Chapitre 450
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 450 : Aucune fleur ne s’épanouit en dix jours
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Hiiii !
Le Destrier de sang Rallion poussa un hennissement féroce. Il prit appui sur le sol et bondit, enfonçant ses sabots avant dans la poitrine de Rahu Khan. Celui-ci encaissa le choc tandis que les empreintes de sabots se gravaient dans les pectoraux du centaure, puis lança un coup de lance.
La lance transperça Rallion de la tête à la queue en un seul mouvement, le tordant jusqu’à le réduire à une poignée de sang.
Mais ce ne fut que l’affaire d’un instant. Rallion se régénéra aussitôt, renâcla et percuta Rahu Khan. Alors qu’ils luttaient, Rahu Khan s’écria :
« Rallion. Tu n’as pas changé ! »
Rallion, le premier Ancien de la Progenitrice, était un Ancien, et pourtant il n’en était pas un.
La vie de Tyr, en tant que jeune fille, touchait à sa fin, tandis que Tyrkanzyaka devenait la Progenitrice. Rallion fut sa première création, façonnée en mémoire du cheval mort à ses côtés. Contrairement aux Anciens, qui avaient chacun leur propre conscience, Rallion ne suivait que les sentiments de la Progenitrice.
Les Anciens avaient autrefois été humains, mais Rallion était un vieil ami, modelé à partir des souvenirs de la Progenitrice.
Cela n’avait pas changé, même après que la Progenitrice se fut libérée de la entrave de sang. Rallion se dressa loyalement sur le chemin de la traîtresse. Une force écrasante constituait à elle seule une forme d’autorité. Grâce à sa puissance innée, Rallion repoussa Rahu Khan.
Le combat marqua une pause. Après avoir encaissé quelques coups, Bakuta et Meurie ne firent plus rien de notable. Ces deux-là avaient toujours eu un tempérament extrêmement instable. Une fois l’entrave disparue, ils s’étaient contentés de piquer des colères impulsives, sans véritable but.
Erjebeut, le seul à posséder réellement la force nécessaire pour menacer la Progenitrice, avait disparu après avoir été projeté au loin.
Pour Rahu Khan, le combat était tout sauf plaisant. Son objectif était de protéger les centaures. Si Rahu Khan avait rejoint la rébellion contre la Progenitrice, c’était parce que l’instabilité de l’ordre politique depuis la rupture de l’entrave l’inquiétait.
En cas d’échec de la rébellion contre la Progenitrice, Rahu Khan comptait fuir dans la jungle avec les siens. Avec ses quatre jambes, Rahu Khan était plus rapide que quiconque.
Naturellement, Rahu Khan se battait sans conviction, ayant déjà l’esprit tourné vers la fuite. Même si un effort total lui aurait permis de se débarrasser de Rallion, Rahu Khan se contentait de lutter tout en surveillant la situation.
« Ha ha ha ! Progenitrice ! Tu as encore du chemin à faire ! »
Paradoxalement, c’est Lungken qui combla le vide laissé par Erjebeut. Lungken, qui avait donné à la Progenitrice l’occasion de réagir et de progresser, faisait maintenant face à Tyrkanzyaka.
L’ombre de Tyrkanzyaka balaya l’air d’un bras, comme agacée. Un geste désinvolte, celui de quelqu’un qui chasse une mouche. Un bras gigantesque et ténébreux pulvérisa murs et planchers en fonçant sur Lungken.
Lungken ne possédait aucune autorité particulière. Tout ce qu’il avait, c’était un corps puissant et une volonté de combattre sans limites.
Pourtant, lorsque la force écrasante s’alliait à l’esprit combatif, elle devenait à elle seule une formidable autorité. Le désir fondamental des hommes-bêtes sangliers, que même le sang véritable de la Progenitrice ne pouvait arrêter, les poussait à foncer, y compris contre un ennemi immense et surpuissant.
« Hup ! »
Lungken chargea droit devant et percuta l’ombre de Tyrkanzyaka. Face à un adversaire d’une taille colossale, dont la masse et la vitesse dépassaient de très loin ce que son poids laissait attendre, Lungken avança les deux bras et la tête.
