Chapitre 446
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 446 : Épreuve défiant les Cieux - 14
──────
Le sang se calma lentement.
La comtesse aînée Erjebeut, une Ancienne légendaire dont la seule puissance brute avait autrefois été comparée à celle de la Progenitrice, s’avança nonchalamment vers nous. Face à une Ancienne, je pris un air embarrassé.
« Madame Erjebeut. Puisque le destin nous a réunis ici, que diriez-vous d’échanger quelques politesses, de sourire et de nous séparer ? »
« C’est impossible. La Progenitrice semble vous accorder une importance particulière. »
Clac. Erjebeut referma son éventail et s’enveloppa d’une énergie sanguine débordante, comme d’un vêtement. L’immense force qui aurait écrasé un humain ordinaire d’un simple mouvement de doigt lui paraissait aussi légère qu’une plume.
À l’évidence, malgré toute cette puissance, elle ne se sentait pas assez sûre d’elle pour affronter Tyr et avait préféré s’en prendre à moi. Un frisson me parcourut l’échine.
« Pourtant, j’ai entendu dire que vous, son concubin, ne considériez pas la Progenitrice comme quelqu’un de spécial. Hé hé. Séduire la Progenitrice dans l’espoir d’obtenir du pouvoir… Vous êtes vraiment un concubin assez beau pour faire tomber un royaume. Mais la Progenitrice doit tout de même éprouver un certain attachement pour vous. Vous feriez un excellent bouclier contre ses attaques. »
Elle comptait aussi me prendre en otage.
Bon, j’étais quelqu’un d’ouvert d’esprit, alors l’idée de servir d’otage ne me rebutait pas tant que ça. Si cela permettait aux faibles de survivre, tant mieux.
Mais, cette fois, c’était différent. Tyr avait obtenu ce qu’elle désirait grâce à mon intervention, et voilà où nous en étions. Allais-je devenir un otage et la priver de la chance de voir son souhait exaucé ?
Pas question. Je ne pourrais plus prétendre exaucer les souhaits des gens si ça arrivait. Je répliquai aussitôt :
« Je ne la trouve pas spéciale ? Qui vous a raconté ça ? Vous avez la moindre idée de tout ce que Tyr et moi avons partagé ? »
« Assez de mensonges, Roi de l’Humanité. Ne croyez pas que nous ne savons rien. La Progenitrice ignore peut-être tout, mais nous ne sommes pas naïves à ce point. »
« Et que savez-vous de moi ? Faire semblant de tout connaître à partir de quelques bribes vous rend-elle plus spéciale ? »
Elles se croyaient capables de lire dans les pensées. Moi seul avais le droit de faire comme si je savais tout.
« À vous entendre, on croirait que les humains ont tous la même importance. Tyrkanzyaka, la Progenitrice, est revenue d’entre les morts grâce à une seule capacité, a créé la race des vampires, tué des milliers et des milliers d’humains pour boire leur sang, puis a pris la tête des vampires et fondé une nation. Croyez-vous vraiment que Tyr, si belle, si pure et porteuse d’un souhait si ardent, ait moins d’importance que vous ? »
Pour le Roi de l’Humanité, tous les humains seraient égaux. Mais je n’étais encore qu’un Roi de l’Humanité inachevé. Autrement dit, j’étais quelque peu éloigné de la nature du Roi des Bêtes, cet être conceptuel.
Je ne pouvais lire que les pensées des humains autour de moi. Les autres Rois des Bêtes englobaient toute leur espèce et en portaient le concept, mais moi, j’étais ordinaire et faible. Les quelques personnes qui m’entouraient étaient tout ce que je pouvais représenter. Les limites de mon pouvoir m’imposaient des priorités indignes du Roi de l’Humanité.
Voilà pourquoi je ne pouvais m’empêcher de me soucier davantage de mes proches.
