Chapitre 492
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 492 : Le printemps d’Ende - 5
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La révolte des hommes-bêtes porcins secoua toute la ville. Des faubourgs d’Ende jusqu’à Oberli, des flammes jaillirent soudain et des bouffées d’air brûlant balayèrent les rues.
Sapien, qui guidait Gruel, fut convoqué par un Obélisque. Après avoir demandé la permission à Gruel, il s’approcha de l’Obélisque, qui lui apprit à voix basse ce qui s’était passé à Ende.
« Orcma a déclenché une révolte et menace Oberli ? »
Il manquait certains détails et éléments de contexte, mais les faits étaient clairs. Sapien jeta un regard pressé à Gruel, qui plaisantait avec ses subordonnés mécontents, lesquels grommelaient de leur côté.
Gruel était lui aussi un homme-bête porcin, mais comme il n’était arrivé en ville que ce jour-là, il était peu probable qu’il eût organisé quoi que ce soit. Malgré tout, le moment était bien trop opportun. Faire entrer la Faction des Bêtes dans la ville représentait déjà un risque considérable pour Ende, et voilà qu’une agitation éclatait à présent.
S’assurant que Gruel ne pouvait pas l’entendre, Sapien transmit un message grâce aux arts énergétiques.
[Emmenez la Deuxième Unité et partez les premiers. Je le retiendrai ici.]
« Franchement. Pourquoi chuchotez-vous entre vous après nous avoir invités ? À ce rythme, je vais finir par croire que vous cherchez à nous exclure. »
Tandis que Gruel ronchonnait avec irritation, Sapien fit signe à son subordonné de partir le premier.
« J’ai appris qu’un incident s’était produit. Veuillez patienter ici un instant. »
« Patienter ? Vous aviez beaucoup à dire quand je me suis occupé de quelque chose avant l’heure convenue, mais maintenant, vous demandez à tous ces gens d’attendre ? Les gens civilisés ont moins de honte que je ne le pensais. »
« Je vous demande de faire preuve de compréhension. »
« De compréhension, hein ? »
Gruel grimaça avec mépris et haussa les épaules de façon théâtrale.
« Très bien. Puisqu’un des grands pontes d’Oberli le demande, je vais vous écouter. Tout le monde, pause ! Détendez-vous un peu ! »
Les guerriers de la Faction des Bêtes rirent bruyamment et se mirent à s’étirer. Ils manifestaient ouvertement leur mécontentement, de manière menaçante. Comme le retard était de leur faute, les Obélisques ne pouvaient rien leur reprocher, mais ils sentaient la tension leur hérisser la peau.
Gruel s’approcha tranquillement de Sapien.
« Je peux vous raconter quelque chose d’intéressant pour passer le temps ? »
« Quoi donc ? »
« Nous autres hommes-bêtes, nous avons quatre oreilles. Des oreilles humaines et des oreilles animales. »
Gruel tapota la zone couverte de fourrure, près de sa tête. Ses oreilles humaines étaient dissimulées sous le pelage légèrement bombé.
« Ça veut dire que nous ne sommes pas nés tout à fait entiers. Nous sommes un mélange de deux choses. Enfin, avoir plus d’oreilles n’est pas toujours un avantage. Les oreilles animales sont bien plus efficaces, tandis que les oreilles humaines ne font que brouiller nos sens. »
« Je le sais aussi. »
« Pourtant, les arts énergétiques aiguisent aussi les sens. Un humain qui maîtrise les arts énergétiques aussi habilement qu’un Obélisque acquiert des sens aussi affûtés que ceux d’un homme-bête, voire plus encore. Il peut même les régler à sa guise. C’est bien plus utile que pour les hommes-bêtes, qui sont obligés de percevoir jusqu’aux bruits qu’ils ne veulent pas entendre. »
Tout le monde savait déjà cela. Ce ne pouvait pas être le fond de l’histoire. Tout ce que Gruel avait dit jusqu’ici n’était qu’une mise en bouche. Saisi d’un léger malaise, Sapien lui demanda :
« Où voulez-vous en venir ? »
Gruel sourit.
« Alors, que se passe-t-il si un homme-bête développe ses sens grâce aux arts énergétiques ? »
« … Quoi ? »
« Mes congénères hommes-bêtes porcins ont déclenché une révolte, c’est bien ça ? Alors vous essayez de me retenir, moi et mes hommes ? Quel désastre ! Il n’y a jamais un jour tranquille dans une grande ville comme Ende ! »
Gruel le cria sans se gêner, puis se prit le ventre et éclata de rire. Sapien fut horrifié en comprenant qu’ils avaient été percés à jour, et qu’il n’y avait plus moyen de nier.
