Chapitre 482
Traductions WeTried
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 482 : Régner sans gouverner
──────
Dès leurs premiers jours, les hommes-bêtes furent réduits en esclavage par les humains. L’apparition de la Sainte Vierge à fourrure mit fin à leur servitude, mais les choses ne changèrent pas du jour au lendemain. La pratique perdura sous d’autres noms.
Pour exagérer un peu, j’en profitai moi aussi. Le système de livraison. Je payais le service, bien sûr, mais faire appel à des hommes-bêtes équins pour porter des commissions était une tradition bien établie.
Quoi qu’il en soit, bien des choses avaient changé avec le temps, mais les hommes-bêtes canins étaient ceux qui avaient le plus évolué.
Les hommes-bêtes canins étaient populaires même à l’époque de l’esclavage. Ils étaient loyaux, amicaux, utiles et mignons. Toute maison qui avait un peu d’argent jugeait normal d’en garder un ou deux.
Même après l’abolition de l’esclavage, les hommes-bêtes canins restèrent recherchés pour toutes sortes de tâches : majordomes, gardes, domestiques, ouvriers et ainsi de suite. Les noms et les formes avaient changé, mais ils demeuraient plus proches des humains que n’importe quels autres hommes-bêtes.
Apparemment, Ende, la cité des hommes-bêtes, ne faisait pas exception.
Un humain vêtu avec élégance fit irruption, suivi de son domestique, un homme-bête canin. Sa présence était clairement malvenue. La plupart des hommes-bêtes âgés réunis ici semblaient consternés.
« Duc Erectus. Nous étions en pleine réunion. Des avis officiels ont déjà été envoyés à tous les fonctionnaires d’Oberli. »
« Je ne lis pas ce genre de choses. Il n’y a rien de plus important ? Parce qu’on envoie un avis, on peut aboyer aussi fort qu’on veut ? Et qui plus est, dans la vénérable Oberli ! »
Oberli avait été bâtie par les premiers humains à s’installer sur ces terres. Leurs descendants étaient également humains et formaient la classe dirigeante, celle qui avait transmis de génération en génération les intérêts de ces terres. Certains étaient retournés dans l’État vassal, par crainte du Roi des Loups, mais d’autres étaient restés et avaient conservé leur pouvoir.
Le duc Erectus faisait partie de ces derniers. Il gouvernait cette ville, et même les chefs de clan s’inclinaient devant lui.
« Nous avons un invité venu de l’extérieur. Veuillez préserver votre dignité, ne serait-ce que pour le bien d’Oberli. »
La mention d’un invité ne fit pas fléchir le duc Erectus.
« Un invité ? Quelqu’un que je suis censé connaître ? »
« Nous ignorons nous-mêmes les détails, mais il s’agirait d’un bienfaiteur de la Guilde des Marchands violets, recommandé par son maître de guilde. »
« Le groupe de marchands qui protège l’État vassal ? »
Même le duc Erectus ne pouvait se permettre d’agir à sa guise envers quelqu’un venu d’un territoire qui n’était pas le sien. Il claqua la langue, contrarié, puis balaya la pièce du regard et remarqua quelque chose d’inhabituel.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? Je n’ai jamais vu cet homme-bête. »
« Ouaf ? »
Le duc Erectus s’intéressa à Azzy. Quand leurs regards se croisèrent, elle lui témoigna la même bienveillance qu’à tout le monde.
« Ouaf ! Tu tiendras ta promesse, toi aussi ? »
« Toi ? Ha ! Une femme-bête canine sait seulement qui je suis… »
« Toi, l’humain ! Moi, je sais ! »
Même moi, j’avais du mal à comprendre le langage canin. Le duc Erectus, dont l’orgueil était ancré jusqu’à la moelle, ne devait rien y comprendre. Il laissa échapper un rire incrédule.
« Quelle chienne d’homme-bête ! J’aime ton entrain. Et si je faisais de toi ma domestique ? »
Les hommes-bêtes tressaillirent à ces mots. Le duc Erectus ignorait qu’Azzy était le Roi des Chiens, mais vouloir faire d’un Roi des Bêtes sa domestique avait de quoi choquer, quoi qu’il en soit.
La femme-bête canine venue comme domestique avec lui réagit de la même façon. Elle s’empressa de tenter de retenir son maître en pleine crise de démence.
