Chapitre 475
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 475 : Une histoire venue de loin. Le Temple du Dieu démoniaque
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Hilde traversa le duché sous les traits de Hughes. En tant que Roi de l’Humanité et favori de la Progenitrice, il n’aurait rien eu d’étonnant à ce que quelqu’un vienne le chercher.
Mais Hilde n’aurait jamais imaginé que quelqu’un de l’État militaire se déplacerait.
Hilde savait déjà que Hughes, Historia et Lankart avaient étudié ensemble à Hamelin. Elle n’avait appris que plus tard que Hughes était le Roi de l’Humanité, mais cela ne signifiait pas que les événements de Hamelin avaient été pris à la légère.
Ils impliquaient Lankart et Historia, deux personnes talentueuses que l’on s’attendait à voir devenir les nouvelles étoiles montantes. L’État militaire avait enquêté pour déterminer si un pays voisin était responsable, mais lorsque la folie meurtrière du directeur avait été découverte, on avait conclu à une mauvaise gestion du stress et classé l’affaire.
Et pourtant…
Hilde se rappela une question qu’on avait délibérément ignorée à l’époque.
Le colonel Lankart. La générale de division Historia. Tous deux avaient été exceptionnellement doués et avaient progressé à un rythme extraordinaire.
Et puis il y avait eu une personne, moins remarquable qu’eux… mais à qui tous deux accordaient leur confiance pour une raison inconnue.
Hilde savait désormais pourquoi. Le Roi de l’Humanité gagnait facilement la faveur des gens, tout comme les autres Rois des Bêtes.
Mais était-ce tout ?
De simples marques de sympathie auraient-elles suffi à susciter l’obsession d’Historia et à faire venir Lankart jusqu’ici, alors même qu’il avait trahi l’État militaire ?
« Lankart. Un individu extrêmement dangereux, qui a trahi l’État militaire et s’est allié à des gens dangereux. Comment es-tu arrivé ici ?
— Le danger est relatif. Les droitiers ne peuvent pas me faire de mal, et je n’ai aucune raison de me battre contre les gauchers. Mais surtout…
Lankart jeta un regard de biais à Hilde.
— Si tu as pris l’apparence de Hui pour attirer ceux qui le poursuivent, tu dois être à son service. Pourquoi te méfies-tu de moi ? Il ne t’a rien dit à mon sujet ?
— Absolument rien. Quelle est ta relation avec lui ?
— Nous sommes amis.
Alors que Hilde se creusait la tête pour trouver un moyen de lui soutirer des informations, Lankart répondit sans hésiter.
— Je suis aussi son disciple et son mécène. Et son compagnon dans sa quête du Dieu démoniaque.
Le Dieu démoniaque.
À ces mots inattendus, Hilde se rappela les renseignements recueillis autrefois sur Lankart.
Dans l’État militaire, tout le monde avait cru que la trahison de Lankart était un caprice. En réalité, il avait suivi un plan minutieux.
L’Abîme, Tartare. L’endroit où la Terre Mère avait été scellée. La Sainte Vierge Yuel avait tourné le dos au Sanctuaire et décidé d’utiliser ce lieu au profit de l’État militaire. Elle avait vendu les renseignements à Jiseon et obtenu le soutien total des fidèles de la Terre Mère.
Ces faits avaient été classés top secret et conservés sous haute protection dans les archives du renseignement de l’État militaire. Seuls les officiers des transmissions ou des personnalités comme le Cercueil de l’Ombre pouvaient avoir accès à quelques fragments épars de ces informations.
Pourtant, certains de ces renseignements avaient été confiés à Lankart, le prodige de l’État militaire, son plus jeune futur général et son espoir. Le savoir et l’imagination permettaient à un mage de devenir plus puissant. Personne n’avait imaginé que Lankart les trahirait.
Mais c’était une terrible erreur. Après avoir obtenu ces renseignements, Lankart avait trahi l’État militaire, comme pour le narguer. Les enquêtes menées par la suite avaient révélé qu’une bonne partie des documents confidentiels qu’il avait consultés concernaient la Terre Mère.
Son arrestation et son incarcération à Tartare avaient elles aussi fait partie du plan. Dès que Hilde s’en était rendu compte et avait voulu transférer Lankart, celui-ci s’était évadé, comme pour se moquer d’elle, en emmenant avec lui tous les prisonniers du centre.
Il ne cherchait pas la Terre Mère. Il poursuivait le Dieu démoniaque. Père était lui aussi entré dans l’Abîme à sa recherche… Attends.
Et si Lankart était resté en contact avec Hughes depuis le début ?
« Si tu cherchais le Dieu démoniaque… tout était prévu entre vous ? Même son entrée dans l’Abîme après ton évasion ?
— Oh, tu sais ça ?
Pensant que Hilde était une compagne de Hughes, Lankart lui révéla volontiers le secret.
— C’est ça. Nous avions planifié l’opération à l’avance. L’État militaire me surveillait, alors je devais enquêter juste assez, puis partir au bon moment.
