Chapitre 481
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 481 : Régner sans gouverner
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Le plan consistait à tirer parti de la force d’Ende pour arrêter le Roi des Loups. C’était un bon plan, mais il avait une condition préalable : nous n’avions pas demandé à Ende ce qu’il en pensait. Même si la ville était prête à combattre les loups, tout cela ne servirait à rien si elle n’avait pas la volonté de le faire.
Alors que la régresseuse s’apprêtait à partir, elle me dit :
« Aujourd’hui, nous allons rencontrer Triber, le maire d’Ende. Je vais les avertir de l’arrivée du Roi des Loups. »
« Bon voyage. »
Je lui fis un signe de la main depuis le canapé où j’étais allongé. La régresseuse plissa les yeux, passa derrière le meuble et le renversa d’un coup de pied.
Coincé sous le canapé et gesticulant dans tous les sens, j’entendis la régresseuse me crier :
« Tu viens aussi ! Ce sera plus facile de les convaincre si Azzy, le Roi des Chiens, est là ! »
« Alors, emmène Azzy, tout simplement. Pourquoi est-ce que je dois venir ? »
« Il faut bien que quelqu’un surveille Azzy. De toute façon, tu n’as rien à faire ! »
« Ça me vexe quand tu m’attaques avec des arguments aussi factuels. »
« Lève-toi avant que je te fasse vraiment mal ! »
J’avais déjà mal, puisque j’étais coincé sous le canapé. Mon excuse ne servit à rien : la régresseuse m’entraîna de force vers le centre d’Ende.
Ende était une ville d’hommes-bêtes libres. Elle n’avait ni remparts imposants ni bâtiments grandioses. Pourtant, même dans une ville comme celle-ci, il existait des classes sociales.
Comme dans bien des endroits, les gens de haut rang vivaient aussi en hauteur.
Ende était bâtie autour d’une petite colline. Les premiers humains à s’y installer avaient construit leurs maisons au sommet pour une seule raison : plus on prenait de la hauteur, plus on était à l’abri des bêtes.
À mesure que la population d’Ende avait augmenté, la ville n’avait plus eu à craindre les attaques des bêtes. En revanche, les humains qui s’y étaient installés les premiers avaient commencé à redouter les hommes-bêtes qui se rassemblaient autour d’eux. Plus exactement, ils ne craignaient pas les hommes-bêtes eux-mêmes, mais ce qu’ils deviendraient en se mêlant à eux.
C’est ainsi qu’Oberli vit le jour. Un quartier haut perché, régi par un ordre différent du désordre d’Ende. Même si les humains et les hommes-bêtes finirent par s’y mêler eux aussi, Oberli demeura une ville dans la ville, distincte d’Ende.
Triber, le maire d’Ende, y vivait également.
Au cœur d’Oberli, sur une place solennelle pavée de briques blanches, Triber accueillit la régresseuse.
« …Vous êtes l’aventurière recommandée par la Guilde des Marchands violets ? »
Chez les humains âgés, les rides étaient des marques naturelles du temps, comme les cernes d’un arbre. Chez les hommes-bêtes, en revanche, elles semblaient plutôt annoncer une transformation en bête. Les rides causées par des oreilles tombantes avaient forcément quelque chose d’animal.
En ce sens, le vieil homme devant moi ressemblait à un vieux chien dressé sur ses pattes arrière.
Bien sûr, je n’avais aucune intention de dénigrer les hommes-bêtes canins. Ce n’était que mon impression personnelle.
Cette personnalité influente, liée à la famille impériale, était un vieux chien couvert de cicatrices de guerre qui avait conservé sa place, même dans une ville d’hommes-bêtes. Appuyé sur sa canne, il fixait la régresseuse sans ciller.
« La Guilde des Marchands violets ne recommande pas les gens à la légère. Malgré tout, vous êtes bien jeune pour une aventurière… Enfin. Vous dites qu’une grave crise menace Ende. De quoi s’agit-il ? »
« S’il est question d’une crise pour Ende, il n’y a qu’une seule possibilité. Vous le savez aussi bien que moi. »
Même face au puissant dirigeant d’Ende, la régresseuse se montrait aussi impolie que d’habitude.
