Chapitre 448
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 448 : Épreuve défiant les Cieux — 16
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Meurie de la Lune sombre. Grâce à ses mouvements mystérieux, elle se fondait dans les ténèbres et faisait littéralement « fondre » son corps. Jadis danseuse renommée et membre d’un groupe d’assassins secret, elle avait tenté d’assassiner la Progenitrice, Tyrkanzyaka, sur commande. Tyrkanzyaka s’était intéressée à elle, et Meurie était devenue une Ancienne.
Les assassins recevaient depuis l’enfance un entraînement qui frisait le lavage de cerveau. Pour Meurie, qui n’avait été qu’une poupée obéissant aux ordres, sans but ni volonté, la vie d’Ancienne était préférable. Il lui restait encore beaucoup de gens à tuer et beaucoup d’autres qui voulaient sa mort, mais au moins n’avait-elle plus à vivre dans la tension permanente de se demander si elle allait mourir.
C’était pour cela que Meurie en voulait à Tyrkanzyaka de l’avoir libérée. Son attaque actuelle n’était guère plus qu’un caprice.
Meurie se glissa dans une minuscule fissure du mur brisé, un trou à peine assez large pour laisser passer une tête. Elle se faufila dans cette étroite ouverture sombre, se retrouva derrière Tyrkanzyaka et tendit silencieusement son poignard, sans la moindre intention meurtrière.
Le poignard de Meurie, Croc de lune, visait Tyrkanzyaka.
[Ta danse t’appartient, mais ce sang est à moi.]
Après ce murmure discret, un poing gigantesque balaya Meurie.
Les vampires se souciaient généralement peu de la défense. Si ce n’était qu’une ombre formée par les ténèbres rassemblées, mieux valait l’ignorer et passer au travers.
Meurie ne put ignorer la force effroyable qu’elle sentit émaner du géant. Le coup ne la tuerait pas, mais un mauvais pressentiment la poussa à renoncer à son attaque et à esquiver le poing.
Fiuu.
Le poing passa juste devant son visage, enveloppé d’une bourrasque. Au-delà de sa texture dure et de sa présence écrasante, elle percevait l’énergie sanguine sous les ténèbres d’un noir absolu.
« Il déborde d’énergie sanguine, n’est-ce pas ? Même sans son autorité, il y en a assez pour remplir un géant, et même davantage, pas vrai ? »
« De l’énergie sanguine ! »
Bakuta, qui avait flairé une proie, se rua sur le géant. Ouvrant la bouche comme un monstre, il mordit à pleines dents dans sa main droite. Après avoir goûté l’énergie sanguine arrachée aux ténèbres, Bakuta fronça les sourcils et marmonna :
« C’est… pas très bon… »
Tandis que Bakuta mâchait les ténèbres en affichant sa légère déception, le géant l’attrapa d’une main. Comme s’il voulait se venger, il le porta à sa bouche sans hésiter.
Craquement.
Les dents du géant broyèrent le bas du corps de Bakuta. Lui qui avait passé sa vie à dévorer les autres se retrouvait à son tour dévoré.
Craquement, craquement.
Après avoir mâché et avalé l’une des jambes de Bakuta, l’ombre laissa couler de l’énergie sanguine de sa bouche et marmonna :
[Tu ne vaux pas mieux.]
« Oh ? Toi aussi, tu as faim, Mère ? »
Même en train de se faire dévorer, Bakuta posa joyeusement la question, mais l’ombre de Tyrkanzyaka renifla avec dédain.
[Pas spécialement. Tout me convenait, du moment que ça pouvait vous faire taire.]
« …Quel dommage. Je pensais que Mère avait enfin découvert la faim. »
[Je la connais déjà. Le désir me ronge toujours, après tout.]
Le pouvoir des vampires était l’hémomancie, la manipulation du sang. Tyrkanzyaka pouvait encore la pratiquer. Elle était simplement incapable de maîtriser son pouvoir débordant, car l’énergie sanguine s’obstinait à rester là où le sang avait sa place.
Alors Tyrkanzyaka trompa son sang.
Le haut du corps du géant se dressa derrière Tyrkanzyaka. L’énergie sanguine s’écoulait de son corps vers le géant. Celui-ci, qui l’enveloppait, était un autre corps qu’elle avait façonné à son image.
