Chapitre 433
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 433 : Épreuve défiant les Cieux — 3
──────
« Le lien de sang est un pouvoir qui exerce un contrôle absolu sur les vampires de rang inférieur. Comme le maître du sang contrôle directement le sang de son esclave, celui-ci perd à la fois la capacité et la volonté de se rebeller. Un esclave ne peut jamais trahir son maître du sang. Cependant… »
Des murmures parcoururent la salle.
Quelques vampires regardèrent Tyr, se demandant si elle devait faire taire Lir sur-le-champ. Mais Tyr l’écouta sans l’interrompre. Avec l’autorisation tacite de la Progenitrice, Lir poursuivit.
« Père voulait que Mère se rebelle, brise le lien de sang et se tienne debout par elle-même. Alors seulement il pourrait à nouveau goûter le sang de Mère en connaisseur. Il fit de Mère une Ain, puis me fit passer, moi qui partageais son sang, au rang de Yeiling. Ensuite, il me donna à nouveau de son sang et fit de moi une Ain. Il déforma les liens et brouilla la hiérarchie pour tenter de défier les Cieux. Et ce n’est pas tout : il nous força, nous aussi, à tenter l’expérience. »
Qu’un lien soit rompu par celui qui l’avait imposé était choquant, mais assez facile à comprendre. Celui qui l’avait établi pouvait tout aussi bien le défaire.
Mais qu’un esclave lié par le sang s’affranchisse de lui-même était inadmissible. Les vampires avaient leurs propres esclaves ; si l’un d’eux défiait les Cieux, c’était comme si leurs membres se mettaient à s’agiter contre leur volonté. Personne n’aurait aimé voir ses mains et ses pieds bouger tout seuls.
Les vampires regardèrent Lir d’un œil glacial.
« … Au bout du compte, ce fut la corde qui étrangla Père. Père a bien prouvé qu’il en était capable. Il a été anéanti par ma main. »
Elle avait peut-être compris l’état d’esprit de la salle, car Lir ne précisa pas comment elle s’y était prise.
Était-ce vraiment une décision judicieuse ? N’avait-elle pas songé que les vampires seraient encore plus résolus à la tuer avant que la méthode ne se répande ?
Ou bien se moquait-elle tout simplement de vivre ou de mourir ?
Depuis le début, ses paroles me semblaient étranges. J’avais cru qu’elle implorait qu’on l’épargne, mais elle n’avait fait qu’exposer au tribunal tous les crimes de son père. Même le scandale d’un Ancien restait un scandale. Lir cherchait à ternir la réputation d’un homme déjà anéanti.
Cette femme était subtilement tordue. Elle se souciait profondément de la vie et de la mort des autres, mais restait détachée de son propre sort. Même à cet instant, je ne percevais chez elle aucune peur de mourir.
« Si je suis une criminelle qui a osé défier les Cieux, alors Père, qui a poussé Mère et moi à les défier, est lui aussi un criminel ! »
Le silence retomba.
La salle était parfaitement immobile. Après son long discours, Lir attendait la réponse de la Progenitrice sans laisser paraître la moindre émotion, comme il convenait à une vampire.
La révélation était réellement inattendue, et le scandale avait secoué tous les vampires… mais l’issue, elle, ne changeait pas.
« Vous dites donc avoir tué Luscinia. »
« C’est exact. »
« Ce procès vise à faire éclater la vérité sur le meurtre d’un Ancien. Quelles que soient les circonstances, elles n’ont aucune importance. Elles n’effacent pas le résultat. »
En véritable Progenitrice, Tyr ne s’attardait pas sur un scandale secondaire. Même si son cœur s’était remis à battre et que ses sens lui étaient revenus, les années qu’elle avait vécues et l’expérience acquise n’avaient pas disparu. Tyr savait mieux que quiconque qu’à trop s’attarder sur chaque détail, elle ne pourrait jamais rendre de jugement.
