Chapitre 442
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 442 : Épreuve défiant les Cieux — 10
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La charge de Lungken fut dévastatrice. Il bondit en avant dans une gerbe de sang, les défenses en tête, fonçant droit sur la Progenitrice. Ses défenses acérées s’abattirent sur le petit corps de la jeune fille.
La charge de Lungken était puissante, mais sans détour. Il n’était pas nécessaire d’avoir le moindre instinct martial pour en deviner la trajectoire. La Progenitrice choisit de l’affronter de face, et le pouvoir du sang qui emplissait son corps se plia à sa volonté. Le poing de la jeune fille fusa vers le visage de Lungken.
On aurait dit que Lungken allait réduire la jeune fille en bouillie. Pourtant, Tyrkanzyaka, qui s’était détachée du monde, était un être plus accompli. Son poing se brouilla un instant, brisa les défenses de Lungken et enfonça sa tête à moitié dans son torse. Floc. Le corps de Lungken se replia en une forme grotesque et presque comique, digne d’un conte cruel.
Boum. Lungken fut projeté en arrière et s’écrasa contre le mur. Le Château de Sang poussa un cri sous les impacts répétés.
« Kh ! Petits poings, mais sacrément puissants ! »
Pourtant, Lungken se régénéra en un instant et prit appui sur le mur. Ses défenses brisées avaient déjà repoussé, comme si rien ne s’était passé. Il s’essuya le nez et cria :
« Mais je sens que tu hésites ! Progenitrice, c’est tout ce que tu as ? »
« Kh… »
Le poing de Tyrkanzyaka avait perdu de sa force. Il n’y avait qu’une seule explication : les sensations et les émotions. Tout ce que Tyrkanzyaka avait désiré retenait son poing.
Elle pouvait sentir la douleur des défenses de Lungken qui la déchiraient. Cela n’avait duré qu’un instant, mais même ce bref moment lui avait paru interminable. Elle était en colère contre Lungken, pourtant elle ne parvenait pas à retrouver la haine féroce qu’elle avait éprouvée face aux serviteurs du Sanctuaire.
Rien ne se passait comme elle le voulait. Ni les Anciens, ni les combats, ni l’amour. La seule chose qu’elle pouvait manier à sa guise, c’était son propre corps.
« Est-ce cela… la vie ordinaire que je désirais ? »
Elle était devenue faible. Comparée à la Tyrkanzyaka d’autrefois, qui avait possédé une puissance divine, elle était si faible que l’autorité enfermée dans son minuscule corps semblait gaspillée. En sombrant dans l’humanité, Tyrkanzyaka découvrait l’impuissance pour la première fois.
« Si Hyu était là… »
Une pensée traversa l’esprit de Tyrkanzyaka, et elle secoua la tête. Son cœur s’était-il affaibli en même temps que son corps ? Même si le Roi de l’Humanité était là, privé de sa force, il ne serait qu’un otage.
« Aie l’âme d’un guerrier ! Progenitrice, si tu as la force, agis comme bon te semble. Si tu ne l’as pas, alors bats-toi et empare-t’en ! »
Lungken chargea de nouveau, droit devant lui.
Cette fois, il abattit ses deux mains comme pour l’écraser. Son attaque était légèrement plus habile que la précédente. Tyrkanzyaka tenta de se fier à son pouvoir de régénération et de l’affronter de face, mais la douleur qu’elle allait ressentir lui traversa l’esprit et la fit tressaillir. Elle retira à la hâte le poing qu’elle s’apprêtait à lancer et bloqua l’attaque de Lungken.
Voyant Tyrkanzyaka choisir la défense plutôt que l’affrontement, Lungken rugit :
« Non ! »
Une fois acculé sur la défensive, il était difficile de riposter. Lungken cria tout en martelant Tyrkanzyaka des dizaines de fois. Après avoir choisi de bloquer une attaque, elle n’avait d’autre choix que de parer la suivante. Les bras douloureux, Tyrkanzyaka recula encore et encore.
« C’est tout ? C’est tout ce que tu as ? Bats-toi comme il faut ! »
« Argh… ! »
Boum. Le coup de pied soudain de Lungken s’enfonça dans l’abdomen de Tyrkanzyaka. Une douleur fulgurante, comme si le coup lui avait transpercé l’estomac, lui coupa le souffle. Comparée aux attaques que Tyrkanzyaka avait infligées à Lungken, cette frappe n’était rien, mais les sensations la rendaient tout autre.
Le corps de Tyrkanzyaka glissa vers l’arrière. Les combats entre vampires devenaient souvent de longues luttes où chacun s’efforçait peu à peu d’ébranler le contrôle de l’autre. Mais, depuis qu’elle avait retrouvé ses sensations, Tyrkanzyaka avait l’impression qu’elle céderait à la douleur bien avant d’en arriver là.
« Les sensations et les émotions ne seraient-elles vraiment que des fardeaux qui m’affaiblissent… ? »
Sa détermination vacilla. Même à cet instant, Tyrkanzyaka était tentée d’arrêter son cœur. Échapper pour le moment à la douleur et au danger, puis réfléchir à la suite.