« J’ai transmis le message par ondes sonores… ! »
À un niveau élevé de l’Art du qi céleste, on pouvait même saisir l’air lui-même. La transmission sonore était une technique qui consistait à s’emparer du vent grâce aux arts énergétiques pour acheminer directement un son.
Comme elle bloquait physiquement les sons, il était impossible d’entendre la transmission sonore d’autrui, quel que fût son niveau.
En temps normal.
« Je n’ai pas entendu le son. J’ai entendu que vous l’entendiez. La prochaine fois que vous utiliserez la transmission sonore, pensez aussi à vos oreilles internes ! Si vous tenez tant à cacher des informations, en tout cas ! »
Sapien avait beaucoup trop sous-estimé son adversaire. Atteindre les principes grâce aux arts énergétiques signifiait posséder son propre principe. Gruel avait atteint un royaume où il pouvait même amplifier les avantages naturels d’un homme-bête grâce aux arts énergétiques.
Sapien répondit d’un ton sombre :
« … Si vous l’avez entendu, vous savez donc ce qui se passe. Une grave agitation a éclaté à Ende. Tant qu’elle ne sera pas résolue, nous ne pouvons laisser aucun étranger entrer à Oberli. »
Il ne servait plus à rien de dissimuler la vérité, alors Sapien exposa les faits sans détour. Il était trop tard, désormais. L’expression de Gruel changea.
« Hé… Vous vous foutez de moi ? »
Clang, clang, clang.
Dès que Gruel eut fini de parler, les guerriers de la Faction des Bêtes et les Obélisques dégainèrent leurs armes et les pointèrent les uns vers les autres. La tension s’installa entre les deux groupes, comme si le combat pouvait éclater d’un instant à l’autre.
Au milieu de cette hostilité à vif, Gruel expira lentement. Il ne faisait pas assez froid pour cela, et pourtant, un souffle blanc et rauque s’échappa de sa bouche.
« Nos congénères se sont soulevés, rongés par le mécontentement. Au lieu de les calmer ou d’essayer de les convaincre, vous avez voulu nous le cacher. Quitte à nous tromper et à nous exclure. »
« C’était imprévisible. Et, à vrai dire, Oberli n’a d’autre choix que de se méfier davantage de vous. »
« Ah, je comprends. Vous avez peur, vous aussi. Vous êtes terrifiés, même. Nous sommes forts, et si nous nous battons, nous y laisserons tous les deux des plumes. »
Il aurait été difficile de laisser passer ça même s’ils avaient dit la vérité dès le début. Maintenant qu’ils avaient tenté de la cacher et s’étaient fait prendre, la Faction des Bêtes n’avait plus aucune raison de se retenir.
« Mais ! Si le combat nous effraie, être méprisés, c’est la mort ! Si nous plions une seule fois, ils continueront à vouloir notre sang et notre chair ! Encore et encore ! »
Compromis et concessions, les humains pouvaient s’en accommoder entre eux. Mais dans la nature sauvage, où chacun convoitait le sang et la chair des autres, il n’y avait que deux options : se battre ou mourir.
Si l’on perdait l’avantage, on mourait. Pour ne pas être traité en proie, il fallait montrer qu’on était prêt à blesser l’autre, même au prix de sa propre vie. Quand l’un des leurs mourait, il fallait se venger afin que l’ennemi comprenne que les provoquer avait un prix.
L’honneur pouvait sembler inutile, mais s’ils s’y accrochaient, même au prix d’actes téméraires, c’était pour une raison.
« Vous avez peur de nous ? »
« Vous avez peur de nous ? »
« Vous avez peur de vous battre ? »
« Vous avez peur de vous battre ? »
Les guerriers de la Faction des Bêtes se mirent à scander les paroles de Gruel, la vapeur s’échappant de leurs naseaux. Le vent soulevé par la protestation d’Orcma avait aussi atteint la Faction des Bêtes.
« Nous allons à Oberli. »
Ende et la Faction des Bêtes avaient convenu de s’allier à Oberli pour vaincre le Roi des Loups. L’état de la ville et ce qui s’y passait n’intéressaient pas la Faction des Bêtes.
