Chapitre 439
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 439 : Épreuve défiant les Cieux — 7
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« C’est lâche… Nous ne formions qu’un seul corps. Nous étions tous les deux morts. Même si nos cœurs étaient froids, même si nous ne ressentions rien… Nous n’étions plus seuls puisque nous ne faisions qu’un avec toi, Progenitrice… Tu nous as abandonnés. C’est lâche. »
Une faible harmonie accompagnait le chant sanglotant de Meurie. Meurie de la Lune sombre, la danseuse fantôme, était une danseuse. Elle fredonnait des chansons et dansait, ornant d’art le duché aride. Depuis qu’elle était devenue vampire, Meurie avait perdu sa capacité à trouver l’inspiration, mais chaque infime changement que ressentait Tyrkanzyaka lorsqu’elle écoutait de la musique faisait vibrer le cœur de Meurie et l’incitait à continuer de créer.
« Progenitrice… Pourquoi nous as-tu abandonnés ? Tu es partie, tu t’es endormie et tu nous as tourné le dos. Puis, quand nous t’avons enfin revue… Tu nous as rejetés comme de vieilles chaussures. »
Mais à présent que le lien était rompu, plus rien ne faisait vibrer le cœur de Meurie.
Ni inspiration, ni émotion, ni confusion, ni trahison. Les émotions que Tyrkanzyaka aurait dû ressentir avaient disparu.
L’inspiration était tout pour un artiste. À présent que Tyrkanzyaka, celle qui l’écoutait et la jugeait, n’était plus là, la musique de Meurie n’avait plus de public. Sans public, l’art n’était rien. Depuis que la Progenitrice était partie chercher un homme, Meurie n’était plus rien.
« Je ne vous ai pas rejetés ! Vous avez pris votre décision tout seuls et vous êtes venus ici, non ? »
Tyrkanzyaka répondit, mais pour ceux qui avaient été libérés du lien, sa voix n’était qu’un bruit incapable de toucher leur cœur. Rahu Khan prit la parole.
« Cheffe de clan. Un lien est une promesse. Je protège le corps que Mère m’a donné. C’est pour cela que je suis devenu vampire. Mais la Cheffe de clan a rompu sa promesse. »
« Même si j’ai retrouvé mon cœur, votre immortalité n’a pas disparu. Non, vous êtes même devenus plus forts. Vous ne mourriez même plus si je vous l’ordonnais ! Quel est le problème ? »
À leurs débuts, les Anciens de la Progenitrice étaient morts par dizaines malgré leur immortalité. Leur faction était faible face à de puissants ennemis, mais Tyrkanzyaka et les Anciens perdaient aussi souvent le contrôle de leur propre pouvoir et entraient en furie. C’était pour cela que la Progenitrice Tyrkanzyaka n’acceptait comme Anciens que ceux qui étaient assez forts pour maîtriser leur pouvoir.
« … C’est différent. Maintenant, nous sommes différents de Mère. »
Bakuta la Sangsue, prédateur des marais profonds dont l’âge et les origines étaient inconnus, était devenu un Ancien pour se débarrasser de sa faim. À présent, il se frottait le ventre vide tout en mâchonnant tristement quelque chose.
« Nous avions promis de tous devenir pareils. De ne plus être seuls. Mais… comment as-tu pu changer toute seule ? »
« Changer ? Qu’est-ce qui a changé chez toi, Bakuta ? Tu es toujours un Ancien. Tu ne peux pas avoir faim ! »
« … Mais, Mère. J’ai faim. Il me manque quelque chose. Je n’arrive pas à le combler. »
Bakuta promena sur les lieux un regard vide. Les vampires reculèrent en le voyant les fixer ainsi, comme s’ils étaient de la nourriture, même quand il s’agissait de ses semblables.
Bakuta était le seul à pouvoir absorber le sang d’autrui et se l’approprier. Une fois qu’il avait dévoré quelqu’un de sa gloutonnerie, même un vampire ne pouvait plus se régénérer. La gloutonnerie qui dévorait les autres était, par nature, honnie. Si Bakuta avait pu rester parmi les Anciens, c’était uniquement parce que la puissante magie du sang de Tyrkanzyaka le réprimait.
Sous le règne de la Progenitrice, Bakuta avait pu dépecer tranquillement des bêtes et mettre son talent à profit.