« Roi de l’Humanité ou pas, je ne deviendrai pas votre otage. Je peux prendre le parti de Tyr, mais je ne veux pas aider une vieille femme laide qui ne fait qu’envier Tyr. »
« …Envier ? J’envierais la Progenitrice ? »
« Évidemment. Vous n’allez pas le nier, tout de même ? Toute votre histoire est consignée dans les livres. »
Hilde me suppliait en silence du regard de la fermer. Cela dit, Erjebeut n’avait pas l’air de vouloir nous laisser partir de toute façon.
J’étais curieux. Qu’allait-il se passer si je provoquais une vampire réputée dépourvue d’émotions ?
« Même lorsque vous étiez humaine, vous tuiez des gens, versiez leur sang dans des verres et le buviez. Vous vouliez devenir comme les vampires parce qu’ils buvaient du sang. Ça ne vous suffisait pas, alors vous avez même rempli une baignoire de sang pour vous y baigner. Vous enviiez leur peau lisse et sans défaut. »
« …Vos suppositions sont sans fondement. »
« Quand les historiens échafaudent des hypothèses pendant des siècles, ça devient une discipline universitaire. Les vieilles reliques comme vous sont si prévisibles que chaque détail a déjà été disséqué. »
Erjebeut ouvrit son éventail d’un geste menaçant et s’en couvrit la bouche. Elle retenait désespérément des émotions sur le point d’exploser. Elle semblait prête à craquer d’un instant à l’autre.
Je décidai donc d’allumer la mèche.
« Vous enviiez Tyr, n’est-ce pas ? Vous vouliez devenir comme la Progenitrice : belle, puissante et inspirant la peur. Vous avez mené la trahison et tenté de vous emparer du sang de Tyr parce que c’était l’occasion de prendre la place laissée vacante par la Progenitrice, pas vrai ? Franchement, votre noirceur se voit à des kilomètres. Une immortelle qui convoite le pouvoir, vous êtes un cliché ambulant. »
« Hé hé hé. Vous pensez vraiment qu’une provocation aussi grossière va m’ébranler ? »
« J’ai déjà Tyr. Qu’est-ce qu’une vieille femme comme vous pourrait bien m’offrir pour me faire changer d’avis ? Des pellicules ? »
Mon éloquence atteignit son objectif. Erjebeut réagit exactement comme je l’espérais.
« Je vais vous tuer. »
On disait que les vampires n’avaient pas d’émotions, mais je n’en étais pas si sûr. Une émotion n’était qu’une étiquette collée au désir de faire quelque chose.
On avait cru les vampires dépourvus d’émotions parce que la Progenitrice Tyrkanzyaka les avait réprimées en exerçant son pouvoir sur leur sang. Si Tyr avait encore détenu son autorité, Erjebeut n’aurait pas bronché, peu importe les moqueries. Tyr ne se serait pas vexée simplement parce que j’insultais Erjebeut.
Mais maintenant ?
« J’avais l’intention de vous capturer vivant et de vous offrir à la Progenitrice, mais j’ai changé d’avis. Vous mourrez ici et je lui présenterai votre tête. Même mort, vous suffirez à troubler le cœur de la Progenitrice. »
Erjebeut avait eu l’intention de me capturer dès le début. Me garder en vie ou me tuer relevait d’une question de goût. Chaque option avait ses avantages et ses inconvénients.
Et mes paroles venaient de modifier un peu son « goût ».
En faveur de ma mort.
Qu’est-ce qu’un choix guidé par l’émotion, sinon cela ?
Le sang se répandit. Il rampait sur le sol, les murs et tous les objets, comme des vignes. Ses sinuosités s’étiraient toujours plus loin, telles de nouvelles veines poussant à travers la ville. J’en eus la chair de poule.
Elle injectait son énergie sanguine dans les objets pour les contrôler. Erjebeut, incarnation de l’ambition, imposait sa domination par son énergie sanguine, comme si elle reflétait sa nature. Des briques tachées de sang, des réverbères pâles, des tables et des chaises s’avancèrent vers nous à pas lourds.
Une armée à elle seule.
