Chapitre 489
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 489 : Le printemps d’Ende — 2
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Comme toutes les autres villes, Ende avait sa décharge.
Et à Ende, ville où se rassemblaient les hommes-bêtes, il y avait un quartier résidentiel principalement habité par des hommes-bêtes porcins.
Les deux ne faisaient qu’un.
Les villes bâties par les humains ressemblaient au corps du Créateur. Elles engloutissaient avidement la nourriture, rassemblaient les déchets issus de la digestion, puis les expulsaient hors du corps. Avant de s’en débarrasser, elles vérifiaient une dernière fois si quelque chose pouvait encore être récupéré. C’était là la décharge.
C’était là que vivaient et travaillaient les hommes-bêtes porcins.
« Oin. Oin, oin. »
La puanteur était telle que la morve leur coulait du nez. Même les hommes-bêtes porcins, plus résistants que les autres hommes-bêtes, ne pouvaient rien contre cette odeur infecte qui leur piquait les narines. Leurs nez bouchés produisaient des sons à peine différents de ceux de vrais porcs.
Les hommes-bêtes porcins fouillaient les ordures en grognant comme des porcs.
« Oin ? »
Un garçon homme-bête porcin qui fouillait les détritus découvrit quelque chose au milieu de la puanteur. Guidé par son odorat affûté, il inspecta les ordures et se mit bientôt à creuser à un endroit précis. À un moment, son visage s’illumina de joie.
« Oin ! J’ai trouvé ! »
Un grand sac était rempli d’os de viande. Ils avaient apparemment bouilli si longtemps qu’ils en étaient devenus tout blancs, sans la moindre trace de sang ni même de chair.
Malgré tout, c’était de la nourriture précieuse. Il suffisait de les fendre en deux et de les sucer pour en tirer un peu de goût. En grattant au couteau la membrane qui collait aux extrémités, on obtenait presque de fines tranches de viande crue. Dénicher une telle chose dans la décharge était une aubaine rare.
« Oin. Quel salaud a emballé ça aussi soigneusement ? J’ai failli ne pas reconnaître ce que c’était. »
N’importe qui aurait vu que c’était du porc… mais, pour ceux qui luttaient afin de survivre un jour de plus, qu’importait le type de viande ? Le garçon homme-bête porcin se réjouissait comme s’il avait trouvé un trésor au beau milieu de la décharge.
Ils étaient des dizaines, des centaines comme lui. Des porcs dans une fosse à merde, fouillant les ordures de la ville pour survivre.
« Ils vivent encore comme ça. »
Quelqu’un qui les observait s’approcha en poussant un soupir. Surpris par cette présence soudaine, le garçon homme-bête porcin dissimula les os sous son corps.
« Q-qui… ? »
Quand il tourna la tête, un immense homme-bête porcin se tenait devant lui.
D’innombrables cicatrices couraient sur ses muscles, qui semblaient prêts à éclater. La plupart provenaient de bêtes qui l’avaient déchiré de leurs griffes. Pourtant, elles évoquaient moins des marques de défaite que la preuve de sa robustesse.
Deux lames courbes semblables à des défenses pendaient à sa taille. Celui qui baissait les yeux sur le garçon avec un regard mêlant mépris et pitié était… un autre homme-bête porcin.
Ce ne fut qu’après avoir remarqué ses oreilles repliées que le garçon serra les os contre lui et cria :
« Ils sont à moi ! Ne pense même pas à me les prendre. Dégage ! »
« Ne t’inquiète pas. Je ne suis pas venu pour te les prendre. Ça ne m’intéresse pas. »
« Alors, qu’est-ce que tu fais là ?! »
« Je m’appelle Gruel. Je fais partie du peuple sauvage qui vit dans la plaine d’Enger. »
Le nom de Gruel était bien connu des hommes-bêtes porcins. Gruel était un guerrier qui avait saisi la Voie, un grand personnage qui protégeait les terres sauvages au-delà d’Ende.
La présence que dégageait Gruel était trop extraordinaire pour qu’il s’agisse d’un imposteur. Une lueur s’alluma dans les yeux du garçon homme-bête porcin.
« Tu es vraiment Gruel ? »
« Je vais te le montrer. »
Gruel leva une main, l’enfonça dans un tas d’ordures, puis releva brusquement le bras.