Je devais bien le reconnaître. Tu traitais vraiment tout le monde de la même façon. Tu étais impolie avec absolument tout le monde !
« Le Roi des Loups arrivera bientôt. Je suis venue vous prévenir à l’avance. »
Triber et les autres hommes-bêtes âgés se mirent à murmurer. Certains tremblaient. Ce qu’on savait était encore plus effrayant et, même s’ils s’étaient attendus à entendre ce nom, il restait terrifiant.
Triber observa le groupe et fronça les sourcils, creusant encore davantage les rides de son visage.
« …Qu’est-ce qui vous permet d’en être aussi sûre ? »
Le moment était venu. J’avais attendu mon entrée en scène et lançai le ballon bondissant au milieu de la place. Azzy surgit presque mécaniquement. Elle attrapa le ballon en dérapant sur le sol, puis se roula par terre avec.
La place d’Oberli était un lieu solennel où la classe dirigeante de la ville tenait ses réunions publiques. Azzy venait d’y faire une entrée fracassante, pieds nus.
« Elle tombe à pic. »
…Ce n’était pas mon idée. La régresseuse et moi nous étions mis d’accord à l’avance. Je ne pensais pas qu’elle apprécierait ce genre de mise en scène, mais elle s’était montrée plus souple que prévu.
Quelques hommes-bêtes froncèrent les sourcils, mais un bon nombre d’hommes-bêtes canins dressèrent les oreilles. La bête qui sommeillait en eux accueillait son roi.
« Ah… Comme je m’y attendais. Le Roi… »
Il était difficile d’expliquer ce qu’était un Roi des Bêtes pour les hommes-bêtes. Ils ne connaissaient pas nécessairement le roi personnellement, n’avaient aucun devoir de lui obéir et, de son côté, le Roi des Bêtes ne cherchait pas particulièrement à les gouverner.
Et pourtant, un Roi des Bêtes restait un roi.
Nul besoin de preuve. Le doute ne leur venait même pas à l’esprit. Ils le savaient, tout simplement. Ils se comprenaient.
Voilà ce qu’était un Roi des Bêtes.
Après avoir accueilli le Roi des Chiens, Triber s’approcha lentement d’Azzy. Azzy était affectueuse avec les humains et fidèle aux chiens ; elle ne se méfia donc pas du vieil homme-bête canin. Tandis qu’elle secouait joyeusement la tête, le ballon dans la gueule, Triber prit la parole à voix basse.
« …La dernière fois qu’on l’a aperçue, c’était dans le Royaume. J’ai entendu dire qu’on n’avait plus reçu de nouvelles après la disparition de la famille royale et la transformation du pays en État militaire. »
« Azzy était prisonnière dans l’Abîme. Depuis qu’elle a disparu du monde, le Roi des Loups errait sans but dans les plaines. C’est pour ça qu’il se heurtait souvent à Ende. »
« Maintenant que le Roi des Chiens est réapparu dans le monde, le Roi des Loups va lui aussi se mettre en mouvement. »
« Oui. L’affrontement est inévitable. »
La régresseuse annonça aux dirigeants d’Ende un destin auquel ils ne pourraient échapper. Alors que l’atmosphère s’apprêtait à s’alourdir, Triber se redressa et reprit la parole.
« C’est peut-être mieux ainsi. Un affrontement avec les loups devait bien arriver un jour. S’il nous faut combattre, autant le faire aux côtés d’un roi. »
Triber, un homme-bête canin qui avait même une infime part de sang impérial, était pragmatique, raisonnable et disposé à coopérer. Serrant fermement sa canne, il déclara :
« Nous, gens d’Ende, respecterons le pacte entre les chiens et les humains. »
« Voilà une sage décision. »
« C’est aussi la décision qui s’impose. Le Roi des Chiens est une puissante force de combat. Puisqu’il est ici, elle affrontera le Roi des Loups, et notre fardeau s’en trouvera bien allégé. »
Avec un léger sourire, Triber s’agenouilla devant Azzy et inclina la tête.