Maniant une autorité que seul le soleil pouvait contrer, Erjebeut tendit son éventail.
« Essayez donc de fuir, Roi de l’Humanité. Dans un monde de lianes sanguines. »
Alors, la ville s’inclina vers moi.
Ce n’était pas une plaisanterie. Chaque meuble de la rue commerçante, les bâtiments eux-mêmes, et jusqu’aux murs, tout cherchait à m’écraser. Un déferlement de puissance brute, sans la moindre trace de finesse humaine, s’abattit sur nous. Je tentai de fuir, mais le mur se referma et me barra la route.
Les races mystérieuses comme les vampires étaient difficiles à affronter. La guerre psychologique ne fonctionnait que si les deux camps jouaient à peu près avec les mêmes cartes. Les vampires immortels ne jouaient même pas avec les mêmes enjeux. J’avais beau me battre avec acharnement pour gagner des points, ils n’étaient que de la petite monnaie pour mon adversaire.
Heureusement, ce combat n’était pas un duel.
« Merde ! Espèce de père inutile ! J’aurais dû te charger sur un brancard et filer depuis longtemps ! »
Hilde m’attrapa la main et frappa le mur du pied, en y concentrant son qi. L’Art du tir explosif, un qi doté d’une nature explosive, fit éclater les briques de l’intérieur. Nous nous jetâmes dans l’ouverture qui venait d’apparaître.
Des gens fuyaient, d’autres hurlaient, d’autres encore penchaient la tête, déconcertés, sans rien comprendre. Les rues étaient toujours bondées. Même avec la lecture des pensées, il serait difficile de traverser cette foule.
« On se cache parmi eux ? »
« Si c’est Erjebeut, elle les tuera tous pour utiliser leur sang ! Il faut aller dans un endroit sans personne ! »
Hilde et moi plaquâmes nos mains contre le mur et pivotâmes sur nous-mêmes. Nous fonçâmes au-delà du coin de la rue, tandis qu’une chose nous frôlait, comme si elle cherchait à nous mordre les talons. Je jetai un coup d’œil derrière moi et vis du sang rouge vif déferler sur nous comme une inondation.
[Ceci est le territoire des vampires. À présent que vous êtes venu ici, même le Roi de l’Humanité n’est rien de plus qu’une bête de somme.]
Au son de la voix glaciale d’Erjebeut, le sang se mit à couler le long des deux murs. Erjebeut n’était peut-être pas plus rapide que nous, mais son autorité, elle, l’était manifestement. Son vecteur était le sang. Si cela avait été autre chose, nous aurions pu le bloquer ou le trancher ; mais il n’existait aucun moyen convenable de lutter contre le sang qui suintait de chaque interstice entre les briques.
« Épée sacrée, équipée. »
Bien sûr, je parlais de moi.
« L’adversaire est une vampire. Alors, l’action que “je” dois entreprendre, c’est… »
Hilde tira une lumière d’entre ses seins. L’éclair qui jaillit ressemblait davantage à la foudre qu’à une épée. L’Épée sacrée informe ondula jusqu’à ce que Hilde forme une image précise dans son esprit, puis se condensa peu à peu.
« “Je” suis un chevalier sacré. L’épée de Dieu qui tranche la lumière impie. Le châtiment divin qui s’abat sur la vampire maudite. »
La forme forgée par sa foi était celle d’une épée à deux mains. Hilde leva l’immense Épée sacrée au-dessus de sa tête et la balança largement. Fioush. Le coup gigantesque fendit l’air et frappa le mur parcouru par le sang.
Le mur ne subit aucun dommage. Le sang qui y coulait, en revanche, fut calciné par la lumière, noircit et laissa des traces derrière lui. Il ne pouvait plus s’écouler.
[…Un chevalier sacré ?]
« Une foi inébranlable suffit à abattre le mal. Il est temps pour vous de brûler dans la lumière, vampire. »
L’attitude de Hilde changea. Campée sur ses jambes, l’épée à deux mains levée, elle ressemblait à une véritable chevalière choisie par Dieu.