Pour remplir le contrat conclu avec Jiseon, il fallait briser le sceau de l’Abîme. Pour cela, des humains devaient rester à Tartare. Ils avaient donc envoyé en toute hâte à Tartare un petit criminel qui venait d’être arrêté.
Ce criminel n’était autre que Hughes, le Roi de l’Humanité. Et c’était ainsi que tout avait commencé…
« Si j’utilisais mon évasion comme appât et emmenais tous les prisonniers avec moi, Hui, qui était alors détenu, serait transféré là-bas. Tss. Je voulais trouver le Dieu démoniaque moi-même avant que Hui n’arrive, mais ce n’était pas si simple.
Lankart marmonna ces mots avec une autodérision amère, puis ses yeux s’illuminèrent. Contrairement à tout à l’heure, lorsqu’il avait balayé la question d’un revers de main avec l’arrogance d’un mage, son regard brillait d’admiration et d’envie.
— Mais Hui a réussi ! L’Abîme a disparu et l’éveil scellé a été libéré, permettant à l’humanité d’utiliser la magie de la terre ! Et même la Progenitrice… Je n’aurais jamais osé m’en prendre à elle ! C’est tout Hui, ça ! Il va toujours un pas plus loin que ce à quoi je m’attends ! Ça me coûte de l’admettre, mais s’il y a un humain au monde qui me dépasse, c’est bien Hui !
Les louanges de Lankart à l’égard du Roi de l’Humanité absent le faisaient davantage ressembler à un croyant qu’à un ami. Hilde en resta si abasourdie qu’elle en devint curieuse.
Pourquoi le Roi de l’Humanité recherchait-il les Dieux démoniaques ?
Et que se passerait-il pour l’humanité s’il les retrouvait tous ?
Un grand bouleversement frapperait la race humaine. Et ce changement serait irréversible. Hilde ignorait ce que le Roi de l’Humanité préparait et où il se dirigeait, mais rien que de l’imaginer lui faisait battre le cœur plus vite.
« Voilà une histoire intéressante, Lankart du Temple du Dieu démoniaque.
— Hein ? Quoi ? Tu savais qui j’étais ?
— Ce n’est pas Père qui me l’a dit. J’ai obtenu ces renseignements moi-même. En revanche, j’ignorais que tu étais encore en contact avec lui.
Le terme « Père » lui était inconnu, mais ce n’était qu’un détail. Devina-t-il qu’elle parlait de Hughes, Lankart demanda, avec une légère curiosité :
— Tu es courtière en renseignements ? Je ne sais pas où Hui a déniché quelqu’un comme toi, mais… où est Hui ?
— Je ne connais pas sa position exacte. Il a probablement franchi la chaîne de montagnes qui marque la frontière avec les Petits États.
— Eh bien, si tu m’as attiré jusqu’ici, Hui doit être à la frontière opposée. Tss. Je suis venu le voir dès que j’ai découvert où il était.
Face à cette déduction évidente, Lankart se gratta la tête. Hilde se couvrit le visage d’une main et secoua la tête. À chaque virage serré, ses cheveux courts, teints comme ceux de Hughes, s’allongeaient peu à peu. Comme si un ballon se dégonflait, le corps de Hughes rapetissa lentement et reprit l’apparence de Hilde.
— Tu serais une métamorphe ? J’ai vu toutes sortes de capacités étranges, mais celle-là, c’est une première.
Même Lankart semblait fasciné. Hilde ébouriffa ses longs cheveux sans ménagement.
— Je n’ai pas beaucoup de sympathie pour ceux qui ont trahi l’État militaire… Mais vu la situation, je pense que nous pouvons nous allier.
Lankart prit délibérément un air renfrogné.
— Je ne sais pas ce que tu es, mais tu pourrais arrêter de me traiter comme un allié ? Si je t’ai témoigné de la sympathie, c’est pour une seule raison : tu es au service de Hui.
— C’est pareil pour moi. Si tu n’étais pas l’ami de Père, je ne t’aurais pas montré mon vrai visage. Père est le seul lien entre toi et moi.
La froideur de Hilde plut étonnamment à Lankart. Il semblait plus heureux de trouver quelqu’un qui s’intéressait à Hughes plutôt qu’à lui.
— Hmm. Ça me plaît. On peut se comprendre. J’avais de toute façon besoin de renseignements sur Hui…
— Tu vas devoir y mettre le prix. En ce moment, vous n’êtes pas les seuls à chercher Père.
— À part nous ? Qui d’autre ?
Hilde pensa d’abord au Sanctuaire. S’il voulait préserver l’ordre, il chercherait à arrêter le Roi de l’Humanité.
Mais Hilde ignorait si Lankart connaissait la véritable identité de Hughes. Pour l’instant, une information aussi importante devait rester secrète. Elle évoqua plutôt la menace la plus immédiate.
— La Progenitrice Tyrkanzyaka est elle aussi à la recherche de Père.
— Ah. La Progenitrice ? Ça ne posera pas de problème.
