Chapitre 472
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 472 : Alors, pourquoi ne pas renverser ce monde pourri ?
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La régresseuse afficha un air perplexe devant cette expression qui lui était inconnue, et tenta de rattraper l’humanité.
« Rattraper… ? »
« Oui. Je sais que je suis le Roi de l’Humanité, mais je n’ai aucun de ses pouvoirs. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais les humains n’ont pas de Roi des Bêtes. C’est comme s’ils s’étaient affranchis de leur nature animale pour devenir autre chose. »
Quand je me qualifiais d’humain ordinaire, ce n’était ni une exagération ni une fausse modestie. J’étais désormais un humain ordinaire, sans pouvoir, sans savoir ni volonté. Tout au plus pouvais-je représenter les gens qui se trouvaient devant moi grâce à la lecture des pensées. C’était tout.
J’ignorais vraiment pourquoi, mais le Roi de l’Humanité s’était détaché de l’humanité.
« Comme tu le sais, les Rois des Bêtes ont quelque chose à accomplir. Ou peut-être devrais-je parler de leur raison d’être ? »
« Quoi donc ? »
« Tu le sais. Représenter la volonté collective de leur espèce et agir en son nom. Les loups se battent contre les chiens. Les éléphants pleurent leurs morts et veillent sur leurs tombes. Les castors construisent des barrages, et les chevaux galopent dans les plaines. Ce genre de choses. »
Ça pouvait sembler dérisoire, mais c’était précisément pour cette raison que les Rois des Bêtes s’accrochaient si farouchement à ces tâches. Un Roi des Bêtes, qui possédait tous les traits communs à son espèce, en était l’incarnation par excellence.
J’aurais dû être pareil…
« Et que doit faire le Roi de l’Humanité ? »
« Je l’ignore. »
Je l’ignorais.
Peut-être qu’il n’y avait rien de tel. Après tout, les humains faisaient toutes sortes de choses. Ils veillaient sur les tombes sans être des éléphants et construisaient des barrages sans être des castors.
Mais si les humains pouvaient tout faire, ne devrais-je pas en être capable, moi aussi ? Pourtant, ce n’était pas le cas. Comme si quelqu’un m’en avait privé.
« Tu es le Roi de l’Humanité, mais tu ignores quel est ton devoir ? »
« C’est pour ça que je cherche à le découvrir. Je dois le savoir avant de pouvoir agir. Alors, je cherche l’être qui a changé l’humanité. Je n’en sais pas grand-chose, mais s’il existe un catalyseur qui a transformé les humains, c’est la seule explication possible. »
La régresseuse comprenait parfaitement ce que je voulais dire. Des êtres qu’elle-même, malgré plus d’une douzaine de régressions, ne pouvait pas facilement cerner. Le visage fermé, elle prononça leur nom.
« Le savoir qui s’est infiltré dans le monde et le pouvoir qui a changé l’humanité. Le Dieu démoniaque. »
« Exactement. Le pouvoir qui a changé l’humanité de façon irréversible. Ce pouvoir en lui-même ne m’intéresse pas, mais tout ce qui l’entoure, oui. J’ai besoin de le comprendre pour savoir comment l’humanité a changé. »
Quelle explication honnête et directe ! Même une régresseuse aussi méfiante qu’elle ne pouvait s’empêcher d’accepter une réponse aussi simple et limpide. La vérité et la sincérité faisaient vraiment mouche.
…Il reste des questions. Mais il n’y a pas de contradiction. Le Roi du Péché que j’ai vu était une personne différente de Hughes, et pourtant, lui aussi maniait clairement le pouvoir du Dieu démoniaque.
À présent plus détendue, la régresseuse me demanda : « C’est pour ça que tu poursuis le Dieu démoniaque ? »
« Oui. »
« Tu mens. »
« Je suis content que tu comprennes… Quoi ? »
À ma question étonnée, la régresseuse croisa les bras et répondit d’un ton impassible :
« Ça ne correspond pas aux informations que je connais. Tu caches la vérité, pas vrai ? Arrête de chercher à la dissimuler et déballe tout. »
Rien ne contredit vraiment ce que je sais, mais il est le Roi de l’Humanité. Il doit forcément me cacher autre chose. Je n’en suis pas sûre, mais je sens qu’il y a quelque chose. Si j’insiste un peu, il finira par lâcher le morceau.
Elle bluffait ? Sans la moindre certitude ? Sur la base d’une intuition aussi vague ?
Qu’est-ce que c’était que ça ? Son culot me laissa bouche bée.