Lungken rugit de joie en la faisant reculer.
« Bien ! Ça, c’est un combat ! C’est parce que je me suis débarrassé de cette entrave, ou je ne sais quoi ? Je me sens plus léger que jamais ! »
« Toi… Lungken… »
« Ce n’est toujours pas assez ! Encore, encore ! Donne tout ce que tu as, Progenitrice ! »
Boum, boum. Les coups de poing et les coups de pied massifs s’abattirent sans relâche sur Tyrkanzyaka. Lungken ne ressentait aucune douleur. Il fonçait avec une force meurtrière, sans se soucier que son propre corps se brise et se déforme.
Incapable de supporter davantage la douleur, Tyrkanzyaka fit appel à un autre pouvoir. Les ténèbres s’amassèrent. Elle qui s’était autrefois dressée contre la lumière devint une idole des ténèbres et brandit son autorité.
D’innombrables Chevaliers noirs, comme s’ils avaient jailli du sol, se ruèrent sur l’ennemi de la Progenitrice…
« Des Chevaliers noirs incapables de se draper d’énergie sanguine. Je ne peux que déplorer de voir la Progenitrice devenue si timorée. »
Dès qu’un Chevalier noir posa le pied sur le sol couvert de sang, un bouton de fleur rouge surgit, comme s’il l’avait senti. Le bouton tourbillonnant engloutit le Chevalier noir. Crac. L’éventail pliant d’Erjebeut se referma, et le bouton s’enroula autour du Chevalier noir avant de le broyer. D’un simple geste d’Erjebeut, les Chevaliers noirs se dispersèrent en poussière.
Les ténèbres restantes furent attirées par le pouvoir de Tyrkanzyaka et formèrent un mur entre elle et Lungken.
« Ce petit truc ! »
Naturellement, un pouvoir destiné à s’opposer à la lumière du Sanctuaire n’était pas particulièrement efficace contre Lungken. Il le déchira aussitôt et asséna coup sur coup à Tyrkanzyaka.
À bout de forces, Tyrkanzyaka balança le bras. Son pouvoir n’avait pas changé, et Lungken fut de nouveau projeté en arrière comme un boulet de canon. Une attaque pareille ne signifiait pas grand-chose pour un vampire, mais Tyrkanzyaka avait besoin de ce bref répit.
Si elle arrêtait son cœur ici…
Elle pourrait peut-être reprendre le contrôle. Mais si elle le faisait, Tyrkanzyaka ne pourrait plus jamais tenter de retrouver son cœur. Elle savait déjà que les Anciens deviendraient incontrôlables.
Elle pourrait exécuter tous les Anciens, détruire cette nation de fond en comble, puis demander à Hughes de lui rendre son cœur, mais…
À bien y réfléchir, ce n’était pas une méthode raisonnable.
… D’abord, Hughes pouvait-il encore utiliser cette autorité ? Cette carte était un fragment de Tyr, à l’époque où elle était humaine, que le Roi de l’Humanité avait trouvé. Rien ne garantissait qu’elle puisse la jeter puis la reprendre comme un jouet.
« On se bat ! Con-cen-tre-toi !! »
Dès que Lungken remarqua qu’elle pensait à autre chose en plein combat, il chargea comme un sanglier. Comme si tout ce qui avait précédé n’avait été qu’une prise de mesure, il traversa le sol en s’aidant de ses mains et de ses bras, puis projeta tout son corps contre Tyrkanzyaka. Un petit son lui échappa, trop faible pour devenir un cri. Tyrkanzyaka s’envola et s’encastra dans le mur, terrassée par une douleur vertigineuse.
Cabilah contempla avec pitié Tyrkanzyaka, pitoyable, qui titubait.
« Ah… Ma pauvre sœur, qui choisit elle-même la douleur et les épreuves. Tu dois comprendre que je suis la seule à vraiment penser à toi. Ni les Anciens, ni Valdamir. Pas même cet homme qui est ton consort… Aucun d’eux ne te fait passer en premier. »
Malgré le vacarme, les murmures de Cabilah parvinrent aux oreilles de tous. Lungken et Tyrkanzyaka s’interrompirent et tournèrent les yeux vers elle.
« … Que veux-tu dire ? Quel rapport avec Hyu ? »
Sous le regard de tous, Cabilah invoqua tranquillement ses Soldats-Dents-de-dragon. Tout le monde savait que ses Soldats-Dents-de-dragon avaient été conçus à l’image des Chevaliers noirs commandés par Tyrkanzyaka, la Progenitrice. L’écart de puissance était si grand que ses Soldats-Dents-de-dragon, lourdauds et faibles, passaient pour de simples jouets face aux Chevaliers noirs renforcés par l’énergie sanguine. Pourtant, Cabilah n’avait pas renoncé : pendant des centaines d’années, elle les avait perfectionnés et renforcés. Il n’y avait désormais plus de Chevaliers noirs auxquels les comparer.
