Chapitre 428
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 428 : L’héroïne la mieux classée et le héros ordinaire
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Le reflux nocturne était le plus grand événement du Duché du Brouillard. Lorsque les cours d’eau changeaient de cours et que les bêtes marines remontaient le courant, les mers du Duché du Brouillard se vidaient et laissaient place à des marécages. Sous la pleine lune, l’océan que nul humain n’osait approcher dévoilait ses entrailles. Les habitants du Duché se rassemblaient alors au Château de la Pleine Lune pour faire fortune, tandis que les vampires suivaient l’odeur de leur sang.
C’était pareil même pour les thralls des Aînés endormis ou absents. Les groupes se succédaient au Château de la Pleine Lune, s’agenouillaient devant la Progenitrice et lui présentaient leurs salutations.
« La lignée de Du Lahan se prosterne devant le retour de la Progenitrice au nom de notre Aîné endormi. Veuillez pardonner à notre seigneur de ne pouvoir se présenter à vous en un jour aussi faste. »
Le Duché du Brouillard possédait un vaste territoire, mais peu de quoi subvenir aux besoins d’une population. Là où les humains ne vivaient pas, les bêtes prospéraient inévitablement. Dans les hautes terres du sud-ouest, où aucun humain ne mettait jamais les pieds, des chevaux sauvages pleins de fougue galopaient à travers les plaines.
Un humain ordinaire n’avait aucun moyen de dompter un cheval sauvage. Un seul coup de sabot l’expédierait tout droit dans l’au-delà. Les vampires, qui ne se fatiguaient pas et ne se blessaient pas, pouvaient étonnamment facilement les monter et leur enfourner un mors dans la bouche. Contrairement à ceux des terres primordiales du sud, les chevaux sauvages d’ici s’étaient reproduits pendant des siècles avec des chevaux domestiques échappés et étaient devenus plus dociles, ce qui les rendait plus faciles à domestiquer.
Pour cette raison, les chevaux du sud du Duché étaient depuis longtemps réputés comme de belles montures et se vendaient à prix d’or, surtout dans le royaume voisin.
Les chevaliers avaient besoin de chevaux.
Les humains et les vampires étaient devenus forts en domptant des chevaux fougueux. Le souverain de ce territoire était le Chevalier Noir, Du Lahan. Plus communément appelé le chevalier sans tête, Du Lahan semblait dormir quelque part à l’heure actuelle.
« Cela ne me dérange pas. Moi aussi, j’ai dormi longtemps avant de revenir en cette époque. Comment pourrais-je reprocher quoi que ce soit à Du Lahan ? Puisque vous m’avez présenté vos salutations en son nom, je m’en contenterai. »
« Votre grâce est infinie… Mais, Progenitrice, qui est l’humain à vos côtés ? »
« Ah. Lui ? »
Tyr me lança un regard noir. Une étrange hostilité se dirigea vers moi. Je me ratatinai tandis que Tyr marmonnait, mécontente.
« Que pourrait-il être d’autre ? Mon concubin, qui ne fait que vadrouiller dehors. Il ne vaut guère mieux qu’un fainéant, alors ne lui prêtez pas trop d’attention. »
Cette insulte soudaine me fit protester.
« Non, Tyr. Un fainéant ? C’est vrai que je mène une vie confortable en ce moment, mais je suis venu ici en tant qu’invité, au départ. »
« Même si tu es venu en invité, quel genre d’invité sort tous les jours sans jamais se montrer ? »
Tyr me répondit en faisant la moue.
Elle était comme ça depuis la dernière fois. Après que je lui eus annoncé que son traitement pour retrouver ses sens était terminé, nous avions passé un moment paisible ensemble… mais après quelques sorties de ma part, Tyr s’était peu à peu montrée plus agressive.
La raison était évidente. Tyr n’était pas contente que je ne lui consacre jamais de temps. Et si l’on poussait l’analyse un peu plus loin, il pouvait même s’agir d’une forme très élémentaire de jalousie. Comme elle ne s’en était pas rendu compte elle-même, je ne pouvais en être certain.
Je l’avais trouvée étonnamment féminine pour quelqu’un qui avait vécu douze siècles, mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit à ce point. Devais-je me réjouir qu’elle soit devenue plus humaine, ou m’inquiéter d’être la cible de ce changement ?