Froufrou.
Des dizaines, des centaines de tas de détritus s’élevèrent d’un seul coup dans les airs sans se disperser ni retomber.
Seule l’énergie rendait une telle chose possible. Cet exploit exigeait une force colossale, mais aussi la capacité d’insuffler son énergie dans chaque tas de déchets. Il était bien plus probable qu’une personne capable de déployer une telle énergie fût réellement Gruel, plutôt qu’un imposteur.
Et Gruel était bel et bien Gruel.
« Pourquoi Gruel viendrait-il dans un endroit pareil… ? »
Face à la gloire des orcs, le garçon eut soudain le sentiment que quelque chose clochait. La gloire des orcs se tenait devant lui alors qu’il fouillait joyeusement une décharge à la recherche d’os abandonnés. Cela lui paraissait d’une absurdité monumentale. Le tas d’os qu’il avait été si heureux de trouver quelques instants plus tôt lui semblait à présent une terrible humiliation. Il voulait s’en débarrasser sur-le-champ.
Gruel posa un genou à terre devant le garçon, dont le visage était devenu rouge.
« Combien de temps vas-tu vivre ainsi ? »
« Q-que veux-tu dire ? »
« Je parle de cette vie où tu fouilles la décharge. Où tu endures la puanteur, inspectes les ordures et traites comme un trésor les restes que d’autres ont mangés avant de jeter. Cette existence misérable. »
Ce n’était ni une critique ni une insulte. Gruel se contentait de regarder la vérité en face. Le garçon homme-bête porcin pinça les lèvres. S’il disait quoi que ce soit de plus, il avait l’impression qu’il ne ferait que s’enfoncer dans la misère.
Comme s’il comprenait le garçon, Gruel reprit : « Plutôt que de vivre ainsi, suis-moi. Il n’est pas trop tard pour toi. Si tu apprends auprès de moi, tu pourras, toi aussi, devenir maître de ta propre vie. »
Un guerrier qui avait saisi la Voie lui proposait de l’enseigner en personne. Laisser passer cette chance deviendrait sûrement un regret à vie. Le garçon répondit à cette offre inattendue :
« Je ne veux pas. »
Sa réponse était brusque, mais sincère. Au lieu de lâcher son tas d’os, le garçon le serra plus fort encore. L’œil de Gruel tressaillit.
« Hmph. Tu veux continuer à vivre comme ça ? »
« Qu’est-ce qu’il y a de mal à vivre comme ça ? Tout le monde vit comme ça ! Moi, mes parents, mes amis, nous tous ! »
Le garçon cracha par terre. Une fois les mots sortis, il lui sembla que tous les sombres sentiments qu’il avait gardés en lui se déversaient à leur tour.
« Comment suis-je censé vivre autrement ? Livreur ? C’est le boulot des chevaux. Coudre des vêtements ? Les moutons s’en chargent. Je devrais gagner ma vie en servant les humains ? Les chiens le font aussi ! Fouiller les ordures, c’est tout ce qu’on sait faire ! »
« Il y a d’autres façons de vivre. »
« Tu veux dire risquer ma vie dans ces terres sauvages impitoyables et affûter mon énergie comme toi ? Dans un endroit où je peux être blessé, estropié ou mourir si je n’ai pas de chance ? »
Le garçon avait beau être jeune, il restait un homme-bête porcin. Il savait comment Gruel avait saisi la Voie.
Et il savait ce qui se passait en dehors d’Ende.
Les terres sauvages. Un endroit où des prédateurs aux dents acérées traquaient leurs proies. Un territoire au-delà de la civilisation, où le rang dépendait de la force et où les faibles servaient de nourriture.
Il avait peut-être honte de fouiller la décharge, mais il ne voulait pas mourir dans les terres sauvages. Même s’il devait se rouler dans la merde, il voulait vivre dans ce monde.
« Oin. Non. Je veux vivre. »
« Même aussi misérablement ? »
Le garçon homme-bête porcin serra les os contre lui et leva sur Gruel un regard plein de rancœur.
« Ce n’est pas cet endroit qui me rend misérable… C’est toi, Gruel. »
Ils se dévisagèrent longuement. Le garçon homme-bête porcin, plus faible que quiconque, et Gruel, qui avait saisi la Voie. Gruel fut le premier à rompre le silence.