On aurait dit que Lungken venait de foncer dans un char lancé à pleine vitesse.
Son corps fut broyé des jambes jusqu’à la tête. Pourtant, même lorsque sa tête s’enfonça dans son cou, ses poings continuèrent de frapper l’adversaire.
Les jambes de Lungken raclèrent le sol de pierre, mais il serra les poings et frappa à l’aveuglette. Des dizaines, puis des centaines d’ondulations se propagèrent sur l’ombre matérialisée.
Si un coup ne suffisait pas, une rafale en viendrait à bout. Lungken déversa sa force sans relâche.
L’ombre de Tyrkanzyaka était dense, mais jusque-là, elle n’avait fait qu’imiter son corps. Elle n’était pas encore solide. Sous les coups répétés de Lungken, portés au même endroit, les ténèbres se dispersèrent.
Enfin, Lungken brisa l’ombre d’un coup de tête, puis rugit, couvert de sang.
Bien sûr, il ne s’agissait que d’un seul bras.
Deux bras jaillirent soudain de l’ombre. Ils saisirent Lungken et le projetèrent dans les airs, ouvrant un nouveau trou dans le plafond du Château de la Pleine Lune. Son cri s’évanouit au loin.
Quoi qu’il en fût, Tyrkanzyaka ne prêtait pas attention à Lungken. Elle marmonna d’un ton lugubre :
[… Où est Hyu ?]
« Si tu parles de ton concubin préféré, il s’est déjà enfui. Il t’a abandonnée, ma sœur. »
Cabilah n’avait pas pris part au combat et s’était contentée d’observer. Même si la situation tournait en leur défaveur, elle ne changeait pas d’attitude.
Tyrkanzyaka lança un regard noir à Cabilah.
[Il s’est simplement éloigné un instant parce que la situation devenait dangereuse.]
« C’est pareil. Quand le danger approche, il ne sera pas à tes côtés. Et s’il l’est, les choses risquent d’être encore plus dangereuses. »
[Être à mes côtés rend les choses dangereuses ?]
« Oui, ma sœur. Comme ça. »
Cabilah écarta les bras et désigna le château dévasté. Les combats répétés avaient tout détruit, du mobilier et des ornements jusqu’aux sols et au plafond. Le château était trop fragile pour résister à une bataille entre vampires.
Les vampires étaient les seules choses qui avaient gardé leur forme. Tout comme ils avaient traversé plus de mille ans d’histoire sans changer, ils demeuraient intacts tandis que le château s’effondrait autour d’eux.
« Regarde. Il ne reste que des vampires. Les vampires sont les seules choses qui ne changent pas, les seules qui durent éternellement. Tout le reste s’écroule autour d’eux comme des grains de sable, parce que c’est plus tendre et plus fragile que les vampires. »
Sans douleur, il n’y avait pas de peur. Puisque leurs corps se régénéraient, ils n’hésitaient pas à tout détruire.
C’était vrai non seulement des Anciens, mais aussi de Tyrkanzyaka. Même lorsqu’une nouveauté se présentait à elle, elle se contentait de la regarder jusqu’à ce que celle-ci la brise.
« Si tu gouvernes tout ce pays, alors, tant que tu l’aimeras, il sera en sécurité. Mais que se passera-t-il si tu cesses d’être la Progenitrice ? Si quelqu’un le prend en otage, ne le reconnaît pas et l’attaque, ou l’assassine simplement pour te tourmenter ? Aveuglée par l’amour, seras-tu capable de le voir venir et de l’en empêcher ? »
[Tu sous-estimes Hyu. Tu crois qu’il se laisserait vaincre si facilement ?]
« Oui. Il le sera. C’est le destin du Roi de l’Humanité, non, du Roi des Bêtes. »
Cabilah l’affirma sans hésiter.
« Le rôle des bêtes est de se faire bêtement vaincre par les humains avisés. Le Roi des Chiens ne fait le mignon que pour les humains, tandis que le Roi des Loups se fait piéger et meurt. Le Roi des Moutons survit en offrant sa laine à chaque fois…
« Et le Roi de l’Humanité sera abandonné par l’humanité et mourra. »
[Abandonné… ?]