« Qu’est-ce qui ne correspond pas ? »
La régresseuse se creusa la tête pour trouver une faille où appuyer, mais tout ce que j’avais dit était vrai depuis le début. Il ne pouvait donc y avoir aucune incohérence ni contradiction. Incapable de relever quoi que ce soit d’étrange, elle répondit avec obstination :
« Bref. »
« Tss. Tu m’as percé à jour. C’est ça. Le Dieu démoniaque m’indiffère complètement. Mon véritable objectif, c’est de parcourir le monde et de rencontrer des femmes de tous les pays. Trouver une compagne, c’est l’instinct de toutes les bêtes, non ? Je ne faisais que suivre le mien. »
« Je le savais ! »
« C’est faux, idiote ! Qu’est-ce que tu veux dire par “je le savais” ?! »
Quand je lui criai dessus, la régresseuse sursauta.
« …Ce n’est pas vrai ? »
« Bien sûr que non ! Si j’avais voulu courir les femmes, je serais devenu le favori de Tyr et j’aurais vécu dans le confort au lieu de m’enfuir. Si tu veux bluffer, fais-le correctement. Qu’est-ce que tu aurais fait si je t’avais embarquée dans une histoire aussi absurde ? »
Elle ne savait donc pas qu’il ne fallait pas tout miser sans être sûre de soi ? Si on avait été à une table de jeu, elle aurait payé cher son ridicule bluff raté.
Peut-être consciente de son embarras, la régresseuse détourna le regard, les bras toujours croisés. Ayant trouvé son point faible, je m’empressai d’insister.
« Bref. Tu comprends, maintenant, pas vrai ? Alors, j’ai besoin que tu coopères avec moi. »
« Coopérer ? Comment ? »
« Chanteciel, l’épée que tu as. C’est une relique du Dieu démoniaque, pas vrai ? »
« Celle-ci ? »
« Fais voir. »
Quand je tendis la main vers l’épée invisible, la régresseuse tripota Chanteciel.
Ce serait peut-être dangereux de confier comme ça une relique du Dieu démoniaque au Roi de l’Humanité… Bah, allez. Qu’est-ce qui pourrait arriver ?
Ses pensées étaient simples, et ses gestes rapides. La régresseuse rengaina Chanteciel et me la tendit. Je la pris avec précaution, en veillant à ne pas me couper.
Je sentis le pouvoir de l’espace tourbillonner dans cet espace minuscule. L’espace comprimé renfermait un vent qui semblait être un typhon emprisonné. J’avais l’impression qu’il jaillirait à la moindre ouverture. Je pouvais moi aussi le manier, mais il ne semblait pas facile d’en libérer toute la puissance.
C’était bel et bien un Dieu démoniaque. Mais je n’avais aucune idée de quel genre de Dieu démoniaque il s’agissait. Il n’y avait là aucune trace de volonté ni d’obsession.
Peut-être inquiète, la régresseuse fixa Chanteciel.
« Tu as fini ? Rends-la-moi. Chanteciel renferme une puissance phénoménale, alors c’est dangereux de la laisser entre les mains d’un débutant. »
« Tu étais pourtant prête à me confier quelque chose d’aussi dangereux. »
« C’est toi qui me l’as demandé ! »
Je pensais qu’il serait projeté en arrière dès qu’il la toucherait. Mais rien ne s’est passé ? En même temps, il a soulevé Jizan sans difficulté, alors que personne d’autre que l’élu ne pouvait le faire. Le Roi de l’Humanité peut manier n’importe quel outil à sa guise ?
Attends. Quoi ? Elle s’inquiétait du danger que je courais, moi ? Elle n’avait pas peur que je me serve du pouvoir du Dieu démoniaque pour lui faire du mal ?
Les pensées de la régresseuse changeaient si brusquement que je n’arrivais jamais à les comprendre vraiment.
Je n’avais plus rien à tirer de cette épée. Après avoir tout évalué, je la rendis à la régresseuse et lui demandai : « C’est aussi un Dieu démoniaque, pas vrai ? »
« Et alors ? »
« Mais Chanteciel ne le contient pas. La volonté du Dieu démoniaque qui a changé et déformé le monde. Je ne vois pas les vestiges de cette volonté, qui devraient encore subsister puisqu’elle s’est gravée dans le monde, même après la mort et la disparition du Dieu démoniaque. Ce n’est pas le Dieu démoniaque que je cherche. »
« Donc, ce n’est pas le pouvoir du Dieu démoniaque lui-même que tu voulais. »
« Oui. La volonté et la prise de conscience de l’humain devenu Dieu démoniaque sont bien plus importantes. Mon but n’est pas d’acquérir du pouvoir, mais de rejoindre l’humanité. »
Après lui avoir rappelé mon objectif une fois de plus, je demandai à la régresseuse : « Où se trouve ce Dieu démoniaque ? »
Il devait bien y avoir une source à ce pouvoir étrange de l’espace et du vent, à ce Dieu démoniaque du ciel. Et la régresseuse, qui avait accumulé trésors et autorités au fil de douze régressions, était le chemin le plus rapide pour trouver un Dieu démoniaque.
