Chapitre 469
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 469 : Regarde où tu mets les pieds
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Il n’y avait nulle part où se cacher sur le vaste plateau. Le soleil brillait dans le ciel, frappant d’abord les hauteurs, et sur cette terre dépourvue d’ombre, tout était à découvert. Ceux qui trouvaient le monde beau devaient probablement apprécier les plateaux : ils pouvaient en contempler une plus grande partie. Ceux qui ne le trouvaient pas beau devaient ressentir exactement le contraire.
Beaucoup des proches de Lungken étaient des hommes-bêtes. Leur fourrure les protégeait du soleil. Si j’avais baissé ma garde sous prétexte qu’on était en plein jour, ils m’auraient aussitôt pris en chasse.
Mais j’avais Azzy.
« Ouaf ouaf ! Ouaf ouaf ouaf ! »
« Bêêêêê ! »
Meyang, l’un des Yeiling de Collie et homme-bête ovin, poussa un cri avant de s’enfuir. Sa toison épaisse et duveteuse, qui lui poussait sur la tête, s’enroula autour de son corps. Il avait acquis la force immortelle d’un vampire, mais un mouton restait un mouton. Dès qu’Azzy aboya et se rua sur lui, il bêla et s’enferma dans le poste de garde.
Collie était partie à ma poursuite avec ses chiens de chasse et ses Yeiling. Un seul Yeiling était resté pour garder l’avant-poste brumeux. Un homme-bête ovin Yeiling pouvait résister au soleil, mais il n’était pas de taille face à Azzy.
L’homme-bête ovin me cria :
« Bêê ! Éloigne-moi cette chose ! »
« Quoi ? Mais mademoiselle Collie m’a dit de veiller sur elle. »
« Bêêê ! Je sais ! Va juste quelque part où je ne te verrai pas ! Bêêê ! »
« D’accord. Alors, j’y vais ? Je pars vraiment ? »
« Bêêê ! »
Hein. Ce n’était pas comme si je tenais absolument à rester. Je n’avais donc pas le choix.
Je sortis une balle de ma poche. Azzy montrait les crocs à l’homme-bête ovin vampire, guidée par son instinct, mais dès que je levai la balle, elle s’aplatit aussitôt au sol en remuant la queue.
« Allez ! Ne t’en prends pas à un mouton innocent. On y va ! Va chercher ! »
« Ouaf ! »
Quand je lançai la balle, Azzy fila comme une flèche. Parfait. En lançant la balle, j’avais franchi tout naturellement la limite du poste de garde. Si je la suivais, je pouvais passer la frontière comme ça…
« Non, Azzy. Ne reviens pas ! Je vais te rejoindre… Tu l’as déjà rapportée ? »
« Ouaf ! »
« Rapporte-la un peu moins vite la prochaine fois. Allez ! »
Je lançai la balle et franchis la frontière avec une décontraction parfaitement naturelle.
Les frontières étaient rarement matérialisées par une ligne nette. Quand des montagnes se dressaient là, il était encore plus difficile d’en définir le tracé. De toute façon, personne ne vivait dans ce genre d’endroits.
Alors, quand des montagnes longeaient une frontière, celle-ci suivait généralement la crête la plus haute.
Une fois le sommet passé et la crête franchie, le monde caché derrière la montagne s’étendit devant moi. C’était un paysage que je voyais rarement dans le duché brumeux. Je n’avais franchi qu’une seule crête, et pourtant un décor complètement différent de tout ce que j’avais connu s’offrait à moi. Avec une facilité absurde.
J’avais tout de même dû franchir des dizaines et des dizaines de cols pour arriver jusque-là. Je pouvais être fier de moi. Bien sûr, je n’y serais jamais parvenu si un seul Ancien s’était donné la peine de venir me chercher.
« Pourquoi Hilde est-elle partie ? Si elle était restée avec moi, m’évader aurait été si facile. »
« Ouaf ! »
« Non, Azzy. Tu peux arrêter de rapporter la balle et marcher normalement ? »
Maintenant que j’avais franchi la frontière, les vampires n’étaient plus mes ennemis. Même si Collie perçait mon stratagème à jour et se lançait à ma poursuite, elle mettrait probablement une journée à me rattraper. En attendant, je devais m’éloigner autant que possible.
