Chapitre 449
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 449 : Épreuve défiant les Cieux — Finale
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Contrairement aux autres, Du Lahan était le seul Ancien à l’être devenu en « s’opposant » à la Progenitrice. Le Chevalier noir. Une figure légendaire qui, sans tête, avait parcouru le monde en décapitant jusqu’aux chevaliers les plus renommés.
Il était normal que la tête de Du Lahan — le Chevalier noir, dont on disait qu’il avait brandi sa propre tête comme un fléau — soit séparée de son corps. Pourtant, il n’était jamais apparu avec sa seule tête, sans son corps. Ce n’était pas sa tête qui inspirait la peur, mais son corps.
Je m’adressai à la tête de Du Lahan.
« Seigneur Du Lahan. Pourquoi êtes-vous venu avec votre seule tête ? »
« …Toi… espèce de… ! »
Sa voix évoquait quelqu’un raclant le fond d’un bol vide. Il semblait avoir du mal à parler sans rien sous le cou. Même si c’était un Ancien, dans cet état, je pouvais le battre.
Voyant apparaître l’allié le plus puissant d’Erjebeut sous sa forme la plus vulnérable, celle-ci écarquilla les yeux et réclama des explications à Valdamir.
« Valdamir ? Que se passe-t-il ? Où est le corps de Du Lahan ? »
« Je l’ai laissé derrière moi. Si sa tête et son corps étaient réunis, il tenterait certainement de s’opposer à la Progenitrice. »
« …Quoi… ? »
Elle ne semblait toujours pas comprendre pourquoi il n’avait apporté que la tête de Du Lahan, alors qu’il était censé s’opposer à la Progenitrice. Elle aurait pourtant dû comprendre, à présent.
« Vous avez vraiment la tête dure, Madame Erjebeut. Faut-il que je vous explique tout en détail ? »
Je pris gentiment la peine de lui expliquer :
« Le Duc du Sang écarlate n’est pas de votre côté. Contrairement à vous autres, il n’a aucune intention d’attaquer Tyr. En revanche, s’en prendre à une traîtresse assez audacieuse pour se rebeller contre la Progenitrice, c’est une autre histoire. »
Erjebeut comprit trop tard. Pourquoi Valdamir était parti. Pourquoi il était allé réveiller Du Lahan tout seul. Et pourquoi il s’était approché si près d’elle en posant des questions et en faisant semblant de ne rien savoir.
Au moment où Erjebeut voulut répliquer, Valdamir passa à l’action. Elle déploya son éventail comme pour le repousser. Son puissant domaine résonna avec le sang qui recouvrait le sol, et celui-ci se dressa entre elle et Valdamir, tel un mur. Dans le même temps, des lianes rouges et des briques entremêlées se rassemblèrent pour lui saisir les chevilles. On aurait dit que le monde entier cherchait à le retenir.
Valdamir réagit avec simplicité. Il leva son espadon au-dessus de sa tête et l’abattit de toutes ses forces. Tout ce qui lui barrait la route fut tranché en deux : les lianes, les briques, et même les vagues de sang liquide.
Il pouvait trancher non seulement les objets, mais aussi l’autorité de l’art du sang. Erjebeut, qui connaissait mieux que quiconque la force de Valdamir, tenta plutôt de l’écraser sous le nombre. Une quantité de sang bien supérieure à ce qu’il pouvait trancher se déversa en cascade, entraînant toutes sortes de débris.
L’art du sang d’Erjebeut était d’une puissance écrasante. Même l’énergie sanguine ne répondait pas à l’autorité de Valdamir. Ici, les seules choses qu’il pouvait commander librement étaient son corps et son espadon.
Mais cela suffisait pour venir à bout d’Erjebeut. Valdamir remua les doigts.
Qu’il s’agisse d’un art énergétique, de l’art du sang ou d’une autorité fusionnant les deux, il mit l’espadon en mouvement. La lame s’envola comme si elle était vivante, puis se mit à tournoyer toute seule. Elle accéléra peu à peu jusqu’à devenir une véritable tempête. Valdamir broya les obstacles sur son passage, puis bondit par-dessus Erjebeut, saisit la poignée de l’espadon en mouvement et l’abattit.
Un coup irrésistible fendit le monde en deux. Erjebeut résista de toutes ses forces, mais son domaine sur le sang ne put arrêter le coup qui fracassait toute chose. Son éventail se brisa en deux et l’énergie sanguine, désormais incontrôlable, se dispersa de tous côtés.