Son uniforme d’infirmière rendait la scène un peu étrange, tout de même.
[Vous avez amené un chevalier sacré sur cette terre… Non, un chevalier sacré avait dissimulé sa foi sur cette terre ?]
Hilde, qui ne devenait chevalier sacré que lorsqu’elle en avait envie, semblait même stupéfier une vampire millénaire. Erjebeut la jaugea un instant, puis reprit son attaque.
[Il n’y a qu’une personne de plus à tuer. Je vais vous apprendre que la foi et les chevaliers sacrés ne sont ici que du bétail.]
Le courant de sang changea de direction. Au lieu de nous poursuivre, il tourbillonna autour de nous et engloutit tout ce qui se trouvait à proximité. Elle comptait nous écraser sous sa force et son poids.
Tandis que l’énergie sanguine se resserrait autour de nous, Hilde fit flamboyer sa lumière plus vivement et cria :
« Une vampire impie ose parler de foi ? Je vais vous brûler de ma lumière ! Dieu céleste, veillez sur “moi” depuis les cieux lointains ! »
« Au moins, mes années au Corps de l’Épée sacrée n’auront pas été perdues. Ah… même ça ne rend pas la situation plus facile. »
Heureusement qu’il n’y avait pas de dieu. S’il en existait vraiment un, ce ne serait rien d’autre qu’un vieillard sénile, flatté par de belles paroles au point de distribuer des récompenses à tout-va.
Bientôt, le vortex tourbillonnant de sang se précipita sur nous, emportant toutes sortes d’objets. Des briques, des chaises, des meubles, des assiettes et même des poignards et des lames sortis de je ne sais où traversaient la tempête pour s’en prendre à Hilde et à moi. Hilde lutta contre le déluge en faisant jaillir une lumière toujours plus intense. Chaque fois que celle-ci calcinait le sang, des traînées rouge sombre se déchiraient dans un craquement sec et retombaient.
Elle pouvait bloquer l’énergie sanguine, mais pas annuler complètement la force physique qu’elle contenait. Hilde dut encaisser plusieurs briques de plein fouet. Son qi la protégeait des blessures, mais les impacts la repoussaient peu à peu. À chaque choc, l’espace où nous pouvions nous déplacer se réduisait.
Hilde, qui avait tenu bon jusque-là, serra son épée et adressa une dernière prière.
« Dieu céleste… C’est tout ? Merde. J’arrête ! Père, c’est tout ce que je peux tirer d’un dieu ! Tu n’aurais pas une autre solution ?! »
« Attends un instant. Je suis en train de l’améliorer. »
« D’améliorer quoi ? »
« La variété. »
Le druidisme était difficile à manier, et j’avais à peine réussi à l’utiliser jusque-là. À présent, les conditions étaient en partie réunies.
Le sol sous mes pieds. Du sang à boire. Et, au lieu d’une faible lumière du soleil, la magie contenue dans l’énergie sanguine ferait l’affaire.
Dans une contrée quelque part au sud poussait une plante qui se nourrissait de bêtes. Elle attrapait les animaux avec ses feuilles en forme de dents, y plantait ses racines et en aspirait les fluides. Je fis pousser une branche à partir d’une herbe qui buvait le sang bien avant l’existence des vampires.
Une vigne luxuriante avait appris à ne pas se tenir seule, mais à pousser en s’appuyant sur d’autres plantes. Elle en recouvrait la surface, leur volait la lumière du soleil et s’en nourrissait en grandissant. Je fis pousser une autre branche à partir de cette vigne.
Deux fruits issus de branches différentes de l’Arbre de l’Origine du Grand druide Nevida. Je les greffai ensemble.
Deux cartes superposées. Le Dix de pique et le Neuf de pique.
Du bout du doigt, je fis glisser le Neuf de pique.
Au même instant, des lianes cramoisies, gorgées de sang, jaillirent vers le ciel.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre serveur Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>