Descendre était plus facile que monter. Je fabriquai un traîneau avec des cartes, bondis par-dessus les rochers grâce à mes jambes renforcées et dévalai la montagne. Je traversai des bancs de sable, sautai par-dessus des ravins et me frayai longtemps un chemin à travers les fourrés.
Combien d’heures avais-je couru ? J’avais beau descendre, je ne voyais pas le bout du chemin. L’immense chaîne de montagnes formait un mur, et même la descendre prenait une éternité. Quand je me retournai pour reprendre mon souffle, la crête que j’avais franchie se dessinait au loin.
J’avais parcouru tout ce chemin, et il m’en restait encore tant à faire. Ouf. Quelqu’un pourrait inventer la magie de téléportation, enfin ?
En maugréant, je ramassai la balle et la lançai nonchalamment.
« Azzy. Trouve-nous un chemin. »
« Ouaf ! »
Azzy s’élança et disparut dans les fourrés. Froufrou. Les buissons s’écartèrent avec une force terrifiante, puis se refermèrent. Un instant plus tard, Azzy revint, la balle dans la gueule, et la lâcha devant moi.
« Voilà ! »
« C’est sûr. D’accord. »
On disait qu’il fallait même tester un pont de pierre avant de le traverser. Comment aurais-je pu savoir ce qui se cachait dans ces buissons ? Un peu plus tôt, j’avais avancé en croyant que le sol était solide et j’avais failli tomber dans le vide.
Hélas… Qu’est-ce que c’était loin. Les fourrés s’épaississaient peu à peu. Comme personne ne passait par ici, il n’y avait pas de sentier. Dès qu’un endroit pouvait dissimuler quelque chose, je demandais à Azzy de vérifier avant moi.
Mais personne ne me poursuivait. Je n’avais qu’à surveiller ce qui se trouvait devant moi. Je venais tout juste de me dire que ma situation s’était améliorée quand…
« Aouuuuuuu— !! »
Un hurlement de loup retentit quelque part. Avant même que je comprenne ce qu’il signifiait, j’étais déjà plaqué au sol. Le loup m’avait peut-être repéré, mais je ne voulais surtout pas le voir.
« Aouuu ! Tu m’as euuu ! »
Le hurlement d’un homme-bête canin résonna dans les montagnes. Je n’avais aucune idée de la façon dont elle avait découvert mon mensonge, mais c’était fait.
« Ouaf ! Amie ! »
« Plus maintenant ! »
« Ouaf ? Mais si, on l’est ? »
« Alors va jouer avec elle ! Prenez-vous par la main et roulez dans l’herbe ! »
« D’accord ! »
« Ne sautille pas de joie comme ça ! Tu révèles notre position ! »
Je rabrouai Azzy, mais il était déjà trop tard. Cinq hommes-bêtes apparurent au sommet de la crête : Collie, la chienne qui gardait les humains, et les Yeiling de la patrouille frontalière. Une escouade mobile de vampires exclusivement composée d’hommes-bêtes, que leur fourrure protégeait du soleil, dévala la pente, accompagnée de chiens de chasse.
On aurait dit qu’ils allaient rouler jusqu’en bas au moindre faux pas, mais peu importait. C’étaient des hommes-bêtes et des vampires.
« Grrrrr ! »
« Rrruf ! »
« Bêêê ! »
Les cinq silhouettes se transformèrent en un glissement de terrain qui dévalait la pente. Un nuage de poussière se mua rapidement en une épaisse brume qui s’écoulait le long de la montagne. En tête, Collie labourait le sol, sa fourrure noire flottant au vent.
Et dire qu’elle était affaiblie par le soleil ? Tss. Pas étonnant que les humains ne puissent pas leur échapper.
Le soleil brillait encore. Je pouvais m’occuper des Yeiling, mais Collie dépassait mes forces. J’avais besoin de l’aide d’Azzy pour l’affronter. Je ne pouvais vraiment pas me fier à ça.
« Azzy. Tu sais ce que c’est, le chat ? »
« Ouaf ! Oui ! »
« Alors, ce sera facile à expliquer. Nous sommes les proies et eux, les chasseurs ! On doit courir avant qu’ils nous attrapent ! »
« Ouaf ouaf ! Compris ! »
« Alors, cours ! Avant qu’ils nous attrapent ! »
Je partis dans la direction opposée tout en vérifiant mon jeu de cartes. Je l’étalai devant moi : il était si maigre qu’il en devenait pathétique. Je le parcourus rapidement du regard.