Du moins, jusqu’à présent.
Rahu Khan observa Bakuta se tordre de faim, puis prit la parole, comme s’il venait de comprendre.
« Ce n’est pas la faim. C’est le désir. »
« … Le désir ? »
« La Cheffe de clan prenait nos désirs en charge. C’est pour cela que nous étions en paix. Mais à présent, le désir est de retour. »
« Hmm… Je crois qu’il a raison. J’ai envie de bouger. De danser. De déchiqueter des corps. De boire. D’être prise dans les bras de quelqu’un… Est-ce que toi aussi, tu voulais être prise dans les bras d’un homme, Progenitrice ? »
« On verra ça plus tard ! »
Les Anciens libérés du lien continuèrent de poser des questions. Tyrkanzyaka leur répondit.
Personne ne frappa sur une enclume ni n’en annonça le début. Pourtant, l’Épreuve défiant les Cieux de la Progenitrice avait déjà commencé.
Les Ain et les Yeiling. Les vampires qui n’étaient plus obligés d’obéir à la Progenitrice se tournèrent chacun vers leur propre souverain. La Progenitrice, qui se tenait au sommet de tous, n’avait personne sous ses ordres et se retrouva seule.
Le trône était devenu un tribunal. Sans même un seul thrall, la Progenitrice y demeurait seule, confrontée à l’interrogatoire des vampires.
Il y avait eu des signes avant-coureurs, et voilà que c’était arrivé. Ces salopards de vampires n’avaient vraiment aucune honte. La Progenitrice avait perdu ses pouvoirs un instant, et ils s’étaient aussitôt rebellés. Je croyais qu’ils n’avaient ni sang ni larmes, mais apparemment, ils n’avaient pas non plus honte.
Je devais d’abord m’enfuir. Si les Anciens levaient leurs bannières et venaient ici, le Château de la Pleine Lune ne tarderait pas à devenir un champ de bataille.
« Sortons d’abord du château ! Où qu’on aille, il faut garder les pieds sur terre ! »
J’arrachai les rideaux qui entouraient le lit. Le lit lui-même était une relique historique fabriquée il y a bien longtemps, et même un morceau de ses rideaux aurait constitué un trésor inestimable. Mais rien de tout cela n’avait plus de valeur que ma vie. J’attachai aussitôt les extrémités du rideau pour en faire des poignées.
« Père. Qu’avez-vous l’intention de faire ? »
« Je vais m’en servir comme d’un parachute ! N’essaie pas de venir avec moi, Hilde. Il n’y a de la place que pour une personne ! »
« … Moi, je ne verrais pas d’inconvénient à tomber comme ça. »
C’est vrai. Hilde faisait elle aussi partie des Six Généraux. Pour une membre des Six Généraux, entraînée à amortir ses chutes, tomber n’était qu’un petit trajet vertical qui ne lui demandait aucun effort.
C’était pareil pour les vampires, d’ailleurs… Attendez, j’étais le seul à avoir peur du vide ? Alors pourquoi l’acrophobie existait-elle, au juste ?
« Surtout, tu es inhabituellement sérieux aujourd’hui. »
« Je plaisanterai quand on sera sortis d’ici. Passe devant, s’il te plaît. Ils ne vont pas tarder. »
« Tu fais vraiment la différence entre le travail et les affaires privées… Hein ? Pourquoi tu me prends par le col… »
Hilde prit appui du pied contre le lit et poussa de toutes ses forces. Dans un grondement, l’énorme lit traversa la pièce et s’écrasa contre le mur opposé. Quand un lit ordinaire heurtait un mur ordinaire, on pouvait facilement imaginer que le lit subirait un sort terrible. Mais cet immense lit digne d’un noble d’autrefois ne s’arrêta pas à l’impact.
Crac.
Le lit défonça le mur et s’élança dans le vide. Hélas, les objets qui tombaient n’avaient pas d’ailes. La relique qui avait trôné pendant des centaines d’années dans la chambre de la Progenitrice allait bientôt se transformer en débris. Tu m’as bien servi, lit. Je t’en ai fait voir, mais tu m’as apporté du confort. Je te pleurerai.
« Vas-y. Moi, je te rejoindrai bientôt. »
« Tu ne vas quand même pas… Aaaah ! »
Hilde me projeta à travers le mur éventré. Je m’envolai dans les airs, tout comme le lit que je venais de pleurer.