« Alors donne-moi du travail ! Si tu me confies une tâche, je m’en chargerai et je la ferai comme il faut ! »
« Hmph. Laisse tomber. »
« Non, tu viens de dire que je ne travaille pas ! Ce n’est pas injuste de refuser de me donner du travail alors que je demande une chance de me racheter ? »
« On dit qu’on ne peut rien pour un raté après son troisième échec. On t’a déjà confié deux tâches et tu as montré tes limites. Pourquoi te faire assez confiance pour t’en donner une autre ? »
« Deux ? Quand m’a-t-on confié deux tâches, et en quoi ai-je échoué ? L’une s’est parfaitement terminée et je n’ai même pas encore commencé l’autre ! »
C’était vrai que je cherchais à tirer au flanc dès que possible, mais je remplissais tout de même le minimum requis. Je travaillais assez pour arrondir les angles à coups de belles paroles, au moins !
À ma protestation, Tyr renifla.
« Parfaitement terminée ? Tu parles de ce cheval à moitié fini ? »
« À moitié fini ? Ce matin même, tu as senti le parfum de la fleur, tu t’es emballée et tu en as même arraché un pétale pour le manger comme un cheval. Tu étais celle qui en profitait le plus, et maintenant tu dis qu’il est à moitié fini ? »
« P-Pourquoi parler de ça ici ? C’est moi qui l’ai reçu, et je dis qu’il était à moitié fini ! En plus, cette fleur n’avait même pas bon goût. Elle était même astringente, au point que j’avais envie de la recracher ! »
« Évidemment ! La fleur n’avait probablement pas envie qu’on la mange non plus ! »
On aurait dit que nous nous disputions, et c’était bien le cas. Les vampires devant Tyr interprétaient la scène d’une tout autre manière.
« La rumeur selon laquelle la Progenitrice a pris un concubin était donc vraie. »
« Elle traite son concubin avec tant de désinvolture. Elle qui était toujours froide comme la glace et insondable comme la mer… À présent, elle paraît presque… humaine. »
Ne vous méprenez pas. Nous nous disputions pour de vrai !
Je lui avais accordé son souhait, lui avais rendu nombre de services et avais pris des risques pour elle ; maintenant, elle en demandait toujours plus. Combien de temps étais-je censé continuer à céder, hein ?
Bien sûr, je menais toujours une vie confortable en profitant de l’influence de Tyr et en jouissant d’un pouvoir absolu ! Mais j’avais bien le droit de profiter un peu, non ?
« Ça suffit. Nous en reparlerons plus tard. »
« Plus tard ? Je dois rester là comme un sac d’orge, puis me faire traiter de fainéant quand les vampires curieux n’arrivent plus à se retenir et posent des questions ? Qu’est-ce que tu essaies de faire, de dompter une mégère ? »
« Si tu étais une mégère, ce serait déjà une amélioration. Tu es pire que ça. »
« Elle a l’air contrariée, mais elle ne s’était jamais comportée ainsi en public. Est-ce à cause de ce concubin dont on parle ? À part ce visage qui a l’air paresseux, il n’a rien de remarquable. »
« Un homme devrait avoir un corps robuste et une magnifique barbe. Comment ce concubin a-t-il bien pu séduire la Progenitrice… ? »
« Il ose répondre à la Progenitrice à chaque occasion. Il n’a donc pas retenu la leçon. S’il continue à se montrer aussi arrogant parce qu’il se fie à ses faveurs, un malheur va bientôt lui tomber dessus… »
Attendez, est-ce que le fait de me qualifier de concubin me faisait passer pour un concubin gâté et immature ? J’avais quand même des qualités ! Et le titre de Roi de l’Humanité, ça ressemblait à un titre de roman de troisième ordre, peut-être ?!
… Un instant. On aurait vraiment dit une scène de roman à l’eau de rose de troisième ordre.
Le héros était le souverain absolu d’une nation. Son visage semblait sculpté dans le marbre, et il n’arborait jamais qu’une expression glaciale. En tête du classement des combattants, c’était un souverain à la poigne de fer qui gouvernait les masses par la peur.
À l’inverse, l’héroïne venait d’un milieu ordinaire et avait un visage banal. Elle menait une vie modeste et appliquée, sans rien dont elle puisse se vanter, comme si elle avait été conçue à partir du mot « ordinaire » ; pourtant, elle possédait un don particulier : comprendre les autres.