Bien qu’elle l’eût créé grâce à son autorité, le géant était en tout point identique à Tyrkanzyaka. L’énergie sanguine, décidée à rester à sa place, s’y déversait sans comprendre qu’il s’agissait d’un corps artificiel. Cela ne posait aucun problème. Tyrkanzyaka avait assez d’énergie sanguine pour remplir un lac.
« …La cheffe de clan a appris à se servir de son pouvoir. »
Le Guetteur, Rahu Khan, marmonna.
Rahu Khan, conquérant des terres sauvages, pouvait concentrer son énergie sanguine pour décupler les capacités de son corps. Ce pouvoir renforçait tout son organisme, mais iel l’utilisait surtout pour ses yeux, d’où son surnom de Guetteur. Fidèle à celui-ci, Rahu Khan fixait l’ombre de Tyrkanzyaka, les yeux embrasés d’un feu follet rouge. Iel vit la ruse qu’elle avait employée, la manière dont elle maniait son pouvoir et comment le contrer.
« C’est puissant. Rien de plus. La même méthode que Valdamir. L’énergie sanguine est plus forte… mais grossière. »
Rahu Khan décrocha la lance passée dans son dos.
Ce géant était littéralement Tyrkanzyaka, en plus grand. C’était une méthode conçue pour manier correctement son pouvoir excédentaire. Sans aucun doute puissant et utile, il restait néanmoins limité par le cadre d’un corps.
… Pourtant, peut-être parce qu’elle était maîtresse en hémomancie, elle absorbait le pouvoir à une vitesse extraordinaire. Comme si elle reprenait possession de ce qui lui avait toujours appartenu.
Non. À bien y réfléchir, cela avait toujours été à elle. D’ici peu, Tyrkanzyaka digérerait la force de toutes les Anciennes.
« Si elle achève de maîtriser ce pouvoir, plus personne ne pourra rendre à la cheffe de clan son état d’autrefois. »
Le Guetteur sentit que l’heure était décisive.
Lungken était le dernier homme-bête porcin encore en vie. Rahu Khan et les centaures sous ses ordres étaient eux aussi sur le point de disparaître. Les vampires étaient des créatures momifiées vivantes. Ils subsistaient dans un temps figé, tout en s’effaçant peu à peu. Rahu Khan, qui avait la charge de préserver son espèce, ne pouvait tolérer les caprices de la Progenitrice.
La Progenitrice devait rester éternelle. Alors seulement les centaures le seraient eux aussi. Même si Rahu Khan s’attirait la haine de la Progenitrice et mourait, les centaures qu’iel avait délibérément laissés derrière iel survivraient et perpétueraient leur lignée.
« Hop ! »
Rahu Khan, qui guettait une occasion, repéra une ouverture et bondit. Ses sabots creusèrent de profondes marques dans le couloir tandis que la créature quadrupède chargeait à une vitesse qu’aucun bipède n’aurait pu suivre. De sa lance, iel transperça la ligne droite qui allait du coude du géant à sa main, une faille due au fait qu’il avait été façonné à partir du corps de Tyrkanzyaka.
La lance tournoyante dispersa les ténèbres. L’énergie sanguine s’écoula du corps fracassé. Le géant se débattit en convulsant, mais Rahu Khan esquiva avec agilité et le déchira. Le géant poussa un cri déchirant.
Pourtant, même blessé, ses yeux bougèrent. Ses iris rouge vif, comme gonflés à bloc de sang, suivirent les mouvements de Rahu Khan.
« Mes yeux… copiés si facilement ! »
Le géant observait Rahu Khan avec les yeux du Guetteur lui-même. Une technique créée par une Ancienne venait d’être reproduite grâce à l’énergie sanguine de la Progenitrice. En voyant ce regard suivre précisément ses mouvements, Rahu Khan comprit.
Ce n’était que maintenant qu’iel pouvait arrêter la Progenitrice. Valdamir, qui l’avait surpassée en force, et Du Lahan, qui avait vaincu Valdamir. Bientôt, la Progenitrice les surpasserait tous les deux.
Il fallait arriver avant cela.
Du Lahan et Valdamir, deux forces capables de vaincre la Progenitrice.
* * *
C’était la situation la plus désespérée que j’aie connue depuis mon arrivée dans le Duché.
Cinq Ains. Une Ancienne. Six adversaires en tout, mais vu leur puissance, ils équivalaient presque à un corps d’armée dans le Duché.