…J’avais voulu voyager avec elle et recueillir discrètement des indices, si possible, mais elle avait compris. Tant pis. Je l’interrogeai directement.
« J’ignore quel genre de dieu est le Dieu céleste, mais il a bien fallu qu’un humain le découvre le premier. Cette personne a dû devenir un Dieu démoniaque et laisser Chanteciel derrière elle. C’est là que tu as trouvé Chanteciel, pas vrai, Shei ? »
« …Et si c’est le cas ? »
« Arrête de prétendre que tu ne sais pas et dis-le-moi. Où est-il, et de quel Dieu démoniaque s’agit-il ? Si tu ne veux pas me répondre, dis simplement que tu ne veux pas. »
Elle n’était pas obligée de répondre. De toute façon, je pouvais lire ses souvenirs.
Étonnamment, la régresseuse ne s’était jamais rappelé comment elle avait obtenu Chanteciel au cours de ce cycle. Peut-être que c’était devenu si habituel à force de régressions qu’elle n’y pensait plus, ou peut-être estimait-elle que l’épée lui appartenait tout simplement. Il avait bien fallu qu’elle suive un processus pour obtenir Chanteciel, mais elle n’en avait plus conscience.
Montagne sacrée Yulim. Le lieu saint du Sanctuaire, où la première Sainte Vierge est entrée en contact avec le Dieu céleste.
Mais si je la poussais dans ses retranchements, elle n’avait d’autre choix que de s’en souvenir. Je me concentrai et lus ses pensées, les informations sur le Dieu démoniaque qu’elle avait déjà découvertes derrière ce voile.
Un peu plus haut… Si on se tient sur l’autel à un moment précis, seule une personne qui reconnaît cet être peut voir l’espace et saisir Chanteciel. Je connais déjà Chanteciel, alors la trouver a été facile. Ce serait difficile pour quelqu’un d’autre.
Oh. Les informations affluaient. La régresseuse n’était peut-être pas fiable, mais les renseignements qu’elle possédait étaient bien réels. L’expérience accumulée au fil des cycles était bien trop précieuse pour être ignorée.
Montagne sacrée Yulim. Et l’autel céleste. Tandis que je repassais les informations obtenues et tentais de comprendre la méthode…
Ses pensées s’arrêtèrent.
Quoi ? Si elle allait y penser, elle aurait dû aller jusqu’au bout. Pourquoi s’arrêter à la partie la plus importante ?! Ne t’arrête pas de penser. Souviens-toi de tout jusqu’au bout !
Alors que je bouillais intérieurement, la régresseuse me donna une réponse à laquelle je ne m’attendais pas du tout.
« Je vais te le dire. »
« Quoi ? »
C’était tellement inattendu que je n’arrivais pas à y croire, même après avoir lu ses pensées.
« Vraiment ? Tu vas me le dire, comme ça ? »
« Pourquoi tu es surpris ? C’est toi qui me l’as demandé. »
« Regarde comment tu t’es comportée, Shei. Tu n’as fait que me rabrouer sans jamais révéler ce que tu pensais vraiment. Alors, quand tu viens soudainement me dire que tu vas m’aider aussi volontiers, je me méfie avant d’être soulagé. »
« Alors, oublie ! »
« Je disais juste ça. Pourquoi tu boudes encore ? Si tu veux vraiment m’aider, j’accepte volontiers. »
C’était déconcertant de voir celle qui, quelques instants plus tôt, avait pointé Chanteciel sur moi se montrer si coopérative. Pour suivre le cours changeant des pensées de la régresseuse, je me remis à lire dans ses pensées.
Le Roi du Péché apparaîtra forcément. Même après la destruction du faux Arbre-Monde de Nevida et du fruit défendu porteur du péché, il a fini par apparaître et a déferlé sur le monde. Comme pour les autres Rois des Bêtes, il doit y avoir un Roi du Péché à chaque génération. Je ne peux pas empêcher sa naissance.
Quoi ?
Un faux Arbre-Monde ? Un fruit défendu ? Il portait le péché ?
Je commençais à être curieux. Qu’avait donc vu et entendu la régresseuse au cours de ses cycles précédents ? Ces connaissances étranges ne cessaient d’en entraîner d’autres.
