Chapitre 432
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 432 : Épreuve défiant les Cieux – 2
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Même les vampires qui se tenaient là sans broncher, comme si l’épreuve de Lir ne les intéressait pas, furent déconcertés par cette déclaration. Tous s’attendaient à un procès populaire : on aurait accablé la suspecte sur de simples soupçons, sans la moindre preuve ni le moindre témoin.
Les vampires vivaient dans une nation où la hiérarchie était incontournable. Si la Progenitrice et les Anciens estimaient quelqu’un coupable, ils pouvaient s’en débarrasser sans même organiser de procès. Tout le monde avait pensé que cette assemblée ne serait qu’un divertissement.
Et voilà que la suspecte venait de passer aux aveux ?
« C’est vrai ? Une simple Yeiling a tué un Ancien ? »
« La rumeur selon laquelle elle s’était libérée du lien du sang… était donc vraie ? »
« La Progenitrice qui avait créé le lien peut le rompre. Mais quelqu’un d’un rang inférieur a réussi à s’en libérer aussi ? »
Le choc était d’autant plus grand que la plupart des vampires n’avaient pas cru Lir coupable. Les vampires ressentaient le lien du sang plus vivement que quiconque ; ils ne pouvaient donc pas imaginer qu’une Yeiling comme Lir ait tué un Ancien.
Je jetai un coup d’œil vers les Anciens. Erjebeut souriait, Cabilah avait l’air consternée, Lungken semblait s’ennuyer — on l’avait apparemment traîné ici pendant qu’il était de passage —, tandis que Valdamir observait Lir sans expression.
Inutile d’espérer voir Valdamir changer de visage. C’était le plus politique des vampires, et il montrait rarement ses émotions, de toute façon. Pourtant, les pensées que je lus grâce à ma lecture des pensées étaient étonnamment variées.
« … Voilà qui est inattendu. Je ne lui ai pas donné d’instructions contraires, mais je pensais que n’importe quel vampire nierait naturellement. »
Intéressant. Lir n’avait pas préparé son coup avec Valdamir. Et elle ne cherchait pas non plus à endosser son crime.
Alors, qu’est-ce que cela signifiait ?
Ça devenait intéressant.
« … Puisque vous avez reconnu votre crime, vous devez aussi savoir quelle punition vous attend. »
« Je le sais. Vous allez reprendre le sang que vous m’avez donné. Ce sang maudit… »
Lir s’interrompit et baissa un instant la tête. Le conflit faisait rage en elle. Elle ne voulait pas le dire, mais elle le devait. Lir fit son choix.
« … Le sang de la Progenitrice que mon père a implanté en moi. »
Lir révéla une vérité cachée. Non pour échapper à la punition, mais pour ternir l’honneur de l’Ancien Luscinia, son père et maître de sang.
Au fil de l’histoire, des scandales avaient porté des coups fatals aux puissants, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il en éclate un dans le Duché du Brouillard.
Tyr resta sans voix en apprenant qu’un vampire avait eu un enfant, tandis qu’une agitation éclata ailleurs dans la salle.
« Progenitrice, nous n’avons pas besoin d’en entendre davantage ! »
Une Ain de Luscinia se leva d’un bond et cria. Les plumes qu’elle s’était fixées, allez savoir comment, se dressèrent toutes raides tandis qu’elle s’en prenait à Lir.
« Nous ne sommes pas des humains ordinaires. Sous l’effet du grand lien du sang, les membres d’une même famille qui ont directement partagé leur sang sont plus proches que ceux qui n’ont reçu qu’une semence ! De telles relations sordides ne concernent que le bétail ! Lir essaie d’imposer aux vampires les lois du bétail… ! »
« Ça suffit. »
Fssht.
Une ligne rouge apparut en travers de sa poitrine. L’Ain s’arrêta de parler et cracha une salive écumante de sang. Des plumes éclaboussées de sang s’éparpillèrent dans les airs. Derrière son corps tranché en deux se tenait Valdamir, un couteau de table effilé à la main.
Valdamir rattrapa le haut du corps de la vampire avant qu’il ne tombe, puis parla à voix basse.