« Maître, attendez ! Cette personne est… »
« Welshi. Qui t’a autorisée à m’interrompre ? »
Le duc Erectus aboya son ordre et fit claquer son fouet. Pourtant, la femme-bête canine appelée Welshi poursuivit loyalement ses explications.
« Cette personne est le Roi des Chiens. Elle est venue affronter le Roi des Loups, alors elle ne pourra pas vous servir, maître. »
« Le Roi des Chiens ? »
Combien de problèmes le duc Erectus causait-il d’habitude ? Dès que l’information lui parvint, j’entendis les hommes-bêtes pousser un profond soupir de soulagement. Proposer de faire du Roi des Chiens sa domestique, c’était vraiment aller trop loin.
Mais il était trop tôt pour se détendre. L’intérêt du duc Erectus pour Azzy ne fit que croître.
« Oh. Même le Roi des Chiens n’est pas si différent d’une femme-bête canine. Welshi, le Roi des Chiens est-il fort ? »
« Oui. C’est un Roi des Bêtes. »
« Plus forte que toi ? »
« Je n’oserais pas me comparer à elle. »
« Mais elle doit être docile, pas vrai ? »
« Oui. Le Roi des Chiens ne ferait jamais de mal à un humain, quel qu’il soit. »
« Ça me plaît. Dommage qu’elle ne puisse pas s’en prendre à mes ennemis. »
Le duc Erectus, intrigué, ramassa la balle avec laquelle Azzy jouait plus tôt et la lança. Azzy se lança instinctivement à sa poursuite, la saisit entre ses mâchoires et revint en hâte.
Le duc Erectus s’intéressa beaucoup à ce comportement qui ne différait en rien de celui d’un chien ordinaire.
« Hmm. Ce n’est qu’une chienne sous forme humaine, non ? C’est bien mieux que ces hommes-bêtes qui n’ont que des oreilles et une queue, mais qui répliquent pour un rien. »
« Pardonnez-moi, maître. »
« Tant que tu as compris. Très bien. J’ai décidé. Elle logera dans mon domaine jusqu’à ce qu’elle affronte le Roi des Loups. »
Malgré les efforts de Welshi, le duc Erectus était allé trop loin. À cette déclaration d’un fonctionnaire, les hommes-bêtes se levèrent d’un bond pour protester.
« Attendez, duc Erectus ! Le Roi doit pouvoir aller où bon lui semble ! »
« Pourquoi ? »
« Eh bien… »
Cette question enfantine les laissa sans voix. Le duc Erectus se gratta l’oreille avant de répondre.
« Elle comptait loger dans une auberge miteuse, non ? Mon domaine serait bien mieux, pas vrai ? Il y a des chiens et plein d’hommes-bêtes. Et surtout, il y a des humains. Les chiens aiment les humains, non ? »
« La personne qui a amené le Roi ici est celle que la Guilde des Marchands violets a recommandée ! »
« Et si elle suit quelqu’un d’autre pendant que vous restez plantés là ? Il faut tenir les chiens fermement en laisse. »
Une laisse pour le Roi des Chiens. Le duc Erectus avoua tranquillement une idée que j’avais moi-même tentée, sans succès.
Tss, tss. Quel sale type. J’aurais compris s’il avait considéré Azzy comme un chien à part entière, comme moi. Ce salaud ne la prenait pas pour une humaine, mais il ne la voyait pas non plus comme une chienne !
« Si vous restez tous tranquilles, elle me suivra. Viens, Roi des Chiens. Suis-moi, si tu tiens à cette promesse ou je ne sais quoi. »
« Ouaf ? La promesse ? »
« Oui. Autrement dit, si tu ne me suis pas, elle ne pourra pas être tenue. »
À bout de patience, une femme-bête canine s’avança. Leur adversaire était un fonctionnaire, mais les hommes-bêtes d’Oberli n’étaient pas des tendres. La queue dressée et raide, elle s’opposa au duc Erectus.
« Duc Erectus ! C’est déjà décidé ! »
« Ça a été décidé en mon absence. »
« Alors, vous n’aviez qu’à venir ! Vous pouvez toujours vous tenir à l’écart, puis faire des demandes déraisonnables après coup ? »
En temps normal, cela n’aurait pas mérité une telle dispute, mais l’affaire était grave : le Roi des Loups et le Roi des Chiens étaient en jeu. Toutes les femmes-bêtes canines s’opposèrent au duc Erectus.