« Avant l’An Un, l’humanité a conquis la terre et bâti le plus puissant des empires. Le souverain de cette grande nation était le Roi de l’Humanité. Sais-tu comment le Roi de l’Humanité, le plus puissant des Rois des Bêtes, celui qui possédait à la fois la force et la sagesse, a disparu ? »
C’était une affaire si ancienne que même Tyrkanzyaka n’en avait jamais entendu parler. Elle avait vécu à l’époque des Cinq Seigneurs et les avait vus peu à peu disparaître. Même ce qu’elle savait se limitait aux Cinq Seigneurs.
La Sainte Vierge avait dit que l’humanité était la maîtresse de toute la Création, une race supérieure aux bêtes. Elle en avait conclu que le Roi de l’Humanité n’existait pas.
Tyrkanzyaka, qui niait tout ce que disait la Sainte Vierge, n’avait pas pris ces paroles pour argent comptant. Pourtant, cela ne l’avait pas assez intéressée pour qu’elle s’y attarde.
Ce n’était que récemment, à cause de Hughes, qu’elle avait commencé à s’en soucier.
Mais Cabilah, elle, savait quelque chose. Tyrkanzyaka se surprit à l’écouter.
« Ce fut une rébellion. »
Cabilah lui raconta un fragment d’histoire que peu de gens connaissaient encore.
« Le Roi de l’Humanité accueille la volonté de l’humanité. Se rebeller, c’est usurper le pouvoir et l’autorité d’un roi. On raconte que le Roi de l’Humanité a renoncé à sa vie et à son pouvoir en réponse au désir de rébellion de l’humanité, puis a disparu. »
[… Disparu ?]
« Oui. J’ignore pourquoi celui qui n’avait jamais paru jusqu’ici s’est enfin montré à toi. Mais lui non plus ne durera pas longtemps. Les vivants ne peuvent pas le protéger.
« La nation sera secouée, puis s’effondrera. Le Roi de l’Humanité aussi, et même ton cœur. Je te le conseille sincèrement, ma sœur. Fais le choix le plus sage. Ce pauvre Valdamir te soutiendra sans rien comprendre ; alors, avant qu’il arrive… »
Même si Cabilah ne faisait rien, la tragédie finirait par s’abattre sur eux. Elle murmura comme une prophétesse.
Cette inquiétude aurait été vaine tant que Tyrkanzyaka gouvernait tout le monde. Mais à présent, le Duché n’agissait plus uniquement selon sa volonté. La rébellion des Anciens en était la preuve éclatante.
Tandis que les ténèbres de Tyrkanzyaka s’épaississaient, Cabilah regarda soudain vers l’extérieur et marmonna :
« Oh, le voilà. »
Boum !
Avant qu’elle ait pu finir sa phrase, un mur s’effondra dans un fracas. Un vieux moine décharné roula sur le sol et percuta le mur.
Le Moine de sang Dogo, qui avait réprimandé la Progenitrice avant de partir, était revenu dans un état que personne n’aurait pu prévoir. On aurait dit que quelqu’un l’avait copieusement rossé. Il lança un regard furieux au-delà du mur en ruines et rugit :
« Misérable ! »
Valdamir apparut calmement dans l’ouverture. Contrairement à Dogo, il n’avait pas un pli. Il entra d’un pas léger, baissa les yeux vers Dogo et dit :
« Tenez-vous correctement. Vous êtes en présence de la Progenitrice. »
« Une Progenitrice qui a renoncé à sa force et à son autorité, consumée par la luxure, n’est rien ! Le repos est terminé. Ce moine va quitter ce monde de souffrance ! »
« Faites comme bon vous semble. Mais laissez la Progenitrice décider du sort de votre sang. »
« Personne ne décidera du sort de ce moine ! »
Dès qu’il retrouva son équilibre, Dogo fondit sur Valdamir comme l’éclair. Le vénérable artiste martial ne laissa pas à Valdamir la moindre occasion de brandir son espadon et se glissa sous sa garde.
Boum. Dogo piétina le sol assez fort pour faire trembler tout le château, puis libéra une décharge d’énergie.
Art démoniaque du combat de sang, technique secrète : Ruine.
