Chapitre 43
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 43 : Même une braise morte mérite qu’on s’y attarde
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Le corps de l’immortel n’avait rien à envier à un cadavre. Peut-être à cause de la nature de sa race, il ne saignait pas, mais ses membres sectionnés et tordus de façon grotesque, comme sa poitrine immobile, ne montraient pas le moindre signe de vie.
Son bras droit bougeait pourtant. Je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle un muscle s’agitait tout seul.
Je regardai le cadavre et marmonnai :
« Tu crois qu’il se réveillerait si on lui jetait de l’eau ? »
La vampire énonça l’évidence.
« N’y pense même pas. Ne gaspille pas tes efforts. La vie des gens de la terre est indépendante de la tienne. Lorsqu’ils touchent le sol, ils jouissent d’une vie infinie, mais ici, coupés de la terre, ils n’ouvriront plus jamais les yeux. »
Pourtant, d’après les pensées de la régresseuse, cet immortel avait été témoin de ce qui s’était passé à Tartare. Il n’aurait pas pu assister à la scène s’il n’avait jamais ouvert les yeux.
Hmm. Je devrais essayer cette méthode ?
Si toute sa vitalité s’était épuisée, ça ne servirait à rien. Un feu ne prend pas sans bois.
Mais, ces derniers jours, l’immortel avait englouti assez de haricots pour faire se demander au service du ravitaillement si ses stocks ne comportaient pas un trou. S’il manquait encore de vitalité après avoir reçu des bénédictions dignes d’un détournement de fonds dans les achats militaires, ce n’était pas de vie qu’il manquait. C’était de conscience.
Il suffirait que je ravive une étincelle pour qu’il se réveille sans doute.
« Très bien, tout le monde. Aujourd’hui, je vais vous montrer un tour de magie fascinant. »
« De la magie ? »
« Oui ! La magie de la réanimation cardiaque ! Je vais ramener cette personne à la vie ! »
J’écartai les bras dans un grand « tadam », et quelqu’un ricana, incrédule. Quand je me tournai vers elle, la vampire riait d’un air sceptique.
« Quelle absurdité. »
Après m’avoir ri au nez un instant, elle balaya mes paroles d’un geste.
« Tu es un dieu ? Ou bien le cœur est-il un jouet entre tes mains ? Comment comptes-tu faire battre de nouveau un cœur qui s’est arrêté ? »
« C’est une merveille qui dépasse l’imagination limitée des gens ordinaires. Voilà ce qu’est la magie. »
« Si c’était possible, la magie pourrait aussi ressusciter les morts. »
Comme si elle n’avait pas besoin d’en entendre davantage, la vampire posa son ombrelle sur son épaule et se redressa. Son langage corporel montrait clairement qu’elle avait cessé de m’écouter.
Au même instant, je ressentis un malaise déplaisant.
Une sensation étrangère, comme un os coincé dans ma gorge. Elle ne venait pas de moi, mais émanait de la vampire.
Une douleur lancinante, au plus profond d’elle, accompagnée d’un inconfort difficile à ignorer. Une irritation mêlée à un malaise trop tenace pour qu’on puisse le balayer.
Quand elle avait discuté avec la régresseuse, tout à l’heure, la vampire s’était montrée sur la défensive, mais avait tout de même accepté la situation dans une certaine mesure. À présent, elle faisait preuve d’hostilité ?
C’était étrange. Franchement, du point de vue d’une personne qui avait vécu il y a douze cents ans, un homme qui en aimait un autre ne devrait-il pas être plus choquant qu’un cœur qui se remet à battre ?
C’était le moment de lire quelques pensées. Voyons voir.
Je plissai les yeux et me concentrai sur les pensées de la vampire.
« Un cœur ? Quelle absurdité. Si un cœur pouvait se remettre à battre aussi facilement, tous les vampires en auraient déjà un. Assez. Inutile de s’en préoccuper. C’est impossible. »
Elle était fermement convaincue que c’était impossible. Qu’est-ce que c’était ? Une pensée rigide ? L’entêtement d’une vieille personne ?
