Chapitre 485
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 485 : Aller jusqu’au bout
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Gluta, un homme-bête taureau qui tenait les cuisines de la Cuisine Gluta et était aussi un homme d’affaires réputé à Ende, menait sa vie avec assiduité et honnêteté. Aussi exigeant envers lui-même qu’il l’était envers les autres, il avait heureusement la main moins lourde avec ses clients. S’il n’avait pas choisi un métier consacré au service des gens, il serait devenu un vieux grincheux passant son temps à rabrouer tous ceux qu’il croisait.
Même Gluta ne pouvait pas se permettre de rudoyer une vieille femme-bête porcine bien plus âgée que lui.
« Madame Mig. Pourriez-vous vous modérer un peu ? »
« Me modérer ? Ça se mange, ça ? »
« Ce n’est pas ce que je voulais dire. »
« Alors allez sucer un bonbon ! Ça fait quatre-vingts ans que je vis comme ça. Je continuerai jusqu’à ce que je crève ! »
Elle était déjà d’âge mûr quand Gluta était jeune. Il avait même mangé chez elle une ou deux fois. Difficile de se montrer trop sévère avec une vieille femme de plus de quatre-vingts ans.
La vieille femme-bête porcine brandit sa louche au-dessus de sa tête et cria :
« Mon seul crime, c’est de nourrir des enfants sans abri qui meurent de faim ! Si c’est un crime, pourquoi ne pas commencer par interroger votre mère, puisque vous m’interrogez, moi ? »
« Vous ne faites pas que nourrir des gens, si ? »
Gluta balaya du regard la table de la salle à manger de madame Mig. On avait installé une rambarde sur une table ordinaire pour y aménager plusieurs places. Il y en avait un peu plus d’une dizaine. C’était trop miteux pour appeler ça un restaurant, mais bien trop vaste pour la maison d’une vieille femme vivant seule.
« Vous prétendez servir de la cuisine d’âme orque, mais, madame Mig, votre maison est clairement un restaurant. Des hommes-bêtes viennent manger et vous paient. »
« Ils mangent et laissent un peu de nourriture ou quelques pièces ! »
« Les autres restaurants qui vendent de la viande ont du mal à survivre parce qu’Orcma les a pris pour cible. Les seuls à continuer leurs affaires sont les tables tenues par des hommes-bêtes porcins comme vous. Je sais que ce n’était peut-être pas votre intention, mais ça fait mauvais genre. »
« Vous croyez que je gagne ne serait-ce qu’un sou ? Je m’en sors à peine au jour le jour. Qu’est-ce que vous voulez que j’aie en trop ? »
« Ces derniers temps, les hommes-bêtes porcins ne viennent-ils pas manger ici en groupe ? »
Clang.
Madame Mig jeta sa louche par terre. Le peu de ragoût épais qui restait à l’intérieur traça une longue traînée sur le tapis. Haletante de colère, elle pointa Gluta du doigt.
« Et alors ? Je n’ai pas le droit de gagner ma vie ? Qui voudrait embaucher une femme de quatre-vingts ans ? »
« … Eh bien… »
« Je ne suis même plus bonne à manger. Je suis si vieille qu’il ne reste que des os à mâcher ! Et même ceux-là, on en a sucé toute la moelle, alors ils n’ont plus aucun goût. La meilleure chose que je puisse faire, c’est mourir quelque part où personne ne me verra ! Très bien, je vais mourir de toute façon, alors tuez-moi maintenant ! Réduisez mes os en farine pour le bétail ! »
Gluta connaissait trop bien sa situation pour pouvoir continuer.
Le chaos provoqué par les hommes-bêtes porcins leur avait échappé. Tandis que les autres communautés d’hommes-bêtes se disloquaient, la leur ne faisait que se souder davantage. Intrigué, Gluta s’était rendu à la table de madame Mig.
Autrement dit, il ne faisait que soupçonner quelque chose.
Il avait toujours su que madame Mig tenait un petit restaurant. Il savait aussi que si elle arrêtait, il ne lui resterait rien d’autre à faire que mourir. Gluta n’était pas assez cruel pour lui dire de mourir.
Mais lui non plus ne pouvait pas mourir.
« Alors, essayez de raisonner vos clients. Je ne tiendrai pas comme ça plus longtemps. »
Madame Mig lança un regard furieux à Gluta avant de répondre :
« Si je savais raisonner les gens, mon enfant ne serait pas mort loin de chez lui. »
Madame Mig avait survécu à toutes sortes d’épreuves et ne se laissait pas intimider facilement. Gluta n’eut rien à ajouter et quitta la table. La situation resterait difficile encore un moment, mais il lui faudrait tenir bon un peu plus longtemps.
Après avoir raccompagné Gluta, madame Mig cracha dehors et referma la porte.