« Aaaah ! Ce n’est pas fini ! »
Dans ma chute, je vis deux Ain d’Erjebeut enfoncer la porte, mais cela n’avait plus d’importance. C’était le moment de m’inquiéter pour ma vie.
J’attendis d’avoir pris un peu de vitesse. Il fallait que le vent souffle pour que le rideau s’ouvre davantage. Après avoir compté jusqu’à cinq dans ma tête, j’écartai les bras et déployai mon parachute de fortune. Heureusement, son grand âge ne l’avait pas rendu moins solide. Le rideau, robuste et résistant, supporta mon poids.
L’air du duché était lourd. Chargé de vents marins humides et d’une obscurité mystérieuse, il s’accrochait à mon corps comme si j’avais sombré sous l’eau.
La mer sombre et brumeuse s’étendait au loin derrière moi. Je descendais vers le sol à une vitesse assez élevée…
« Attends. C’est encore un peu rapide. »
Même en utilisant toutes les techniques énergétiques que je connaissais et une technique pour amortir ma chute, l’impact risquait de faire mal. Est-ce que j’allais m’en sortir ? Tandis que je m’inquiétais, j’entendis le lit se briser sous moi. Son cadre s’était fracassé, ne laissant que le matelas moelleux…
Ah.
« Désolé. Je me suis reposé sur toi jusqu’au bout. »
J’atterris sur le matelas, époussetai mes vêtements et me relevai. Grâce au sacrifice poignant du lit, qui m’avait fourni son rideau, avait défoncé le mur et m’avait même préparé son matelas, je n’avais rien. Quand je levai les yeux après avoir repris mon souffle, Hilde se tenait là, vêtue de son uniforme d’infirmière et l’air renfrogné.
« Ah, tu m’as fait peur. Quoi ? Je suis bien tombé le premier. Quand es-tu arrivée ? »
Était-ce une technique pour tomber vite plutôt que pour amortir sa chute ? Tandis que je restais là, perplexe, Hilde se retourna et prit les devants.
« Suis-moi. »
« Tu es froide avec moi depuis un moment. Qu’est-ce qui te tracasse autant ? »
« La situation est urgente. Nous n’avons pas le temps de bavarder, alors dépêche-toi. »
Hilde me guida uniquement par les ruelles les plus sombres, comme si le Château de la Pleine Lune était son propre jardin. Son attitude parfaitement professionnelle révélait l’identité tapie sous son apparence : le Cercueil de l’Ombre.
Elle était vraiment contrariée. Ce n’était pas seulement parce que la situation tournait mal. Son mécontentement était clairement dirigé contre moi.
« Tu es jalouse ? »
« J’aimerais mieux que ce soit de la jalousie, Père. »
Hilde me répondit sans me regarder.
« Depuis plusieurs jours, des rumeurs courent : Père passerait toutes ses nuits avec la Progenitrice. D’abord chez les vampires, puis jusque parmi les humains. À présent, dans ce vieux château, tout le monde sait ce qu’il en est de la Progenitrice et de son consort. »
« C’est un peu gênant. Mais j’en suis fier aussi. »
« Fier. Ha. »
Hilde soupira, se retourna et me fusilla du regard.
« J’ai fait de mon mieux. Et qu’a fait Père ? Il a roulé dans le lit avec la Progenitrice ? Il lui a laissé des marques sur le corps ? »
« C’était un moment agréable. »
« Si tu voulais te rapprocher de la Progenitrice, tu aurais dû régler tes affaires d’abord. »
Peut-être parce qu’elle portait encore son uniforme d’infirmière, les paroles de Hilde me semblaient plusieurs fois plus acérées que d’habitude.
« Tu savais que certaines forces préparaient clairement une rébellion contre la Progenitrice. Pourtant, avant de régler le problème, tu l’as emmenée dans une chambre ? Tu as profité de cette occasion en or pour te vautrer dans le plaisir ? Père est peut-être une bête, mais je croyais que tu savais au moins gérer tes propres crises. Je me suis retenue jusqu’à finir par entrer, et je t’ai trouvé allongé dans le lit. »
« J’ai peut-être été un peu paresseux. Mais Tyr me l’a demandé. »
« Si tu comptais la convaincre par des mots doux sur l’oreiller, tu aurais dû en parler d’abord à Tyrkanzyaka et la laisser agir. Père est irrécupérable. »
C’était étrange de me faire traiter de Père tout en me faisant rabrouer. Je ne pus qu’esquisser un sourire gêné, et Hilde me regarda comme si j’étais un insecte.