J’avais aussi utilisé presque toutes mes armes. Il ne me restait qu’une brochette, quatre cartes du Dieu démoniaque, quelques trèfles à usage unique et des Cœurs. J’avais encore beaucoup de potions stockées dans les Cœurs, mais elles mettaient mon corps à rude épreuve. Je préférais donc éviter d’y recourir si possible…
Non, maintenant que mon corps était fait de dieux démoniaques, ce ne serait peut-être pas si éprouvant. Je devrais en essayer une en cas d’urgence.
Tenant une carte du Dieu démoniaque dans chaque main, je m’engageai dans cette longue course-poursuite.
« Aouuuuuu— ! »
Collie fut la première à attaquer. Elle dévala presque la pente en tombant avant de fondre sur moi par le côté. Fidèle à l’ordre de me ramener vivant, elle ne sortit même pas les griffes. Elle essaya simplement de m’attraper.
« Ouaf ! »
Azzy se jeta alors dans la mêlée. En plein vol, un homme-bête et le Roi des Bêtes se percutèrent. Leurs membres s’emmêlèrent, et l’impact sourd me parvint comme au ralenti. L’instant d’après, l’homme-bête et le Roi des Bêtes dévalaient la pente en roulant l’un sur l’autre.
« Roi… ! Ne t’en mêle pas ! »
« Ouaf ! Jouons ! Jouons ! »
« Ce n’est pas un jeu ! »
Collie renversa Azzy et la plaqua au sol. Elle avait gardé l’instinct d’une bête, mais elle se battait avec une technique humaine. Des branches cassées volèrent dans son attaque tournoyante et un nuage de poussière s’éleva. En un mouvement, Collie se débarrassa du Roi des Bêtes et prit de nouveau son élan.
Mais une force physique écrasante pouvait venir à bout de n’importe quelle technique. Azzy était déjà à quatre pattes et mordait la patte arrière de Collie. Celle-ci n’avait même pas eu le temps de se jeter en avant qu’elle se retrouvait plaquée au sol.
Le visage maculé de boue, Collie tourna la tête. Azzy, qui lui mordait toujours la patte, aboya une fois, l’air radieux.
« Ouaf ! »
« Aouuu— ! »
Azzy n’arrivait pas à utiliser correctement sa force contre les humains, car elle avait peur de leur faire mal. Mais c’était différent avec les hommes-bêtes vampires. Elle semblait au moins disposée à retenir Collie comme il fallait.
Le problème, c’était…
« Bêê ! »
« Grrrr ! »
Ils étaient des hommes-bêtes ovins, canins, félins et caprins. Ce n’étaient que des Yeiling, plus lents que Collie, mais ils fonçaient tout de même droit sur moi.
Les vampires devenaient plus forts quand leur suzerain était près d’eux. Ils se trouvaient au soleil et loin de chez eux ; ils étaient donc sans doute plus faibles que la cheffe de village Biritear, mais ils restaient une plaie pour moi.
Sous les ordres de Collie, ils se dispersèrent en parfaite coordination et me talonnèrent. Azzy hérissa son pelage et gronda en sentant l’odeur du sang des vampires. Elle considérait peut-être Collie, l’homme-bête canin, comme une amie, mais elle n’avait aucune raison de se montrer gentille avec les autres vampires. Azzy prit son élan.
« Aouuu ! »
Cette fois, Collie saisit Azzy et s’accrocha à elle. Elle tenta de l’attraper par la nuque pour la projeter au sol, mais l’élan d’Azzy était trop puissant et Collie fut emportée avec elle. Toutes deux dévalèrent la pente en roulant l’une contre l’autre.
Je me demandai si tout allait bien. Pas pour Azzy. Pour la pente.
Je les laissai rouler dans un tourbillon de terre et de branches, puis jetai un coup d’œil aux Yeiling qui fonçaient sur moi.
« Bêê ! Arrête-toi ! Tu vas te faire mal ! »
C’était l’homme-bête ovin du poste de garde ? La toison sur sa tête avait tant poussé qu’elle formait un nuage, comme si elle pouvait amortir n’importe quel choc. Mais sa vitesse de charge n’avait rien d’une plaisanterie. Chaque pas creusait dans le sol un trou en forme de sabot.