J’étais un simple humain, tandis que Hilde n’était qu’un des Six Généraux. On ne pouvait certes pas mépriser un membre des Six Généraux, mais si on lui ordonnait d’entrer dans le Duché et d’agir sans retenue, il hésiterait. Même sans tenir compte de la force au combat, tuer un seul Ain était difficile, puisqu’ils étaient immortels. Et une Ancienne les soutenait ? La meilleure option était de fuir.
À condition que la fuite fût possible.
« Si je me proposais comme otage, accepteriez-vous d’y réfléchir ? »
« Débarrassez-vous d’eux. »
« Elle ne veut même pas m’écouter. »
Ils s’approchèrent en dressant presque un mur de sang, de peur que nous ne leur échappions. S’il n’y avait eu qu’une seule Ancienne, j’aurais pu chercher une ouverture et la berner d’une façon ou d’une autre. Mais avec cinq Ains qui nous encerclaient de toutes parts, il ne restait même plus de place pour respirer.
Bon sang. N’avais-je d’autre choix que de m’en remettre au jugement de Hilde ? C’est alors que je commençais à perdre espoir.
« Attendez. »
La vague de sang s’écarta et un autre Ain apparut. C’était le comte Erte, l’Ain que j’avais le plus souvent croisé depuis mon arrivée au Duché du Brouillard.
En la voyant surgir dans cette situation désespérée, je m’écriai, fou de joie :
« Comte Erte ! Vous êtes venue nous sauver ! »
« On dirait bien. »
Le comte Erte l’admit sans détour.
Mes renforts ! Vous voilà à temps ! Vous avez failli arriver trop tard, mais je pouvais vous pardonner ça. L’entrée d’un protagoniste était d’autant plus jouissive qu’elle survenait au dernier moment !
« Erte. Tu es la thrall de Valdamir. Pourquoi m’arrêtes-tu ? »
Erjebeut manifesta son mécontentement.
Quel que fût son rang d’Ancienne, elle ne pouvait traiter à sa guise l’Ain d’une autre Ancienne. Même de rang inférieur, elle était la thrall et le bras droit d’une autre Ancienne. Erjebeut ne pouvait ni la tuer ni lui faire du mal sous prétexte qu’elle lui déplaisait.
Plus encore, le comte Erte était un Ain en qui Valdamir lui-même avait confiance. Ses actes reflétaient la volonté de Valdamir. Erjebeut lui demanda quelle était cette volonté.
Pour autant, cela n’effaçait pas la différence entre une Ancienne et un Ain. Le comte Erte s’agenouilla devant Erjebeut et lui répondit avec respect :
« C’est la volonté du Duc du Sang écarlate. Le Duc souhaite que la situation reste à peu près inchangée jusqu’à son arrivée. »
« La volonté de Valdamir ? »
Un Ain n’aurait pas prétendu parler au nom d’une Ancienne. Et encore moins si cette Ancienne était Valdamir. Erjebeut posa tout de même la question, par précaution.
« Cette “situation” inclut-elle le sort de la concubine ? »
« Il ne l’a pas précisé, mais je pense que c’était probablement le cas. »
« Pourquoi ? »
« Comment pourrais-je prétendre connaître la volonté d’une Ancienne aussi grande ? Je n’ai fait que la suivre. »
« …Tss. »
« Valdamir est une force indispensable. Il doit avoir ses raisons, alors j’aimerais coopérer si possible… »
Elle avait négligé un détail. Les Anciennes étaient des folles qui s’étaient débarrassées jusqu’à de leurs entraves. Erjebeut s’impatienta.
« Il ne m’a pas dit d’épargner la concubine. Débarrassez-vous vite de lui, et nous réglerons le reste plus tard. »
« Madame Erjebeut, attendez… »
« Ne vous préoccupez pas de cela. Continuez ce que vous faisiez. »
Les thralls d’Erjebeut étaient ses membres. La volonté d’une autre Ancienne ne les concernait pas. Malgré les tentatives du comte Erte pour les arrêter, les Ains soulevèrent une vague d’eau sanglante qui déferla sur Hilde et moi. Hilde fendit la première vague de son Épée sacrée, mais les suivantes la repoussèrent peu à peu.