Je savais bien que treize régressions, ce n’était pas rien… Mais, d’après tout ce qu’elle m’avait montré jusqu’ici, je pensais qu’elle n’était qu’une femme avide, ballottée par le monde et qui avait accumulé un tas de trésors grâce à ses régressions. Pourtant, voilà que lui échappaient des connaissances obscures et profondes, impossibles à acquérir en se contentant d’observer les choses. Qu’était-ce au juste, la régression ? Elle était juste devant moi, et pourtant je n’arrivais pas à lire correctement ses pensées. De la tête aux pieds, elle était aussi suspecte que possible.
Hughes pourrait peut-être devenir le Roi du Péché. Je suis peut-être en train de livrer sur un plateau un Dieu démoniaque au Roi du Péché…
Le même raisonnement valait pour elle. Elle était peut-être une arme secrète du Sanctuaire, créée pour s’attaquer au Roi de l’Humanité.
Mais ça vaut le coup de vérifier. Essayons une fois.
Malgré tout, ses connaissances méritaient d’être vérifiées. Tant pis. Puisque j’en étais arrivé là, je devais miser encore, même si je perdais.
Les paris étaient faits. Il ne nous restait qu’à abattre nos cartes. La régresseuse parla la première.
« À une condition. »
« On s’entendait si bien, et voilà que tu deviens difficile. Ça te ferait mal d’accepter, tout simplement ? »
« Oui. C’est quelque chose qui me concerne, mais ça te concerne aussi. »
Sans tenir compte de ma plainte, la régresseuse poursuivit avec assurance :
« Si tu es vraiment le Roi de l’Humanité, tiens la promesse que tu as faite au Roi des Chiens. Alors, je te ferai confiance et je t’emmènerai au lieu saint. Sans en informer le Sanctuaire, bien sûr. »
« La promesse que j’ai faite à Azzy ? »
Je regardai Azzy. Elle était tendue, inquiète à l’idée que la régresseuse et moi nous battions, mais elle se détendit à mesure que la conversation se déroulait dans le calme. Quand nos regards se croisèrent, Azzy pencha la tête.
Une promesse faite jadis entre les chiens et les humains. Ni Azzy ni moi ne nous souvenions de cette époque, mais le contrat entre nos deux espèces restait valable en tant que Rois des Bêtes. C’était pourquoi Azzy et moi devions tenir nos promesses respectives.
Azzy protégeait les humains, et moi, je protégeais Azzy. Tout comme les chiens protégeaient les humains et les humains prenaient soin des chiens.
…Ayant perdu tous mes pouvoirs et toute mon autorité, j’avais aussi perdu la force qui me liait à cette promesse. Malgré tout, je ne l’avais remise à plus tard que parce que je n’avais pas les moyens de la tenir. Je n’avais jamais eu l’intention de la trahir.
Pourquoi ?
Parce que c’était une promesse.
Les promesses étaient faites pour être tenues. Je n’étais pas un escroc.
« J’avais l’intention de la tenir. Mais en quoi ça aiderait ? »
« Ça aiderait. Le conflit entre les chiens et les loups. Selon son issue… »
Pendant un bref instant, les pensées de la régresseuse s’approfondirent.
Les hommes-bêtes. Une race au sein d’une autre race, mêlée aux bêtes par la Reine Agartha, puis séparée des humains et discriminée par eux depuis lors. Leurs sens et leurs capacités physiques dépassaient ceux des humains, mais leur nature les avait mis à l’écart, au point qu’ils en étaient naïfs jusqu’à la stupidité.
La séparation et la discrimination avaient creusé un fossé. Un épais barrage, bâti à partir des préjugés et des coutumes, séparait les hommes-bêtes des humains. En s’appuyant sur ce seul barrage, les humains jouissaient d’une paix tranquille, sans savoir ce qui changeait de l’autre côté du mur.
Mais rien ne durait éternellement en ce monde. Un jour, des remous troublèrent la paix sereine que ce barrage avait instaurée. Le flot furieux des émotions contenues commença à déferler par-dessus ce mur, haut et épais. Quand ils s’en aperçurent, il était trop tard. Le fossé, creusé jusqu’à son point de rupture, semblait prêt à céder au moindre contact.
Et parmi les hommes-bêtes, les hommes-bêtes canins étaient les plus nombreux et les plus amicaux envers les humains. Ils avaient servi de tampon au cœur du conflit.
En songeant à ce qu’ils deviendraient dans un avenir qui n’était pas encore arrivé, la régresseuse murmura : « Parce que ça changera le choix des hommes-bêtes canins. »
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