« Je ne suis qu’à moitié de sang impérial. Je ne peux offrir qu’un seul genou à un roi. Votre Majesté ne connaît peut-être pas les coutumes humaines, mais… veuillez accepter cela. »
« Ouaf ! Les manières, ce n’est pas important ! La promesse passe d’abord ! »
« Je suis heureux de l’entendre, Votre Majesté. Ne vous inquiétez pas : nous respecterons notre promesse. »
Oh. Pour un plan de la régresseuse, les choses se passaient étonnamment bien. Non, en fait, tout avait été bizarre jusque-là. Voilà comment ça aurait dû se passer. Quand on avait régressé, il suffisait d’essayer directement les méthodes qui fonctionnaient.
« Je suis contente que ça se soit bien passé, cette fois. Au moins, je n’ai pas besoin de les menacer avec autre chose. »
Les menacer ? Des hommes-bêtes canins aussi gentils ? Alors, ça ne se passait pas toujours bien. Comme avec toi, quoi.
Sans doute parce qu’ils avaient accueilli leur roi, tous les hommes-bêtes canins présents à la réunion approuvèrent la décision de Triber. Les hommes-bêtes qui n’étaient pas des chiens étaient peut-être mal à l’aise, mais ils l’acceptèrent eux aussi. Chacun dirigeait un clan ou était un ancien respecté de tous ; si Oberli donnait son accord, on pouvait dire qu’Ende tout entière était convaincue.
Une chose me tracassait, tout de même.
Il y avait tant d’hommes-bêtes rassemblés ici, mais pas un seul humain ni homme-bête porcin à l’horizon.
Alors que je me posais la question, un ancien qui venait de recevoir un message s’approcha de Triber.
« Maire Triber, un messager de la Guilde des Marchands violets est arrivé. Je pense que vous devriez le recevoir. »
« Parfait. Même si ce n’est qu’en théorie, Ende est un territoire de l’État vassal de Lilac. Le combat, c’est le combat, mais nous devons recevoir de cet État les fournitures dont nous avons besoin. Et puisque la Guilde des Marchands violets est là aussi… »
Triber marmonna pour lui-même, puis jeta un coup d’œil à la régresseuse, une idée lui venant à l’esprit.
« …Hmm. J’ai l’impression qu’on me pousse dans une situation où je n’ai pas d’autre choix que de combattre. »
Il avait vu juste ; il n’avait pas vécu aussi longtemps pour rien. La régresseuse, qui l’avait poussé dans cette situation, mentit sans sourciller.
« Vous vous faites des idées. »
« Enfin, peu importe. Puisqu’il s’agit d’un messager de la Guilde des Marchands violets, voulez-vous le rencontrer avec moi ? »
« Allons-y. Hughes ! »
Elle finit par m’appeler. Mon rôle de lanceur de ballon terminé, j’avais attendu dans mon coin en m’ennuyant. Je rentrai enfin en traînant les pieds. La régresseuse désigna Azzy et dit :
« Surveille Azzy le temps qu’on s’absente. »
« Qu’est-ce que je suis, son baby-sitter ? »
« Oui. Enfin, non. Si, tu l’es. »
« Ce n’est pas comme si tu avais autre chose à faire. »
Si tu voulais me contredire, contredis-moi jusqu’au bout ! C’était vrai que je n’avais rien fait, mais quand même !
Triber et les fonctionnaires d’Oberli partirent quelque part avec la régresseuse. Quelques hommes-bêtes s’en allèrent aussi, ne laissant que ceux qui étaient venus exprès pour accueillir Azzy. Ils conservaient la dignité attendue des hommes-bêtes d’Oberli, mais leurs oreilles et leurs queues étaient moins calmes que leur raison.
