Chapitre 473
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 473 : Une histoire venue de loin. Des retrouvailles qui tournent mal
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Une terre noyée dans un épais brouillard, coincée entre les montagnes et la côte. Un peu plus au sud, la brume se dissipait et révélait une vaste plaine.
Les vampires n’aimaient pas les plaines dépourvues du moindre abri. Ne pas pouvoir se cacher du soleil en était une raison, mais il y en avait aussi une autre, plus historique.
La plaine bénie d’Enger. Pour les humains, c’était une terre où coulaient le lait et le miel ; pour les vampires, un mur de lamentations. Le soleil y brillait, de douces brises la parcouraient et des rivières riches en nutriments la traversaient. Sur ces champs de bataille à découvert, d’innombrables vampires avaient répandu leur sang dans la terre.
Quelle que fût leur puissance ou l’étendue de leurs capacités de régénération, les vampires avaient trop de faiblesses. Sur les champs de bataille où tout se jouait, ils ne pouvaient que se faire malmener.
L’eau courante, le soleil brûlant et les distances qu’ils ne pouvaient franchir. Leurs proies semblaient à portée de main, assez proches pour être tuées d’un seul geste, et pourtant elles restaient toujours hors d’atteinte. Ceux qui fonçaient sans réfléchir pour s’en emparer voyaient leur arrogance punie par des lames de lumière sacrée.
Les vampires morts-vivants battaient en retraite, portant en eux la douleur d’une défaite qui resterait gravée à jamais. Il était difficile de craindre des vaincus. Leurs faiblesses avaient été exposées aux yeux de tous, et les vampires furent repoussés encore et encore, jusqu’à l’extrémité du continent, sur les rives de la Mer des Léviathans.
La côte brumeuse était leur paradis, mais de même que le monde ne pouvait être habité par les seuls vampires, le Duché ne pouvait se réduire à ses rivages noyés de brouillard. Il existait des endroits où les chaînes de montagnes, qui s’élançaient à travers les terres, finissaient par s’apaiser, et où des rivières, après avoir trouvé une brèche, s’enfuyaient vers la mer.
La plaine orientale, qui bordait l’État militaire.
C’était là que vivaient le plus grand nombre d’humains, mais aussi le plus grand nombre de vampires. Comme la plaine recevait une abondante lumière du soleil, les vampires de la plaine orientale vivaient à l’ancienne. Ils dormaient le jour, ne se réveillaient qu’à la nuit tombée et régnaient sur les humains.
Pourtant, cette vaste et fertile plaine orientale leur rappelait le cauchemar de la plaine d’Enger. Les vampires de rang Ain et supérieur n’avaient guère envie d’y séjourner.
Les humains y étaient nombreux, mais les vampires de haut rang, rares. La plaine bordait également l’État militaire. Si le fugitif s’échappait, il passerait forcément par la plaine orientale.
Les vampires comme les humains le pensaient.
« … Il se débat comme un beau diable. »
Erjebeut, envoyée sur ordre de la Progenitrice, claqua la langue. Même si les sens des vampires étaient moins aiguisés dans certains domaines, elle ne s’était pas attendue à ce que quelqu’un échappe à des centaines d’humains et de vampires et traverse la moitié du pays.
On ne pouvait pas expliquer cela par sa seule endurance. Ses talents forçaient l’admiration. Il semait de fausses pistes pour désorienter ses poursuivants. Il franchissait les barrages et se fondait dans la foule. Il survivait dans les forêts et les champs tout en trouvant son chemin. S’il n’avait pas maîtrisé ne serait-ce qu’un seul de ces talents, il aurait été capturé depuis longtemps.
« Madame Erjebeut. Nous l’avons trouvé. »
Le talent ne pouvait que retarder l’inévitable de quelques jours. À la réception du rapport, Erjebeut ouvrit son éventail rouge écarlate et s’en cacha la bouche.
« Mais il n’ira pas plus loin. Quand sa destination est limitée, le coincer est plus facile que de tordre le poignet d’un nourrisson. Maintenant qu’il s’est dirigé vers la plaine, il n’a plus nulle part où fuir. »
Dogo était déjà parti en avant, près de la frontière. Le consort de la Progenitrice n’était pas assez puissant pour vaincre un Ancien et une troupe d’Ain, puis s’enfuir. Le piège étant bien en place, Erjebeut n’avait plus qu’à rabattre calmement le bétail et à le capturer.
Alors qu’elle achevait d’organiser l’opération dans son esprit, Erjebeut murmura :
« Je dois présenter le consort à la Progenitrice et obtenir le pardon de mes péchés… »
Elle avait parlé sans réfléchir, mais s’interrompit au milieu de sa phrase et referma la bouche.