« Vous êtes en présence de la Progenitrice. Baissez la voix et montrez-lui du respect. »
« Ah… Je vous prie de m’excuser… »
« Par respect pour le défunt Luscinia, également. Ne m’obligez pas à intervenir une seconde fois. »
Ploc. Après l’avoir avertie, Valdamir remit en place le haut de son corps tranché. De l’écume sanglante remonta à ses lèvres, puis les chairs sectionnées frémirent et se ressoudèrent. L’Ain de Luscinia, qui avait échappé de peu à la mort, s’effondra à genoux.
Après avoir démontré qu’il pouvait couper une vampire en deux puis la recoller, Valdamir épousseta ses mains comme si de rien n’était.
« Il y a eu un bref incident. Je vous prie de m’excuser, Progenitrice, de ne pas l’avoir empêché à temps. »
Menteur. S’il l’avait voulu, il aurait pu lui trancher la gorge avant même qu’elle ouvre la bouche. Il avait délibérément attendu qu’elle dise tout ce qu’elle avait à dire. Il avait préservé l’autorité de Tyr tout en laissant leurs opinions s’exprimer au grand jour. Il n’y avait pas d’autre façon de le décrire. C’était un vrai politique.
« Ça suffit. Nous passerons l’incident sous silence. »
Quelle que fût la manière dont elle s’y était prise, la partie de Luscinia avait soulevé un argument valable. Tyr ramena le calme dans la salle et prit la parole.
« Elle a raison. Lir Nightingale, la nature de votre relation avec Luscinia n’a aucune importance. Il était un Ancien, et vous étiez sa parente de sang, une Yeiling. Le péché de défier les cieux — une Yeiling qui ose tuer un Ancien — reste le même. C’est un crime d’une gravité inouïe, qui ne s’était jamais produit auparavant. Vous devez en payer le prix. »
Le jugement de Tyr était le plus juste. Autrement dit, c’était celui auquel tous les vampires s’attendaient et qu’ils acceptaient. Alors que Tyr s’apprêtait à prononcer solennellement sa sentence au nom de la Progenitrice, Lir releva brusquement la tête.
« Je m’y oppose. »
« Vous vous y opposez ? »
Une rebelle qui avait rompu le lien du sang osait répondre à la Progenitrice et contester son jugement. C’était intolérable. Tyr n’avait aucune intention de l’écouter, et les vampires non plus.
Moi, si. Je pris donc la parole avant que Tyr ait pu dire quoi que ce soit.
« Si vous contestez le jugement de la Progenitrice, c’est que vous avez une raison sérieuse. Laquelle ? »
Officiellement, j’étais le consort favori de la Progenitrice. Je n’étais rien par moi-même, mais mes paroles pouvaient influencer la personne la plus importante du Duché : la Progenitrice. Tyr, qui s’apprêtait à rendre son jugement, s’adossa au trône comme si elle me laissait prendre les choses en main. Elle s’était effacée un instant pour me soutenir.
Fort de cette autorité, je permis à Lir d’exposer son objection. Avec le détachement habituel des vampires, elle répondit :
« Parce que mon père méritait de mourir. »
C’était une histoire de famille qui n’avait rien à voir avec celles des vampires.
Les vampires ne s’intéressaient guère aux affaires de famille. Au cours d’une longue existence, se faire des ennemis était chose courante. Moi, j’étais différent. L’histoire familiale d’un Ancien ? Comment aurais-je pu ne pas être curieux ?
Je lus les pensées de Lir. Je lus celles de Valdamir. Lir n’était pas la coupable, et Valdamir l’était. Ma lecture des pensées me livra ces faits sans équivoque.
Pourtant, la lecture des pensées avait ses limites. Même deux livres qui ne contenaient que la vérité recelaient des passages obscurs, impossibles à déchiffrer. Je ne pouvais lire que les expériences et les souvenirs des humains. Les faits qui subsistaient une fois les humains écartés restaient plongés dans les ténèbres.
D’ordinaire, j’aurais haussé les épaules et laissé tomber. Mais la lecture de leurs intentions ne faisait qu’attiser ma curiosité.
Lir avait tenté de tuer l’Ancien.
Valdamir avait tenté de sauver l’Ancien.
Et le résultat avait été tout le contraire.