Le crime était manifeste. D’une voix grave et solennelle, assez forte pour que tous l’entendent, Tyr prononça sa sentence.
« Rien n’a changé. Je vais rendre mon verdict à l’encontre de la criminelle, Lir Nightingale… »
« Je m’y oppose. »
La voix venait de tout près. Tyr se retourna brusquement, comme prise au dépourvu. Devant elle, il y avait… moi, un bras tendu.
« Hyu ? »
« Tyr. Les choses ont changé. »
« Qu’est-ce qui a changé ? »
« Cette déclaration. Si tout ce qu’elle a dit est vrai… alors ce procès est vicié à la base. »
Je descendis de l’estrade et m’arrêtai devant l’accusée. Levant les yeux vers Tyr, je demandai : « Votre Honneur, d’après les dires de Lir Nightingale, l’Ancien Luscinia a lui aussi tenté de briser le lien de sang. N’y a-t-il pas là matière à circonstances atténuantes ? »
Tyr parut un peu décontenancée, mais elle joua le jeu avec calme.
« Malgré cela, rien ne change. Seule moi peux juger un Ancien. Quels qu’aient été les crimes de Luscinia, Lir ne peut échapper au châtiment après avoir tué un Ancien de son propre chef. Sans compter qu’on ne peut, de toute façon, établir les crimes d’un Luscinia mort. »
« Seule la Progenitrice peut juger un Ancien ? Et qu’en est-il d’un Ancien ? Un Ancien ne peut-il pas en juger un autre ? »
Tout en parlant, je jetai un coup d’œil à Valdamir. Lui aussi était un vampire. Il ne montra pas le moindre signe de trouble à mes paroles. À en juger par l’attention avec laquelle il suivait chacun de mes mouvements, il était toutefois très attentif.
« Bien sûr que non. Même un Ancien ne peut pas en tuer un autre. »
Alors, qu’en était-il de ça ? De la vérité cachée entre les deux coupables ?
« Et si ce n’était pas un autre Ancien ? »
« … Quoi ? »
Pour les vampires, un esclave était comme un de leurs propres membres. Défier les Cieux, c’était voir ces membres s’agiter tout seuls et étrangler leur maître.
« Vous savez tous qu’un esclave ne peut pas défier son maître du sang. Voilà pourquoi ce qu’a fait Lir est si stupéfiant et si difficile à croire. »
Mais les mains et les pieds faisaient partie de soi. Si un esclave, dont le corps et l’esprit étaient contrôlés par le sang partagé, bougeait et tuait son maître…
« Et si elle ne lui avait pas désobéi ? »
Nous appelions ça un suicide.
« Et si la mort de l’Ancien Luscinia était quelque chose que Luscinia avait prévu ? Qu’en diriez-vous ? »
Des murmures inhabituels s’élevèrent autour de nous. Même les vampires au cœur froid ne pouvaient garder le silence devant une telle déclaration. La salle était en plein tumulte, et les pensées qui résonnaient dans leurs têtes étaient plusieurs fois plus bruyantes encore.
Le procès, qui aurait dû s’achever sans preuve, avec des souvenirs déformés et un verdict dicté par l’opinion dominante, prenait un tour auquel personne ne s’était attendu. Des cris incontrôlés éclatèrent de toutes parts, surtout parmi les lignées qui avaient perdu un Ancien.
« C’est absurde ! »
L’Ain que Valdamir avait obligée à donner son numéro de corps amovible — haut et bas séparés — se mit à hurler. Elle hérissa les plumes implantées dans son corps, se rengorgea, puis s’approcha de moi d’un pas imposant. Je l’accueillis avec un sourire.
