Chapitre 458
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 458 : Fuite du Duché, partie 5
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Hilde avait vu juste. Les vampires qui nous avaient dépassés une première fois échouèrent à nous retrouver. Sans imaginer que nous nous trouvions au cœur de leur encerclement, ils se contentèrent de fouiller rapidement les environs, à distance.
Nous n’étions pas allés plus loin qu’eux, mais cela importait peu. Comme ils croyaient à tort avoir déjà fouillé les lieux, Hilde et moi étions à l’abri.
Bientôt, la présence qui rôdait dans les parages s’évanouit. Le baron Zenryu avait reconnu sa défaite et s’était retiré pour le moment.
« Ils ont déjà renoncé ? Les vampires ne sont pas très persévérants, dis donc~ ? »
« Ils n’ont pas renoncé. Ils ne peuvent pas nous retrouver tout seuls, alors ils vont probablement se coordonner avec les autres vampires qui règnent sur cette région. Bien sûr, ils finiront par abandonner quand ils apprendront pour le seigneur Du Lahan. »
L’appât que j’avais lancé finissait enfin par porter ses fruits. Se coordonner, c’était partager des informations, et ils apprendraient forcément la nouvelle à cette occasion. Je leur avais même glissé un indice.
« Ça a pris un peu de temps, mais tout s’est passé comme je l’avais dit, pas vrai ? On les a semés en deux jours. »
« Ne te réjouis pas trop vite. Ce n’était pas une force de poursuite, mais des administrateurs chargés de garder le poste de contrôle. Si Tyrkanzyaka a envoyé une force de poursuite en personne, elle comptera au moins un Ancien. On pourra peut-être se cacher, mais franchir la frontière sans encombre sera impossible. »
Elle n’aimait peut-être pas me voir me détendre, car Hilde m’exposa froidement la réalité. Comme je me taisais, découragé par la route qui s’annonçait, elle me tapota gentiment et sourit.
« Oh, pourquoi cette tête, tout à coup ? “Moi”, je ne me laisserai plus avoir. »
« Avoir par quoi ? »
« Père, tu ne m’as pas encore dévoilé toutes tes cartes, n’est-ce pas ? On est allés si loin, alors raconte-moi tout maintenant. Je sais parfaitement que tu ne t’es pas enfui sans avoir de plan ! »
« … »
Eh bien, voyez-vous…
À vrai dire, je n’avais aucun plan. Enfin, ce n’était pas tout à fait exact, mais ce que j’avais prévu échappait à mon contrôle.
« Père ? »
« Ah, oui, oui. C-c-c’est-à-dire… »
Hé, régresseuse. Où es-tu et qu’est-ce que tu fabriques ? Tu avais dit qu’une Grande Marée surviendrait pendant le reflux nocturne. L’heure du reflux est déjà passée, alors pourquoi tout le pays n’a-t-il pas réagi ?!
Tu es même venue plus tôt pour prévenir tout le monde de la Grande Marée ! Puisque tu as fait tout ce chemin jusqu’au duché, retrouve-moi, provoque Tyr et attire son attention par accident, ou fais quelque chose ! N’importe quoi ! Où es-tu passée pour qu’on n’ait pas eu de tes nouvelles ?!
Ignorant la frustration qui me consumait, Hilde sourit.
« Inutile de prétendre le contraire. Tu as une solution, n’est-ce pas ? »
« O-oui, bien sûr. »
« Est-ce que ce serait ce à quoi “moi” je pense ? »
Quoi ? Elle avait une idée derrière la tête ? Elle aurait dû me le dire plus tôt. Espérant y trouver au moins un peu d’inspiration, je lus discrètement les pensées de Hilde.
« Père est le Roi de l’Humanité. Le Sanctuaire et les Seigneurs de toute la Création sont deux organisations à sa recherche. Les Seigneurs de toute la Création sont plus amicaux envers le Roi de l’Humanité, mais~. Shei est dans les parages, alors je pensais qu’il ferait appel à elle. Pourtant, il ne semble envoyer de signal à aucun des deux camps ? »
… Exactement. Même Hilde le pensait, et pourtant, apparemment, pas la régresseuse. Tss. Ce n’était pas comme si la régresseuse me manquait ! J’attendais seulement qu’elle fonce sur Tyr sans réfléchir, attire toute l’agressivité possible et se tire !
Quoi qu’il en soit, je ne pouvais pas m’occuper de ça pour l’instant. Je me raclai la gorge et répondis :
« On peut dire que c’est quelque chose dans ce genre. Si on n’y arrive pas seuls, il nous faudra de l’aide. »
« J’ai hâte de voir ça~. »
Le sourire de Hilde me pesait lourdement. Sa foi aveugle en le Roi de l’Humanité était fort embarrassante. Elle disait avoir appartenu à un service de renseignement ; était-ce vraiment raisonnable de me faire autant confiance ? Elle aurait dû se méfier un peu.
