Chapitre 459
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 459 : Une histoire venue de loin. Vue sur la mer laissée derrière soi
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C’était comme si quelque chose de l’Abîme observait Cabilah à travers une fissure dans le monde.
La pièce était encombrée de masses de chair grouillantes. Des yeux bougeaient de façon grotesque entre des morceaux de viande prêts à éclater, tandis que des tentacules se tortillaient dans les brèches des murs.
La peur s’apprenait. Les humains craignaient les tigres parce que l’histoire et l’expérience le leur avaient enseigné. Ceux qui voyaient cette créature pour la première fois fronçaient les sourcils, partagés entre la confusion, la fascination et le dégoût.
La créature ne faisait pas exception.
Après un bref silence, les yeux visibles entre les masses de chair se mirent à courir dans tous les sens.
Cabilah contempla ces yeux gigantesques et marmonna :
« Une pieuvre. Classe kraken. »
Son repaire avait été détruit, et la pieuvre, furieuse, passa à l’attaque. Ses tentacules hérissés de ventouses jaillirent vers Cabilah par les fenêtres, les ouvertures du toit et les fissures des murs.
Ces membres épais et résistants étaient des armes à eux seuls. Même un coup porté du bout d’un tentacule suffisait à abattre des murs de pierre. Cabilah lança des aiguilles d’os tout en parlant.
« Ce sont des créatures marines qui vivent dans les anfractuosités des rochers. À cause de leur taille, on ne les aperçoit que de temps à autre près de l’île Baleine. Elles s’approchent presque jamais des côtes. Je ne me souviens même plus de la dernière fois que j’en ai vu une. »
Des soldats Croc du Dragon jaillirent des aiguilles d’os et se précipitèrent pour protéger Cabilah. Leurs lames et leurs scies d’os s’abattirent sur les tentacules de la pieuvre, mais sa chair résistante et visqueuse ne cédait pas à leurs tranchants.
Alors que les soldats Croc du Dragon hésitaient, la pieuvre les enserra de ses tentacules couverts de ventouses et les broya. Débarrassée de cette gêne, elle saisit Cabilah avec un autre membre.
Crac.
Le tentacule pressa Cabilah comme s’il voulait la réduire en miettes. Un humain ordinaire aurait été transformé en bouillie, mais Cabilah resta calme malgré son corps mutilé.
« Une fois sur la terre ferme, elle ne représente plus grand-chose. »
Clac.
Une énorme pince jaillit de nulle part et broya le tentacule de la pieuvre. Elle appartenait au homard, la marionnette de Cabilah. Le tentacule conserva sa forme malgré l’attaque, mais chaque fois que la pince s’ouvrait puis se refermait sous les ordres de Cabilah, des lambeaux de chair s’en détachaient.
Lorsque les soldats Croc du Dragon se joignirent à l’assaut avec leurs lames d’os, le tentacule finit par être sectionné et s’écrasa au sol.
Cabilah atterrit et manipula son énergie sanguine. Le membre sectionné s’agita de lui-même, tentant de se rattacher au corps, mais l’énergie de Cabilah s’insinua dans la plaie et entrava ses mouvements. À mesure que cette substance étrangère pénétrait en lui, le tentacule convulsa et se recroquevilla.
Puis du sang rouge sombre s’y infiltra.
Le tentacule de la pieuvre devint le serviteur fidèle de Cabilah.
Valdamir observa Cabilah se battre en silence, puis demanda : « Alors, ta conclusion ? »
Le sort de la pieuvre avait été scellé dès l’instant où elle avait gagné la terre ferme. Tandis que les soldats Croc du Dragon et le homard mettaient en pièces la créature en fuite, Cabilah se tourna vers Valdamir, l’air irrité.
« … Une baleine insulaire et une raie des nuages ont dû entrer en collision. Sinon, une marée aussi forte n’aurait pas frappé alors que l’eau se retirait. »
« Ah bon ? »
« Ah bon ? C’est tout ce que tu as à dire ? Tu n’es pas ma sœur ! Si je te donne des informations, tu devrais aussi me fournir des résultats ! Tu n’arrêtes pas de me donner des ordres comme si c’était normal, mais n’oublie pas que nous sommes égaux ! »
Bien sûr, même en le disant, Cabilah savait que ce n’était pas vrai.
Valdamir était plus fort qu’elle, un héros qui avait même mis fin à la rébellion contre la Progenitrice. De nom comme dans les faits, il venait juste après la Progenitrice dans le Duché.
Si Tyrkanzyaka avait été d’un tant soit peu plus mauvaise humeur… Non, si Cabilah n’avait pas possédé des connaissances sur le Roi de l’Humanité, elle aurait pu finir en amuse-bouche pour l’ombre.
Consciente de sa position, Cabilah demanda d’une voix plus modérée :
« Bref, tu ne crois pas qu’il serait temps de te confesser ? Comment as-tu su qu’une marée allait arriver et évacué les humains à l’avance ? »
« J’avais des renseignements. »
« Des renseignements ? Sur un événement qui se déroulait au loin, en pleine mer ? De qui, comment et pourquoi ? »
Valdamir choisit ses mots avec soin.