Les vampires craignaient peu la mort. Était-ce parce qu’ils étaient immortels et ne ressentaient pas la douleur ? Cela jouait, mais c’était sans doute aussi parce qu’ils avaient peu de volonté de vivre. Comme lorsqu’on joue avec de la fausse monnaie, rien n’avait de saveur.
Mais Erjebeut avait enfin trouvé quelque chose qu’elle désirait. Désespérée, elle cria à ses thralls :
« Protégez-moi ! Protégez-moi ! »
Personne ne répondit à son appel. Les thralls d’Erjebeut avaient été maîtrisés par les Ain de Valdamir, comte Erte compris.
Même parmi les Ain, ceux de Valdamir sortaient du lot. Les thralls qui avaient appris et maîtrisé les pouvoirs d’autres Anciens étaient particulièrement doués pour combattre leurs semblables, plus encore que les humains. Deux d’entre eux seulement avaient suffi à immobiliser les Ain d’Erjebeut.
La situation était désespérée. Alors que l’espadon s’enfonçait toujours plus en elle, Erjebeut s’y agrippa et s’écria :
« Valdamir… ! Tu nous trahis ! »
« Une trahison ? Je n’ai jamais trahi personne. »
Valdamir marmonna en enfonçant davantage l’espadon.
En tant qu’Ancienne, Erjebeut ne pouvait pas mourir de blessures physiques. Même s’il tentait de perturber son domaine, son puissant contrôle restait intact.
Pourtant, son véritable corps était écrasé sous l’espadon, et elle n’avait plus la force d’agir ailleurs. Résistant tant bien que mal à la lame, elle prit la parole :
« C’est toi… C’est toi qui m’as convoquée et qui m’as dit que le Duché avait besoin de changement… ! Je n’ai agi que parce que j’étais d’accord avec toi ! »
Voilà donc ce qui s’était passé. Je m’étais demandé pourquoi ces Anciens paresseux s’étaient soudain mis en mouvement. Le Duc du Sang écarlate les avait poussés à agir dans l’ombre.
Un Ancien pouvait-il se laisser convaincre par de simples encouragements ? Ils n’auraient pas agi sans raisons valables. Un Ancien doté de la force et de l’influence du Duc du Sang écarlate avait forcément dû leur promettre son soutien avant qu’ils ne passent à l’action. Comme je m’y attendais, le Duc du Sang écarlate était à l’origine de la rébellion.
Elle ignorait simplement qu’il s’agissait d’un piège.
Valdamir enfonça encore davantage son espadon et murmura :
« Il n’y en avait que deux. Toi et Du Lahan. »
« Quoi… ? »
« Deux Anciens qui finiraient forcément par s’opposer à la Progenitrice, un jour, après s’être libérés de leurs chaînes. Du Lahan le ferait dès qu’il se serait affranchi des siennes. Toi, tu comploterais dans l’ombre, puis tu passerais à l’action dès que tu verrais une occasion. Tu étais un peu plus gênante que Du Lahan. J’ai donc employé une méthode plus compliquée. »
Tout avait commencé dès le début. Dès que les Anciens avaient remarqué que leurs chaînes avaient été brisées et que les désirs qu’ils avaient si longtemps réprimés commençaient à s’agiter en eux.
À partir de là, Valdamir avait calmement élaboré un plan pour identifier les traîtres.
Pas un autre Ancien stupide, mais moi… ! Je n’ai même pas remarqué qu’on me trompait !
Erjebeut se sentit humiliée. Cette humiliation était dirigée contre Valdamir, mais aussi contre elle-même. Avant de devenir une Ancienne, elle avait cédé tout un territoire aux vampires à la suite de manœuvres politiques. Et pourtant, elle s’était fait berner par un seul Duc du Sang écarlate.
« Depuis le début… ! Tu comptais m’attirer dans un piège ! »
« Je t’ai donné une raison d’agir. Je me suis contenté de t’attendre au bout du chemin. »
Valdamir resserra sa prise sur l’espadon et recourba la main gauche comme une griffe. Du sang s’y rassembla, et ses doigts devinrent d’énormes crocs. Erjebeut reconnut le pouvoir concentré dans sa main gauche et pâlit.
« La Sangsue ! Le pouvoir de Bakuta… ! »
« Je l’ai appris. C’est nécessaire pour s’occuper des Anciens. »
Un Ancien pouvait en tuer un autre. Après l’avoir décapité et immobilisé, il pouvait employer l’art du sang pour perturber son domaine et le mener à l’anéantissement total. Avec la gloutonnerie, la tâche devenait plusieurs fois plus facile. Le sang de l’autre devenait le sien.