Un flot d’énergie sanguine tourbillonnante déferla, prêt à déchiqueter Valdamir. En réponse, celui-ci plia le bras et le ramena vers lui.
Une immense force s’engagea selon un axe légèrement décalé. La torsion engendra une rotation prodigieuse.
Le coup de Dogo, qui aurait dû mettre Valdamir en pièces, ne fit que l’effleurer. Leurs bras s’enroulèrent l’un autour de l’autre et se soulevèrent en sens inverse. Valdamir esquiva l’attaque à l’épaisseur d’une feuille de papier, puis saisit le bras de Dogo, tendu à l’extrême.
Crac.
Le bras, qui avait libéré toute sa puissance, n’avait plus aucune force. Valdamir le tordit et força l’articulation à se plier dans le mauvais sens, brisant le bras de Dogo comme une tige de paille.
Même s’il s’agissait d’une attaque énergétique, Dogo l’avait exécutée comme un artiste martial. Valdamir allait donc le traiter comme tel.
Avant que Dogo ait pu régénérer son coude ballant, Valdamir brandit vivement son espadon. Dogo réagit rapidement et détourna le plat de la lame, mais Valdamir coinça la poignée entre ses côtes au lieu d’utiliser le tranchant.
Pour un vampire, ce n’était pas une blessure grave, mais Valdamir ne cherchait pas à l’attaquer. Il voulait restreindre ses mouvements.
Même un vampire ne pouvait bouger normalement avec un espadon coincé entre les côtes. Dogo dut le retirer, mais Valdamir réagit un demi-temps plus vite et le pressa sans relâche.
Force physique, technique, situation elle-même : Valdamir avait un léger avantage à tous les niveaux.
Il ressemblait à un bourreau rendant son jugement sur le péché. À la moindre erreur de Dogo, Valdamir lui faisait payer le prix sans la moindre pitié. Il lui trancha un bras, lui fracassa une épaule, et exploita chaque bref instant où Dogo tentait de se régénérer.
Pour un affrontement où l’écart de force était si évident, le combat dura longtemps. Pourtant, à l’échelle d’un duel entre vampires, tout se joua en un instant.
Dogo s’effondra aux pieds de Valdamir, le corps en lambeaux, et poussa un cri de rage impuissante.
« Ghh… ! Vous avez contré les techniques de ce moine ! Depuis quand ?! »
« À force de les observer pendant près de mille ans, on finit par apprendre. Je vous poserais plutôt la question : qu’avez-vous fait pendant tout ce temps ? »
Valdamir connaissait la réponse.
Rien.
Chaque Ancien était un monstre qui s’était fait un nom à son époque. Ils avaient conservé toute la puissance de leur apogée, tout en gagnant l’immortalité des vampires. Rien que cela faisait d’eux des êtres comparables à des catastrophes.
Puis ils s’étaient arrêtés.
Leur technique, déjà parfaite, s’était renforcée avec leur puissance, et chaque Ancien avait acquis sa propre autorité. Cela suffisait à leur permettre d’exécuter les ordres de la Progenitrice.
Valdamir avait simplement eu la chance de rencontrer la Progenitrice et de recevoir son sang. Pour lui être ne serait-ce qu’un peu utile, il avait dû se battre.
Heureusement, en tant qu’Ancien, Valdamir s’était vu promettre de longues années et d’innombrables occasions. Il s’était perfectionné tout en apprenant les techniques des autres Anciens.
« Vous avez pris du retard, Dogo. »
« Urgh… ! »
« Je ne vous reprocherai pas votre paresse. C’est pour cela que vous êtes devenu vampire. Vous n’en êtes arrivé là que parce que vous vous êtes opposé au chemin que la Progenitrice souhaite emprunter. »
Valdamir marmonna froidement et appuya de tout son poids sur son pied.
Même le corps endurci de l’ascète s’écrasa sous la force du Duc du Sang écarlate. Crac. Les côtes et le cœur de Dogo furent broyés d’un coup, et le pied de Valdamir le transperça jusqu’au sol.
Traitant Dogo comme une chaussure trouée, il épousseta ses mains et se présenta devant Tyrkanzyaka.
[… Valdamir.]