« Grr. Dire que je vivrais assez longtemps pour voir le Roi des Chiens… »
« Au moins, le Roi des Chiens apparaît assez souvent, non ? Quand on aperçoit notre Roi des Moutons, c’est toujours dans un endroit comme un monastère ou le sommet d’une montagne. Ça fait tout un remue-ménage. »
« Assez souvent, mon œil ! La plupart du temps, on ne peut même pas partir à sa recherche à cause du Roi des Loups ! »
Une légère excitation se mêlait à leurs murmures. Après avoir lu tranquillement les pensées des hommes-bêtes, j’en tirai une conclusion.
Comment dire ? Pour les hommes-bêtes, un Roi des Bêtes tenait presque du chef religieux.
Les hommes-bêtes héritaient des caractéristiques des bêtes, mais ils n’étaient pas des bêtes eux-mêmes. L’influence d’un Roi des Bêtes sur eux était forcément plus faible que sur les bêtes. Leur vie ne s’effondrait pas simplement parce qu’un Roi des Bêtes était absent.
Mais lorsqu’il était là, ils se sentaient heureux sans trop savoir pourquoi, leur cœur se gonflait et chacun avait l’occasion de s’unir aux autres. Comme en cet instant.
Je compris pourquoi la régresseuse m’avait dit d’emmener Azzy pour nouer des liens. Il serait bien plus facile de les convaincre.
Azzy semblait penser la même chose. D’ordinaire, elle se serait roulée par terre en jouant avec un ballon, mais à présent, ses yeux brillaient tandis qu’elle observait le visage de chaque homme-bête.
Ce n’était pas la bienveillance constante qu’elle témoignait aux humains. Une joie plus profonde se lisait dans ses grands yeux et sur son visage.
« Plein d’humains vont tenir leur promesse ! Et toi, tu vas combattre avec moi ? »
Azzy trottina jusqu’à un homme-bête canin, lui saisit le bas de son vêtement et lui posa la question. Il aurait été difficile de refuser une demande aussi innocente. L’homme-bête serra le poing et se prépara au combat.
« Bien sûr ! Ma reine, je suis prêt à combattre ! »
« Ouaf ! Ouaf ! Moi aussi ! »
« Nous aussi ! »
Les hommes-bêtes canins étaient si nombreux que la place d’Oberli déborda bientôt d’enthousiasme et d’acclamations. Ceux qui avaient au moins réussi à préserver leur dignité s’approchèrent peu à peu, dans l’espoir de prendre Azzy par la main.
Il y avait largement assez de monde pour la surveiller sans moi. Mais… j’étais aussi le Roi de l’Humanité. Pourquoi personne ne me traitait comme tel ? Vous étiez des hommes-bêtes, mais vous étiez quand même plus proches des humains, non ?
Me sentant étrangement mis à l’écart, je restai planté là à regarder cette séance de rencontre avec une idole. Puis quelqu’un passa près de moi, à l’entrée.
« Silence ! »
Boum ! Boum !
En hurlant d’un ton irrité, quelqu’un martela une porte de fer. Tous les hommes-bêtes, qui avaient l’ouïe fine, sursautèrent et se tournèrent vers la source du bruit.
Bien que tout le monde le regardât, il ne semblait pas gêné. Au contraire, il s’agaça encore davantage.
« Vous m’avez réveillé ! Vous êtes en rut ou quoi ? Pourquoi vous faites autant de bruit aujourd’hui ? »
« M-Maître… Le maire organise une réunion aujourd’hui. »
« Depuis quand les réunions se transforment-elles en chorales ? Vous ne vous rendez pas compte à quel point vos voix sont désagréables ? »
Les deux groupes absents de la place d’Oberli étaient les humains et les hommes-bêtes porcins. Enfin, quelqu’un appartenant à l’un d’eux venait de faire son apparition.
Le temps avait passé. Les générations s’étaient succédé. La menace des loups était arrivée à leur porte et Ende s’était transformée en ville d’hommes-bêtes.
Pourtant, le nouveau venu était un humain qui se trouvait toujours au sommet d’Ende.
Notes :
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