Chapitre 451
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 451 : Un pour tous
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La rébellion des Anciens fut brève, mais ses conséquences furent dévastatrices. À lui seul, Erjebeut avait tué ou blessé des dizaines de personnes dans sa courte crise de violence. Au moins, Lir avait réussi à transformer ceux qui auraient dû mourir en survivants simplement blessés. Grâce à cet exploit miraculeux, comme si Dieu avait commis une erreur dans le registre des morts, ils avaient eu la chance de continuer à vivre et de raconter leur histoire.
Ceux qui avaient perdu du sang de toutes parts gisaient désormais, leurs plaies refermées, et gémissaient d’anémie. Hilde promena rapidement le regard sur les lieux et marmonna :
« Tant qu’ils ne meurent pas, elle peut les maintenir en vie… C’est un pouvoir assez enviable, non ? J’aimerais que l’État militaire en ait un aussi, comme un médicament courant~. »
« À ton avis, qu’est-ce qu’un Ancien ? »
« Un autre Ancien n’en serait peut-être pas capable, mais elle, si ! Elle sauve les gens, pas vrai ? Alors elle conviendrait mieux à l’État militaire, où bien plus d’humains meurent, qu’au Duché, non ? »
« Tu te vantes d’avoir davantage de morts. »
« Oui ! Plus il y a de morts, plus il y a de vivants ! On ne va pas s’émouvoir pour quelques dizaines de personnes ! »
Hilde jeta un coup d’œil aux blessés. Ceux qui avaient failli mourir après avoir offert leur sang à l’Ancien Erjebeut étaient terrifiés. À peine réchappés à la mort, ils racontaient en bafouillant ce qui venait de se passer.
« C’était Madame Erjebeut ! L’Ancien a essayé de tous nous tuer ! »
« Quoi ? Pourquoi un Ancien ferait-il ça ? »
« E-Elle a dit qu’elle prendrait notre sang pour s’en servir comme énergie… ! »
« Même comme ça, ce n’était pas une raison pour tuer qui que ce soit… »
Au Duché régnait la loi du bétail. Les humains d’ici étaient particulièrement paisibles et dociles à cause des vampires. Ceux-ci géraient tout le monde en tant que prédateurs, dirigeants et même protecteurs de l’humanité ; les humains menaient donc une existence tranquille, en bétail.
Hélas, les humains n’étaient pas du bétail. Jamais ils n’accepteraient de l’être.
« Depuis le début, nous étions de la nourriture. »
« Nous avons survécu de justesse, mais si une autre bataille éclate, on nous dévorera. »
« Nous ne pouvons pas trop compter sur les vampires. Les humains doivent s’unir. »
Ils avaient déjà l’air plus animés. C’était bon à voir. Enfin, à moins de vouloir être du bétail, vivre comme tel tout en refusant de l’admettre n’était que pure illusion.
Les yeux de Hilde brillèrent comme ceux d’une enfant qui venait d’apercevoir un jouet.
« Père, “je” veux Lir Nightingale ! Tu ne pourrais pas négocier avec Tyrkanzyaka ? »
« Débarrasse-toi de cette habitude de compter sur moi dès qu’il t’arrive quelque chose. Il serait temps que tu te débrouilles seule, non ? »
« Hein ? Tu dis ça alors que tu serais mort depuis longtemps sans “moi” ? »
« Qui t’a demandé de l’aide ? Tu m’as aidé de ton propre chef, non ? Je ne t’ai pas fait signer de reconnaissance de dette. La prochaine fois, apprends à te faire payer d’avance. »
« Waouh ! Quel salaud ! »
C’était ça, la vie. Pourquoi quelqu’un qui avait vécu si longtemps se comportait-il ainsi ?
Hilde m’avait posé la question, mais nous ne pouvions pas décider ici de la destination du Sage guérisseur. Peut-être s’était-elle un peu détendue, elle aussi, car elle bâilla longuement.
