Chapitre 491
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Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
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Chapitre 491 : Le printemps d’Ende - 4
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À peu près au même moment, à la périphérie d’Ende.
Sapien se tenait les bras croisés, attendant quelqu’un. Au bruit de pas qui approchaient, il se tourna vers leur provenance. L’homme-bête bovin parti chercher Gruel revenait après s’être acquitté de sa tâche.
Les guerriers de la Faction des Bêtes étaient rudes et réagissaient vivement aux regards des Obélisques qui les surveillaient. Même ces derniers, d’abord impassibles, commençaient peu à peu à se tendre.
Aussi maître de lui-même fût-il, Sapien restait un noble d’un duché et un humain reconnu. Il lui fallait une patience considérable pour ne pas relever les insultes que lui lançaient les guerriers hommes-bêtes sauvages de la Faction des Bêtes.
Heureusement, Gruel revint avant qu’il n’ait perdu patience. Sapien l’accueillit.
« Grand chef Gruel. Avant de vous souhaiter la bienvenue à Ende, je tiens à dire que disparaître ainsi sans un mot nous met dans une situation délicate. »
Gruel balaya la scène du regard, puis répondit d’un ton indifférent :
« Qu’est-ce qui est délicat là-dedans ? Je suis arrivé un peu en avance et je suis allé me promener. »
— « Nous convenons d’une heure précise pour nous retrouver, pas simplement pour vous promettre que vous serez là à ce moment-là. »
— « Hmph. Vous autres, les gens civilisés, vous aimez vraiment tourner autour du pot. Vous pensez qu’on va faire des histoires, alors vous voulez nous garder à l’œil, c’est ça ? »
— « Si c’est ainsi que vous le prenez, je n’ai rien à ajouter. »
— « Hmph. »
Gruel renifla et s’avança. L’instant d’après, il sembla franchir l’espace d’un bond, comme s’il avait utilisé une technique de réduction des distances. En un seul pas, il se retrouva juste devant Sapien et gronda à voix basse :
« Faites attention. Nous sommes des sauvages. Si vous nous traitez comme des fauteurs de troubles, nous en deviendrons vraiment. C’est vous qui nous avez appelés parce que vous aviez besoin de notre aide, alors ne nous hérissez pas le poil. »
Comprendre les principes ne signifiait pas nécessairement avoir atteint un haut niveau dans les arts énergétiques. Tout dépendait du talent et de la représentation mentale ; un pratiquant pouvait donc saisir les principes sans pour autant maîtriser le reste.
Gruel, lui, n’était pas de ceux-là.
Sapien avait appris une méthode de cultivation avancée auprès d’un maître d’exception et poussé les Arts du qi céleste, terrestre et aquatique jusqu’à leurs limites. Pourtant, même lui ne parvenait pas à déceler la moindre faille dans les mouvements de Gruel.
L’écart entre eux n’était pas insondable… mais c’était sans doute parce que Gruel n’avait pas révélé ses principes. Éprouvant la plus légère pointe d’infériorité face à l’homme-bête porcin, Sapien répondit :
« Je vous prie de ne pas oublier que nous sommes réunis ici pour nous entraider. »
— « C’est plutôt à moi de dire ça. J’espère que vous ne nous servirez pas de belles paroles pour nous laisser seuls crever ensuite. »
Les chefs s’étaient suffisamment lancé des piques pour que leurs subordonnés aient ensuite moins de mal à contenir leurs émotions. Sapien guida Gruel vers l’avant.
Tout au long du trajet, Sapien se sentit soulagé.
Bien. On dirait qu’Orcma, ou peu importe comment ils s’appellent, n’a pas approché Gruel.
C’était à cause d’Orcma que Sapien était allé accueillir Gruel en personne et avait surveillé ses déplacements avec tant d’attention.
Sapien savait que les hommes-bêtes porcins causaient des problèmes ces derniers temps, mais il n’avait pas compris qu’ils organisaient secrètement un groupe et agissaient dans l’ombre. Ce n’était pas entièrement sa faute. Les hommes-bêtes porcins causaient des ennuis aussi naturellement qu’ils mangeaient. Demander à quelqu’un de rester sur ses gardes sous prétexte que des porcs mangeaient un peu plus que d’habitude, c’était exagéré.
Quel que soit ce magicien, je devrais le remercier. Si Orcma avait fait alliance avec Gruel, les négociations se seraient bien plus mal passées.
Sapien remercia en silence une personne absente, puis prit la direction d’Oberli avec Gruel.
… Sans savoir quelle catastrophe s’était produite en son absence.
À peu près au même moment, dans une prison d’Oberli.
Urukpaing, Premier Croc et capitaine de la bande de mercenaires orcs, était détenu avec les autres prisonniers.
Par les manigances du magicien, plusieurs membres importants d’Orcma avaient été arrêtés : le Premier Croc Urukpaing, l’Ancienne Mère Halfana, le serrurier Bonkrak, Gluta, le riche charretier, et d’autres encore. Ils n’étaient pas nombreux, mais chacun constituait un maillon important et remplissait un rôle bien précis.