Sa gloutonnerie n’était peut-être pas aussi puissante que celle de Bakuta, mais Valdamir saurait mieux s’en servir. Erjebeut s’écria, désespérée :
« T-toi ! Tu ne veux pas devenir le roi du Duché à la place de la Progenitrice ? »
Valdamir, qui s’apprêtait à dévorer Erjebeut avec sa gloutonnerie, s’interrompit et baissa les yeux vers elle. Erjebeut se débattit et cria, au comble du désespoir :
« J’en suis certaine, maintenant. Valdamir, avec ta force, tu en es capable ! Tyrkanzyaka ne peut pas te vaincre. Surtout maintenant qu’elle a perdu jusqu’au pouvoir qu’elle possédait ! Tu peux vraiment tout prendre et en disposer à ta guise ! »
« Quoi ? »
« Tout ! Les vampires, les humains, les Anciens ! Tout ce pays ! »
Elle parlait avec désespoir, mais son esprit restait lucide. Son plus grand ennemi n’était désormais ni la Progenitrice ni moi, mais Valdamir. Si l’homme qu’elle croyait être son allié se retournait contre elle, elle n’avait aucune chance de l’emporter.
Mais si elle parvenait à en faire son allié, tout deviendrait facile.
« Je te céderai le Sang véritable. Je ferai de toi la deuxième Progenitrice ! Si tu tues la Progenitrice et t’empares de son pouvoir, tu deviendras le véritable souverain de ce pays… ! Tu n’auras plus à obéir aux ordres de la Progenitrice ! »
Valdamir y réfléchit un instant et laissa échapper un léger bourdonnement. Prenant cela pour un signe d’assentiment, Erjebeut esquissa un faible sourire et murmura :
« Peut-être pas Tyrkanzyaka, mais je peux me confier, moi et ce pays, à toi. Moi aussi, je te servirai de tout mon cœur… »
« Je n’en ai pas besoin. »
Crac.
La main de Valdamir engloutit la tête d’Erjebeut. Ses doigts, pareils à des dents, la dévorèrent. Du sang coula entre ses doigts serrés. Les fragments restants tentèrent de reprendre forme autour de l’art du sang, mais Valdamir s’acharna sur la source de ce pouvoir.
Il tailla et trancha sans relâche, perturbant continuellement Erjebeut. À l’intérieur de son corps, qui se brisait avant de pouvoir se reconstituer, Valdamir trouva quelque chose et tendit la main pour le saisir.
Le Sang véritable de Tyr, source de son pouvoir régénérateur.
Il avait autrefois appartenu à Tyr, mais après avoir séjourné si longtemps auprès d’Erjebeut, il avait changé. Le sang de Tyr, transmis à une Ancienne.
Le Sang véritable rassembla sang et chair pour tenter de restaurer le corps de l’Ancienne. Même alors que sa source était entièrement exposée, Erjebeut n’était pas encore morte.
« Hum. »
Valdamir aurait pu anéantir Erjebeut complètement en déployant un peu plus de force. Mais il s’arrêta juste avant d’en arriver là. Erjebeut était une traîtresse, mais le Sang véritable faisait partie de Tyr. Après l’avoir récupéré, il parla sans me regarder :
« Concubine. »
« Oui ? »
« Tu t’en es bien sortie. »
« Pour quoi faire ? »
« Tu as occupé Erjebeut. Grâce à toi, la charge de la Progenitrice s’est considérablement allégée. »
J’aimais la façon de parler de Valdamir, mais il était difficile à cerner.
Il n’avait pas deviné ce que je pensais. Il avait simplement décidé que c’était ainsi qu’il interpréterait les choses. Même à présent, il ne croyait pas vraiment que j’avais attiré Erjebeut dans un piège pour le bien de Tyr. Il reconnaissait seulement que mes actes avaient aidé Tyr.
Valdamir me jugerait uniquement sur les résultats que je lui présenterais, sans tirer de conclusions hâtives sur mes intentions. Il pouvait se tromper dans son jugement, mais mes paroles ne risquaient pas de l’égarer.
« Je l’ai fait pour survivre, pas pour Tyr. »
« C’est sage. »
« Je n’étais pas si sage que ça. Tu as tout arrangé à ta guise, et j’ai bien failli me retrouver coincé dans le château et me faire tuer. Tu t’attendais à ce que les Anciens la trahissent. Pourquoi ne les as-tu pas arrêtés avant ? »
Valdamir répondit comme si cela allait de soi :
« Tant que ce n’est pas fait, ce n’est pas une trahison. »
Par loyauté envers Tyr, Valdamir n’avait pas étouffé dans l’œuf les velléités de rébellion. Même après avoir encouragé Erjebeut, il s’était contenté d’observer jusqu’à ce qu’elle se rebelle pour de bon. Valdamir ne lisait pas dans les pensées.