« Les Anciens qui dormaient se sont réveillés. Nous ignorons s’ils sont hostiles ou favorables à la Progenitrice. C’est la première fois que son contrôle faiblit. Personne ne peut prévoir les actes des vampires qui viennent d’échapper à ce contrôle. Pas même la Sainte Vierge. »
« Comment veux-tu que je sache quelque chose que même la Sainte Vierge ignore… ? »
« Malgré tout, Père aurait dû se montrer prudent après avoir été attaqué par des Ain à l’instant. »
Son regard était assez acéré pour me trancher en deux. Hilde m’appelait Père, mais elle était en réalité le Cercueil de l’Ombre, qui avait longtemps dirigé le Bureau de la Sécurité publique de l’État militaire. Cette facette d’elle qui ressortait me terrifia, et je m’empressai d’essayer de calmer le jeu.
« E-Eh bien, il y a sûrement beaucoup d’Anciens qui sont favorables à Tyr, non ? Historiquement, la plupart ont reçu ses faveurs. Et puis, la Tisseuse de sang, dame Cabilah, est dévouée à la Progenitrice. »
« … Sais-tu ce que j’ai découvert ? »
Je le savais en lisant ses pensées, mais je lui posai la question par politesse.
« Quoi donc ? »
« Comme les Anciens, les Ain sont égaux entre eux. Le fait d’être un peu plus fort ne permet pas de régner sur les autres Ain. Pour les rallier et les mobiliser, il faut un Ancien. Et ce n’est même pas forcément leur propre Ancien. »
« Cela signifie qu’un Ancien a rallié les Ain de Luscinia ? »
« Et d’après mes recherches, cet Ancien est… »
* * *
Au moment même où l’autorité de la Progenitrice s’effondrait sous leurs yeux, Cabilah frappa dans ses mains, contrariée. Aussitôt, une présence gigantesque défonça le mur et apparut.
Plusieurs vampires reculèrent précipitamment et tentèrent de se protéger de l’attaque avec leur pouvoir sanguin. La présence gigantesque ignora leurs attaques et élargit l’ouverture de ses griffes.
« Vous avez dit que vous nous montreriez. Nous n’avions qu’à regarder, et pourtant vous avez oublié le bienfait d’avoir été tués, et vous l’avez payé par une trahison ! Comment osez-vous vous en prendre à la sœur qui a partagé son sang avec vous ? »
Les os d’une Calamité marine. Plus précisément, l’exosquelette d’une Calamité marine morte pendant sa mue. Un jour, la carcasse de la Calamité marine s’était échouée sur le rivage. Cabilah l’avait récupérée et en avait fait une poupée. Fabriquer une poupée à partir du corps d’une créature marine était difficile, mais Cabilah avait persévéré et fini par réussir.
Les pinces du homard éventrèrent la salle. Sa carapace dure repoussa toutes les attaques ordinaires tandis qu’il ravageait la pièce. Dans la salle d’audience, transformée en champ de bataille en un instant, Cabilah s’enveloppa de fils de sang et s’approcha de Tyrkanzyaka.
« Ma sœur. Regarde ces gens répugnants. Des ordures qui croient que le Sang véritable est leur propre pouvoir, simplement parce que tu as retrouvé ton cœur. Nous ne pouvons pas rester sans rien faire. Sinon, ils chercheront à prendre non seulement ta place, mais aussi ton sang et ta vie. »
Cabilah s’approcha après avoir renversé à elle seule le cours de la bataille, telle la sauveuse de la Progenitrice. Elle-même était entièrement absorbée par ce rôle. À cet instant, Cabilah assouvissait son désir naissant avec plus de satisfaction que quiconque.
« Je n’ai pas le choix, ma sœur. »
Et le désir futile et humain de Cabilah, contrairement à celui des autres Anciens…
« Je vais arrêter ton cœur pendant un petit moment. Comme ça, tu redeviendras ma sœur. »
Il serait satisfait en tuant la Progenitrice. Avec un sourire éclatant, semblable à des pétales sur le point de faner, Cabilah fit sa proposition à la Progenitrice.
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