— Tu ne peux pas dire ça aussi facilement. Elle ne se contentera pas d’envoyer des Anciens. La Progenitrice essaiera probablement de trouver Père elle-même.
— C’est déjà réglé. Un Dieu démoniaque est allé la voir.
Hilde se figea en entendant Lankart lâcher ces mots avec désinvolture. Il n’y avait que quelques Dieux démoniaques dans le monde, et la plupart étaient morts, ne laissant derrière eux que des traces. Pourtant, un Dieu démoniaque était allé voir la Progenitrice.
« …Un Dieu démoniaque ? Tu plaisantes ?
* * *
Pour qu’un arbre pousse, il faut bien des choses : un sol où s’enraciner, de l’air pur, de l’eau pour nourrir ses veines et la lumière du soleil qui l’enveloppe. Quand ces éléments ordinaires, mais précieux, prennent soin d’une minuscule graine, celle-ci devient un arbre luxuriant et majestueux.
Autrement dit, rien ne compte autant que la graine.
Il y a du sol partout, le vent souffle toujours et, à moins de chercher délibérément des endroits où ils manquent, l’eau et la lumière du soleil sont difficiles à ne pas trouver. Le grand arbre qui pousse les humains à agir est constitué en grande partie de matériaux ordinaires et sans valeur. Seule la graine qui a germé la première est la clé qui détermine ce qu’il deviendra.
Une graine.
Cette parcelle minuscule et fragile décide si elle deviendra un arbre majestueux ou une mauvaise herbe.
Une fois arrivé à ce stade de sa réflexion, l’humain se heurte à une autre question.
D’où vient cette graine ?
« On peut retenir un cours d’eau un instant, mais jamais le faire remonter à sa source. »
Un arbre poussa devant la Progenitrice. Il grandissait à vue d’œil, déployant d’épais rameaux et faisant éclore ses feuilles.
« De même que l’éveil finira forcément par advenir, même si l’on couvre les yeux de ceux qui ont approché le savoir, la graine du Dieu démoniaque a enfin germé. »
Alors, une femme sereine vêtue d’une robe d’érudit sortit lentement de l’arbre.
Des cornes semblables à des branches. Une allure paisible qui évoquait davantage une plante qu’un animal. Des cheveux impossibles à distinguer de feuilles et un sourire aussi bienveillant que ferme, tel un arbre ancien.
Le Dieu démoniaque vivant, le Druide de l’Un, l’Ancienne Druide Nevida.
Elle accueillit le Dieu démoniaque nouveau-né.
« C’est donc le corps qui a été créé. Je vois. Alors, voilà comment cela s’est passé. »
La voix teintée d’émerveillement, Nevida fixa l’ombre de la Progenitrice.
L’ombre se tenait là, les bras ballants, et observait Nevida en silence. Elle tressaillait comme si elle était prête à bondir à tout instant, mais son corps se recroquevillait comme si elle avait peur. L’ombre restait immobile, tout en s’agitant avec frénésie. Au moindre mouvement de Nevida, elle se désagrégeait et se reconstituait.
« Les humains peuvent désormais créer leur propre corps, sans le laisser se façonner avec le temps comme je l’ai fait… »
Ce n’était pas un humain. C’était le résultat du démantèlement puis du réassemblage de chaque composant humain : les muscles, les nerfs, le sang. On l’avait rendu bien plus puissant qu’aucun humain ne pouvait l’être.
Et pourtant, c’était aussi un humain. Sa forme, ses fonctions et ses mouvements obéissaient tous à la logique humaine. Quiconque revêtirait cette enveloppe pourrait la maîtriser sans éprouver la moindre gêne.
Tyrkanzyaka l’avait créée et l’avait liée à elle, mais en dehors de cela…
L’ombre était une espèce supérieure aux humains en tous points.
« Mais, Dieu démoniaque, le monde actuel est entravé par le destin. Votre pouvoir ne pourra jamais changer le monde ni l’humanité. »
À ces mots — elle ne pourrait pas changer l’humanité —, la Progenitrice eut une légère réaction. C’était comme si le mot « Roi » se cachait derrière le mot « humanité ». Elle se rappela celui qui n’avait jamais changé, quoi qu’elle ait fait.
« Cette détestable Sainte Vierge a entravé le destin de l’humanité. L’éveil que les humains découvrent et obtiennent appartient à tous. Voilà ce qu’est le Dieu démoniaque. Pourtant, tant qu’il n’est pas révélé, son pouvoir reste un monopole, à cause de ce mensonge selon lequel les humains seraient absolus et plus nobles que tout le reste. »
Nevida tendit la main vers Tyrkanzyaka et l’ombre. L’arbre qui l’avait amenée jusqu’ici déploya lui aussi ses branches, comme pour serrer une main.
« Dieu démoniaque. Nous qui avons atteint l’éveil devons apporter la libération à l’humanité et à la personne qui vous est chère. Vous devez en vouloir au Sanctuaire. Je partagerai mon savoir avec vous. Pourquoi ne pas vous joindre à moi pour souiller les dieux ? »
L’ombre ne tarda pas à saisir la branche et à la secouer.
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