Moi non plus, malgré mon pouvoir de lire les pensées, je n’en faisais pas autrement. J’étais donc mal placé pour le critiquer.
Nous nous ressemblions, tout en étant à l’opposé l’un de l’autre. J’observais parce que je voulais voir une volonté s’accomplir. Lui observait le résultat parce qu’il ne pouvait pas connaître cette volonté. Était-ce de la prévenance, ou de l’intrépidité ?
Enfin, nous suivions le même chemin, pour l’instant. Est-ce que ça avait vraiment de l’importance… ?
« … »
« Qu’y a-t-il ? Pourquoi me fixes-tu comme ça, tout à coup ? »
Valdamir, qui s’apprêtait à partir rejoindre Tyr, me regarda en silence. Alors qu’un frisson de mauvais augure me parcourait l’échine, il reprit son espadon et murmura :
« …Tant que ce n’est pas fait, ce n’est pas une trahison. »
« Pardon ? »
« Même si le Roi de l’Humanité rejette l’affection de la Progenitrice, ce ne sera pas une trahison tant que cela ne se sera pas produit. »
Même s’il ne l’aime pas et n’a pas pitié d’elle… Il serait présomptueux de ma part d’intervenir à ma guise avant que la Progenitrice ne le vive elle-même. Toute nouvelle expérience est bonne pour elle, quelle qu’en soit la forme.
Il y avait quelque chose d’étrange chez cet homme. Il n’était pas tant loyal envers Tyr qu’entièrement dévoué à elle. Il ne semblait pas avoir l’intention de la trahir, mais il ne la considérait ni comme une déesse ni comme une reine.
Ce sentiment, c’était…
« Valdamir, puis-je te poser une question ? »
« Je t’écoute. »
Vous avez vu sa façon de parler. Je maugréai intérieurement et lui demandai :
« Comme l’a dit Erjebeut, tu aurais pu devenir la deuxième Progenitrice. Pourquoi ne l’as-tu pas fait ? »
« Il n’y avait aucune raison de le faire. »
« Non. Enfin, si, mais… »
Sa réponse était brève et honnête, mais ce n’était pas celle que j’espérais.
Rah… Je pouvais lire les pensées d’un vampire, mais parcourir des souvenirs aussi vastes pour tenter d’en déduire ses sentiments aurait été terriblement laborieux. À l’époque, ses émotions étaient si ténues que je n’arrivais même pas à isoler les souvenirs les plus marquants.
Mieux valait lui poser des questions, le pousser à formuler une réponse, puis la lire. Que pourrais-je bien lui demander ? Après avoir soigneusement choisi mes mots, je lui posai une autre question :
« Qu’attends-tu de Tyr ? »
« Qu’est-ce que j’en attends ? »
Peut-être cette question touchait-elle au cœur du problème. Valdamir fronça les sourcils et réfléchit, contrairement à son habitude.
Les vampires s’arrêtaient au moment où ils acceptaient le sang. Leur corps, leur esprit, et même leurs émotions. Le premier souvenir qui revint à Valdamir datait de juste avant sa mort.
Il avait perdu sa famille et son territoire. Il avait juré de se venger, mais il était impuissant. Il avait déployé toutes ses forces, fait appel à chacune de ses relations et élaboré tous les plans possibles, mais il avait fini par échouer et prendre la fuite. Alors que ses ennemis le poursuivaient, une jeune fille apparut devant lui, tandis qu’il agonisait dans une forêt sans nom.
Une jeune fille très pâle, couverte de haillons. Elle marchait pieds nus sur des ronces rugueuses, et pourtant, son corps ne portait pas la moindre blessure. Il s’était attendu à voir des bêtes accourir les premières, attirées par l’odeur du sang. Mais c’était une fille, qui aurait pu être une sorcière ou un ange, qui s’était présentée à lui. Une erreur bienvenue au crépuscule de sa vie.
« Quelle misérable apparence. »
Valdamir avait fait de son mieux et échoué. On ne cherchait vengeance que lorsqu’on en avait les moyens. S’il avait tout donné et avait malgré tout échoué, alors c’était un échec inévitable. C’était là la limite de ce que Valdamir pouvait accomplir en tant qu’humain.
« J’ai entendu ton histoire. Le chef des rebelles qui ont défié le roi-duc, consumé par le désir de vengeance. Tu t’es bien battu, mais on dirait que tes forces ont fini par t’abandonner. Quel dommage. »
Était-ce vraiment le cas ?