La résistance était farouche. Aussi puissant fût le duc Erectus, il ne pouvait à lui seul passer outre la volonté d’une foule aussi nombreuse. Sa colère atteignit son comble et il fit claquer son fouet.
Sur Welshi, sa propre domestique.
Clac.
Le claquement écœurant du fouet fendit l’air. Welshi savait parfaitement que son maître allait la frapper, mais elle serra les dents et encaissa.
« J’ai beau parler ! Vous ne m’écoutez pas ! »
Clac, clac, clac. Le fouet claqua avec violence. Welshi endura la douleur sans un mot, mais les claquements secs firent reculer les hommes-bêtes.
Plus que tout, Azzy s’inquiéta en voyant une femme-bête canine souffrir sous ses yeux.
« Ouaf ! Ouaf ! »
« Quoi ? Tu te soucies des chiens parce que tu es leur roi ? »
Le duc Erectus haletait, grisé par sa victoire.
« C’est ça ! Si tu m’écoutes, j’arrêterai de la frapper… »
« Qu’est-ce qui se passe, ici ? Pendant mon absence ? »
À cet instant, la régresseuse tomba du ciel et atterrit avec légèreté. Elle venait tout juste d’arriver et ignorait les détails, mais ses sens étaient plus aiguisés que ceux d’un homme-bête quand il s’agissait de repérer une odeur désagréable.
Le duc Erectus fronça les sourcils en voyant la régresseuse, qui venait de tomber du ciel.
« Et qui est celle-là ? Pourquoi Oberli est-elle pleine de monde aujourd’hui ? »
« Toi d’abord. Explique-moi ce qui se passe. »
« Quoi… ? Ah. C’est toi que la Guilde des Marchands violets a recommandée ? »
La régresseuse n’avait pas l’air riche, mais elle dégageait quelque chose d’inhabituel. Le duc Erectus releva le menton et prit la parole.
« Tu tombes à pic. J’aimerais prendre soin du Roi des Chiens. Tu seras occupée, toi aussi, et puisque nous devons combattre ensemble, ce serait bien de nous coordonner à l’avance, tu ne crois pas ? »
« Azzy ? »
« C’est son nom ? Oui. »
La régresseuse regarda tour à tour le fouet dans la main du duc Erectus et la femme-bête canine, dont le corps était couvert de rougeurs. Son expression s’assombrit peu à peu.
« Quel rapport avec le fait que tu fouettes une femme-bête ? »
« Ah, ne t’en préoccupe pas. Ma domestique personnelle s’est montrée insolente, alors je lui donnais une leçon. »
Le duc Erectus avait de la chance d’être humain. S’il avait été un homme-bête, il aurait baissé la queue et perdu l’usage de la parole. Peut-être son ego avait-il émoussé ses instincts, car il ne percevait même pas la soif de sang de la régresseuse.
« Toi, tu oses ? »
Le duc Erectus crut avoir mal entendu ces paroles inattendues.
« Qu’est-ce que tu as dit ? Tu viens de parler ainsi à un fonctionnaire comme moi ? »
« Le fait que tu sois humain suffit-il donc à te sauver la vie ? »
Même parmi les humains qui se comportaient de façon scandaleuse, il y avait des degrés. La régresseuse se trouvait à l’extrémité la plus folle de l’échelle. La seule erreur du duc Erectus fut de ne pas l’avoir compris plus tôt.
Il cherche les ennuis, fait preuve de discrimination envers les hommes-bêtes et s’en prend à Azzy ? Pas question de le laisser vivre.
Avant que quiconque ait pu dire un mot, la régresseuse passa à l’action. Elle projeta Jizan dans les airs, la rattrapa par-dessus son épaule, l’enveloppa d’un courant d’air et l’abattit d’un seul mouvement. L’espace déformé fila vers le duc Erectus comme une comète.
Inutile de parler. La régresseuse ne perdait pas de temps avec ce genre de considérations. Elle avait simplement jugé que l’être devant elle était un obstacle, et comptait à présent l’éliminer.
Enveloppée dans une tempête, Jizan pouvait infliger une blessure mortelle au moindre effleurement. Ce ne fut qu’avec la mort sous les yeux que le duc Erectus vit sa vie défiler devant lui. Humain ou non, face à une puissance écrasante, la vie ne valait rien.
L’attaque, qui ne faisait de distinction ni de genre, ni de race, ni de rang, trancha en deux le raciste.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>