« … Je suis désolé. »
Après avoir péniblement prononcé ces mots, Gruel tourna les talons. Tandis qu’il s’éloignait lentement, il entendit derrière lui quelqu’un renifler. Était-ce à cause de la puanteur ou de Gruel ? Il l’ignorait. Il décida de ne pas y penser.
Après avoir traversé la décharge, Gruel, qui marchait sans grande conviction, vit quelqu’un s’approcher. C’était un homme-bête buffle d’eau vêtu d’une armure de cuir et portant un collier d’os. Il y avait beaucoup d’hommes-bêtes bovins à Ende, mais celui-ci, avec ses cornes recourbées, paraissait bien plus rude et féroce, même sans son collier d’os.
L’homme-bête buffle d’eau renifla.
« Chef. Je vous ai trouvé. Où étiez-vous passé ? »
« Puisque j’étais ici après tout ce temps, je suis passé un moment dans mon pays natal. »
À ces mots, l’homme-bête buffle d’eau garda le silence un instant, puis répondit comme si de rien n’était :
« Les Obélisques vous attendent. Comme vous avez disparu sans prévenir, les deux camps sont dans l’impasse et ne peuvent rien faire. »
« Je comprends. Allons-y. »
« Vous n’avez pas de remords ? »
« Moi ? Envers toi ? Pourquoi ? »
Gruel avait disparu sans un mot lors de sa visite à Ende. À cause de lui, les féroces guerriers de la Faction des Bêtes se retrouvaient dans une impasse gênante avec les Obélisques. Ils peinaient à empêcher le conflit d’éclater. N’importe quel commandant aurait été préoccupé par la situation.
Gruel n’était pas un commandant ordinaire.
« Hmph. Si ça ne te plaît pas, tu n’as qu’à foncer. Sur moi ou sur les Obélisques ! Tu en as la force et la volonté, pas vrai ? »
« Eh bien, c’est un peu différent. »
« Alors, je n’ai rien à regretter. Tu n’en étais pas capable. Je ne m’en veux pas pour ce genre de choses. »
Gruel passa devant l’homme-bête buffle d’eau d’un pas décidé. Stupéfait par cette réponse effrontée, l’homme-bête buffle d’eau eut un rire sans joie et le suivit.
* * *
Ce jour-là, l’agitation était plus grande que d’habitude. Même si le manoir se trouvait dans un coin reculé, un nombre inhabituel de personnes allaient et venaient, toutes affairées comme si elles étaient poursuivies par quelque chose.
Le vacarme arrivait jusqu’à la porte, puis s’éloignait aussitôt. Intrigué par ces bruits de pas fréquents tout près de nous, je demandai : « Il y a beaucoup de monde qui circule aujourd’hui. Shei, il se passe quelque chose ? »
« Pourquoi tu me demandes ça ? »
« Tu vas souvent à Oberli. Je me suis dit que tu saurais peut-être quelque chose. »
Peut-être parce que tant de gens rôdaient autour de nous, la régresseuse était plus à cran que d’habitude. Elle répondit sèchement :
« Il se passe quelque chose, mais ça n’a rien à voir avec eux. »
« Qu’est-ce qui se passe ? »
« Rien. Gruel arrive. »
« Gruel ? Le féroce guerrier orc Gruel ? Celui qui vit dans les plaines, à l’extérieur d’Ende ? »
Gruel, l’homme-bête porcin qui avait saisi la Voie. Même si je ne séjournais pas à Ende depuis longtemps, j’avais entendu parler de lui. On disait que Gruel était une personnalité remarquable, un homme-bête porcin qui avait maîtrisé l’énergie.
C’était plutôt impressionnant. Les hommes-bêtes avaient du mal à apprendre à maîtriser l’énergie. Il s’agissait d’une technique humaine élaborée au fil de milliers d’années, et les hommes-bêtes, dont les sens différaient de ceux des humains, peinaient à la maîtriser.
Imaginez, par exemple, un entraînement où il faut fléchir les jambes, garder l’équilibre et ne pas faire tomber les assiettes posées sur sa tête et ses genoux. Un humain devrait contracter tous ses muscles et se concentrer, tandis qu’un homme-bête se servirait instinctivement de sa queue pour garder l’équilibre.
