Chapitre 435
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 435 : Pause
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Même une pause d’une journée pouvait sembler insuffisante aux humains. Il fallait mener les épreuves avec soin, mais pour les humains impatients, même un jour, c’était long.
Pour les vampires, en revanche, une journée n’était guère plus qu’une courte sortie pour aller boire du sang. Après s’être promis de se revoir bientôt, ils quittèrent tranquillement la salle.
Quelques Anciens restèrent tout de même.
« Progenitrice. Je dois m’absenter un moment. Veuillez me permettre de prendre congé le premier. »
« Vous semblez avoir une affaire urgente à régler. Allez-y. »
« Vous me faites honneur. »
Valdamir fut le premier à quitter la salle. Les autres Anciens le suivirent, l’air vaguement mécontent. Bientôt, il ne resta plus que Tyr, Lir et moi.
Tyr regarda autour d’elle la salle vide, puis son expression solennelle se détendit.
« Tu as surmonté cette difficulté avec brio. »
« Ce n’était pas grand-chose. Au pire, qu’est-ce qui aurait pu m’arriver ? Lir serait morte. »
Dès que quelqu’un d’autre courait le risque, la situation devenait divertissante. Sans rien à perdre, il n’y avait aucun suspense.
Ma réponse sincère fit tout de même sourire Tyr, qui me complimenta d’un air amusé.
« Hé hé. Tu dis ça comme si tu t’en fichais, mais je sais pourquoi tu voulais la sauver. En tant que Roi de l’Humanité, tu aimes ceux qui sauvent les humains. »
« Hein ? Pas du tout. Je ne les aime pas particulièrement. »
« Te revoilà. Tu as peut-être été difficile avec elle, mais tu as beaucoup aidé Shei. Et tu as proposé d’aider Lir alors que tu venais à peine de la rencontrer. Tu crois que j’ai passé tout ce temps à t’observer sans rien comprendre ? »
Vraiment ? Ce n’était pas que j’aimais les gens qui sauvaient les humains. Je voulais juste observer leurs aspirations un peu plus longtemps. Même si elle avait été meurtrière au lieu de guérisseuse, tant qu’elle n’essayait pas de me tuer, je l’aurais d’abord observée.
Le problème, c’était qu’ils essayaient généralement de me tuer.
Tyr semblait se méprendre sur quelque chose. Que devais-je faire ? La corriger ?
« … Ou bien y a-t-il une autre raison ? Aurais-tu eu des intentions déplacées ? »
« Non. À bien y réfléchir, tu as sans doute raison. »
Il valait mieux ne pas la corriger. Évidemment.
Tyr se tourna vers Lir. Celle-ci était toujours prosternée seule dans la salle. Personne ne lui avait demandé de partir ni ordonné de se relever ; elle était donc restée à sa place.
« Lir Nightingale. »
« Oui, Progenitrice. »
« Ce qui va suivre mettra tes compétences à l’épreuve. Chacun évaluera si tu es digne d’hériter de mon Sang véritable et si tu as la force de le faire. »
Tyr s’interrompit alors et me jeta un coup d’œil.
« Si je pouvais connaître tes capacités à l’avance, cela leur faciliterait peut-être un peu la tâche. »
Elle l’avait formulé indirectement, mais elle proposait de mettre nos versions au point d’avance, en échange du sauvetage de Lir. Puisque je prenais le parti de Lir, Tyr me prêtait aussi main-forte.
Au fond, la clémence d’un dirigeant et un sale arrangement dans les coulisses, c’était la même chose.
Bien sûr, je n’étais pas la seule raison. Tyr éprouvait peut-être une certaine affinité avec Lir, qui soignait les humains grâce à l’art du sang, car elle-même avait autrefois suivi une voie semblable. Si Tyr avait encore conservé le contrôle du sang, cette épreuve n’aurait peut-être jamais eu lieu. Tous les vampires soumis à son contrôle auraient ressenti quelque chose de similaire envers Lir.