« Oh, la partie adverse se présente. Vous êtes mon adversaire ? »
« Un vampire qui se suicide ? Comment pouvez-vous dire une chose pareille ? »
« Vous êtes une vampire, alors vous ne le savez peut-être pas, mais beaucoup de gens, dans le monde, tentent de se suicider ou de faire quelque chose qui s’en approche. »
« Seuls les humains faibles et stupides font ça. Le duc Luscinia ne ferait jamais une telle chose ! Le puissant et cruel duc Luscinia aurait choisi l’anéantissement ? »
« Eh bien, il n’y a pas que les humains faibles et stupides. Certains gravissent à mains nues des falaises vertigineuses, provoquent en duel des adversaires qu’ils ne peuvent pas vaincre ou foncent seuls au milieu d’une armée ennemie. Ceux qui veulent éprouver leurs limites se jettent dans le danger. »
Un Ancien assez fou pour implanter des plumes dans ses esclaves, leur donner une articulation supplémentaire aux coudes et leur greffer des membranes afin qu’ils puissent voler comme des chauves-souris n’hésiterait pas à brouiller le lien de sang.
« D’après ce que j’ai entendu, le défunt duc Luscinia était assez aventureux. Qu’en pensez-vous ? Le duc Luscinia que vous connaissiez aurait-il pu tenter quelque chose de ce genre ? »
« Hmph. Ce ne sont que des conjectures. Il n’y a pas la moindre preuve. »
Elle restait une vampire. Elle ne se laissa pas emporter par mes paroles et en désigna avec justesse le point faible.
« Ce que suggère le consort favori n’est qu’une possibilité. Comme vous l’avez dit, le duc Luscinia aurait pu faire n’importe quoi. Il ne fait aucun doute qu’une telle éventualité existe pour cet homme… mais. »
L’Ain pointa un doigt vers Lir.
« Lir Nightingale. Si c’est elle la coupable, nul besoin d’envisager des hypothèses. Elle avait un mobile, elle a tenté de passer à l’acte et elle a réellement pris le Sang véritable du duc Luscinia. Elle a même avoué son crime ! Il ne fait aucun doute qu’elle l’a fait. »
Les vampires qui écoutaient hochèrent la tête. J’entendis des « C’est vrai » et des « C’est évident » fuser autour de nous. Forte de l’appui de l’assistance, l’Ain s’inclina devant la Progenitrice.
« Pardonnez mon audace, mais je m’interroge sur les intentions du consort favori, qui cherche à embrouiller les faits. Je demande à la Progenitrice de rendre un jugement sans équivoque. »
« Hmm… »
*Je plains Hyu, mais elle n’a pas tort. On ne peut pas renverser un jugement en avançant une simple possibilité. S’il tenait tant à sauver cette enfant, il aurait dû m’en parler avant. J’aurais pu demander à Valdamir et à Cabilah de la déclarer innocente.*
Hein ? Si je lui en avais parlé avant, Lir aurait simplement été acquittée ? L’idée était si nouvelle qu’elle ne m’avait même pas effleuré. La Progenitrice en avait le pouvoir.
Ne vous inquiétez pas. Je n’avais pas proposé de défendre Lir pour la sauver. Je l’avais fait pour découvrir la vérité.
La vérité comptait. Les mensonges ne pouvaient satisfaire la curiosité.
« Un mobile. Une tentative. Des preuves. Vous dites que l’accusée réunit ces trois éléments. »
Les trois arguments de l’Ain étaient raisonnables. Dans un tribunal de l’État militaire, on aurait prononcé un verdict de culpabilité, même sans tenir compte du fait que les condamnations étaient considérées comme des réussites.
Mais nous étions dans le Duché, un pays de vampires.
« Je vais réfuter ces arguments en soulevant la question de sa capacité à agir. »
« Sa capacité ? »
« Oui. Lir était-elle capable de faire tout cela ? »
Dans ce pays, où un esclave ne pouvait ni défier son maître du sang ni même songer à le faire, où le contrôle était absolu…
« Lir Nightingale n’aurait pas pu vouloir trahir son maître du sang, tenter de le faire ni réussir à lui prendre son Sang véritable. Tout cela aurait été impossible. »
Notes :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>