Chapitre 434
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 434 : Épreuve défiant les Cieux — 4
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Qui commettait un crime devait être puni. Le principe était simple, si évident qu’il semblait incontestable. On considérait souvent le châtiment comme un noble rituel conforme à l’ordre naturel.
Mais, au fond, un crime était un acte. Le punir revenait à porter un jugement sur cet acte. Prétendre qu’il n’aurait jamais dû se produire, c’était déjà contredire le fait qu’il avait bel et bien eu lieu.
Il en allait de même pour les vampires. Il fallait distinguer clairement les deux.
Ce qui ne pouvait pas arriver, et ce qu’on aurait voulu ne jamais voir arriver.
« Je vous le demande encore une fois. Quel était le mobile de l’accusée ? »
L’Ain répondit aussitôt.
« Venger Lily, sa mère. Comme elle l’a dit elle-même. »
« La vengeance ? Intéressant. Vous souvenez-vous de ce que vous souhaitiez quand vous étiez humaine, Harpy ? »
Je l’appelai tout naturellement par un nom que personne ne m’avait révélé.
Cela aurait dû être impossible, mais Harpiness se contenta de supposer que je l’avais entendu quelque part. Évidemment. Qui aurait imaginé que j’avais appris son nom par lecture des pensées ?
Harpy répondit.
« Cela n’a rien à voir avec cette affaire. »
« Bien sûr que non. Qui se soucie de ce qui s’est passé avant qu’on devienne vampire ? À quoi bon s’intéresser aux événements qui ont précédé la mort, quand on est mort une fois, puis revenu à la vie grâce au sang versé ? »
Je haussai les épaules et poursuivis.
« Vous avez dit que Lir avait attaqué Luscinia pour poursuivre sa vengeance, incapable de tourner la page sur la rancune qu’elle nourrissait de son vivant. Mais ne faites-vous pas grand cas d’un Yeiling ? »
« Lir n’est pas un Yeiling. On l’a classée parmi eux parce qu’elle a reçu le sang de Lily, mais le duc Luscinia lui a également transmis son sang. Si l’on se fonde là-dessus… »
« Exactement ! C’est la volonté du duc Luscinia qui a créé cette lignée si embrouillée dès le départ ! »
Elle avait sans doute soulevé ce point pour me contredire, mais j’attendais justement ces mots.
Un débat n’était pas un combat entre moi et mon adversaire. Un vrai débat poussait l’adversaire à se battre contre lui-même. Il suffisait de s’accrocher à un fil qui dépassait, d’attendre qu’il s’exprime mal, puis de retourner sa déclaration contre lui. On pouvait combattre un ennemi, mais pas soi-même.
« Luscinia a poussé Lir à l’attaquer et à défier son maître de sang. Eh bien, j’ignore si cela correspondait à la volonté de Lir ou si elle y a été contrainte… Quoi qu’il en soit, cela n’aurait pas pu se produire sans l’intention de l’Ancien. Me trompé-je ? »
« …Il est possible que Lir ait échappé au lien du sang par un moyen ou un autre. »
« Lequel ? »
« Un moyen ? À Lir de le prouver. »
« Non. Vous l’avez dit vous-même tout à l’heure. Il ne suffit pas d’avancer une simple possibilité. »
Ayant repéré son faux pas, je la pressai sans pitié.
« Jusqu’ici, les vampires ont toujours respecté une hiérarchie stricte sous l’effet du lien du sang, n’est-ce pas ? Le cas de Lir fait exception, et mon explication rend compte de cette exception de la manière la plus rationnelle et la plus logique qui soit. Pourtant, vous insistez sur l’existence d’un moyen d’échapper au lien, sans être capable d’expliquer lequel. »
Même face à mes railleries, Harpy avait encore quelque chose à répondre.