Il savait de qui il s’agissait.
Mais il ignorait comment et pourquoi.
Non, il ne pouvait même pas en être certain.
Il l’avait rencontré une fois à Claudia. Pourtant, quand cette chose était venue chercher Valdamir, elle était différente, d’une certaine façon. Comme la créature des profondeurs qu’il venait de voir, c’était une sorte d’humain qu’il n’avait jamais connu auparavant.
Tandis que Valdamir rassemblait ses pensées, Cabilah prit la parole :
« Ne me dis pas que c’était une Sainte Vierge. Le château volant ? Un Observateur du Royaume des Mages ? »
C’était une conclusion logique.
La Sainte Vierge était l’ennemie jurée des vampires. Tout comme les vampires haïssaient le Sanctuaire, le Sanctuaire méprisait les vampires. Rien ne l’aurait poussée à leur offrir une prophétie susceptible de les aider.
Enfin, elle aurait pu le faire si cela avait servi les intérêts du Sanctuaire. Or, le Sanctuaire avait tout intérêt à voir les vampires disparaître.
« Je ne sais pas. »
« Tu ne sais pas ? Tu ne mentirais pas, donc tu le penses vraiment. Tu as fait évacuer tout le monde sur cette base ? »
« Comme je ne savais pas, je ne pouvais pas écarter cette possibilité à la légère. Comme tu l’as dit, j’étais occupé par l’affaire de la Progenitrice, à l’époque. Accéder à la demande d’un être inconnu ne présentait aucun risque, du moins sur le moment. »
Cabilah trouva cela étrange.
Valdamir était froid et rationnel. Si cet être inconnu ne lui avait pas paru digne de confiance, il l’aurait capturé et emprisonné avant de lui extorquer ses informations.
Ce qui signifiait qu’il n’avait pas pu recourir à cette solution pourtant rationnelle…
« Le grand Duc du Sang écarlate n’a pas pu régler la question par la force ? »
Valdamir répondit honnêtement à ses soupçons :
« Nous ne nous sommes pas battus. »
« Quoi ? Duc écarlate Valdamir, qui considère tous les Anciens comme ses inférieurs et ne vit que pour sa propre grandeur, aurait eu peur ? Tu t’es drôlement assagi. Et si c’était une Sainte Vierge qui cherchait à nous mettre en danger ? »
À bien y réfléchir, c’était l’hypothèse la plus probable.
Valdamir acquiesça.
« Tu as raison. »
« J’ai raison ? Tu fais comme si rien ne pouvait t’arrêter, et toi-même, tu te montres si irresponsable… »
Valdamir laissa ses reproches rancuniers lui passer au-dessus de la tête et brandit son espadon.
Les créatures marines rejetées par la Mer des Léviathans étaient puissantes et dangereuses, mais elles ne faisaient pas le poids face à Valdamir. Ne laissant derrière lui que des cadavres dont les humains auraient à se débarrasser, il longea la côte.
À mesure qu’il se rapprochait de l’ancien rivage, quelque chose d’inhabituel apparut à sa vue.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Je suis censée te servir de guide ? Je ne te le dirai pas, débrouille-toi tout s… Qu’est-ce que c’est ? »
À cette vue, même Cabilah resta bouche bée.
La mage noire qui avait veillé sur la Mer des Léviathans plus longtemps que quiconque la connaissait mieux que personne. Bien sûr, le monde savait peu de choses sur cet océan immense, mais les connaissances de Cabilah n’en étaient pas moins vastes et profondes.
Et pourtant, elle n’avait jamais vu une structure semblable à celle qui se dressait devant eux.
Elle était si vaste qu’elle en paraissait irréelle. La côte se trouvait encore à plusieurs kilomètres, mais cette masse tachetée de bleu sombre semblait être une fine tranche de terre qu’on aurait découpée puis déposée là. Elle était bien trop grande pour avoir été emportée par une marée.
« Du sang ? »
… S’ils n’avaient pas vu du sang rouge sombre s’écouler de sa section, Cabilah et Valdamir auraient pu la prendre pour une île emportée par la marée.
Cabilah sentit son énergie sanguine inconnue et prit la parole :
« C’est un être vivant ? Non, un morceau de son corps ? Alors… »
« Une créature marine. Une nageoire de raie des nuages ? »
Elle était assez grande pour couvrir tout le littoral. Le sang qui coulait de la surface sectionnée prouvait qu’elle avait autrefois appartenu à une créature vivante. C’était difficile à croire, mais aucune autre explication ne tenait.
Les marques bleu sombre et le cartilage qui la parcourait dans le sens de la longueur prouvaient tous deux qu’elle appartenait à une raie des nuages.
Qu’avait-il bien pu arriver à une créature marine aussi immense et majestueuse ?