Ou de la rancœur ? Une colère aveugle envers un fruit qu’elle avait tant désiré, sans jamais réussir à l’obtenir, avant de finir par y renoncer ?
« À part les deux cents premières années, j’ai erré pendant un millénaire. J’ai connu d’innombrables vies, vu tout ce que le monde avait à offrir, découvert ses secrets les plus sombres et ses vérités les plus nobles, et contemplé de mes propres yeux des dieux et des démons. Pourtant, de même qu’on ne peut ramener le temps écoulé, rien de tout cela n’a pu rendre la vie à ceux qui avaient disparu. »
Ou peut-être…
Était-ce le cœur d’une enfant qui avait perdu quelque chose de précieux bien trop jeune, et qui haïssait autant qu’elle regrettait les parents qui l’avaient abandonnée ?
Hmm. Cette sensation était nouvelle.
D’ordinaire, quand une émotion surgissait, son origine était claire. Mais peut-être que sa vie avait été si longue que tel événement et tel autre s’étaient entremêlés, rendant difficile de savoir d’où elle venait.
Après tout, une tour bâtie sur douze siècles ne pouvait pas se composer d’une ou deux pierres seulement. Des milliers, des dizaines de milliers de petits cailloux et de grains de sable devaient tous porter leur part du poids.
« Faire battre un cœur de nouveau ? Absurde. C’est impossible. Jamais. Personne n’a jamais trouvé le moyen d’y parvenir, et si un être supérieur avait offert une telle méthode à l’humanité par miracle… elle ne serait pas arrivée si tard. Elle ne peut pas surgir après que toutes les belles choses ont fané avec le temps. Elle ne doit pas. »
Une chose, pourtant, était claire.
La vampire désirait que son cœur se remette à battre.
Elle voulait retrouver la vie qu’elle avait perdue alors qu’elle était bien trop jeune.
« …Je me suis emballée. Quel attachement pourrait bien conserver quelqu’un qui a vécu un autre millénaire ? Ce n’est que souffrance et avidité. »
De l’avidité… Était-ce vraiment le mot juste ? Je n’étais pas d’accord.
Le désir de vivre n’était pas de l’avidité. C’était un instinct, ou une loi de la nature. Un principe sous-jacent à toute chose, une fondation. L’impératif catégorique qui soutenait les êtres humains, au-dessous de tout le reste.
J’en avais appris assez sur la vampire.
Peut-être était-ce pour cela qu’un sourire s’étira sur mes lèvres.
Quelque chose qu’elle s’était vu refuser pendant mille ans, quelque chose qu’elle croyait absolument impossible.
Quelle expression afficherait la vampire si cela se produisait vraiment ? Si, sous ses yeux, une personne ordinaire comme moi accomplissait ce miracle ?
Mille ans d’échecs se changeraient-ils en joie devant un seul succès survenu par hasard ? Ou en désespoir ?
J’étais curieux. C’était irrésistiblement exaltant.
Alors j’écartai les bras et m’écriai :
« Excellent ! Quand tout le monde croit une chose impossible, le magicien, lui, l’accomplit quand même ! La stagiaire Tyrkanzyaka le nie de toutes ses forces, ça me donne encore plus d’énergie ! Très bien. Puisque c’est ce que tu veux, stagiaire, en tant que magicien, je vais tout donner pour que ça arrive ! »
La régresseuse fronça les sourcils en m’entendant.
« Un magicien ? »
« Ah, haha ! C’était mon surnom dans l’État militaire ! »
« Qu’est-ce que tu as fait pour mériter un surnom pareil ? »
« J’ai vendu des postes ! C’est la magie qui transforme les fonctions officielles en argent ! Je me suis un peu laissé emporter par l’idée. »
« Il plaisante… pas vrai ? »
Oups. Je ferais mieux de me méfier. Si je me laissais trop emporter, je risquais d’éveiller ses soupçons.
Hum. Bref.