Tous les membres d’Orcma n’avaient pas été emprisonnés, mais leurs arrestations expliquaient en partie pourquoi l’organisation avait choisi de protester plutôt que de résister. Ses rouages avaient été endommagés, ne lui laissant d’autre recours que de manifester pacifiquement.
… Et c’était ainsi que des porcelets comme eux s’étaient retrouvés enfermés dans la luxueuse prison d’Oberli.
« C’est drôlement confortable, pour une prison. »
Urukpaing agita le bras d’un air mécontent. Sa menotte, alourdie par ses chaînes, heurta le mur et fit jaillir des étincelles. Il aurait pu la briser de toute sa force, mais son poignet aurait cédé avec. Ensuite, les Obélisques en faction à l’extérieur lui auraient fracassé le crâne avant de lui remettre les chaînes.
La contrainte était puissante, mais, sachant qu’Urukpaing pratiquait l’Art du qi aquatique, on pouvait presque y voir une marque d’égard. Envisager seulement de s’évader relevait de l’absurde.
Quand il s’en rendit compte, Urukpaing grommela :
« Les lits sont moelleux et la nourriture est bonne. Par rapport à la vie qu’on menait dehors, c’est le paradis. Les orcs ordinaires voudraient être enfermés à vie. »
« Tss, tss. Quelle absurdité… Sans ce Gruel, ils nous auraient enfermés ici, à Oberli ? Ils nous auraient jetés dans des cellules d’isolement sous Ende. »
L’Ancienne Mère Halfana, la plus âgée des orcs, lui répondit d’une voix qui n’avait rien perdu de sa vigueur. Le serrurier Bonkrak eut un sourire en coin.
« Hmph, pas forcément. J’ai surpris leur conversation quand ils nous transféraient. Ils craignaient que l’Ancienne Mère perde la tête s’ils l’enfermaient n’importe où. Vous croyez vraiment qu’ils nous traitent bien parce que seigneur Gruel arrive ? À leurs yeux, nous ne sommes que des porcelets répugnants et laids. Hé hé. C’est à l’Ancienne Mère qu’on doit ça. »
Bonkrak était l’agent de sécurité chargé de construire le Coffre des Porcs et d’en réparer les serrures. Après son arrestation et le crochetage des coffres par le magicien, les hommes-bêtes porcins avaient perdu confiance. Ils avaient beau être de la même famille, leur argent comptait plus que leurs proches. À mesure qu’ils retiraient leurs fonds des coffres, les réserves d’Orcma s’étaient taries.
Tout le contrecoup était retombé sur Gluta, responsable de la logistique d’Orcma. Pris en flagrant délit de fraude alors qu’il tentait de renflouer les caisses, Gluta lança un regard presque haineux à Bonkrak, qui riait si tranquillement.
« Comment peux-tu rire en ce moment ? Qu’est-ce qu’il y a de bien à être enfermé ? »
« Hé hé. Malgré tout, j’ai l’esprit tranquille, ici. »
— « Tu ne sais pas quelles épreuves nos proches sont peut-être en train de traverser. »
— « C’est vrai, mais qu’est-ce qu’on aurait pu faire dehors ? Dès que le magicien se montre, tout part dans tous les sens. »
À la mention du magicien, tous ceux qui étaient présents se raidirent.
On ne pouvait pas les considérer comme le noyau dur d’Orcma, mais chacun de ces hommes-bêtes porcins avait occupé un poste important. Ils avaient tous un point commun.
Ils avaient eu affaire au magicien.
Ils l’avaient rencontré, provoqué, tenté de capturer ou essayé d’éviter.
Bonkrak faisait partie de ceux qui avaient tenté de se cacher du magicien.
« Cet humain… mieux vaut ne jamais avoir affaire à lui. »
Bonkrak, technicien au Coffre des Porcs, s’était caché lorsque les choses avaient commencé à tourner au vinaigre. Il ne montrait déjà que rarement le bout de son nez, mais se dissimuler ne suffisait pas. Il avait barricadé sa planque derrière des dizaines de serrures.
Le magicien s’en était amusé.
Après avoir aussitôt déniché la planque, il s’était dirigé vers Bonkrak sans même chercher à étouffer le bruit de ses pas, déverrouillant une à une six portes de fer et quatre-vingt-dix serrures.
Clic. Clic.
Bonkrak avait fabriqué ces serrures en mettant tout son talent de serrurier chevronné à contribution. Le magicien les avait ouvertes par sa seule adresse, sans recourir aux arts énergétiques ni à la magie. À mesure que les pas se rapprochaient, le cœur de Bonkrak s’effritait. Sa fierté s’était écroulée, et la terreur s’était engouffrée dans les fissures.
Bonkrak aurait voulu que le magicien défonce toutes les portes et se précipite sur lui, qu’il l’attrape sur-le-champ et le broie.