Hum. C’était vrai.
Il y avait une raison pour laquelle le Sage guérisseur avait survécu dans le futur de la régresseuse.
À ce stade, on pouvait dire sans risque que le Sage guérisseur survivrait. Lir, elle, semblait indifférente.
« … Je n’ai aucun talent digne d’être présenté. »
« Aucun talent ? J’ai entendu dire qu’aucun Ancien ne pouvait rivaliser avec toi pour sauver les humains. »
« Je ne les sauve pas. Leur vie ne m’intéresse pas. Je ne m’occupe que de leur mort. C’est presque comme les tuer. »
« Les tuer ? »
« Oui. »
Tyr releva le menton, réclamant une explication. Lir répondit :
« Leur vie ne m’intéresse pas. Les humains vivent comme ils l’entendent et meurent comme ils l’entendent. J’ai décidé de ne pas me soucier de la manière dont ils vivent ou meurent. Je ne m’occuperai que de leur mort. »
« Les empêcher de mourir, c’est bien les sauver, non ? »
« Progenitrice, connaissez-vous le moyen le plus simple de sauver quelqu’un ? »
« Lequel ? »
« Tuer le meurtrier. Ou jurer que vous le tuerez. »
Elle était encore jeune, mais elle en avait déjà saisi l’essence. Sa vision semblait inhabituelle, mais c’était du bon sens, valable partout dans le monde. C’était aussi pour cela que le meurtre était considéré comme un mal dans tous les pays et toutes les sociétés.
Tuer le meurtrier.
Cette promesse inébranlable créait l’ordre. Et dans un ordre solide, les humains pouvaient vivre.
« Mais même si ce sont des meurtriers, je ne m’en soucierai pas. »
Lir fit cette déclaration sans la moindre émotion.
« Même si ceux que je sauve deviennent les jouets de Père et souffrent en hurlant qu’ils veulent mourir. Même s’ils servent à engraisser Père ou à le divertir. Je soignerai ma mère. »
Père considérait les humains comme des objets à réparer. Faire couler le sang, déchirer la chair et trancher les os, voilà ce qu’il savait faire. L’Ancien Luscinia ne s’était pas contenté de modifier les ain sous ses ordres : il s’en était aussi pris aux humains.
Y compris à sa concubine et à sa fille adorées.
Lir avait hérité du sang de l’Ancien et appris en observant ses actes. Elle avait ainsi acquis, contre son gré, des compétences médicales exceptionnelles. Elle s’en servait surtout pour soigner sa mère.
Seul un vampire sans sang ni cœur aurait pu faire une chose pareille. Luscinia avait mené des expériences interdites pour briser le lien et, pour cette raison, il avait été tué.
Voilà donc ce qui s’était passé.
Mais…
Le coupable était Valdamir. Tout le monde accusait Lir, et elle le croyait elle-même, mais quelque chose s’était produit dans l’écart entre leurs perceptions.
« Il y a quelque chose d’étrange chez cette personne. »
Je pouvais peut-être maintenant éclaircir ce décalage.
« En quoi est-ce comparable au meurtre ? Elle a simplement le cœur trop tendre et ne supporte pas la mort des gens. Pourquoi lui trouver une grande justification ? C’est l’adolescence, peut-être ? »
Tyr, qui semblait avoir eu la même impression, hocha la tête. Il aurait été plus simple de parler d’affection humaine, mais elle empilait les raisons jusqu’à rendre la situation bizarre.
Le Sage guérisseur était bien plus froide que je ne l’avais cru.
« Je suis devenue vampire à peu près à cet âge. Il se peut qu’il en reste quelques séquelles. »
« Tu vois ? Quand tu dis ça franchement, c’est encore plus bizarre ! »
« C’est vrai. Et puis, j’étais dans une situation où je devais me poser ce genre de questions. Les humains que je sauvais finissaient peu après dans le même état. »
C’était vrai. Si un enfant ordinaire vivant dans l’État militaire avait eu de telles préoccupations, je lui aurais dit de se réveiller et de regarder la réalité en face.