« Bon sang. Qu’est-ce que je suis censée faire… ? Tss. C’est un crime que je ne sois pas encore morte. Un crime. »
Gluta n’avait pas entièrement tort. Madame Mig collaborait avec Orcma, mais à contrecœur. Elle se répétait qu’elle avait toujours nourri les gens, mais n’arrivait pas à se débarrasser de l’impression de s’être engagée dans une affaire dangereuse.
« Je devrais mourir en paix. Tss, tss. »
« Allons. Vous avez beau être vieille, vous n’avez pas envie de mourir. »
Madame Mig tressaillit en entendant cette voix inconnue. À la table où elle avait parlé avec Gluta quelques instants plus tôt, et où personne n’aurait dû se trouver, un humain qu’elle ne connaissait pas mangeait du ragoût. Il devait mourir de faim, à voir avec quel empressement il l’engloutissait. Il souffla sur une cuillerée et s’exclama :
« Ah, c’est chaud. C’est délicieux, mais c’est chaud. »
« Quel sale type bouffe la nourriture des autres sans permission ? »
Elle cria en essayant de garder son calme, mais l’humain faisait tranquillement rouler le ragoût dans sa bouche pour en savourer le goût.
« Hein ? C’est du porc. »
« Vous vous empiffrez sans permission et vous trouvez le moyen de parler de viande ? »
« C’est étrange. Une base qui soutient Orcma sert du porc ? Les membres d’Orcma oublient leurs convictions quand ils se remplissent la panse, ou bien une gentille vieille grand-mère les mène-t-elle par le bout du nez ? »
Son mauvais pressentiment venait de se réaliser.
Qu’un humain vienne dans un restaurant de ruelle comme celui-là était déjà suspect. Les humains, si à cheval sur l’hygiène et tout le reste, n’avaient qu’une raison de s’intéresser à elle :
Les sales mioches d’Orcma qu’elle nourrissait et hébergeait.
« Ah. Deux marmites ? Du porc pour les autres hommes-bêtes, une autre viande pour les hommes-bêtes porcins ? Je vois. Il y avait donc un moyen de s’y prendre. Ça veut dire que vous pouvez accaparer le porc et le vendre, maintenant qu’il n’a plus d’acheteurs. »
« Les jeunes d’aujourd’hui n’ont donc rien de mieux à faire que de débiter tout ce qui leur passe par la tête ? Je mange du porc depuis quatre-vingts ans ! Je me fiche de ces histoires ! »
« Bien sûr. Une femme-bête porcine qui vit dans une vieille maison comme celle-ci, quelle quantité de viande a-t-elle bien pu manger en quatre-vingts ans ? Ça a dû commencer récemment. »
L’humain jeta sa cuillère et posa les pieds sur la table. Sa désinvolture oppressa madame Mig, qui poussa un cri :
« Mon seul crime, c’est de cuisiner pour ceux qui n’ont nulle part où aller ! Si c’est un crime, eh bien, tant pis ! Je n’ai qu’à mourir ! »
« Vous voulez vraiment mourir ? »
D’un geste désinvolte du bras, il planta une carte dans la table en bois. Son bord tremblotant luisait froidement, comme une lame.
Madame Mig inspira brusquement, et l’humain lui sourit.
« Ne vous inquiétez pas. Je me fiche que vous soyez une vieille grand-mère, une femme-bête porcine qui a enduré bien des épreuves, que vous ayez eu un passé pitoyable ou que vous soyez assez effrontée pour nier l’évidence sous vos yeux. »
Madame Mig collaborait à contrecœur. Naturellement, d’autres personnes l’aidaient. Certaines lui fournissaient le porc, d’autres l’argent, et d’autres encore avaient établi un réseau de contacts à utiliser au besoin.
Ce n’étaient probablement pas non plus les dirigeants d’Orcma, mais si je continuais à remonter la piste, en tâtonnant depuis les doigts, je finirais par les trouver.
« Parce qu’à mes yeux, vous n’êtes qu’une personne comme une autre. »
« Arrêtez vos bêtises et fichez le camp ! Avant que je vous dénonce… »
« Ha ha ! Vous me dénonceriez à vos enfants d’Orcma, ou à la personne qui vous a suppliée de garder son secret ? »
Le nier signifiait qu’elle voulait au moins les protéger. C’était tout ce que souhaitait madame Mig, et la raison pour laquelle elle continuait à tout nier. Elle s’obstinait à faire semblant de ne pas comprendre de quoi je parlais.
Mais j’avais déjà lu toutes ses pensées.
Personne ne pouvait rien me cacher. La seule exception était quelqu’un qui oubliait aussi souvent que la régresseuse. Encore que cette personne finissait par oublier aussi ce qu’elle cherchait à cacher.
« Comment avez-vous… ! »
Sans répondre, je frappai dans mes mains. Les cartes d’acier s’entrechoquèrent en produisant une brève gerbe d’étincelles. Lorsque madame Mig, qui avait fermé les yeux de toutes ses forces, les rouvrit, j’avais déjà disparu dans le chaos d’Ende.