… Non, ce serait gênant qu’elle doute de moi, alors qu’elle était la seule personne sur qui je pouvais compter.
« Ha. Et si on traversait simplement la montagne ? »
La route qui s’ouvrait devant nous paraissait sans issue ; des options risquées commencèrent à me tenter. Je tournai lentement la tête et regardai par-delà la colline.
Le Duché du Brouillard, niché entre les montagnes et la mer, s’élevait à mesure qu’on allait vers l’ouest. La pente était assez marquée pour qu’on puisse observer les alentours depuis les hauteurs ; en l’absence de broussailles et d’arbres, il n’y avait nulle part où se cacher. Voilà pourquoi Hilde et moi avions délibérément franchi le poste de contrôle. Impossible de traverser la frontière sans se faire remarquer.
Mais si nous franchissions la montagne au-dessus du poste, en passant par la crête ? Nous attirerions certainement moins les regards des humains.
« Tu as dit qu’on devrait traverser la montagne ? »
… Des humains, du moins.
« Je disais ça comme ça. Comment pourrait-on traverser, avec des tigres là-bas ? »
Il n’y avait pas des tigres sur toutes les montagnes. Mais il y en avait bel et bien dans les montagnes. C’était une raison suffisante pour ne pas s’y aventurer.
Et puis, en grimpant haut sur une montagne, nous serions visibles d’en bas. Cela ne ferait qu’ajouter une menace. Sans le moindre regret, je me détournai.
« Il ne l’aurait pas évoqué sans raison, même s’il prétend le contraire. Père doit avoir un moyen de traverser la montagne en toute sécurité ? »
Hein ? Non, pas du tout. Je l’avais mentionné parce que j’étais vraiment à court d’idées.
« Un moyen de tromper l’ouïe et l’odorat des bêtes ? Hmm, non. S’il est le Roi de l’Humanité, ça ne peut pas être aussi simple, si ? Peut-être que ça a un rapport avec l’événement de l’An Un, qui a fait des humains l’espèce dominante sur terre~. »
Qu’est-ce que ça voulait dire ? Je n’en savais rien non plus. Dis-le-moi, à moi aussi. Ne sois pas la seule à connaître des choses sur mon histoire !
J’eus beau fouiller les pensées de Hilde, elle n’y avait que de vagues histoires entendues çà et là. Membre à moitié formée du Corps de l’Épée sacrée, elle ne connaissait presque aucun détail. À bien y réfléchir, c’était normal. Il aurait été étrange qu’on détienne sur moi des informations que j’ignorais moi-même…
… Attends.
Un membre à part entière du Corps de l’Épée sacrée ou une Sainte Vierge pouvait donc en savoir plus que moi sur mon propre compte ? Pourtant, en lisant les pensées de Yuel, la Sainte Vierge clairvoyante, et de Peruel, la Vierge d’Acier, je n’avais rien appris d’utile…
Quelque chose clochait. Même Hilde, qui avait été mise à l’écart, savait qu’il y avait quelque chose. Il devait donc bien exister quelqu’un qui connaissait les détails. Si ce n’étaient pas les Saintes Vierges, alors qui ?
Ou bien existait-il un domaine qui m’était inaccessible, comme les souvenirs de la régresseuse provenant de ses cycles précédents ?
La question me vint brusquement à l’esprit, mais je n’avais aucun moyen d’y répondre. Il fallait d’abord fuir le duché si je voulais le découvrir.
Par pitié, qu’un événement retienne un Ancien, ou au moins Valdamir.
* * *
La Grande Marée arriva.
Si l’on n’avait pas rappelé à temps les humains qui auraient plongé pendant le reflux nocturne, le nombre de victimes aurait été considérable. La vague submergea le rivage avec une force suffisante pour déferler jusque dans les villages habités. Même ceux qui avaient été bâtis assez loin pour se prémunir contre les imprévisibles Cataclysmes marins furent engloutis et devinrent des récifs sous la mer.
« C’est tout ? »
Même après avoir vu la scène, Valdamir pencha la tête, perplexe. L’ampleur du désastre était bien moindre que ne l’avait laissé craindre toute l’agitation.
Valdamir avançait dans la boue détrempée. L’eau de mer était le liquide amniotique de la Terre Mère : une eau salée, chargée d’organismes minuscules invisibles à l’œil nu. Pour les vampires, dont l’art du sang était perturbé par la moindre eau courante, le sel de la mer, plus salé encore que le sang, était une terreur bien réelle.
Les benêts fondaient comme des mottes de sel dès qu’ils la touchaient ; même les Yeiling perdaient le contrôle de leur art du sang et laissaient s’échapper leur énergie sanguine s’ils ne se concentraient pas. Un Ain pouvait assez bien y résister, mais seulement face à l’eau de mer elle-même. Si des bêtes marines charriées par le courant les attaquaient, un art du sang affaibli ne suffirait pas à les repousser.