Je ne ralentis pas, et l’homme-bête ovin prit son élan, comme s’il s’était enfin décidé.
Un, deux. Maintenant.
Floc. Le sol céda sous l’homme-bête ovin. Sur le point de me percuter, il s’enfonça dans la terre. Il n’avait pas remarqué le piège dissimulé sous les brindilles et y était tombé tête la première.
« Bêêê ? »
L’homme-bête ovin regarda autour de lui, déconcerté, après être tombé dans le piège. C’était normal : il avait atterri à l’endroit même où j’étais passé en courant.
*Quand est-ce qu’il… ? Il n’a pas eu le temps de creuser un piège.*
Le pouvoir des dieux démoniaques pouvait faire même ça. Je creusais un trou au moment où je posais le pied au sol, puis faisais pousser de l’herbe et des branches par-dessus pour fabriquer un piège rudimentaire. À moins de regarder attentivement, ils ne pouvaient que tomber dedans.
La zone autour de moi était déjà truffée de pièges.
« Urk ! »
« Miaou ! »
« Bon sang… ! »
Les hommes-bêtes vampires trébuchèrent sur mes pièges, ce qui les ralentit un peu. Je continuai de courir droit devant moi.
« On peut te poursuivre sans dormir ! Abandonne ! »
Moi, j’avais besoin de dormir. Je devais donc les semer avant ça. J’écartai les fourrés pour me frayer un chemin et courus sans me retourner. L’homme-bête ovin me regarda partir et cria :
« Bêê ! Tu vas le regretter ! »
« Meyang. On doit le ramener vivant. »
« Je sais ! Il peut bien être un peu blessé, non ? »
« C’est vrai. »
Comment ça, c’était vrai ? J’étais un concubin ! Il était hors de question que je me blesse !
Mais les Yeiling de la frontière ne pouvaient pas le savoir. Ils se rapprochèrent de moi de tous les côtés. Je repris le Pique neuf et le pliai d’une main.
Arbre de l’Origine, Nœud d’herbe.
Dans un rayon d’environ cinq mètres, chaque brin d’herbe sauvage sous mes pieds trouva son partenaire. L’herbe, qui ondulait doucement, s’enroula délicatement autour des brins voisins. À l’époque où le monde était recouvert d’herbe, on appelait les druides des sages. Une seule carte suffisait à reproduire leur pouvoir.
« Aouuu ! »
… Même si beaucoup de temps s’était écoulé depuis.
Crac, déchire. Même l’herbe sauvage, qui s’accrochait obstinément à la vie, ne résista pas à la charge des Yeiling. Les tiges se brisèrent et les racines furent arrachées. L’herbe sauvage paya cher d’avoir obéi à mes ordres. J’avançai en honorant son sacrifice.
« Trop lent ! »
« C’est toi qui es trop rapide ! »
J’avais beau leur entraver les chevilles, il était difficile d’échapper à des Yeiling qui chargeaient sans craindre la mort. Ils piétinèrent mes pièges, déchirèrent le Nœud d’herbe, et les quatre Yeiling se rapprochèrent peu à peu. S’ils avaient voulu me tuer, ils en auraient déjà eu plusieurs fois l’occasion, mais ils n’en avaient pas le droit. À la place, ils essayaient de me dépasser pour me barrer la route.
Bien. Maintenant.
Une trouée apparut dans les broussailles qui s’écartaient. C’était la falaise que j’avais repérée plus tôt. Une falaise cachée par les fourrés était étonnamment difficile à distinguer avant d’en être tout près, surtout quand on courait.
Je me jetai à terre et glissai. Je me frayai un passage dans l’herbe et les branches pour ralentir. J’avais pris beaucoup de vitesse ; je ne parvins à m’arrêter qu’après avoir glissé sur une bonne distance.