Même le héros, qui n’avait jamais craint quoi que ce soit au monde, n’y échappait pas. L’héroïne ordinaire comprenait ce héros extraordinaire, et un jour, sans qu’il s’en rende compte, son cœur se mit à battre…
… Si l’on inversait les genres, c’était moi, non ? Je me demandais pourquoi les regards des vampires me semblaient étranges. Ils méprisaient cet humain irréfléchi. L’émotion était si faible que je ne l’avais remarquée que tardivement !
« La Progenitrice garde un concubin en cette période. On dit qu’un pays décline quand l’attention se concentre autour d’un concubin. Je n’aurais jamais cru que le Duché en arriverait là. »
« Malgré tout, inutile de le faire remarquer. Je ne souhaite pas offenser la Progenitrice. »
« Cela aussi passera. Mais, plus important… »
Les vampires n’étaient pas des êtres émotifs. Même en assistant aux échanges entre la Progenitrice et son concubin, ils enfouissaient silencieusement leurs véritables pensées au fond d’eux-mêmes et abordaient un autre sujet.
« Si cela ne vous offense pas, pouvons-nous prendre soin du Destrier de sang Rallion ? »
« Vous prenez soin de Rallion comme s’il était votre propre Aîné. Soit. Faites comme bon vous semble. »
« Votre grâce est infinie, Progenitrice. »
La lignée qui avait fini de présenter ses salutations se retira lentement. Il était vrai qu’elle appréciait particulièrement Rallion. Mais ce n’était pas tout.
« Je ne sens pas la pression de mon sang qui se fait aspirer. La Progenitrice a-t-elle réellement perdu ses pouvoirs ? »
« Notre Aîné dort. Nous ne pouvons rien décider… »
« Si les rumeurs sont vraies, il faut réveiller le seigneur Lahan, même si cela risque de l’offenser. »
« Non. Ne serait-il pas plus fidèle de les laisser dormir et d’observer la suite des événements ? Il n’y a aucune chance qu’une rébellion éclate pour l’instant, et le noble seigneur Lahan ne risque pas de subir le moindre déshonneur. »
Les rumeurs s’étaient déjà répandues partout. Les vampires dont les Aînés ne s’étaient pas réveillés choisissaient-ils d’attendre pour voir comment les choses tourneraient ? Si c’était le cas, c’était rassurant.
Les choses semblaient aller vite, mais l’humanisation de Tyr progressait bien plus rapidement encore. Aujourd’hui, elle m’avait demandé de me tenir à ses côtés sans raison particulière, puis avait un peu étalé son autorité. Elle m’avait présenté aux vampires venus la saluer. Pendant qu’elle me présentait, elle m’insultait parfois comme si elle cherchait à me dompter.
… Vu sous cet angle, elle ressemblait vraiment au héros d’un roman qui étalait son autorité.
Alors, qu’étais-je censé faire dans ces moments-là ?
« Il y a donc autant de vampires ? Je me rends vraiment compte que Tyr est la souveraine de ce pays. Rien que recevoir les salutations de tout le monde pourrait prendre la journée entière. »
« Tu ne t’en étais donc pas rendu compte jusqu’à présent. Garde-le en mémoire à partir de maintenant. »
« Oui. C’était le dernier groupe, n’est-ce pas ? On dirait que la plupart des Ains dont les Aînés sont absents sont déjà venus. »
Alors que je parlais en les comptant, Tyr, assise sur son cercueil, releva lentement la tête.
Il n’y avait pas de trône dans la salle du Château de la Pleine Lune. À la place, Tyr s’appuyait sur son cercueil noir, son trône. Elle se renversa contre ce siège de pouvoir d’où jaillissaient sans fin les ténèbres et l’énergie sanguine.
« Sais-tu qui sont les Aînés ? »
« Bien sûr. On parle d’eux dans les livres d’histoire. »
Les Aînés que j’avais rencontrés jusqu’ici avaient vécu aux côtés de l’Histoire elle-même. Ils étaient si célèbres qu’il était plus difficile de ne pas les connaître. Sans compter les cinq que j’avais rencontrés en personne, celui qui était mort et la bête.