Voilà pourquoi Valdamir n’avait pas pris part à l’opération visant à poursuivre le consort de la Progenitrice. Même s’il avait participé sur ses ordres, il ne se serait pas montré trop empressé. Un père se devait d’être menaçant envers l’homme qui s’approchait de sa fille, mais bienveillant envers celui qui s’en éloignait. Surtout lorsque sa fille cherchait à le retenir.
Valdamir inspectait en personne les zones inondées avec des humains et des vampires. Pourquoi un Ancien comme lui se livrait-il à une tâche aussi subalterne ? La réponse ne tarda pas à se manifester.
« Hein ? Pourquoi y a-t-il une voile ici… ? »
Un des ouvriers remarqua un objet étrange enfoui dans le sable et s’approcha de la voile. À chaque fois qu’il posait le pied dans le sable, quelque chose qui ressemblait à des feuilles tressaillait. Alors qu’il commençait à trouver cela étrange, le sable fut soudain aspiré vers l’intérieur et une créature en jaillit.
« Aaah ! »
Une gueule grotesque surplombant la tête de l’humain effaré, une énorme épée à deux mains fendit l’air et transperça l’ombre mystérieuse.
La créature qui avait jailli du sable était un poisson plat d’une couleur semblable. Ses nageoires, adaptées aux déplacements terrestres, s’agitaient douloureusement tandis qu’il ouvrait et refermait la bouche. Assez grande pour avaler la tête d’un homme, elle produisait un bruit semblable à celui de silex qu’on entrechoque. Était-il à l’agonie à l’air libre, ou furieux qu’on l’ait privé de son repas ? Impossible à dire.
« J-Je suis vivant… »
Le comte Drikul, l’Ain de Valdamir, s’adressa à l’ouvrier soulagé et insista une nouvelle fois :
« Restez sur vos gardes ! Ce n’est pas le reflux nocturne ! Toutes sortes de créatures ont été charriées depuis les lointaines mers ; des bêtes dangereuses se cachent dans les environs ! Si vous remarquez quelque chose d’étrange, lancez le harpon que vous avez en main avant de vous approcher ! »
Les ouvriers levèrent leurs harpons au-dessus de leur tête, le visage résolu. Ceux qui avaient déjà plongé se mirent à lancer leurs harpons dans les crevasses des rochers et les trous de la vase.
Quelques bêtes marines avaient survécu, mais la plupart n’étaient plus que des cadavres. Les conques et les crabes, notamment, assez dangereux sur la terre ferme, étaient pour la plupart morts, leur carapace brisée. Valdamir observa les marques laissées par les carapaces éclatées des crustacés, puis prit la parole.
« Cabilah. »
« Ne m’appelle pas aussi familièrement avec cet air effronté, traître ! »
Cabilah lui répondit sèchement.
Elle en voulait toujours à Valdamir de ne pas s’être rebellé — ou, plus exactement, de ne pas avoir poussé la Progenitrice à renoncer à son cœur.
Cela ne concernait pas Valdamir, et il s’en moquait. Sans tenir compte de l’insolence de Cabilah, il demanda :
« Quel genre de raz-de-marée était-ce ? »
« Il y a plusieurs sortes ? Quand l’eau de mer déferle, c’est un raz-de-marée. Je ne savais pas que tu étais du genre sentimental à regarder les vagues et à donner un nom à chacune. »
« La baleine insulaire a-t-elle ouvert le détroit qu’elle bloquait ? Une raie des nuages a-t-elle frappé la mer de ses nageoires alaires ? Ou était-ce simplement un raz-de-marée sans cause particulière ? »
Les sentiments étaient une chose, le travail en était une autre. À la question impassible de Valdamir, Cabilah claqua la langue, mais répondit sans hésiter.
« Je ne sais pas. Celui-ci est étrange. »
« Qu’est-ce qui est étrange ? »
« Les raies des nuages sont de plus en plus agitées. Ça arrive parfois avant un reflux nocturne, mais ces derniers temps, elles font particulièrement du bruit. Les vagues déferlent presque tous les jours. Tu sais à quel point c’est assourdissant ? »
« Et pourquoi ? »
Cabilah répondit avec irritation :
« Comment veux-tu que je sache ce qui se passe dans les lointaines mers ? J’ai déjà assez à faire avec ma sœur ! »
« C’est ton travail. »
« Tss ! Alors tu aurais dû y prêter attention depuis le début ! Tu ignores le problème pendant des lustres, puis tu viens m’asticoter dès qu’il se passe quelque chose ! »
« C’est mon travail. »
« Argh ! »
Furieuse, Cabilah donna un coup de pied dans une maison à moitié effondrée. Boum. Le mur, fragilisé par le raz-de-marée, s’écroula, révélant un énorme œil dans la large fissure.
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