« Pourriez-vous nous expliquer pourquoi le défunt duc Luscinia, votre père vénéré, méritait de mourir ? »
« Il a tué ma mère… »
« Attendez, attendez. Si vous sautez directement à la fin, je ne peux pas compatir. Reprenez depuis le début, si vous le pouvez. »
Pour dévoiler la vérité enfouie dans les ténèbres, je voulais entendre l’histoire de Lir. C’était peut-être parce qu’elle était encore jeune, ou peut-être était-elle simplement différente. Lir comprit ce que je voulais dire et se mit à raconter son histoire avec calme.
« Mon père était un Ancien connu de tous : le duc Luscinia, un praticien de l’énergie sanguine puissant et cruel. Ma mère, en revanche, n’était qu’une réfugiée. Elle avait erré hors du pays avant d’atterrir dans le Duché, où elle tentait de survivre. Elle n’avait ni pouvoir, ni richesse, ni famille, ni connaissances. C’était une voyageuse solitaire, venue ici dans l’espoir de survivre en vendant jusqu’à son sang. »
« Il me semble en avoir entendu parler. Des rumeurs discrètes disaient que le Duché achetait du sang. »
« C’est vrai. Les réfugiés qui viennent d’arriver ici ont un sang dont le goût diffère de celui des humains du Duché. Les vampires aux goûts raffinés les recherchent et évaluent la qualité de leur sang. »
Le sang avait plus ou moins toujours le même goût ; il ne pouvait donc pas rivaliser avec la nourriture humaine. Mais les vampires qui vivaient depuis des siècles semblaient devenir assez difficiles pour distinguer même ces nuances subtiles.
« Mon père ne faisait pas exception. Ses parents de sang traitaient les humains avec brutalité, si bien qu’ils manquaient toujours d’humains sous leurs ordres, et mon père lui-même avait soif de sang. Les réfugiés qui connaissaient mal les vampires étaient des proies faciles pour lui. C’est là que Père a rencontré Mère, et quelque chose d’horrible s’est produit. »
« Quelque chose d’horrible ? »
« Le sang de Mère convenait aux goûts de Père. Et même très bien. Père, qui n’avait jamais eu de consort favori de toute sa vie, fit aussitôt de Mère son consort. »
« Hum. Ça n’a pas l’air si horrible. N’est-ce pas ce que voulait votre mère ? »
À première vue, ça semblait atroce, mais dans le Duché, plaire aux goûts d’un Ancien était une véritable aubaine. Je n’avais pas besoin d’explications supplémentaires. Il suffisait de me regarder. Parce que j’étais le consort favori de la Progenitrice, je pouvais donner des ordres aux Ain d’un simple signe de tête et me promener où bon me semblait. Dans un Duché où la hiérarchie était absolue, être un consort favori était un symbole de pouvoir. C’était le seul moyen de passer du statut de bétail à celui d’animal de compagnie.
Lir reconnut ce fait sans détour.
« … Jusque-là, il n’y avait pas de problème. Mère vendait son sang et Père y goûtait. Le problème est venu après. Père était un Ancien cruel, incapable de trouver le repos tant qu’il n’avait pas obtenu tout ce qu’il voulait. Mère ne pouvait que se laisser malmener par lui. »
« N’est-ce pas inévitable ? C’est ce qui arrive quand l’équilibre d’un couple s’effondre. »
« Je ne peux pas lui en vouloir non plus. C’est tout naturel pour un enfant né de leur union. »
Tss. Présenté comme ça, je n’avais rien à répondre.
« Et ça ne s’est pas arrêté à de simples conflits conjugaux. Père ne voulait pas que Mère meure et cesse de lui fournir son sang, ni que son sang change avec l’âge. Alors Père a multiplié les tentatives. Des expériences que même le Duché aurait du mal à révéler avec fierté… »
« Quel genre d’expériences ? »
« Il y en a trop pour les énumérer. Mélanger le sang de Mère à celui d’autres personnes, comme un cocktail, pour en augmenter la quantité. Transfuser son sang à des humains à l’agonie. Tenter de modifier son corps. Il y a eu beaucoup d’essais, mais je suis l’exemple le plus représentatif. »
« Vous ? »
Lir répondit sans expression à la question sur ses origines.