Erjebeut était désormais libérée de l’emprise de la Progenitrice. Elle avait trouvé une liberté absolue tout en conservant ses pouvoirs.
Cela signifiait que la peur qu’elle ressentait à présent lui appartenait entièrement.
La raison était simple. Erjebeut se remémora cette forme de peur. L’ombre du désastre créée par l’autorité de la Progenitrice. Une servante de la Progenitrice, née de la puissance, de l’histoire, de l’autorité et de la peur des vampires réunies.
Elle restait auprès de la Progenitrice comme son ombre, et la suivait partout comme un enfant. Pourtant, sa force et sa cruauté dépassaient même celles d’un Ancien.
Erjebeut ne pouvait rien tenter contre cette ombre. Elle était la servante de Tyrkanzyaka, et pourtant, elle dominait tous les autres vampires.
La peur primitive d’un être vivant. La conviction qu’aucune lutte ne pourrait jamais la vaincre. Erjebeut éprouvait la même terreur qu’une souris des champs face à un tigre. Un instinct depuis longtemps émoussé revenait à la vie et lui hurlait que cette ombre dépassait tout entendement.
« … Qu’est-ce que ça pouvait bien être… ? »
Elle y réfléchit un bon moment, mais aucune réponse ne lui vint. En proie à un malaise inexplicable, Erjebeut se dirigea vers l’endroit où l’on avait aperçu le consort.
Un moulin se dressait seul au milieu du vaste champ. Contrairement aux autres vents marins, qui se levaient après avoir été retenus par les montagnes, le vent de la plaine orientale soufflait sans obstacle et balayait doucement les champs. Le moulin était l’œuvre d’humains audacieux, qui avaient transformé jusqu’à la caresse de la nature en travail.
Le consort de la Progenitrice se trouvait à l’intérieur. D’après le rapport, après avoir remarqué ses poursuivants, il avait poussé un long soupir, pénétré dans le moulin et s’était mis à se reposer comme si de rien n’était.
Erjebeut hocha la tête.
« On l’appelait le Roi de l’Humanité, n’est-ce pas ? Il semble avoir conservé la dignité d’un ancien roi. J’apprécie qu’il ne se rende pas pitoyable en opposant une résistance inutile. »
« Que comptez-vous faire ? »
« Je vais l’escorter. C’est le consort de la Progenitrice ; veillez à ce qu’il ne manque de rien… Non. »
La Progenitrice était peut-être différente, mais son consort était humain. Rien ne l’empêchait de faire bonne impression. Comme elle avait commis un péché, Erjebeut congédia l’Ain et décida d’aller elle-même à la rencontre du consort.
« Je vais l’escorter en personne. Retirez-vous. »
« À vos ordres, Madame Erjebeut. Je prends congé et vais faire mon rapport au Duc du Sang écarlate. »
Le comte Erte, l’Ain du Duc du Sang écarlate, s’inclina profondément avant de se retirer. Son geste n’avait rien d’incorrect, mais Erjebeut n’aimait pas le comte Erte, un sbire du Duc du Sang écarlate. Celui-ci était censé assister l’un des grands Anciens du Duché, mais, en réalité, il était là pour surveiller Erjebeut.
« Comment ose-t-il… »
Mais Erjebeut s’étant rebellée contre la Progenitrice, elle pouvait difficilement élever la voix pour protester. Elle lança un bref regard noir au comte Erte, puis marcha d’un pas décidé vers le moulin.
Une présence bien réelle se faisait toujours sentir à l’intérieur. Le consort ne semblait pas avoir l’intention de fuir. Convaincue que la conversation se déroulerait sans heurt, Erjebeut s’arrêta devant le moulin pour remettre ses vêtements en ordre avant de prendre la parole.
« Consort. Je suis venue vous escorter en personne. »
Elle n’obtint aucune réponse, mais la présence à l’intérieur ne bougea pas. Prenant son silence pour un assentiment, Erjebeut mobilisa son énergie sanguine. Le sang qui s’écoulait sur le sol s’infiltra dans le bois.
Après avoir pris le contrôle de la porte, Erjebeut l’ouvrit sans lever le petit doigt.
« Veuillez pardonner cette intrusion. J’espère que le consort voudra bien… »
La scène à l’intérieur du moulin différait quelque peu de ce qu’Erjebeut avait imaginé.