Cabilah marmonna :
« Elle s’est vraiment battue contre une baleine insulaire ? Les créatures marines restent des bêtes, après tout, alors j’imagine qu’elles sont stupides. Leurs tailles ne sont même pas comparables… »
« Non. Cette section n’a pas été tranchée par une bête. »
Valdamir s’avança sans crainte vers la nageoire. Cabilah se hâta de le rejoindre.
Le lieu avait autrefois été une vasière, mais l’eau de mer leur arrivait désormais aux cuisses depuis la marée. Même pour un Ancien, la frontière entre la terre et la mer était périlleuse. Valdamir l’ignora pourtant et s’enfonça dans le courant.
Dans cette zone où ni les humains ni les Ains ne pouvaient mettre le pied, seule Cabilah, juchée sur son homard, le suivit.
« Tu veux mourir ? Il y a de l’eau de mer, ici ! Je sais que tu as pris la grosse tête ces derniers temps, mais même toi et moi serions en danger si quelque chose approchait sous l’eau ! »
L’avertissement sincère de Cabilah n’arrêta pas Valdamir. Il atteignit les restes de la créature marine.
Ces restes étaient un désastre pour les humains, mais un véritable festin pour d’autres.
Des milliers, des dizaines de milliers de poissons déchiraient la chair de la créature marine et s’en remplissaient le ventre. Les prédateurs venus les chasser leur arrachaient des proies à la moindre occasion. Des centaines de mouettes tournoyaient dans le ciel, tandis que des centaines de rémoras accrochés à la nageoire profitaient eux aussi du banquet.
Dévorée avec une telle frénésie par des dizaines de milliers de créatures, la section avait été réduite à une masse méconnaissable. Certains poissons s’étaient même enfoncés dans sa chair et avaient commencé à y vivre.
Il serait presque impossible de trouver un indice ici.
Mais Valdamir était un épéiste. Au milieu de cette immense dévastation, il sentit la trace d’une lame.
Contemplant la section parfaitement droite, Valdamir marmonna :
« Un seul coup ? »
« Valdamir ! Attention ! »
La vive mise en garde de Cabilah retentit.
Quelque chose fendit le courant.
Une créature marine qui avait pris Valdamir pour une proie fonça sur lui comme une balle. Il ne pouvait pas la sentir par l’art du sang dans l’eau de mer, mais il lut le mouvement du courant et balança son espadon sous la surface.
Clang !
Sous l’eau, les mâchoires de la créature marine heurtèrent l’espadon.
Incroyablement, Valdamir fut repoussé. Incapable de déployer correctement Ciel et Terre sous l’eau, il recula comme si le choc avait eu lieu dans les airs. Le prédateur, qui s’en était pris à une proie inconnue, fouetta la surface de sa queue encore et encore, poussant l’espadon toujours plus loin.
Crac, crac.
Ses puissantes dents entaillèrent l’espadon. Sa mâchoire avait une force phénoménale.
Après avoir évalué sommairement la puissance du prédateur, Valdamir pivota. Il planta fermement un pied au sol, tourna légèrement les épaules et la taille, puis rassembla ses forces.
Ensuite, il libéra d’un coup la rotation de son corps et frappa de toutes ses forces avec son espadon.
L’énergie de l’épée fendit la mer et laissa derrière elle une immense blessure. La lame d’énergie parcourut une longue distance avant de s’évanouir, et une créature marine assez malchanceuse pour n’avoir pas compris à qui elle avait affaire fut coupée en deux.
Le poisson qui espérait se régaler devint lui-même un mets pour les autres.
Valdamir avait accompli l’exploit remarquable d’abattre une créature marine sous l’eau, mais son expression resta grave. Même l’énergie de l’épée qu’il avait libérée de toutes ses forces n’était qu’un grain de poussière comparée au coup qui avait sectionné la nageoire.
Et cette créature marine était gigantesque.
Un poisson à peine plus grand qu’un humain possédait une force immense sous l’eau ; une créature marine ancienne dépassait donc toute comparaison. Quelque chose avait tranché d’un seul coup une nageoire qui avait résisté à la formation d’une marée ?
Une telle chose ne pouvait s’accomplir par la seule force ou la maîtrise.
Il fallait avoir atteint les principes du monde, ou s’être approché du Dieu démoniaque. Seuls des êtres comme le Saint de l’Épée ou le Roi démoniaque pouvaient même être considérés capables d’un tel exploit.
Mais… était-ce vraiment eux ?
Valdamir ne pouvait pas tirer de conclusion hâtive.
« Quelque chose se trame. »
L’ombre de Tyrkanzyaka. Le Roi de l’Humanité. Et cette chose qui avait attaqué la créature marine.
De ces anomalies successives, Valdamir sentit se dessiner un puissant courant.
Le monde changeait. Les vampires qui y vivaient n’avaient d’autre choix que de changer eux aussi. Peu importe à quel point ils souhaitaient rester tels qu’ils étaient, le monde avançait sans pitié et ne les laisserait pas tranquilles.
Une fois de plus, Valdamir confirma que son choix n’avait pas été mauvais.
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