« Je vous prie de m’excuser, Progenitrice. J’ai été retardé par la soumission des traîtres. »
Toutes sortes d’émotions jaillirent de l’ombre inquiétante. Les ténèbres ondulèrent dans tous les sens, comme si elles répondaient au cœur de Tyrkanzyaka.
Valdamir leva les yeux vers l’ombre qui le fixait et songea :
On dirait qu’elle a enfin compris ce que signifie la vigilance.
Les vampires manquaient de vigilance par nature. Ils ne mouraient pas et ne ressentaient pas la douleur ; ils avaient donc peu de raisons de craindre quoi que ce soit.
Valdamir vit le changement de Tyrkanzyaka et en fut fier.
[Toi aussi, tu comptes me défier ? Tu me condamnes d’avoir retrouvé mon cœur ?]
« Pas du tout. Le chemin que vous prenez est le mien. »
[Les autres Anciens ne semblent pas du même avis.]
« Ils ont choisi de s’arrêter. Vous avez choisi d’avancer ; nous n’avons donc pas d’autre choix que de les laisser derrière nous. »
[Tu es resté silencieux tout ce temps pour me mettre à l’épreuve ?]
« Comment oserais-je ? Ceux que je voulais mettre à l’épreuve, c’étaient les Anciens. »
Du Lahan, Erjebeut et Dogo avaient simplement échoué à l’épreuve. Valdamir en fit calmement le rapport à la Progenitrice, comme si tuer des Anciens était une tâche familière.
En regardant les Anciens, ni morts ni vivants, Tyrkanzyaka finit par comprendre.
[Luscinia n’a pas choisi de mourir. J’ai donc passé tout ce temps à leur faire subir une épreuve inutile.]
« C’est exact. »
Valdamir était loyal à la Progenitrice, mais ne lui obéissait pas aveuglément. Pour son bien, il accomplissait sans hésiter des choses qu’elle ne lui avait pas ordonnées.
Comme un parent espérant voir grandir son enfant, il lui laissait toujours sa part. Qu’il s’agisse d’un jugement concernant la nation, de connaissances qu’elle devait étudier, ou même d’un Ancien qui s’était rebellé.
Tyrkanzyaka observa le plus puissant des Anciens et lui demanda, comme pour s’en assurer :
[C’est toi qui as entièrement détruit Luscinia.]
« C’est… »
Il allait le reconnaître sans hésiter lorsqu’une hypothèse lui vint soudain à l’esprit.
Valdamir agissait pour la Progenitrice, non parce qu’il était l’un des siens. Avant de mourir, il avait souhaité devenir l’occasion qui permettrait à la Progenitrice d’avancer. Même après être devenu l’un des siens, il avait gardé ce désir.
C’était pour cela qu’il avait tué Luscinia, un autre Ancien. Celui-ci avait osé proposer une rébellion contre la Progenitrice.
À l’époque, Valdamir en avait été certain. Il était impossible de dissiper d’un seul coup la folie de Luscinia et, libéré de l’entrave par ses propres moyens, celui-ci deviendrait une véritable menace pour la Progenitrice.
C’était une décision rationnelle, digne d’un vampire.
Mais après s’être libéré de l’entrave, en repensant à l’affaire, quelque chose l’avait troublé.
Pourquoi Luscinia était-il venu trouver Valdamir ? Pourquoi avait-il proposé une rébellion au Duc du Sang écarlate, qui suivait sincèrement la Progenitrice ? Et pourquoi l’avait-il fait alors que son corps, après sa fuite de l’entrave, était encore incomplet ?
Et pourquoi avait-il amené sa fille, qui était pratiquement morte ?
Valdamir n’avait pas eu d’autre choix que de tuer Luscinia. Il l’avait fait pour la Progenitrice, mais ce n’était pas ce qu’il avait voulu.
Si un Ancien en tuait un autre, le désordre s’abattrait sur la nation. Valdamir, qui n’était pas un Ancien, pouvait les tuer, mais il n’avait aucun pouvoir sur eux.
Alors Valdamir avait transmis le sang véritable qu’il avait obtenu à Lir, la fille de Luscinia. Il ne possédait aucune autorité particulière, mais cela n’avait pas d’importance.