« Bon. À moins qu’une chose ne soit tombée tout droit du ciel, tout ce qui existe en ce monde a une origine et une histoire, n’est-ce pas ? Laissez-moi vous expliquer depuis le début. »
Je tendis la main vers la craie, puis me rendis compte que je l’avais complètement oubliée en taquinant la régresseuse tout à l’heure. Tant pis. L’important, c’était l’histoire.
Je me retournai et commençai :
« La foudre est le châtiment du Dieu céleste, une puissance pure qui descend des cieux ! Mais après le célèbre incident du voleur de foudre, le Dieu céleste prit en pitié les humains qui avaient rendu la foudre au ciel et leur permit d’utiliser son pouvoir. Comme ceci. »
Tout en parlant, je rassemblai du mana et levai un doigt. Tous les regards le suivirent, puis s’arrêtèrent sur le sourire en coin qui se dessinait derrière lui.
« Éclair. »
Crépitement.
Des étincelles jaunes jaillirent. Une force instable se répandit dans l’air, puis disparut rapidement, d’autant plus intense pour n’avoir duré qu’un instant.
Je donnai une pichenette à mon doigt et dispersai les dernières étincelles.
« Le pouvoir de produire de l’électricité. Dès lors, les humains purent maîtriser l’électricité… Même si cette puissance est si intense et si brève que ses applications sont très limitées. On s’en sert surtout pour allumer des lampes, démarrer divers appareils ou éliminer la suie et la rouille du fer. »
Tout en parlant, je sortis tranquillement une brochette. La pointe acérée à la main, j’affichai l’expression la plus douce possible pour rassurer tout le monde.
« …Ou peut-être pour surprendre les gens qui gardent inutilement la bouche fermée, en frappant à la porte de leurs lèvres hermétiquement closes ? Eh bien, c’est un peu pareil : on élimine la suie dans leur cœur pour les rendre honnêtes. »
J’avais beau avoir choisi mes mots avec le plus de douceur possible, les stagiaires avaient un don troublant pour reconnaître les actes malveillants. Ils comprirent parfaitement ce que je voulais dire.
« De la torture… »
La régresseuse et la vampire froncèrent les sourcils en même temps. La vampire abaissa son ombrelle avec une grimace délicate, tandis que la régresseuse serrait le bureau assez fort pour que j’entende la plaque d’acier se cabosser.
Ouille. Mieux valait vite passer à la suite. Je parlai à toute vitesse.
« Bon. Pendant que le Bureau de la Sécurité publique de l’État militaire procédait à des séances de torture électrique… Non, à des interrogatoires pacifiques menés à l’électricité sur certaines personnes, il découvrit un fait tout à fait étonnant ! Quand on administrait une nouvelle décharge à quelqu’un dont le cœur s’était arrêté, vous le croiriez ? Il arrivait souvent que son cœur se remette à battre ! »
Je sentis l’incrédulité de la vampire et le pessimisme de la régresseuse. Tant mieux. C’était toujours mieux que de ne rien ressentir du tout.
Bien. Je saisis la brochette à l’envers, m’accroupis près du corps toujours froid de l’immortel et visai soigneusement son cœur.
« Je vais essayer cette méthode sur cet immortel. C’est parti. »
Sans la moindre hésitation, j’abattis la brochette en direction du cœur de l’immortel.
Floc. Était-ce donc ça, poignarder un tonneau rempli de ciment ? Le coup produisit seulement un bruit sourd et mou, et la brochette s’enfonça à peine de la moitié d’une phalange dans la poitrine de l’immortel.
Quelque chose clochait avec ce corps. Pourquoi était-il dur comme du béton ? Même en y mettant toutes mes forces, je ne parvenais pas à lui percer la poitrine avec cette brochette.
Je rangeai la brochette dans ma poche et tendis la main vers la régresseuse.
« …Hum. Je risque d’abîmer le corps si j’utilise une brochette. Stagiaire Shei, pourrais-je emprunter l’épée qui flotte au-dessus de ta tête ? »
« Chanteciel ? »
« Chanteciel, quel joli nom. Oui, je vais en prendre soin et te la rendre propre. »
La régresseuse plissa les yeux et m’observa comme si elle m’évaluait.