Évidemment. Une Ancienne qui avait trahi la Progenitrice n’allait pas écouter quelqu’un simplement parce qu’il invoquait le Duc du Sang écarlate. Ce qu’il nous fallait, à présent, ce n’était pas des paroles, mais de la force.
« Madame Erjebeut, je vous en prie, arrêtez ! »
« Nous arriverons trop tard. »
« Non. Le Duc du Sang écarlate est arrivé ! »
Au cri du comte Erte, le bruit de quelqu’un qui courait retentit au loin.
Tap tap tap tap tap tap.
Ces pas précipités me donnaient envie de savoir quelle urgence avait bien pu pousser quelqu’un à courir ainsi. Ils se rapprochèrent toujours plus, puis atteignirent le tournant. Le comte Erte s’agenouilla en direction du couloir avant même que le nouvel arrivant n’apparaisse.
Alors les renforts que j’attendais arrivèrent.
« Ouf. J’ai failli ne pas arriver à temps. »
Celui qui avait couru jusque-là sans la moindre dignité n’était autre que le Duc écarlate Valdamir. Il s’arrêta juste devant le comte Erte, lui tendit le paquet qu’il tenait d’une main et regarda autour de lui.
Erjebeut. Ses thralls. Hilde et moi, encerclés. Ayant saisi la situation d’un seul coup d’œil, Valdamir se dirigea aussitôt vers Erjebeut.
Erjebeut l’accueillit sans méfiance particulière.
« Tu dis avoir failli ne pas arriver à temps ? Tu es déjà en retard, Valdamir. Où étais-tu avant de venir ici, un jour aussi important ? »
« Je suis allé réveiller Du Lahan. »
« Je le sais. Je te demande pourquoi tu es en retard, même en tenant compte de ça. À te voir courir ici de tes propres jambes, tu n’avais pas l’air de traîner… Mais surtout, tu n’étais pas à dos de Rallion ? »
« Rallion m’a laissé derrière et a couru rejoindre la Progenitrice. »
Le Destrier de sang Rallion était la monture adorée de la Progenitrice. Non, c’était le premier thrall qu’elle avait créé et son dernier vestige de l’époque où elle était humaine. Tyr avait façonné Rallion maladroitement, certes, mais elle y avait consacré toute son attention et sa force. Rallion ne trahirait jamais Tyr.
Erjebeut le lui rappela.
« Tenir Rallion loin de la Progenitrice. C’était bien ton plan, n’est-ce pas ? »
« Non. J’ai voyagé avec Rallion pour une autre raison que de l’éloigner de la Progenitrice. »
« Alors pourquoi ? »
Valdamir répondit à la question d’Erjebeut comme si la réponse allait de soi.
« Parce que Rallion est rapide. J’ai pensé que nous manquerions de temps, alors j’ai emprunté sa force. Je me suis senti coupable d’emprunter la monture préférée de la Progenitrice pour des raisons personnelles, mais une affaire urgente s’est présentée, alors je n’ai pas eu le choix. »
C’était la raison la plus simple et la plus évidente de monter à cheval. Erjebeut fixa Valdamir comme si elle ne pouvait pas le croire, puis insista :
« Combien de temps pouvait-il bien falloir pour réveiller Du Lahan… ? Mais surtout, où est-il ? Est-ce qu’il a lui aussi suivi Rallion jusqu’à la Progenitrice ? »
« Il est ici. »
« Ici ? »
Son ton laissait entendre que Du Lahan l’avait accompagné. Pourtant, où qu’elle regardât, Valdamir était seul. Il n’avait apporté qu’un paquet. Ce n’est qu’alors qu’Erjebeut remarqua celui qu’il tenait.
Eh oui. Ce lourd paquet contenait un beau gros cadeau.
Dieu merci. J’étais sauvé. Je m’approchai du comte Erte et lui fis signe de défaire le paquet. Elle se tourna vers Valdamir, attendant son ordre, puis, dès qu’il lui en donna la permission, dénoua les liens de fil de sang qui enserraient le paquet.
Le lourd paquet s’ouvrit, révélant…
Une tête. Une tête humaine, emplie de rage et de ressentiment, qui foudroyait Valdamir du regard, les yeux injectés de sang.
Cette tête, qui semblait encore en vie, lança d’une voix teintée de sang :
« …Val…damir… ! »
La tête du Chevalier noir, Du Lahan, était apparue en un lieu des plus inattendus.
Notes :
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