Lir avait grandi comme la fille d’un Ancien, et sa réalité baignait dans le sang. Ça se comprenait.
« Luscinia ne t’aurait-il pas écoutée si tu le lui avais dit ? »
« Quand je me suis opposée à Père, il m’a dit qu’il allait me débarrasser de mes inquiétudes et m’a transformée en vampire. »
« Je suis désolé. Ta famille était encore plus désastreuse que je ne l’imaginais. »
Plus elle parlait, plus le bourbier s’approfondissait. Le Sage guérisseur avait-elle dû être poussée dans une situation aussi extrême pour devenir cet être si tordu ?
« Je ne sais pas ce que ressentait celle que j’étais autrefois, mais je ne suis plus capable d’éprouver de compassion. J’ai donc besoin de principes qui me poussent à agir. Si je ne me donne pas de raisons, je finirai par oublier pourquoi j’agis. »
Tout comme Tyr haïssait le Sanctuaire, Lir en avait fait un principe. Ainsi, elle pouvait soigner tous les humains de la même manière, quels qu’ils soient.
C’était pour cela qu’elle était devenue le Sage guérisseur dans le futur de la régresseuse. Elle avait dû parcourir le monde en sauvant les humains avec une obstination inébranlable.
Ce qui ne faisait que renforcer mes interrogations. Après avoir parcouru une nouvelle fois ses souvenirs, je demandai :
« As-tu vraiment tué Luscinia ? »
« Oui. »
À ma grande surprise, elle le pensait vraiment.
Alors, c’était vrai. Après de longs efforts, Luscinia avait réussi à se libérer du lien et avait essayé de le tuer.
Pourtant, c’était Valdamir qui avait tué Luscinia.
Il n’y avait qu’une seule explication à cette divergence de perception : Lir n’avait pas réussi à tuer Luscinia.
« Avais-tu les moyens de tuer Luscinia ? »
« Oui. Sans aucun doute. »
… Ce n’était pas impossible.
Lir avait été libérée du lien parce que ses chaînes s’étaient tordues et déformées. Elle n’aurait jamais pu y parvenir si Luscinia avait résisté, mais, avec son accord tacite, cela avait pu être possible.
Quelqu’un, aussi fort soit-il, mourait s’il ne résistait pas.
Mais…
« Une dernière question. »
Si elle en avait eu les moyens et avait quand même échoué, il n’y avait qu’une seule raison, n’est-ce pas ?
« Détestes-tu vraiment ton père ? Toi ? »
Même Lir ne pouvait répondre facilement. Aussi froidement qu’on examine sa propre personne, on ne comprend pas forcément son propre cœur.
Les vampires plaçaient la raison au-dessus de l’émotion. Ils n’étaient pas sujets aux caprices. Comme ils ne mouraient pas et ne se blessaient pas, ils tenaient davantage du phénomène que de l’humain.
C’était aussi vrai de Lir et de Tyr, qui avaient brisé le lien et n’obéissaient plus aux ordres de leur maître de sang. Il leur fallait une raison d’agir.
Pourtant, elles étaient humaines.
« Les humains sont plus cohérents que tu ne le crois. Il est difficile d’être bienveillant envers tous les humains tout en haïssant uniquement son propre père. C’est tout aussi étrange de dire qu’on soignera tous ceux qui se meurent tout en essayant de tuer son propre père. »
Je lisais dans le cœur des gens. Ça en avait l’air, mais mon pouvoir se limitait aux humains. Je ne pouvais pas reproduire tout ce qu’ils voyaient, les odeurs qu’ils respiraient, les goûts qu’ils savouraient ou les sensations qu’ils éprouvaient par le toucher. Ces choses-là ne restaient pas en mémoire.