À peu près au même moment.
Au Coffre des porcs, l’un des lieux les plus secrets de la communauté des hommes-bêtes porcins.
Ceux qui n’avaient pas d’argent et subissaient des persécutions finissaient naturellement par se renfermer. Ils ne pouvaient même pas faire confiance à l’argent qu’ils avaient entre les mains. Dans les bas-fonds, il n’était jamais surprenant que quelqu’un frappe par-derrière pour le leur voler.
Les clans liés par le sang se rassemblaient et cachaient leurs biens, susceptibles de disparaître à tout moment, dans leurs propres refuges secrets. Ils confiaient le coffre à leur membre le plus digne de confiance.
C’était la petite banque des hommes-bêtes porcins : le Coffre des porcs.
« Hmph. Une “table” a été attaquée ? »
« Les marraines tremblent de peur. Elles convulsent rien qu’en pensant à cet humain inconnu. »
La société avait atteint un certain degré de développement et les connaissances financières s’étaient répandues. Le Coffre des porcs était moins fermé qu’autrefois. Ses membres avaient même appris à investir leur argent et à en tirer profit.
Leurs méthodes étaient simplement un peu douteuses.
Shallok, qui gardait le coffre, plissa le nez avec déplaisir.
« Un seul ? Un seul humain ? »
« C’est ce qu’on nous a dit. »
« À quoi ressemblait-il ? »
« I-ils ont dit qu’ils ne savaient pas… »
« Un étranger ? Ça pourrait être celui qui vient d’emménager dans cette demeure ? »
Même dans une ville aussi grande qu’Ende, la nouvelle de cet humain qui avait acheté une demeure avec une somme colossale en liquide s’était déjà répandue. Quand quelque chose d’étrange se produisait, ils ne pouvaient s’empêcher de soupçonner cet étranger hors du commun.
Mais son subordonné secoua la tête.
« Non. Il avait l’air différent. Et surtout, cet homme se trouvait à Oberli à ce moment-là. »
« Hmph. Il n’était donc pas dans les parages ? Vous savez à quoi il ressemble, et pourtant vous n’avez pas réussi à le trouver ? »
Un humain inconnu semait le désordre dans la communauté. Personne ne savait d’où lui venaient ses informations, de quelles capacités il disposait, ni même qui il était. C’était étouffant, comme de se perdre dans le brouillard.
Et surtout, l’attaque avait été si rapide et si meurtrière qu’il était difficile de croire qu’un seul humain en était responsable. Même avec l’aide d’un complice de l’intérieur, cela semblait impossible.
Troublé par un mauvais pressentiment, la personne chargée du coffre renifla l’air.
« Faites sortir Croc. Choisissez ceux qui ont le flair le plus fin et dites-leur de retrouver ce salaud. »
« Oui. Je vais transmettre le message. Et pour les fonds… »
La personne chargée du coffre décida de l’ouvrir pour se débarrasser de lui. Shallok prit une clé, l’inséra dans la serrure du coffre et donna ses instructions d’un ton ferme :
« On ne peut pas leur donner grand-chose. On verra comment les choses évoluent avant de décider s’il faut leur en donner davantage. Dites-leur ça… »
Clic.
Au moment où Shallok se retourna et tira sur la clé, sentant quelque chose accrocher, le coffre s’effondra dans un fracas.
Quand le choc était trop grand, le corps se figeait. La porte du coffre glissa mollement vers la silhouette immobile de la personne qui le gardait. Le coffre-fort en acier, qui avait toujours protégé fidèlement l’argent des hommes-bêtes porcins, dévoilait maintenant sans honte son contenu.
Des centaines de cartes se répandirent sur le sol avec la porte. On aurait dit que tout le coffre avait été transformé en cartes, à l’exception de son enveloppe extérieure. Privé de ses supports, l’ensemble s’était écroulé.
La personne chargée du coffre fixa, hébétée, l’intérieur. Au lieu des pièces alchimiques qui auraient dû le remplir, il était bourré de porc.
Au sommet de cette montagne de porc, une carte souriante saluait les hommes-bêtes porcins, comme pour se moquer de la personne qui gardait le coffre.
Des murmures se répandirent lentement dans Ende. Les chuchotements effrayés des hommes-bêtes se mêlèrent et se muèrent peu à peu en une peur digne d’une légende urbaine.
Personne ne savait d’où il était apparu, comment il en savait autant ni quelle était sa puissance. Nul ne parvenait à trouver l’homme qui saccageait Ende en prenant l’inconnu pour arme plutôt que la force brute. Ils ne pouvaient que répéter, d’un air absent :
Pourtant, ceux qui en avaient fait l’expérience, ne serait-ce qu’une fois, murmuraient tous la même chose, comme s’ils s’étaient fait une promesse.
Le Magicien était apparu.
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