« Si vous comptez nous arrêter, ne le faites pas avec des mots. Arrêtez-nous par la force ! »
Mais Oberli devait protéger la ville. Qu’il s’agisse d’hommes-bêtes porcins furieux ou de la Faction des Bêtes, quiconque menaçait Oberli était un ennemi.
Peu importait que les chances fussent grandes ou faibles. Peu importait que la situation fût favorable ou non.
Sapien serra son arme.
* * *
Des hommes-bêtes porcins furieux approchaient des remparts d’Oberli. Après avoir martelé la porte à coups de pancartes, ils ne se découragèrent pas lorsqu’elle refusa de s’ouvrir. Au contraire, ils semblaient brûler d’une ardeur redoublée. À présent, au lieu de pancartes, ils frappaient la porte de la ville avec des rondins sortis de nulle part.
« Ah, ah. Qu’est-ce que c’est que ce bazar ? »
Kito, une femme-bête lapine conceptrice de pièges, cligna de ses grands yeux, terrorisée.
Les cinq grandes espèces d’hommes-bêtes d’élevage formaient l’essentiel de la population d’Ende, mais bien d’autres minorités vivaient aussi dans la ville. Les chats et les lapins en étaient des exemples représentatifs. Les femmes-bêtes lapines, connues pour leur nature timide, avaient toujours occupé la position la plus faible.
« Faites quelque chose ! »
« C’est le travail des Obélisques, le combat… Je… je fais partie de la division technique… »
« Justement ! Servez-vous de vos talents incroyables pour les arrêter ! Vous pouvez le faire ! »
Kito vivait à Oberli parce que ses capacités avaient été reconnues. La raison était simple.
Elle avait éveillé une Arcane innée.
L’humain qui avait reconnu ses talents pointa un doigt vers elle, les veines du cou saillantes.
« Ce ne sont que des brutes qui n’ont même pas appris les arts énergétiques ! Transformez ce qu’ils transportent en pièges ! »
« Ah, je n’ai jamais transformé ce qu’ils tenaient dans leurs mains… »
« C’est une urgence ! Dépêchez-vous ! »
Une immense échelle tomba à côté de Kito, qui paniquait. Dans un bruit sourd, elle s’appuya contre le rempart. Surprise, Kito se prit la tête entre les mains et s’accroupit. Des acclamations montèrent d’en bas, tandis que les hommes-bêtes porcins commençaient à grimper.
Heureusement, les Obélisques envoyés sur place brisèrent l’échelle, mais ils n’étaient que cinq ou six, tandis que l’autre camp ne cessait de grossir. On distinguait aussi des hommes-bêtes qui n’étaient pas des porcs parmi la foule.
« Vous croyez qu’ils vous épargneront parce que vous êtes une femme-bête ? Vous n’êtes ni une truie ni une femme-bête d’élevage, mais vous faites quand même partie des privilégiés d’Oberli ! Dépêchez-vous ! »
« Ouuh… »
À ce rythme, ils allaient vraiment tomber. Effrayée, Kito regarda rapidement autour d’elle et activa son Arcane innée.
Arcane innée : Miss Goldberg.
L’Arcane innée de Kito était l’effondrement.
Pour être plus précis, elle pouvait maintenir provisoirement dans cet état les objets qui étaient sur le point de s’effondrer.
Un tas mal empilé, une corde tendue à l’extrême, une balle suspendue comme si elle allait tomber d’un instant à l’autre. Elle préservait et retardait toute cette instabilité, tous ces éléments qui auraient dû s’effondrer sous peu. Tant que son Arcane innée agissait, tout restait en suspens au lieu de tomber.
Mais que se passait-il lorsque Kito libérait son Arcane innée après que toute cette instabilité se fut accumulée ?
Une corde tendue attrapait quelqu’un, une fosse qui tenait à peine s’écroulait, un pilier vacillant frappait quelqu’un et une échelle qui semblait solide se brisait.
C’était cela, un piège. Quelque chose de dangereux, dissimulé pour passer inaperçu, puis qui s’effondrait en un instant dès qu’on y touchait. Kito provoquait de force cette situation grâce à son Arcane innée.