Le consort était bien là. Mais il n’était pas seul. Un mage se tenait devant lui, sans faire un bruit. Il fronçait profondément les sourcils, visiblement irrité par quelque chose, mais jeta un regard à l’intruse, détendit son visage et marmonna :
« Alors, je n’étais pas le seul à me faire avoir par un faux. Un autre idiot s’est ramené. »
Erjebeut fut un instant déconcertée. L’Ain chargé de surveiller les lieux avait rapporté que seul le consort était entré dans le moulin. Pourtant, un mage était maintenant assis à l’intérieur, comme s’il était chez lui.
Ignorant peut-être qui était Erjebeut, le mage s’exprima avec une arrogance absolue.
« Je ne sais pas si je dois me réjouir qu’il y ait tant d’idiots dans ce monde, ou désespérer d’être devenu l’un d’eux. Ah… Suis-je condamné à n’être que le roi des droitiers, un premier de classe ordinaire ? »
L’homme qui se lamentait ne semblait pas se soucier le moins du monde d’Erjebeut. Il avait l’air de ne pas savoir où il se trouvait, ni devant qui.
Ne pas reconnaître un Ancien dans le Duché… Même pour un mage arrogant, n’était-ce pas faire preuve d’une ignorance excessive ? Erjebeut décida de lui graver une leçon dans le corps. Bien sûr, il n’aurait jamais l’occasion d’y réfléchir.
« Baisse la tête. Je n’ai rien à faire avec toi. »
Le sang répandu dans la pièce s’épanouit comme des fleurs. Avant même que le mage ne puisse répondre, des fleurs de sang jaillirent en tourbillonnant, l’enveloppèrent et explosèrent. Sans même regarder la pulpe rouge retomber, Erjebeut reporta son attention sur le consort.
« Veuillez me pardonner de vous avoir infligé un spectacle aussi déplaisant. Je ne pouvais tout de même pas laisser un humain se montrer grossier devant vous et moi… »
« Le consort ? Je ne sais pas de quoi tu parles, mais ce type est un imposteur qui a pris l’apparence de Hui. Ce n’est pas l’humain que tu cherches. »
La voix du mage retentit derrière Erjebeut. Il aurait dû être réduit en bouillie par les fleurs de sang, pourtant Erjebeut douta de ses oreilles et se retourna vers l’endroit où elles avaient éclos.
Le mage était parfaitement indemne. Les fleurs de sang avaient éclos autour de lui et tenté de se nourrir de son corps, mais elles n’avaient pas même blessé un seul de ses cheveux.
Non, elles ne l’avaient même pas touché. Les boutons qui s’étaient dressés en s’enroulant vers la droite semblaient moins l’attaquer que le protéger. Comme s’ils lui obéissaient.
Le mage aux cheveux roux restait parfaitement détendu, sans la moindre trace d’inquiétude.
« Si un Ancien cherchait un double ayant pris l’apparence de quelqu’un d’autre, ce serait une chose. Mais ce n’est pas pour ça que tu es là, n’est-ce pas ? Après tout, tu es une personne ordinaire, comme moi. Enfin… moi, je te suis supérieur. »
Le mage n’avait pas manqué de reconnaître un Ancien. Il savait exactement qui elle était et l’avait ignorée malgré tout. Quel que fût son degré d’arrogance, aucun mage n’était assez stupide pour jeter sa vie aux orties avec autant de désinvolture.
Ce mage était donc certain de pouvoir protéger sa vie contre Erjebeut.
Erjebeut ouvrit son éventail. Il avait bloqué les fleurs de sang, mais ce n’était qu’une simple mise en garde. Même si ce mage était une nuisance, pouvait-il l’être davantage qu’un vampire immortel ? Erjebeut tendit la main vers lui.
C’est alors que le consort l’arrêta.
« Ne l’attaque pas. »
Éventail à la main, Erjebeut demanda :
« Tu le connais ? »
« Nous nous connaissons… même s’il ne me connaît pas, “moi”. »
« Alors, vous n’êtes pas proches. »
L’éventail, qui s’était arrêté, reprit son élégant mouvement. À sa pointe, un immense courant de sang s’enroula comme un serpent. À présent que la Progenitrice s’était libérée des entraves de sang, personne au monde ne surpassait la comtesse Erjebeut dans l’art de maîtriser l’énergie sanguine.
Ayant rassemblé dans sa main suffisamment d’énergie sanguine pour remplir le moulin, Erjebeut fixa le mage.
« Dans ce cas, je peux le tuer sans problème. »
Erjebeut fit tournoyer son éventail et le sang inonda la pièce. Une puissance excessive, bien trop grande pour s’en prendre à une seule personne, s’abattit sur le mage.
Le moulin trembla violemment. Le courant de sang frôla les engrenages et les mit en mouvement. Le moulin, qui aurait dû tourner sous l’effet du vent, se mit alors à en produire.