« Si le sang de Mère est délicieux, celui de son enfant le sera aussi. C’est ce qu’il a cru, et il a engrossé Mère. Même alors, pour mettre à l’épreuve l’hypothèse selon laquelle le sang qui ressemblait au sien aurait meilleur goût, il a délibérément utilisé sa propre semence. »
« Vous voulez dire qu’un vampire a eu un enfant ? »
Tyr réagit en apprenant que Luscinia n’était pas le père adoptif de Lir, mais son père biologique. Malheureusement, Lir ne lui donna pas la réponse qu’elle espérait.
« Les vampires ne peuvent pas avoir d’enfants. Mais c’est possible s’ils ont conservé leur semence, comme Père. Les femmes portent les enfants dans leur ventre. »
« Donc, les femmes ne peuvent pas avoir d’enfants… »
« Les femmes vampires, oui. »
Après avoir insisté une fois de plus sur ce point, Lir poursuivit.
« Je suis née pour remplacer Mère, mais mon sang ne plaisait pas à Père. Tant mieux. S’il en avait aimé le goût, j’aurais peut-être porté sa semence, moi aussi.
« Quoi qu’il en soit, la plupart des tentatives de Père pour préserver le sang de Mère échouèrent. Il craignait qu’une erreur ne la tue, puisqu’elle était encore humaine. Bien sûr, il ne s’inquiétait pas pour Mère. Il craignait de perdre sa réserve de sang. »
Son mépris était tout aussi glacial. Celle qu’on appellerait la Sage guérisseuse relatait son passé d’un ton glaçant, bien loin de la douceur qu’on lui prêtait.
« Persuadé que tous ces échecs venaient de la fragilité de Mère, Père finit par… la transformer sottement en son Ain. »
« Je suis humain, alors je ne comprends pas. Pourquoi était-ce stupide ? »
« Dès que quelqu’un partage son sang et se retrouve sous le contrôle d’un autre, son sang change. On pourrait dire qu’il perd sa saveur. Mère devait elle aussi consommer le sang d’autres personnes pour entretenir son art du sang, et Père ne pouvait plus jamais se satisfaire du sang de Mère. Il a détruit de ses propres mains l’œuvre à laquelle il avait consacré sa vie. Il a dû en avoir le cœur brisé. »
Comme pour se moquer de son père d’autrefois, Lir afficha un sourire glacial et balaya la salle du regard.
« Bien sûr, cette histoire ne signifiera rien pour vous tous. C’est un sujet beaucoup trop humain pour que les vampires l’acceptent. »
Ce n’était pas tout à fait vrai. Les vampires vivaient en étroite relation avec les humains. Avec leur froide raison, ils comprenaient pourquoi Lir haïssait Luscinia.
« Mais il y a une autre raison pour laquelle Père méritait de mourir, et elle vous concerne tous aussi. Père fut le premier à commettre le péché capital. »
À partir de là, ses paroles franchirent les frontières de l’entendement. Lir évoqua un sujet tabou pour les vampires, une question de sentiments.
« Pour rendre à Mère sa condition d’avant, après qu’elle fut devenue vampire, Père a cherché un moyen de rompre le lien du sang. Et il y est parvenu. Je suis le résultat de ses recherches : j’ai tué de mes propres mains mon père, qui était aussi mon maître de sang. »
Plusieurs vampires se levèrent d’un bond. Le péché de défier les cieux — un thrall qui se retourne contre son maître de sang — n’était pas quelque chose dont il fallait s’inquiéter, puisqu’il était impossible. Même lorsque Lir avait été soupçonnée du meurtre de Luscinia, cela n’était resté qu’un soupçon et avait donc suscité peu de réactions.
Mais cela s’était bel et bien produit, et celle qui l’avait commis se tenait maintenant devant eux. La peur et l’inquiétude s’emparèrent des vampires. La Progenitrice elle-même s’était déjà libérée du lien ; si une méthode pour le rompre se répandait parmi les rangs inférieurs, les maîtres de sang risquaient de se faire tuer fréquemment par leurs thralls.
Lir poursuivit avec des paroles capables de bouleverser le Duché.
« Le premier vampire à commettre le péché de défier les cieux, celui qui vous met tous en rage, n’était autre que l’Ancien Luscinia. »
Notes :
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