comprendront qu’on les a emportés. »
Tandis que le jeune berger répondait avec cynisme aux aboiements désespérés du chien, celui-ci se tut brusquement.
Le jeune berger se tourna vers ce silence inquiétant. Le loup noir, qui s’était approché sans qu’il s’en aperçoive, le fixait. Son corps massif et son pelage luisant ne laissaient aucun doute : c’était bien le loup qu’il avait vu auparavant.
Le chien de berger pendait mollement entre ses mâchoires, la nuque brisée avant d’avoir pu opposer la moindre résistance.
L’odeur du sang affola le troupeau, qui s’enfuit dans toutes les directions. Alors même que ses proies se dispersaient, le loup ne quittait pas le jeune berger des yeux.
Flop.
Le corps du chien fidèle roula, impuissant, sur le sol. Ce ne fut qu’en voyant mourir son ami que le jeune berger comprit ce qui lui arrivait.
Le loup n’en avait pas après les moutons.
Il en avait après le berger.
La chasse du loup dans la ville avait commencé.
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