On pourrait croire qu’il leur suffisait de ne pas l’utiliser, mais s’en empêcher constituait déjà un énorme désavantage. S’ils s’en servaient, ils s’éloignaient d’autant de l’entraînement à l’énergie. Leurs oreilles et leurs queues étaient certes des atouts, mais elles constituaient aussi des obstacles à l’entraînement, surtout lorsqu’il était question d’énergie.
Si le lieutenant-général Ebon, de l’État militaire, s’était coupé lui-même les oreilles et la queue, ce n’était pas sans raison. On racontait qu’autrefois, de nombreux hommes-bêtes s’étaient coupé les oreilles et la queue pour surmonter les discriminations et apprendre à maîtriser l’énergie.
« Alors, c’est une sacrée affaire. »
« Cette sacrée affaire n’a pas été portée à la connaissance des habitants d’Ende. C’est confidentiel, donc ce n’est pas la raison pour laquelle ils courent tous dans tous les sens. »
« Alors, ça a dû fuiter. »
« Qui aurait fait fuiter l’information ? Qui serait venu d’Oberli jusqu’à Ende pour la répandre ? »
« C’est pas toi, Shei ? Tu es la meilleure pour parler sans réfléchir. »
« Je n’ai personne à qui parler ici, à part toi ! »
« C’est un peu triste. »
Au lieu de te contenter de me dire d’aller travailler, tu devrais sortir et te faire des amis. Tu passais tout ton temps à travailler et ne voyais jamais personne.
Quoi qu’il en soit, soudain curieux, je me levai.
« On sort jeter un coup d’œil ? »
« Allons-y. Ça me tracasse aussi. »
« Gruel arrive. Tu ne vas pas y aller ? »
« Ce n’est pas nécessaire. C’est une affaire entre la ville et la Faction des Bêtes. Je ne resterai pas éternellement à Ende, alors ce serait étrange que je m’en mêle. »
Il y aura des discussions politiques, et c’est à la fois pénible et au-dessus de mes capacités.
Bien sûr. Comme si elle avait réfléchi jusque-là.
J’enfilai mon manteau et me préparai à sortir. Les oreilles d’Azzy se dressèrent.
« Ouaf ? Promenade ? »
« Non, tu restes à la maison pour la garder. »
« Grrrr ! »
« Aaaah ! D’accord ! »
Elle ne lâchait vraiment pas l’affaire. Je pris une robe miteuse sur le porte-manteau et la tendis à Azzy.
« Tiens. Enfile ça. »
« Ouaf ? Ça étouffe ! »
« Allez, allez. Pas de promenade si tu ne la mets pas. »
On ne pouvait pas la laisser attirer l’attention de toutes les femmes-bêtes canines en traversant la rue. Une fois qu’Azzy se fut calmée, je lui mis la robe et sortis dans les rues avec la régresseuse.
Le manoir se trouvait vraiment dans un coin reculé. À mesure que nous approchions du centre d’Ende, l’agitation s’intensifiait. La foule se pressait, comme bloquée par quelque chose, tandis que des cris et des acclamations s’élevaient de la rue, au-delà d’elle.
Toutes sortes d’émotions résonnaient. Un vent violent soufflait. Un vent qui agitait les cœurs.
Hmm. Alors, on en était arrivé là. Ça… s’annonçait mal.
La régresseuse, plus petite que moi, n’avait pas encore compris ce qui se passait.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Il s’est passé quelque chose qui vaut le coup d’œil ? »
« Non, c’est… »
« Je vais m’envoler pour regarder. »
Elle bondit aussitôt dans les airs, puis poussa un cri de stupeur en découvrant ce qui se trouvait devant elle.
« Ende ! Entendez nos voix ! »
« Nous sommes tous des bêtes égales ! »
« À bas la discrimination ! »
« Les porcs ne sont pas de la nourriture ! »
Il y avait toutes sortes d’hommes-bêtes à Ende. Mais les hommes-bêtes porcins étaient de loin les plus nombreux. Même si seulement dix pour cent de leur population, qui dépassait les trente mille individus, se rassemblaient, cela ferait trois mille personnes. Plus que bien des armées.
Une foule tout aussi nombreuse, voire plus grande encore, remplissait les rues tandis qu’elle défilait.
Notes :
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