« Ma sœur. Tu nous as présenté cet homme comme le Roi de l’Humanité, n’est-ce pas ? Tout le monde a jugé ce fait insignifiant, mais ils ont manqué de discernement. Seules Valdamir et moi avons prêté une attention particulière à ses agissements. »
« … Tu surveillais Hyu ? »
« Le surveiller ? Hé hé. Ma sœur, il n’y avait pas besoin. Il n’a jamais essayé de cacher ses actes. »
Compatissant avec la Progenitrice, qui avait choisi l’amour et avait été abandonnée par les Anciens, le petit mage noir vieillissant récita ce qu’il savait.
« Le Roi de l’Humanité. L’incarnation de la sauvagerie que le Sanctuaire a tenté d’exclure de l’humanité avant même notre existence. Ma sœur, il… Non, “cette chose” ne pourra jamais t’appartenir à toi seule. »
Les mages noirs. Des fous qui étudiaient les tabous interdits à l’humanité. Pour Cabilah, devenue Ancienne alors qu’elle était encore jeune, la magie noire était le seul moyen de rattraper les autres Anciens, qui étaient déjà parachevés. La magie noire, qui faisait de son propre corps un catalyseur, convenait particulièrement aux vampires. À mesure qu’elle obtenait des résultats, la jeune et innocente Cabilah s’y plongeait toujours davantage.
Le dernier Ancien. Une corruption imprégnée de Sang véritable. La Grande Sorcière du Sud, plus proche d’une alliée que d’une subordonnée, et la plus grande bienfaitrice des vampires.
Cabilah avait recherché l’enseignement de cette Grande Sorcière, gardienne des tabous, et avait été témoin de connaissances interdites.
« Sais-tu pourquoi ? Plus les mages noirs approfondissent leurs recherches, plus ils sentent l’ombre de la sauvagerie. Sacrifices humains, offrandes, cannibalisme, malédictions, rapports sexuels. Tous les actes qui prennent le corps humain pour tribut, tous ceux qui l’affectent. Ces choses que l’on nomme tabous existaient depuis avant l’an un de n’importe quelle ère. À l’Âge de la Sauvagerie, quand toutes sortes de bêtes vivaient ensemble en meutes et que le Roi de l’Humanité allait librement parmi elles. Et même alors, le Roi de l’Humanité était roi. »
Cabilah se remémora des connaissances dont elle pensait n’avoir jamais besoin et murmura :
« Il n’est ni bon ni mauvais. Il accepte tout ce que font les humains. Aussi horrible soit l’acte, même s’il s’agit d’une trahison envers lui, il ne le condamne pas et ne l’empêche pas. Le Roi des Sauvages. Il n’est pas seulement ton roi, ma sœur… Il est le roi de tous, même si nous refusons de le reconnaître comme tel. »
« Qu’est-ce que… tu racontes… ? »
« Ah, ma pauvre sœur. Tu es si fragile et si innocente que tu t’es laissé tromper par un homme malfaisant. Tu ne comprends toujours pas ? »
En voyant Tyrkanzyaka haleter de douleur, Cabilah lui exposa cette cruelle vérité.
« Il a découvert la rébellion contre toi. Les idiots de Luscinia ont même osé s’en prendre au consort de la Progenitrice. Je ne sais pas comment ils ont trouvé le courage de commettre une folie pareille. En plus de cela, ils ont contacté les Anciens et sont allés chercher ceux qui accepteraient de se joindre à eux pour défier les cieux. »
« Hyu a été attaqué ? Quand ? »
Tyrkanzyaka l’apprenait pour la première fois. Autrefois, elle avait régné sur le duché comme s’il était son propre corps et connaissait chaque détail de ce qui s’y passait. À présent qu’elle ne maîtrisait plus le sang, elle n’était plus aussi bien informée qu’avant. Si elle avait su que Hughes avait été attaqué, elle serait restée sur ses gardes et aurait réagi d’une manière ou d’une autre.
Peut-être parce qu’elle se sentait acculée, Tyrkanzyaka éprouva une légère blessure au cœur. Puis…
« Ma sœur. La question n’est pas “quand”. Ce qui compte, c’est qu’il ne t’a pas raconté ce qu’il avait vécu. »
Cabilah enfonça le clou.
« Il est resté là à regarder. Il ne les a pas arrêtés avant qu’ils passent à l’acte, ne les a pas avertis de ne pas le faire. Après l’attaque, il a même continué à se promener sans se soucier de rien. Accepter quelque chose, c’est rester là à regarder. Il a accepté jusqu’à la rébellion contre toi ! »
Elle n’avait jamais eu l’intention d’en révéler autant. Comme les autres vampires, Cabilah était dépourvue d’émotions ; elle n’avait donc pas compris qu’une trahison amoureuse pouvait causer une douleur terrible.
Pourtant, en voyant le visage de Tyrkanzyaka se décomposer — alors que les attaques de Lungken ne l’avaient pas ébranlée —, Cabilah le regretta.
Ah, elle aurait dû lui parler de la trahison de son amant bien plus tôt.
« Ton homme n’est pas à toi seule. Il ne pourra jamais te donner l’amour que tu désires. Jamais. »
Peut-être les émotions de Tyrkanzyaka s’étaient-elles insinuées dans les ténèbres. Celles-ci se dispersèrent d’un air sinistre, comme si elles avaient perdu leur direction.
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