« Elle manie des pouvoirs étranges. Quand il s’agit de maintenir quelqu’un en vie, elle est encore plus douée que le duc Luscinia. Il ne serait pas étonnant qu’elle possède des pouvoirs dont nous ignorons tout. »
« Il existe un pouvoir que personne ne connaît. Elle a commis le crime en s’en servant. Voilà la preuve du diable. Qu’en pensez-vous, Votre Honneur ? »
Il n’y aurait pas eu de fin si l’autre camp s’était contenté de camper sur ses positions. Mais nous étions dans un tribunal. Tyr, la juge, m’était très favorable. Elle m’aurait écouté même si j’avais été déraisonnable ; elle ne pouvait donc pas ignorer un raisonnement solide et logique.
Tyr acquiesça.
« L’argument de la défense est recevable. Il semble impossible qu’elle ait tenté de défier les Cieux sans l’assentiment tacite ou explicite de Luscinia. Il existe également suffisamment de preuves circonstancielles pour établir que Luscinia en avait l’intention. »
Les autres vampires partageaient son avis. Ils n’étaient pas parfaitement rationnels, mais leur sang-froid empêchait la sympathie de brouiller leur jugement. Ils se souciaient peu des sentiments d’une Ain qui n’était même pas une Ancienne.
Sentant la situation lui échapper, Harpy lança désespérément :
« Même les thralls n’agissent pas uniquement selon la volonté de leur maître de sang ! Quand celui-ci disparaît ou s’endort, comme le mien, ils peuvent agir librement ! Lir n’est donc pas irresponsable ! »
« Alors, elle aurait d’autant moins pu le tuer sans la permission de son maître de sang. »
« Son maître de sang ne lui aurait jamais ordonné de prendre le Sang véritable ! »
Oh. C’était une réponse improvisée, mais elle avait trouvé un bon angle d’attaque. Elle avait déplacé le débat du mobile vers le résultat.
« Comme l’a dit la consorte favorite, il est possible que le duc Luscinia en ait eu l’intention. Bien sûr, il est tout aussi possible que ce ne soit pas le cas. Nous ne pouvons pas le savoir. »
Nous ? Enfin, moi, je le savais.
« Pourtant, quelle qu’ait été son intention, seul le Progeniteur peut manipuler le Sang véritable d’un Ancien. S’emparer de ce Sang véritable après l’anéantissement de l’Ancien était incontestablement un acte de rébellion ! Reprenez-lui ce sang ! »
« Cela pouvait aussi être la volonté du duc Luscinia, non ? »
« Je vais vous retourner vos propres paroles. »
Avancer une simple possibilité ne changeait rien. Je le savais. Et je n’avais pas l’intention de laisser les choses se terminer aussi facilement.
« Vous avez raison. Quoi qu’il se soit passé, l’accusée possède désormais le Sang véritable, et cela seul constitue un crime. »
« C’est exact ! »
« …Alors ! »
Je me retournai et levai les yeux vers Tyr. Elle avait l’air de trouver la situation plutôt divertissante et m’observait avec un léger sourire.
Comme le pensaient les vampires, déterminer le bien et le mal n’avait pas grande importance dans ce procès. Les faits et la logique n’étaient que des outils pour convaincre la Progenitrice. Toutes les décisions venaient d’elle, et nul ne pouvait s’y opposer.
À cause du lien du sang.
« Nous ne jugeons donc plus le meurtre d’un Ancien. Les règles du jeu ont changé. Ce procès ne vise plus à identifier et à punir le coupable qui a tué un Ancien. Il s’agit désormais de décider à qui reviendra le Sang véritable de la Progenitrice et qui pourra le manipuler. »
Et j’étais le consort favori de la Progenitrice. S’il s’agissait de discuter sur l’oreiller, je gagnerais à tous les coups.
Le visage de Harpy se déforma lorsqu’elle comprit qu’elle avait perdu. Ce n’était pas un mensonge : les thralls privés de maître de sang recouvraient leur liberté. Il suffisait de la regarder. N’avait-elle pas l’air libre ?