Je ne pouvais lire que les éléments dont ils se souvenaient après les avoir filtrés une première fois.
Les cœurs n’étaient pas parfaits, et moi qui les lisais ne l’étais pas non plus. Si je l’avais été, j’aurais su précisément ce que Luscinia pensait, comment il agissait et comment il était mort.
Mais je connaissais le cœur de Lir, là, devant moi.
« Voulait-elle vraiment tuer Luscinia ? »
Je savais d’où venait sa bonté obstinée et tordue.
« … Je ne sais pas. »
Lir contempla calmement son propre cœur. Le détachement des vampires lui permettait de considérer même ses émotions les plus profondes avec froideur.
« Même si j’avais désiré son affection, il m’a transformée en vampire. Je suis incapable d’éprouver la moindre affection. »
Lir rassembla négligemment ses affaires : un sac rempli de scalpels, de pinces et de ciseaux tranchants. Les outils nécessaires pour recoudre les humains.
Entre les mains de Luscinia, ils servaient à faire souffrir. Entre celles de Lir, ils atténuaient la douleur.
« Même si j’avais voulu le sauver, lui souhaitait mourir. Je n’avais pas d’autre choix que de le tuer. »
On ne ressentait la douleur que de son vivant. Luscinia avait été étonnamment habile à maintenir les humains en vie. Toutes les connaissances détaillées du Sage guérisseur sur le corps humain et son fonctionnement lui venaient de son père.
Qu’était un parent pour son enfant ? Quelqu’un qu’on pouvait haïr ou détester, peut-être. Mais, au minimum, un parent occupait une grande place dans la vie de son enfant.
Qu’il le veuille ou non.
« Même si je l’aimais, il m’a ordonné de le haïr. Alors je le hais. »
Luscinia, son père et son maître de sang, constituait la majeure partie de Lir. À cause de lui, elle avait emprunté des chemins qu’elle n’avait jamais voulu prendre.
La vie d’un vampire. Celle d’une tueuse d’Ancien. Et même celle d’une Ancienne.
« Il ne m’a rien donné de ce que je voulais. Alors je n’ai pas d’autre choix que de le haïr. »
Après avoir rassemblé toutes ses affaires, Lir s’inclina profondément devant Tyr.
« Merci de m’avoir aidée, concubine de la Progenitrice. »
« Ce n’est rien. Disons que j’ai sauvé une personne. »
« Non. Je voulais vous remercier d’avoir révélé toute la vérité sur mon père. Maintenant que tout le monde sait qu’il méritait de mourir, je suis satisfaite. »
À l’époque, les choses avaient peut-être été différentes, mais sa haine actuelle semblait bien réelle. Après m’avoir sincèrement remercié, Lir se retira, nous laissant seuls, Tyr et moi.
« … Finalement, nous n’avons jamais découvert de quelle capacité elle était dotée. »
« C’est vrai. La capacité de soigner les gens ne serait pas très utile aux vampires, de toute façon. »
« Pourquoi ne pas faire venir quelqu’un et le blesser ? »
« Devant tous ces vampires ? C’est un abattoir, ici ? »
« Elle le ramènerait à la vie. Ce serait plutôt une vétérinaire, non ? »
« Dire que sa capacité relève de la médecine vétérinaire la rend un peu moins qualifiée. »
Je me demandais si le Sage guérisseur parviendrait à faire ses preuves parmi les Anciens, où abondaient les monstres affublés d’épithètes comme Marionnettiste ou Couvert de sang. Ce ne serait pas facile.
Tyr me répondit comme pour me rassurer.
« Pourquoi serait-elle moins qualifiée ? Ma concubine est humaine, elle aussi. Avoir un médecin compétent à proximité ne serait pas une mauvaise chose. »
… Le Sage guérisseur devrait m’être reconnaissante. Sans moi, elle ne s’en serait pas tirée aussi facilement.
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