« Cette brochette ne doit pas être bien aiguisée. Cet homme ne demanderait pas une épée juste parce qu’il n’arrive pas à transpercer un morceau de chair. »
Non, elle était bien aiguisée. Je l’affûtais toujours avec soin, pour pouvoir m’en servir dès que nécessaire.
« Il doit demander mon épée parce qu’il craint de réduire en miettes le corps de l’immortel en y mettant toute sa force. Quoi qu’il en soit, il serait utile que je découvre comment il l’a réveillé. »
Non, j’avais bel et bien utilisé toutes mes forces. Et même ainsi, je n’avais réussi à l’enfoncer que d’une demi-phalange.
Je ne pouvais vraiment pas me permettre de faire semblant de ménager mes forces devant la régresseuse. Si je n’y prenais pas garde, je risquais de briser l’illusion qu’elle se faisait de moi.
« Ce serait stupide de confier ma seule arme à quelqu’un qui pourrait être un ennemi… Hmph. Mais refuser par méfiance inutile serait tout aussi stupide. De toute façon, je suis la seule à pouvoir maîtriser Chanteciel. »
La régresseuse agita sans hésiter un doigt. L’épée invisible fila vers moi comme une flèche et se ficha à mes pieds. Chanteciel s’enfonça de près de huit centimètres dans le sol de béton en tremblant.
« D’accord. Ta brochette a effectivement l’air insuffisante. Vas-y. »
« Merci. J’en prendrai soin. »
Au moins, l’arme de la régresseuse, Chanteciel, était assez exceptionnelle pour être efficace même entre les mains d’un type comme moi. Ça aurait été une catastrophe si je n’avais pas réussi à l’ouvrir, même avec une épée pareille.
« Bon. Scalpel. »
La lame trancha la chair sans difficulté. Le sang de l’immortel ressemblait à de la vase vivante ; même après que j’eus ouvert sa poitrine, il ne s’en écoula pas. Au contraire, il semblait refluer vers l’intérieur de son corps.
Après avoir délicatement écarté la chair, j’aperçus le cœur, profondément enfoui dans la cage thoracique noire. Au lieu d’ouvrir davantage la chair, j’enfonçai alors la brochette, jusqu’à atteindre le centre du cœur, en contrebas.
« Ils n’allaient pas jusqu’à la torture électrique pour leurs expériences, mais tant qu’à faire, autant viser près du cœur. Si je lançais le sort à l’extérieur du corps, la magie pourrait se disperser. Bon, on essaie d’envoyer de l’électricité dans ce cœur à l’arrêt ? »
Je jetai Chanteciel de côté et exécutai le sort somatique que j’avais appris auparavant. Un sort ordinaire qui permettait de puiser de force le mana à l’intérieur du corps, même sans aptitude magique. L’une des rares inventions pratiques de l’État militaire.
« Set, Tema, Ket, Oberli. »
Puis sa version améliorée.
Je prolongeai légèrement la force magique que j’aurais normalement canalisée du bout des doigts. Elle atteignit la brochette que je tenais, l’aiguille d’acier ne faisant qu’un avec moi, comme un de mes membres ; le mana put ainsi se concentrer à sa pointe. Le champ de mana suivit l’extrémité de la brochette jusque dans le corps de l’immortel.
Quand le mana atteignit le cœur, je le consumai et récitai le sort, un peu plus fort que d’habitude.
« Éclair, Franklin. »
Crépitement !
Le corps de l’immortel fut secoué de violents soubresauts. Le sort électrique, qui avait tendance à se propager, parcourut tout son corps et stimula ses muscles.
Le contrecoup du mana me projeta la main en l’air. Un choc engourdissant la traversa. Le sort avait fonctionné. Il ne restait plus qu’à voir le résultat.
Et aussitôt après :
« Hiii ! »
L’immortel ouvrit les yeux.
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