Le courant de sang balaya les piliers et les engrenages, puis enveloppa le mage et s’abattit sur lui. Le sang tournoya autour de lui comme un serpent et le broya.
Une cascade tourbillonna et réduisit un corps en morceaux. Pour le détruire, c’était plus que suffisant.
« … Hein ? »
Pourtant, le mage était toujours indemne.
Le courant de sang continuait de tournoyer avec force. Sa puissance n’avait pas diminué. Mais il ne parvenait pas à toucher le mage.
Comme si une force invisible l’entourait. Erjebeut comprit quel pouvoir possédait le mage.
« Arcane innée… Tu avais donc de quoi te défendre. »
Un mage qui achevait de forger sa propre idéologie obtenait une Arcane innée. Ce pouvoir lui permettait d’imposer ses propres règles au monde. Comme la différence entraînait généralement une séparation, les Arcanes innées avaient souvent le pouvoir de bloquer les attaques extérieures.
Mais ce n’en était que le résultat. Puisque chaque Arcane innée était différente, les moyens de les surmonter l’étaient tout autant. Erjebeut rassembla assez d’énergie sanguine pour remplir le moulin.
Le consort l’arrêta de nouveau.
« Arrête, Madame Erjebeut. L’attaquer ne sert à rien. Dans son Arcane innée, le Monde de la Main droite, toutes les attaques manquent leur cible et frappent ailleurs. »
Se souvenant de la présence du consort, Erjebeut retira aussitôt son pouvoir.
Le moulin était déjà sur le point de s’effondrer. Si elle employait davantage de force, le consort serait lui aussi pris dans l’attaque. S’il lui arrivait ne serait-ce que de le blesser ici, Erjebeut servirait de repas à cette ombre.
… Mais même si c’est une Arcane innée, ce n’est pas une barrière ordinaire.
Malgré tout, Erjebeut ressentait un étrange décalage. Elle n’avait pas l’impression que quelque chose bloquait son énergie sanguine. C’était plutôt comme une étendue désespérément vaste, où celle-ci se perdait à l’infini, en direction d’un lointain vide qu’elle ne pourrait jamais atteindre.
C’était différent. Pas seulement par la puissance ou le rang. On aurait dit que l’espace dans lequel il existait était différent depuis le début. En proie à une sensation désagréable, Erjebeut fixa le mage aux cheveux roux.
Il ne peut pas me faire de mal. Mais puis-je percer cette Arcane innée et le blesser… ? En si peu de temps, ça semble impossible. D’où vient quelqu’un comme lui ? Et pourquoi est-il apparu précisément là où se trouve le consort de la Progenitrice ?
La personne qui pouvait lui répondre se trouvait tout près. Erjebeut se tourna vers le consort de la Progenitrice et demanda :
« Tu gardes un être étrange à tes côtés. Consort, qui est cette personne venue te chercher ? »
Hilde, déguisé en Hughes, n’était pas le consort recherché par Erjebeut. Cependant, Hilde avait servi de Cercueil de l’Ombre dans l’État militaire et pouvait révéler l’identité du mage aux cheveux roux. En regardant le mage qui avait autrefois plongé son pays dans le chaos, Hilde répéta pour elle-même :
« L’espoir de l’État militaire. Une comète plus brillante que toutes les autres. Puis… le pire des criminels, qui finit par s’écraser sur terre. »
Quelques années plus tôt, trois personnes talentueuses susceptibles de devenir l’espoir de l’État militaire avaient fait leur apparition à Hamelin. Elles n’étaient ni des vestiges du Royaume ni des serviteurs de la Sainte Vierge, mais incarnaient la force même de l’État militaire. À mesure que naissaient des talents qui semblaient annoncer son avenir radieux, tous les regards s’étaient tournés vers lui.
C’était lui qui avait attiré le plus l’attention à Hamelin.
Un génie fragile n’était d’aucune utilité pour l’État militaire, et une femme douée dans les arts du qi n’avait rien de si rare. Mais un génie de la magie né sur cette terre aride avait une valeur inestimable : il était né avec le potentiel de bouleverser l’histoire de l’État militaire.
On attendait de lui qu’il accomplisse plus que quiconque. Une étoile montante qui avait porté la magie standardisée à son paroxysme dans un État militaire dépourvu de mystères, puis avait créé de son propre chef une Arcane innée. Un mystère réincarné.
Pourtant, son talent écrasant s’était changé en poison, et il avait fini par trahir l’État militaire et le quitter, devenant son pire criminel.
« Le colonel Lankart, la Comète déchue. Il fut jadis mon camarade de classe et mon ami… un mage. »
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