« Meurie, de la Lune sombre. Le seigneur Du Lahan, le Chevalier Noir. Rahu Khan, le Guetteur. Sœur Yegcheriya, la Nonne déchue. L’Aîné Bakuta, la Sangsue. Ils sont tous populaires parce qu’ils ont chacun des titres impressionnants et célèbres. »
« Populaires ? L’influence du Sanctuaire devait être considérable au moment où l’Histoire a été consignée. »
« Je suppose qu’ils n’y comprenaient pas grand-chose, eux non plus. Peu importe à quel point on dépeint quelqu’un comme un être malfaisant ou qu’on insiste sur ses méfaits, il a l’air classe aux yeux de ceux qui étudient son histoire. Les gens sont naturellement plus attirés par les méchants intéressants que par les gentils ennuyeux. »
Rien de tel que de dire du mal de quelqu’un ensemble pour remonter le moral. Même mon stratagème puéril fonctionna avec Tyr. Elle esquissa un sourire et murmura :
« C’est vrai. Moi aussi, j’ai fini par m’attacher à quelqu’un d’aussi étourdi. »
« Pardon ? »
« … Ce n’est rien. »
Je fis comme si je n’avais pas entendu Tyr et changeai de sujet.
« Seules les lignées de ces Aînés sont venues jusqu’ici. Les autres Aînés ne viendront pas cette fois, n’est-ce pas ? »
« Exact. La plupart doivent dormir quelque part. »
« Dommage. J’aurais aimé les voir au moins une fois. »
Il aurait été intéressant de lire les pensées d’Aînés aussi anciens. Leurs techniques auraient même pu aider Tyr. Je laissai échapper ces mots avec un petit regret, et Tyr hocha la tête avant de se lever.
« Katalina. Je vais convoquer les Aînés. Réveille-les tous et amène-les devant moi. »
Quoi ? Elle allait convoquer les Aînés ? Je doutai de mes oreilles, mais la suivante accepta tranquillement l’ordre de Tyr.
« Pour quand doivent-ils arriver ? »
« Dès qu’ils l’apprendront. Le plus vite possible. »
« J’obéirai, Progenitrice. »
« Attends, attends, attends ! »
Quand je l’interrompis précipitamment, Tyr tourna les yeux vers moi. Je l’arrêtai avant que la situation ne devienne encore plus irréversible.
« Attends un peu, Tyr ! Qu’est-ce que tu fais ? »
« Qu’y a-t-il ? J’allais convoquer tous les Aînés au château, comme tu l’as demandé. »
« Les Aînés qui dorment ? Pourquoi tout à coup ? »
« N’as-tu pas dit que tu voulais les voir ? »
Tyr répondit comme si réveiller tous les Aînés endormis et les convoquer ne représentait rien de bien compliqué.
« Je les ai laissés tranquilles parce qu’il n’y avait aucune raison de les appeler. Si une raison se présente, je ne vois pas pourquoi je refuserais. »
« Et cette raison de les convoquer, c’est… ? »
Pour un vampire, ses thralls n’étaient pas différents de ses propres membres. Même après avoir retrouvé son cœur, Tyr n’avait pas changé sur ce point. Un humain ordinaire comme moi considérait les Aînés comme des êtres extraordinaires, mais pour Tyr, la Progenitrice, ils étaient des membres dont elle pouvait se servir quand bon lui semblait.
« N’as-tu pas dit que tu voulais les voir ? »
Tout ça parce que son concubin le voulait.
Ouah. Elle allait tous les réunir parce que son concubin avait dit une seule chose ? Le pays pourrait s’en sortir, mais moi, j’étais fichu. On allait me reprocher de vouloir manipuler à ma guise les treize Aînés qui gouvernaient le pays ! Je refusai fermement la proposition de Tyr.