Comme la situation était déjà si chaotique et instable, l’instabilité accumulée par son Arcane innée atteignit son comble en un instant. Les moustaches de Kito se hérissèrent, car elle sentit instinctivement le danger. Elle se tourna vers l’humain qui avait reconnu ses talents et lui avait donné cet ordre, puis demanda :
« V-vous en êtes sûr ? »
« Qu’est-ce que vous attendez ? Dépêchez-vous ! »
« V-vous êtes vraiment sûr ? Je le fais vraiment ? Je devrais le faire ? Je vais le faire ? »
« Faites-le au lieu de perdre du temps à parler ! »
« Quelqu’un pourrait être blessé si je le fais… »
« Et alors, si des gens comme eux sont blessés ? Dépêchez-vous ! Sinon, c’est vous que je vais blesser ! »
L’humain qui avait reconnu ses talents aboya, furieux. Kito ferma les yeux de toutes ses forces et plaqua ses longues oreilles contre sa tête avec ses mains. Elle ne voulait pas entendre les cris qui allaient suivre, mais ses oreilles de lapine étaient trop longues pour qu’elle puisse les couvrir entièrement.
Espérant entendre le moins de cris possible, Kito marmonna :
« Ouuh… Je suis désolée… »
« Non. Vous n’avez pas à l’être. »
« Hein ? »
Je m’approchai de Kito et claquai des doigts.
Une marmite d’eau bouillante se trouvait là. L’humain qui avait reconnu les talents de Kito avait ordonné qu’on la prépare pour la verser sur les hommes-bêtes porcins. On l’avait posée sur un tas de bois monté à la hâte, mais, pour une raison ou une autre, elle perdit l’équilibre et roula en bas.
L’eau bouillante se répandit tandis que la marmite roulait au loin. Les gens s’éparpillèrent pour éviter le récipient brûlant. Une femme-bête bovine qui portait un filet fit de même. Le filet, qui aurait dû entourer les sacs remplis de terre renforçant la porte de la ville, s’emmêla autour de la marmite et roula avec elle.
« Hein ? »
Malheureusement, Kito se trouvait au bout du filet.
Avant qu’elle ait le temps de réagir, le filet s’enroula autour de sa cheville. La marmite dévalant la pente, Kito fut entraînée sans pouvoir résister. Elle trébucha et s’écroula, puis se retrouva suspendue la tête en bas sous le rempart. Sa jupe et ses vêtements se retroussèrent, et Kito resta accrochée au filet en poussant un cri plaintif.
« A-aidez-moiiii ! »
« Comment avez-vous réussi à vous faire piéger ?! »
Les pièges ne faisaient pas la différence entre amis et ennemis. Kito, qui se trouvait au milieu d’eux, finissait souvent par devenir victime de ses propres capacités. C’était un effet secondaire de son Arcane innée.
Bien sûr, cette fois, j’avais déclenché un des pièges près de Kito un peu plus tôt que prévu.
C’était une Arcane innée fort intéressante. Je pourrais facilement la lui voler et m’en servir, et les résultats étaient divertissants, eux aussi. J’aurais aimé posséder une Arcane innée de ce genre.
Peut-être parce que tout était si chaotique, personne ne prêta attention au fait que quelques personnes, moi compris, s’étaient mêlées à la foule. Kito se trouvait dans une position si embarrassante que tous les regards étaient entièrement braqués sur elle.
Même ceux des Obélisques.
C’était inévitable. Aucun homme-bête porcin ne pouvait surgir de l’intérieur d’Oberli ; ils n’avaient donc aucune raison de rester sur leurs gardes.
Mais cette baisse de vigilance leur coûta cher.
Quelqu’un s’approcha rapidement de l’humain qui avait reconnu les talents de Kito, par-derrière. Avant que quiconque ait pu réagir, l’ombre passa un bras épais autour du cou de l’humain.
« Quoi ? Toi… ! Argh ! »
« Tout le monde, arrêtez-vous. »
Un homme-bête porcin.
Un homme-bête porcin qui aurait dû se trouver à l’extérieur des remparts avait réussi, d’une façon ou d’une autre, à s’approcher et à se saisir de l’humain qui avait reconnu les talents de Kito. Tandis que tous restaient un instant figés devant cette situation sans précédent…
Le Premier Croc, le commandant des mercenaires Urukpaing, gronda en tenant l’humain en otage.
« Ouvrez la porte, tout de suite. Sinon, cet humain va mourir. »
Les plans minutieux créaient davantage de failles. Plus on se préparait longtemps, plus on donnait d’occasions aux informations de s’ébruiter.
La plupart des événements majeurs se produisaient sans qu’on les ait prévus. Parfois, ne pas avoir de plan était le plan.
La porte de la ville, qui avait retenu le vent brûlant, s’ouvrit et Ende accueillit le printemps.
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