« Bêê ! Arrête-toi ! Il y a une falaise devant ! »
Les Yeiling qui me poursuivaient freinèrent à leur tour, un instant plus tard. Ils prirent appui sur leurs jambes, laissant derrière eux de longues traînées de poussière. L’homme-bête caprin, qui s’était arrêté juste à temps, cracha une brindille et lança :
« Quelle ruse mesquine ! Tu croyais vraiment qu’on tomberait d’une falaise pour si peu ? »
« Je crois que l’un de vous est tombé. »
« Bêêêêê— » La plainte de l’homme-bête ovin résonna longuement. L’homme-bête caprin se tourna vers son compagnon qui chutait, puis répondit aussitôt :
« On ne meurt pas d’une chute pareille ! Rends-toi tranquillement ! »
« Merci. Je culpabiliserai un peu moins, maintenant. »
Je ne m’en serais pas voulu beaucoup, même s’ils n’avaient pas été des vampires. Serrant mes cartes dans mes mains, je les plaquai violemment contre le sol.
Je n’avais même pas le niveau d’un général. J’étais incapable de détruire la terre avec les Arts du qi. Seuls ceux qui avaient poussé l’Art du qi terrestre à ses limites pouvaient le faire.
Mais je pouvais accélérer l’effondrement de ce qui était déjà en train de céder.
J’arrachai et tranchai les racines qui s’étendaient dans le sol. Je désagrégeai la terre compacte. Grâce aux Arts de la Terre et au druidisme, j’entamai la falaise qui tenait à peine debout.
« Le sol… ! »
Même des vampires peu perspicaces pouvaient sentir qu’ils tombaient. L’homme-bête canin, dans la pire posture, griffa le sol avant de glisser. L’homme-bête caprin et l’homme-bête félin sentirent le danger plus tôt et remontèrent rapidement la pente qui s’effondrait.
Naturellement, je n’allais pas rester là à les regarder faire. Je balayai le sol avec le Pique huit, la carte Élixir. Une couche de terre en train de s’écrouler se transforma en cartes et glissa vers le bas. Même l’homme-bête félin, qui avait enfoncé ses griffes dans les cartes, ne put résister à leur torrent et tomba à son tour.
« Tu ne t’en tireras pas comme ça ! »
L’homme-bête caprin parvint au moins à s’agripper grâce à ses sabots solides et à remonter la pente. Il fonça vers moi à une vitesse presque aussi grande que sur terrain plat. Le bouc barbu tendit la main pour m’attraper.
Mais j’étais capable de battre un Yeiling isolé.
Je lui repoussai la main et lui écrasai la tête sous mon pied. Il s’agrippa désespérément, mais quand je poussai de toutes mes forces avec mes deux jambes, même ses sabots robustes ne purent tenir. Il perdit peu à peu l’équilibre et bascula en arrière.
« Kh, aaah ! »
Comme il agitait les bras pour garder l’équilibre, je lui tendis généreusement une branche.
« Tiens. Attrape ça. »
Peut-être ne croyait-il pas à cette soudaine bonté. L’homme-bête caprin tendit la main avec hésitation et saisit la branche. Sans doute parce qu’il n’avait rien d’autre à quoi se raccrocher.
Ça suffit à détourner son attention. Je donnai une petite poussée à la branche. Ayant perdu l’équilibre un instant en s’en emparant, il bascula en arrière. Comme ses compagnons, l’homme-bête caprin plongea dans la falaise au loin.
« Espèce d’ordure— ! »
« Salut. Essayons de ne pas nous revoir. »
« Ne crois pas que c’est fini— ! »
Après cette réplique digne d’un méchant, son visage disparut derrière la terre qui s’écoulait à sa suite. Agrippé à une racine, je regardai au fond de la falaise. Un épais monticule de terre recouvrait les Yeiling tombés les premiers.
Il faisait encore jour. Comme leur régénération prenait désormais du temps, des blessures pareilles devraient les empêcher de me poursuivre… mais la nuit serait une autre affaire. Tss, quelle plaie. Voilà pourquoi les vampires étaient pénibles. Ne pas mourir, c’était de la triche.
Après être remonté au bord de la falaise, je sortis une balle de ma poche et la lançai. Elle décrivit un arc et disparut dans les fourrés. Un instant plus tard, Azzy apparut, la balle dans la gueule.
« Ouaf ! »
« Tu t’es bien amusée ? »
« Ouaf ouaf ! »
Contrairement à Azzy, qui débordait d’enthousiasme, Collie n’avait pas l’air ravie quand elle se fraya un chemin à travers les broussailles pour me rejoindre. Recouverte de poussière et de branches cassées, elle ressemblait à une motte de terre ambulante.