Il tremblait de désir…
Quand il reprit ses esprits, il avait été arrêté pour avoir fabriqué illégalement des doubles de clés et était en route pour Oberli.
Une fois traîné jusqu’à Oberli, Bonkrak se sentit soulagé lorsqu’on lui passa les menottes. Quelque chose s’était brisé en lui, et il souriait désormais plus franchement.
« Au moins, le magicien ne viendra pas ici. »
Gluta aurait voulu lui répondre vertement, mais ne pouvait pas lui en vouloir. Lui aussi avait été victime du magicien.
À court de fonds, Orcma avait attaqué un clan d’hommes-bêtes équins afin de pouvoir au moins distribuer de la nourriture. Le raid avait réussi plus facilement que prévu, et Gluta s’était enfui à toute allure, un complice chevauchant à ses côtés. Arrivé en lieu sûr sur l’itinéraire convenu, il s’apprêtait à célébrer leur victoire lorsqu’un visage inconnu apparut dans la lumière vacillante.
Un humain qui se présenta comme le magicien.
Gluta vit le visage du magicien, mais n’eut jamais l’occasion de le décrire. Il fut assommé sur-le-champ et, lorsqu’il reprit connaissance, des hommes-bêtes équins furieux l’encerclaient.
En repensant à l’impudent visage du magicien, Gluta marmonna :
« … C’est vrai. Maintenant qu’on s’est déjà fait prendre, le magicien n’a plus aucune raison de s’intéresser à nous. »
Un murmure, qui aurait pu exprimer le soulagement ou l’autodérision, résonna dans la prison d’Oberli.
Alors, une bourrasque s’engouffra dans les lieux.
Les hommes-bêtes porcins s’étonnèrent. Aussi luxueuse fût-elle, la prison d’Oberli restait une prison. Elle n’avait pas de fenêtres assez grandes pour laisser entrer le vent. Ce genre de courant d’air ne pouvait souffler que lorsque la porte de la prison s’ouvrait.
Quelqu’un aurait dû apparaître.
Pourtant, étrangement, ils ne percevaient aucune présence. La porte s’était ouverte toute seule.
« Qu’est-ce qui se passe ? Qui est là ? »
Bonkrak scruta le couloir à travers les barreaux, mais ne reçut aucune réponse. À la place, une carte fine dériva jusqu’au milieu du couloir, comme une feuille morte portée par le vent d’automne.
Une petite clé était attachée au dos de la carte.
Je n’avais rien fait. Je n’avais contrôlé personne, ni poussé quiconque à agir ; je n’avais tué ni blessé personne.
Je m’étais contenté de modifier légèrement le déploiement des forces.
« Les hommes-bêtes porcins espèrent voir venir le printemps. Ils veulent échapper au passé où on les dévorait, fuir les jours où ils erraient en quête de liberté et atteindre une époque où tous les reconnaîtront. »
Le vent soufflait en eux depuis le début, avec assez de force pour déplacer quelque chose d’énorme. Même sans les pousser dans le dos, Orcma aurait accompli quelque chose.
Qu’ils réussissent ou échouent.
« Même les autres hommes-bêtes les prennent en pitié et sont d’accord avec eux. »
Les autres hommes-bêtes étaient pareils. Ils occupaient une place parce qu’ils étaient plus utiles que les porcs, mais les souvenirs de la discrimination les imprégnaient jusqu’à la moelle. Même en voyant les hommes-bêtes porcins semer le trouble, ils les encourageaient au lieu de les arrêter.
Rien ne se dressait donc sur leur chemin.
« Pourquoi pas ? Avec un vent aussi fort, pourquoi ne pas les laisser réussir, pour une fois ? Certains s’accouplent avec des porcs et donnent naissance à des hommes-bêtes ; alors pourquoi les hommes-bêtes porcins ne pourraient-ils pas devenir maîtres d’une ville ? Après tout, les hommes-bêtes porcins et les humains sont des bêtes de la même espèce. »
Furieux, les hommes-bêtes porcins se ruèrent en avant. Les pancartes qu’ils brandissaient pour faire connaître leurs revendications devinrent des armes ; ils ne fonçaient plus vers leurs rêves, mais vers leurs ennemis.
La manifestation pacifique se transforma en émeute, menaçant d’engloutir la ville.
Les forces de sécurité battirent en retraite. Le duc Erectus s’enfuit sous l’escorte des Obélisques. Les hommes-bêtes porcins déchaînés poursuivirent cet humain reconnu en fuite et attaquèrent Oberli.
« Ce qui m’intéresse davantage que leur printemps, c’est ce qu’ils feront de celui qui vient d’arriver. »
Oberli possédait de hauts remparts solides et les puissantes forces des Obélisques. La ville ne tomberait pas facilement. La manifestation irréfléchie des hommes-bêtes porcins finirait en émeute, pas en révolution.
À moins que des gens à l’intérieur ne répondent à leur appel, ou qu’ils ne reçoivent de puissants renforts.
Un vent sec de printemps souffla sur Ende.
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