« J’apprécie l’intention, mais ça va ! Ce n’est pas désagréable de réveiller quelqu’un qui dort ? Laissons tranquilles ceux qui dorment bien ! »
« Les réveiller ne ferait pas grande différence. Pour les vampires, le sommeil éternel n’est qu’un moyen de passer ces longues années. Ah, il y a aussi l’importante affaire de Luscinia. Les convoquer pourrait donc s’avérer utile. »
« Non, ça va. Le château est petit, en plus. Je te le ferai savoir plus tard. »
« Le château a assez de place pour accueillir tous les vampires. »
« N’en faisons rien ! C’est la maison où Tyr et moi vivons ensemble ; ce serait désagréable si elle devenait bruyante. Il nous faut un peu d’intimité ! »
La maison où nous vivions ensemble. Ces mots firent réagir Tyr. Jusqu’ici, les thralls n’avaient été que des membres de son corps. De même que personne ne demande à ses mains et à ses pieds de respecter son intimité, Tyr ne s’était guère souciée d’eux… mais après avoir perdu le contrôle et retrouvé ses sens du monde extérieur, elle imagina les Aînés s’installant ici et éprouva une légère réticence.
« H-Hmm. Dans ce cas ? Le reflux nocturne va bientôt commencer, et la présence des Aînés serait également encombrante. »
« C’est ça, non ? »
« Je comprends ce que tu souhaites, alors je vais annuler… Attends. »
Tyr, qui s’apprêtait à rappeler la suivante pour corriger son ordre, pencha la tête et me demanda :
« Mais as-tu vraiment besoin de préserver ton intimité ? Qu’est-ce que tu comptes faire, au juste ? »
« Dans ce cas, on va s’en créer, de l’intimité. »
Qu’y avait-il de compliqué là-dedans ?
« Comment ? »
« Il n’y a plus personne à rencontrer, n’est-ce pas ? »
« C’est vrai, mais… »
« Parfait. Plus on a de temps, mieux c’est. »
Ce n’était ni difficile, ni quelque chose à ne pas faire. Je m’étais retenu uniquement parce que je tenais à respecter le souhait de Tyr. J’avais pris du recul pour lui laisser découvrir les sensations et changer.
Vu le temps qu’elle avait vécu, je m’étais dit que je pourrais attendre encore un peu… mais ça suffisait.
Je m’approchai de Tyr. Elle s’était déjà habituée à moi et ne réagit presque pas lorsque je fus assez près pour la toucher. Elle se contenta de m’observer en silence, curieuse de savoir ce que j’allais faire.
Tyr était têtue et, dans ce genre de situation, elle voulait qu’on prenne les devants. Dans ce cas, j’allais lui donner ce qu’elle désirait. Même si je devais m’y prendre un peu brusquement.
Je passai un bras dans le dos de Tyr et l’autre sous ses jambes, puis la soulevai. Tyr, qui m’avait observé sans résister, comprit qu’elle se trouvait à présent dans mes bras.
Comme une princesse.
Même la plus grande des vampires en aurait été décontenancée. Tyr, qui avait retrouvé son cœur, le fut d’autant plus. Elle joignit les mains et ouvrit de grands yeux. Ses yeux rouges tremblèrent.
« Hein ? Hyu ? »
Elle était plus légère que je ne l’aurais cru. Un humain ordinaire pouvait soulever une fille de son poids. Je la gardai dans mes bras et pris la parole.
« Mademoiselle Katalina. Le programme est terminé, n’est-ce pas ? Dites à tout le monde de ne pas nous chercher pendant un moment. »
Bien que ses pensées intérieures hurlassent de stupeur, l’autre était une vampire. La suivante nommée Katalina ne laissa paraître ni sa confusion ni son étonnement et s’inclina.
« Je m’en charge. »
« Merci. Annulez l’ordre de convoquer les Aînés. Ça ira, maintenant. »
Après avoir laissé ces quelques mots derrière moi, je quittai la salle. Katalina se demandait déjà comment expliquer cette scène et si elle pouvait en parler à qui que ce soit, mais ce n’était pas mon problème.
« Hyu, c’est… Euh… »
« Allez, Tyr. On y va. »
On aurait dit que le rétablissement de la moitié de ses sens ne suffisait pas à Tyr.
C’était comme ça que fonctionnait le corps humain. Tout le corps était relié ; même si je m’étais bien débrouillé, elle ressentait toujours un manque instinctif. Tyr se montrait sans cesse en demande parce que ses émotions étaient revenues… cela en faisait partie, mais il était fort possible qu’elle éprouve un malaise dont elle n’avait même pas conscience.
Je baissai les yeux vers Tyr, qui reposait maladroitement dans mes bras, les mains fermement jointes, et déclarai :
« Pour nous créer un peu d’intimité. »
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