Lir était la fille de Luscinia et l’une des leurs. Sans effet secondaire particulier, elle avait accepté le sang véritable et était devenue une Ancienne.
Une fois la Progenitrice de retour, il pourrait lui dire la vérité. En attendant, Lir était le meilleur réceptacle qui soit pour préserver le sang véritable.
Bien sûr, ce réceptacle ne devait pas être brisé avant son retour ; Valdamir l’avait donc protégée en secret…
Cette décision lui avait paru rationnelle et naturelle. Mais à présent qu’il s’était libéré de l’entrave, Valdamir éprouvait une étrange sensation en regardant Tyrkanzyaka.
Et si Luscinia l’avait mené exactement là où il le voulait ?
La libération de l’entrave faisait-elle disparaître la raison froide ? Non. Luscinia avait dû garder la tête aussi froide que Valdamir.
Valdamir ne comprenait pas pourquoi quelqu’un d’aussi rationnel serait venu lui proposer une rébellion ; il avait donc mis cela sur le compte de la folie.
Mais si ce n’était pas de la folie ? Et si Luscinia avait choisi de se faire tuer pour sauver sa fille mourante ?
Une fois libérés de l’entrave de sang grâce à l’anneau de domination, Luscinia et Lir ne pouvaient pas survivre tous les deux. Même le plus puissant des Anciens ne pouvait pratiquer sur lui-même une opération pour se tuer.
Luscinia avait besoin de quelqu’un pour le tuer et transmettre son sang véritable à sa fille. Valdamir avait été l’instrument idéal pour cela. Et même pour protéger sa fille par la suite.
Il avait peut-être été manipulé du début à la fin.
Valdamir eut soudain envie de sourire. Une réaction bien peu digne d’un vampire.
Peut-être était-ce aussi une idée qu’il ne pouvait avoir que parce qu’il s’était libéré de l’entrave. C’était probablement l’hypothèse la plus proche de la vérité.
Pourtant, Valdamir ne lisait pas dans les pensées. Il ne pouvait pas savoir ce que Luscinia avait pensé autrefois, et n’avait aucun moyen de le confirmer.
Même s’il remontait le temps, il arriverait à la même conclusion. Ce qui comptait, c’était qui avait fait quoi.
Valdamir se contenta d’exposer les faits.
« Oui. Luscinia s’est libéré de l’entrave et a comploté une rébellion ; je l’ai donc tué et j’ai transmis son sang véritable à Lir. »
Valdamir était de toute façon plus puissant que les Anciens qui restaient. Obtenir du sang véritable ne lui aurait apporté aucun avantage supplémentaire.
Depuis qu’il avait choisi de se ranger du côté de la Progenitrice, plus de mille ans auparavant, la rébellion des Anciens était vouée à l’échec.
Rahu Khan s’était enfui sans que personne s’en aperçoive, et les trois traîtres avaient été maîtrisés. Les autres n’avaient plus aucune volonté de combattre, tandis que le plus puissant d’entre eux, Valdamir, se tenait aux côtés de la Progenitrice.
La rébellion des Anciens s’acheva en un instant. Aussi soudaine qu’elle avait été, son issue fut tout aussi vaine.
Valdamir présenta les traîtres devant la Progenitrice.
« Je vous laisse décider de leur sort. Qu’allez-vous faire ? »
Pourtant, la Progenitrice s’intéressait davantage à autre chose. Tyrkanzyaka ne regarda même pas les Anciens en posant sa question.
[Hyu sait-il que tu as tué Luscinia ?]
La question n’avait peut-être rien d’important. Pourtant, elle était aussi tranchante qu’une lame parfaitement affûtée.
À quel point le Roi de l’Humanité qu’elle aimait avait-il été honnête avec Tyrkanzyaka ? On sentait la tension chez celle qui s’était toujours montrée insensible et insouciante en toute circonstance.
Était-ce l’amour qui changeait les gens, ou les gens changeaient-ils parce qu’ils avaient connu l’amour ?
Valdamir songea brièvement à Luscinia, puis chassa cette pensée et répondit honnêtement :
« Oui. »
Notes :
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