« Ahhh~. Je suis épuisée. Je veux d’abord me reposer un peu~. »
« Tu manques d’endurance. Moi, je ne suis pas si fatigué. »
« Tu étais tranquillement installé dans la chambre de la Progenitrice, à manger et à te prélasser, jusqu’à tout récemment ! “Je” n’ai même pas pu dormir correctement pendant que j’enquêtais ! »
« Pourquoi as-tu fait ça ? Tout allait se régler tout seul comme ça, tu aurais pu prendre ton temps. »
« Comment “j’étais” censée le savoir ? Je ne pouvais pas me reposer ! J’étais morte d’inquiétude à l’idée que tu puisses mourir si quelque chose tournait mal ! »
C’était plutôt touchant.
À vrai dire, je ne m’attendais pas à ce que Hilde m’aide autant. Je pensais qu’elle voulait seulement me vendre au prix fort et se servir de moi. En fait, c’était toujours exactement ce qu’elle voulait.
Mais quelque part, au fond d’elle, Hilde attendait quelque chose de moi, ou plutôt du Roi de l’Humanité. Le fait que j’aie percé son identité à jour expliquait sans doute en partie cette attente, mais savoir si je pouvais y répondre était une autre question… Enfin, ça ne me déplaisait pas, alors ça suffisait.
« Oh, eh bien~. J’ai apporté ma contribution, alors ma position a dû beaucoup s’améliorer, non ? Tyrkanzyaka, le dieu du Duché, se trouve dans une situation plus précaire après cet incident. Les négociations seront beaucoup plus faciles à partir de maintenant ! »
« J’aimerais vraiment que ce soit le cas, moi aussi. »
« Qu’est-ce qu’il y a encore ? Si tu sais quelque chose, dis-le-moi vite. “Je” ne veux pas traverser un enfer pire que celui-là. »
« Ce n’est pas quelque chose que je sais. Je n’arrête pas de repenser à ce qu’a dit le Duc du Sang écarlate. »
Ce n’était pas une trahison tant que je ne la trahissais pas. Il n’avait pas dit ça parce qu’il croyait que j’allais trahir Tyr et voulait me prévenir. Valdamir ne dirait jamais une chose pareille.
C’était une déclaration : même si je trahissais la confiance de Tyr, il n’agirait pas.
Franchement. Pourquoi parlait-il comme si j’allais la trahir ? Comme Hilde l’avait dit, j’avais aidé Tyr. Grâce à ça, ma valeur et ma position avaient augmenté. J’avais gagné le droit d’intégrer cette structure de pouvoir, au lieu de rester simplement son consort préféré. Pourquoi aurais-je renoncé à ça ?
Attendez un peu. J’allais m’enraciner profondément dans ce vide du pouvoir et en profiter au maximum. Je détestais peut-être l’ordre et tout le reste, mais si c’était moi qui dirigeais cet ordre, pourquoi le rejeter ?
Bientôt, un brouhaha s’éleva là-bas. Un groupe de personnes marchait droit vers moi. Lorsqu’elles furent assez près pour que je distingue leurs visages, une voix familière retentit parmi elles.
[Hyu !]
Vous voyez ? Tyr était venue me chercher d’elle-même. Je pouvais maintenant vivre en profitant du pouvoir…
…
Hein.
Tyr s’approcha. Naturellement, elle n’avait pas la moindre blessure. Ses plaies auraient de toute façon guéri, mais à en juger par ses pensées, elle avait à peine été touchée. Tyr avait traversé son propre conflit et appris à utiliser pleinement son autorité pour elle-même.
Oui. Elle avait enfin appris à vivre comme une humaine plutôt que comme une déesse. C’était ce que j’avais voulu, mais ça ne s’annonçait pas forcément tout rose.
[Hyu… ! Tu es blessé quelque part ? Tu vas bien ?]
Tyr courut droit vers moi et se jeta dans mes bras. Son corps, légèrement plus chaud qu’avant, se pressa contre le mien. Valdamir la suivait à pas lents, mais elle ne lui accorda aucune attention, pas plus qu’aux innombrables humains qui nous observaient. Son regard ne quittait que moi tandis qu’elle me caressait doucement le visage.