« … Aouuu. Je ne sais pas pourquoi la Progenitrice te veut, mais cesse de jouer. »
Le sang des vampires était froid. Collie n’était pas fatiguée, mais elle n’était pas assez téméraire pour continuer à m’attaquer sans ses Yeiling. Retenir Azzy était déjà difficile. Si elle s’en prenait à elle en ma présence et se faisait maîtriser, elle et ses Yeiling seraient hors d’état de nuire pendant un bon moment.
Elle décida de rentrer d’abord pour remettre ses Yeiling sur pied, puis me lança un regard noir en grondant à voix basse.
« Les vampires ne meurent pas. Peu importe le temps que ça prendra, je te poursuivrai et je te retrouverai. Si tu ne veux pas être pourchassé sans fin, rends-toi maintenant. »
« Peu importe le temps que ça prendra ? À quoi bon si ça prend trop longtemps ? Tyr pourrait avoir changé d’avis d’ici là, ou je pourrais même ne plus être en vie. »
Peut-être les vampires ne comprenaient-ils pas le cœur des humains. Nos sentiments n’étaient pas éternels. On était changeants, vous savez.
« Si tu croises d’autres vampires, dis-leur ceci de ma part. Ce qui est difficile à obtenir a plus de valeur. Alors je deviens précieux. »
« On verra si tu restes aussi détendu jusqu’au bout. Aouuu ! »
Collie poussa un hurlement de loup et disparut dans les fourrés. Elle descendrait sans doute la falaise, utiliserait son énergie sanguine pour rétablir ses Yeiling, puis repartirait à ma recherche à la nuit tombée.
Les Yeiling étaient faibles au soleil. Autrement dit, ils étaient bien plus forts la nuit, quand ils n’avaient plus à s’inquiéter. Pendant ce temps, je devrais me frayer un chemin dans des montagnes où je ne verrais même pas où je mettais les pieds. Je ne pourrais pas m’occuper d’eux aussi facilement qu’aujourd’hui.
Au lieu de fuir, je ferais mieux de préparer des pièges et de les neutraliser complètement avant de partir. Heureusement, un seul Ain et quatre Yeiling me poursuivaient. Tant qu’aucun poursuivant plus puissant qu’un Ain n’apparaissait, je pourrais leur échapper.
Enfin. Aucun nouveau poursuivant ne va surgir ici, hein ? Parfait. J’allais mettre à profit mes Arts de la Terre et mon druidisme pour montrer à ces hommes-bêtes au sang animal de quoi l’intelligence humaine était capable.
* * *
Les Yeiling étaient eux aussi immortels, mais pas véritablement éternels. Comme ceux qui maîtrisaient peu les arts du sang mouraient souvent et étaient remplacés, le nom de vampire leur convenait presque mal.
Il leur était particulièrement fatal d’être blessés ou neutralisés en plein jour, quand le soleil brillait. Plus longtemps ils restaient sans soins, plus ils perdaient d’énergie sanguine et plus leur régénération faiblissait.
Dans une poursuite, le nombre faisait tout. Si elle tardait davantage, elle ne pourrait plus utiliser les Yeiling qu’elle avait eu tant de mal à emmener. Collie dévala la falaise et secourut les Yeiling ensevelis sous la terre. C’étaient des serviteurs incompétents, incapables même de remplir la tâche qu’on leur avait confiée, mais elle pourrait leur reprocher plus tard. Pour l’instant, elle devait d’abord les remettre sur pied.
Collie fouillait le monticule de terre et en extrayait un à un ses serviteurs ensevelis quand cela se produisit.
Froufrou. Quelque part, des buissons s’écartèrent et un garçon aux cheveux noirs courts, à l’apparence androgyne, en sortit. Il tenait une abeille attachée à une ficelle.
En observant l’abeille danser en décrivant un huit au bout du fil fin, il marmonna :
« C’est étrange. L’Odeur de poursuite que j’ai placée sur Azzy pointe par ici. »
Shei regarda plusieurs fois Collie puis l’abeille, avant d’incliner la tête.
« Peu importe comment je la regarde, Azzy n’a pas l’air d’être devenue noire. Qu’est-ce que tu es ? »
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