« Votre Honneur, il me semble que la question de ce procès a changé. Au départ, il s’agissait de trouver le coupable qui a tué l’Ancien Luscinia. À présent, nous discutons de la manière de gérer sa mort. »
« Et ? »
« Puisque la question a changé, il faut prendre le temps de nous y préparer. Je propose de suspendre l’audience. »
C’était un peu gros, mais plus je faisais traîner les choses, plus cela m’avantageait. J’insistai, mais Tyr me demanda, perplexe :
« Une journée ? Une suspension aussi courte suffira-t-elle ? »
« …Je ne sais pas si l’on peut vraiment appeler cela court, mais cela me semble nécessaire. »
« Hmm. Si c’est ce que vous souhaitez. »
J’étais le consort favori, et Tyr ne cachait pas qu’elle était de mon côté. Elle acquiesça, se leva et déclara :
« Nous ne nous sommes pas réunis ici pour apaiser le ressentiment de Luscinia. Nous sommes là pour déterminer ce qui lui est arrivé et décider de la suite à donner. »
Les vampires étaient sensibles à la mort de leurs semblables, simplement parce qu’elle était rare. Les autres partageaient eux aussi en partie les paroles de la Progenitrice.
« Cela dit, après avoir tout entendu, je reconnais que les arguments de Hughes se défendent. Luscinia a clairement tenté de défier les Cieux, ou mené une expérience équivalente, même au prix de sa propre vie. S’il a agi avec une intention précise, le mieux serait de le lui demander… Mais un être anéanti ne peut répondre. »
Les morts ne parlaient pas. C’était pourquoi les vivants devinaient ce qu’ils auraient pu dire et tentaient d’apaiser leur ressentiment.
Les vampires, eux, étaient des êtres qui avaient déjà connu la mort. Les histoires empreintes de chaleur humaine ne les intéressaient pas.
« La discussion doit donc changer d’objet. Nous devons décider si Lir Nightingale en est digne et déterminer ce qu’il convient de faire du Sang véritable. Nous allons suspendre brièvement l’audience, puis reprendre les débats. »
Sa déclaration avait de quoi glacer le cœur, mais c’était ainsi que les vampires étaient. Honorer les morts et les pleurer, c’était bon pour les humains ordinaires.
Oui, tout comme Harpiness, qui ne parvenait plus à contenir ses émotions.
Les plumes qui s’étaient hérissées pendant le procès retombèrent, comme trempées par la pluie. Trois ou quatre fois plus petite que lorsque je l’avais vue pour la première fois, Harpiness serra ses doigts pointus et prit la parole.
« …Ô Progenitrice. Nous abandonnez-vous ? »
« Je ne vous ai jamais abandonnés. »
« Lir Nightingale est un Yeiling. Elle a hérité du sang du duc Luscinia, a mêlé son sang au sien, et sa lignée s’en est trouvée déformée. Nous, les Ain, ne pouvons pas servir comme Ancien un Yeiling qui a hérité du sang du duc Luscinia. »
Elle ne se contentait pas de dire qu’ils n’en avaient pas envie.
Si un Yeiling devenait Ancien — surtout si Lir, dont le rang avait été bouleversé par cette lignée embrouillée, se retrouvait à gouverner leur Sang véritable… Alors, comme dans le cas de Lir, les vampires seraient eux aussi arrachés au lien.
Les Ain de Luscinia avaient une raison de vouloir la mort de Lir. Si elle prenait ce Sang véritable, les Ain qui deviendraient ses maîtres de sang et ses thralls seraient des étrangers dans ce Duché. À l’image de Lir Nightingale, qu’un Ancien avait arrachée de force au lien par sa volonté, toute une lignée s’en affranchirait.
En observant les Ain effrayés, je me risquai à une hypothèse.
Peut-être que l’Ancien Luscinia avait… même prévu cette scène.
« Ce n’est pas à vous d’en décider non plus. Nous en discuterons demain dans cette salle. J’entendrai toutes les parties concernées avant de me prononcer. »
Le verdict de Tyr ne laissait à personne la possibilité de protester. Harpiness baissa la tête, accablée par un désespoir sans fond.
« …J’obéirai. »
Il semblait qu’il n’y avait plus rien à ajouter. La journée était terminée. Au nom de tous, je lançai :
« L’audience est suspendue ! »
Boum. Dans un grondement sourd, le procès prit fin.
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