« Oui, ça va. »
[Quel soulagement. Si tu étais mort… je…]
Tyr murmura ces mots, les yeux si brillants qu’elle semblait sur le point de pleurer, puis se dressa soudain sur la pointe des pieds et m’embrassa. Pris au dépourvu, je fus déconcerté, mais ce n’était pas mon premier baiser ; je l’acceptai donc sans hésiter. Des lèvres plus douces, et d’une certaine façon plus chaudes qu’avant, recouvrirent les miennes.
« Vous ne vous gênez pas~. »
Hilde, qui nous observait à côté, lança ça d’un ton léger, sans comprendre ce qui se passait. Vraiment, elle ne comprenait absolument rien.
Le long baiser prit fin. Tyr m’enlaça par la nuque et souffla doucement, le sourire chaleureux.
[Hyu…]
Une longue ombre ondula derrière Tyr tandis qu’elle me regardait. Étrange. Au Duché, où le brouillard tamisait la lumière du soleil, les ombres ne se dessinaient pas aussi nettement. Qu’est-ce que c’était… ?
Tandis que je me posais la question, Tyr me prit le visage à deux mains, comme pour m’obliger à lui prêter attention, et demanda :
[Es-tu satisfait, maintenant ?]
« Quoi ? Satisfait ? »
[La rébellion des Anciens que tu as orchestrée. Est-ce que ce spectacle t’a suffisamment diverti, Roi de l’Humanité ?]
Comme si j’avais tout manigancé, Tyr me caressa le visage en posant sa question.
Qui avait rendu Tyr comme ça ?
« Un drame pareil vient d’avoir lieu, alors moi aussi… »
[Chut.]
Quand mes explications commencèrent à s’éterniser, Tyr se rapprocha encore et me mordilla la lèvre. La piqûre m’apprit qu’elle l’avait légèrement entaillée. À mesure que montait une odeur métallique, Tyr lécha le sang qui perlait et m’adressa un sourire pitoyable.
[Hyu, je ne regarde que toi. Je ne pense qu’à toi. Je sais que tu aimes observer les étincelles qui jaillissent quand les humains s’affrontent.]
« Ah, pas forcément. »
[Tu pousses même ceux qui hésitent à agir… Je le sais. Et je sais que tu ne fais pas de différence entre les humains.]
Tyr était une vampire qui avait vécu mille ans. Au fil de ces années sans fin, elle avait appris à observer le monde et à le laisser suivre son cours. Si elle avait ressenti de la douleur et de la solitude tout ce temps, elle n’aurait pas pu garder la raison. Heureusement pour elle, l’absence d’émotions propre aux vampires l’y avait aidée. Ce n’était pas pour autant ce que Tyr avait souhaité.
Et maintenant que toutes les émotions et les sensations de Tyr étaient revenues à la vie.
[C’est pour cela que tu as donné une impulsion à tout le monde. L’Ain de Luscinia, Erjebeut et… Finlay aussi.]
Elle ne laissait rien passer, pas même la plus petite chose. Elle examinait avec soin le moindre soupçon. Et si cela me concernait, elle creusait encore davantage.
[L’épreuve n’était qu’une occasion, elle aussi. Tu connaissais la réponse, mais tu ne l’as pas révélée. Tu pensais qu’il se passerait quelque chose à cause de cette épreuve.]
« Non, la procédure… »
Au moment où j’essayai de dire quoi que ce soit, ses lèvres scellèrent de nouveau les miennes. Comme si elle me punissait de mentir, elle préleva un peu de sang de la petite plaie.
Tout en répétant que mon sang avait mauvais goût, Tyr le savourait lentement et me murmura à l’oreille :
[N’est-ce pas comme à l’époque, Hyu ? Quand tu m’as électrocutée dans l’Abîme. Pourquoi m’as-tu soufflé l’espoir alors que j’avais renoncé, et m’as-tu fait goûter à sa douceur ?]