Contrairement à ce que croyait le monde, Valdamir n’avait pas crié vengeance. C’était un homme pragmatique. Même lorsque son ennemi se tenait devant lui, il ne gâchait pas tout par esprit de revanche.
Et pourtant, il était plus romantique que quiconque. Il savait que ses chances étaient infimes, mais il avait choisi de combattre plutôt que de fuir.
« Tu es comme moi. Tu pourras peut-être supporter une solitude éternelle et d’interminables souffrances. »
La jeune fille marmonna et se mordit le doigt. Le sang qu’on appellerait plus tard le Sang véritable perla et coula, puis s’arrêta brusquement. Son sang forma une goutte dans les airs et pénétra lentement dans le corps de Valdamir. À la place du sang qui avait perdu tout contrôle dans son corps mourant, une immense autorité s’empara de lui.
« Je vais te donner une chance de recommencer. Si tu veux vivre, accepte mon sang. »
Il n’avait aucun désir inassouvi qui méritât d’être comblé, même s’il recommençait. Il avait simplement échoué, mais il s’était déjà vengé.
Ses soldats avaient été massacrés. Ses vassaux et les membres de sa maisonnée étaient devenus esclaves ou avaient péri sur le billot. Ses alliances s’étaient effondrées et ses compagnons étaient devenus des criminels. Il avait perdu la partie où il avait tout misé.
Il avait fait de son mieux et lamentablement échoué. N’était-il pas honteux de réclamer une seconde chance après avoir tout perdu ?
Valdamir avait recours à des moyens pragmatiques, mais poursuivait un idéal romantique. Tout ce qu’il accomplirait grâce à cette immense puissance tombée entre ses mains ne serait pas son œuvre. Il pouvait être un perdant, mais il ne pouvait pas devenir quelqu’un d’indigne.
Il ignorait si résister à une puissance aussi écrasante avait la moindre utilité, mais Valdamir avait pris sa décision à sa manière et s’apprêtait à refuser. Alors la jeune fille murmura d’une voix froide et solitaire :
« Et… une fois que tu auras accompli toute ta vengeance, deviens mes bras et mes jambes, et aide-moi à accomplir la mienne. »
Mais, à l’inverse,
la jeune fille, qui aurait pu être une sorcière ou un ange, avait besoin de lui.
Elle était animée d’une haine et d’un désir de vengeance froids et profonds, et possédait une autorité sans limites. Pourtant, Tyrkanzyaka, ancienne Progenitrice encore jeune, avait besoin de Valdamir. Il pouvait devenir son instrument.
Il avait déjà tout perdu. Ce dont il avait été responsable n’était plus que poussière dans l’Histoire. N’était-ce pas la situation idéale pour devenir l’instrument de quelqu’un ? Valdamir avait échoué, mais la jeune fille, elle, pouvait encore réussir.
Au lieu de résister, Valdamir accepta le pouvoir. Il décida de vivre une seconde vie indigne et ouvrit la bouche pour recevoir le sang.
Valdamir souhaitait aider Tyrkanzyaka. Le devoir d’un Ancien était de servir la Progenitrice.
Tout ce qu’il faisait pour elle, en tant que ses bras et ses jambes, concordait avec son souhait. Contrairement aux autres Anciens, qui s’étaient figés, Valdamir se renforça. Il bâtit un système inspiré de ceux d’autres pays, s’entraîna pour gagner en puissance et apprit de nouvelles techniques.
Pour qu’un jour la Progenitrice puisse réaliser son souhait.
« … »
Valdamir me dévisagea sans un mot. Une scène lui traversa l’esprit, l’espace d’un instant : Tyr, vêtue d’une magnifique robe de mariée, souriait radieusement en tendant la main. Puis j’apparus de l’autre côté, un sourire effronté aux lèvres, et saisis la main qu’elle lui tendait.
Valdamir avait imaginé le mariage de Tyr. Le marié, c’était moi, quelqu’un qu’il n’aimait pas, pour une raison ou une autre. Son humeur s’assombrit aussitôt. Il ramassa la tête de Du Lahan et le cœur d’Erjebeut, puis se détourna.
« J’ai dit que je t’écouterais. Je n’ai pas à parler. »
Valdamir lança ces mots et se dirigea vers le château comme s’il n’avait rien de plus à ajouter. Il allait réduire les traîtres qui avaient osé attaquer la Progenitrice.
Resté seul, je réfléchis aux pensées que je venais de lire.
…C’était un imbécile transi d’amour ?
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