« Parce que tu en avais l’air d’avoir envie. »
[À cause de ça, je me suis souvenue d’un ancien souhait et je me suis confiée à une manœuvre aussi risquée qu’un pari. À ce moment-là, c’était la seule décision que je pouvais prendre.]
Ordonner à la thrall qu’elle dominait de prendre le contrôle d’elle-même. C’était une méthode plutôt efficace. Si Finlay, un simple Yeiling, n’avait pas été aussi lamentablement faible, il aurait peut-être réussi comme Luscinia. Je trouvais que la tentative en elle-même était bonne.
[…Même si tu avais déjà un moyen de me sauver.]
C’était vrai. Je n’étais pas obligé de la sauver, mais j’avais bel et bien possédé ce moyen.
Comme si elle avait lu dans mes pensées, Tyr reprit :
[Le salut n’est pas une obligation, alors je ne t’ai pas posé de questions. Même si je n’avais eu aucune honte, je n’aurais pas pu te demander pourquoi tu ne m’avais pas sauvée plus tôt. Mais il y a une chose… Une seule, et je veux entendre ta réponse.]
« Laquelle ? »
[Pour qui était-ce ?]
Au-dessus de la tête couronnée de Tyr, j’aperçus une ombre sur le sol que le soleil n’atteignait pas. Je ne comprenais pas pourquoi son ombre s’accrochait au sol alors qu’elle était dans mes bras. On aurait presque dit qu’elle était vivante… Enfin, il n’y avait rien d’étrange à ce qu’une ombre ait l’air bizarre si elle ressemblait à Tyr, mais…
Alors, mes yeux croisèrent ceux de l’ombre.
Des yeux rouges me fixèrent depuis une obscurité de jais, puis se plissèrent en un sourire.
J’eus la chair de poule en un instant. Une sueur froide me coula le long du dos. Je ne parvenais pas à lire les pensées de l’ombre. C’était sûrement quelque chose que l’autorité de Tyr avait créé et qui agissait selon sa volonté, pourtant…
Tyr.
Qu’est-ce que tu avais exactement « créé » ?
[Finlay ? Erjebeut ? Les autres Anciens ?]
Était-ce quelque chose comme Rallion ? Mais Rallion avait été créé à partir de la bête de somme enterrée à ses côtés. Tandis que ça… c’était pratiquement humain.
Ça contenait les éléments constitutifs d’un humain. Du sang y circulait comme chez Tyr. Plus encore, c’était comme la personnification d’un vampire, qui réunissait en un seul corps toutes les formes d’autorité vampirique.
Pourtant, Tyr avait créé cette chose sans lui donner le moindre ordre. Cette ombre bougeait de son propre chef !
[Ou bien peu importait de quel humain il s’agissait ?]
Tyr ne faisait que poser des questions. Pourtant, une force si intense que j’avais à peine la capacité de respirer me clouait sur place. Ce n’était ni une présence intimidante ni un pouvoir arcanique. C’était uniquement de la volonté, une force que je percevais indirectement en lisant le cœur de Tyr.
Et pourtant… ce cœur pouvait prendre forme physique à tout moment.
[Est-ce que je compte particulièrement pour toi ?]
C’était la plus grande crise de ma vie. Je devais répondre avec prudence.
Tyr le savait, elle aussi. Elle savait qu’elle ne pouvait pas tout connaître de mon cœur. Elle ne me posait pas la question parce qu’elle croyait que mes paroles seraient vraies.
Elle voulait dire qu’elle les accepterait comme la vérité, ou qu’elle les rendrait vraies.
Qui lui avait appris à faire ça ? Pour un humain qui tenterait de tromper quelqu’un, ce serait assurément difficile. Quelle façon de s’exprimer, franchement ? Peu importait que l’autre soit capable de lire dans les pensées ou non.
Enfin, je n’essayais pas de la tromper, de toute façon.
« Tu es quelqu’un de spécial. »
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