Chapitre 427
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 427 : Le diagnostic aux médecins, les soins aux infirmières
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Quand je la revis après tout ce temps, elle portait un uniforme d’infirmière qui ne m’était pas familier. Elle m’avait dit qu’elle était actrice ; avait-elle donc adopté le port de costumes comme passe-temps ? J’examinai Hilde de la tête aux pieds.
« Qu’est-ce que tu fais ici en uniforme d’infirmière ? Tu as trouvé un travail ? »
« Je démissionne bientôt. On ne me paie pas et on me fait trimer comme une esclave. C’est seulement l’uniforme que j’aime bien. S’il n’était pas aussi joli, je me serais enfuie hier soir. »
Hilde grommela, mécontente, puis sembla se souvenir de quelque chose. Avec un sourire malicieux, elle tapota son uniforme.
« Qu’en pensez-vous, Père ? De “moi” en uniforme d’infirmière ? »
« Les vêtements font l’homme. »
« Vous voulez dire que je suis jolie ? Hé hé ! Qu’est-ce qui vous prend ? Vous me faites un compliment, pour de vrai ? »
« Je faisais un compliment aux vêtements. »
Cette tenue n’était-elle pas trop belle pour n’être portée que par des gens qui s’occupaient des malades ? Non, je devais voir les choses dans l’autre sens. Cette tenue existait parce que les personnes qui soignaient les malades en avaient besoin ; je devais donc être reconnaissant pour la beauté de leur cœur.
Pas celui de la personne en face de moi, évidemment. Je demandai à Hilde :
« Quelles informations es-tu venue récolter ici ? »
« Chut. Allons d’abord quelque part où il n’y a personne. Mets ça, pour l’instant. »
Hilde m’enroula grossièrement des bandages autour de la tête et du corps. En un instant, elle fit de moi un patient, me conduisit dans une chambre d’hôpital vide et referma la porte. Puis elle glissa une feuille de papier dans l’interstice, sous celle-ci. Une fois son piège de fortune installé, Hilde s’éloigna vers le fond de la pièce et prit la parole.
« Alors, Père est bel et bien venu. »
« Bel et bien ? On dirait que tu as découvert quelque chose. »
« Ne faites pas semblant de ne pas savoir. Vous le saviez depuis le début, n’est-ce pas ? »
Hilde me lança un regard réprobateur, croisa les bras et poursuivit :
« L’emprise de Tyrkanzyaka s’est affaiblie. »
« Ah. Parce qu’elle a été absente pendant trois cents ans ? »
« Ça a dû jouer, mais il semblerait que ce soit aussi son “emprise” à proprement parler qui ait faibli, pas seulement son pouvoir politique. Tyrkanzyaka était le cœur et le cerveau du Duché, et chaque vampire qu’elle avait créé n’était qu’un de ses membres. Une rébellion aurait dû être impossible dès le départ… »
Elle m’avait dit qu’elle avait autrefois appartenu au Corps de l’Épée sacrée, non ? C’était sans doute pour ça qu’elle en savait autant sur les vampires. Au moins, elle ne s’était pas promenée sans savoir quoi chercher.
Hilde me révéla la découverte la plus importante qu’elle avait faite.
« Les vampires préparent une rébellion. Les thralls des Anciens morts sont les plus actifs, mais… ils ne sont pas les seuls. »
« On dirait que tu as trouvé des preuves. »
« Tyrkanzyaka a tué un membre de la lignée de Luscinia. Mais, en mourant, il aurait laissé un message, ou quelque chose du genre. Après l’avoir entendu, les autres de sa lignée se sont mis en mouvement. Je ne sais pas exactement de quoi il s’agissait, par contre… »
« C’était probablement ça : “Même la Progenitrice a rejeté ses chaînes.” J’étais là, j’en suis sûr. »
« Argh. Alors la pire hypothèse s’est vérifiée. La Progenitrice a perdu une partie de son influence. Celle qui fait d’elle la Progenitrice. Et… »
Hilde me poussa tout naturellement contre le mur. Mon dos heurta la paroi dans un bruit sourd et elle se rapprocha, le regard sévère, pour m’interroger.
« C’est vous qui avez fait ça, Père, n’est-ce pas ? »
Je fis aussitôt l’innocent.
« Moi ? Quoi donc ? Comment ça ? »
« Ne faites pas l’innocent. D’après certains rapports, les thralls de la Progenitrice semblaient plus faibles que ne le rapportaient les archives. Yuel ne voyait pas grand-chose dans l’obscurité, alors elle n’a pas pu obtenir de données fiables, mais… si l’anomalie de Tyrkanzyaka a commencé avant qu’elle ne sorte de l’Abîme, alors c’est soit Monsieur Shei, soit Père qui a fait quelque chose. »
« C’est Monsieur Shei qui l’a fait. »
« Si Tyrkanzyaka avait suivi Monsieur Shei, je vous aurais cru. Ne me forcez pas à manquer à mon devoir filial, Père. »
Une puissance écrasante pouvait pousser quelqu’un à avouer la vérité, même sans lecture des pensées.
Je n’y pouvais rien. Plus les faits se faisaient jour, plus il devenait difficile de mentir. J’avouai sans rechigner.
« C’était un effet secondaire. Je ne voulais pas que les pouvoirs de Tyr s’affaiblissent. Je n’ai fait qu’exaucer son souhait. »
« Qu’est-ce que vous avez fait ? »
« J’ai rendu à Tyr le cœur qu’elle avait de son vivant. »
« Quoi ? Le cœur de quelqu’un d’autre, et celui de la Progenitrice des vampires, en plus ? Comment ? Le dilemme… C’était aussi un pouvoir du Roi de l’Humanité ? »
« Probablement. »
« Alors ça veut dire que la Progenitrice des vampires a été ressuscitée. »
Hilde essaya un instant de se représenter la situation, puis fronça les sourcils. Même quelqu’un qui avait veillé sur les ténèbres de l’État militaire aurait eu du mal à saisir toute la situation dans un pays étranger où elle ne connaissait personne.
« Même “moi”, je n’arrive pas du tout à prédire ce qui va se passer ensuite~. Où est-ce que cette situation nous mène, au juste ? Enfin, une chose est sûre : une immense tempête de sang va bientôt s’abattre sur nous, et “nous” avons deux choix. Le premier, c’est de fuir sur-le-champ. Le second, c’est… »
Hilde poussa un long soupir contrarié.
« De combattre aux côtés de la Progenitrice. Nous la prévenons de la rébellion par un moyen ou un autre, nous rassemblons les alliés de Tyrkanzyaka et nous écrasons les rebelles. Le premier choix est sûr, mais nous n’y gagnerons rien. Le second est dangereux, mais nous pouvons tirer beaucoup du Duché. »
« On est en plein dans les intrigues de palais. »
« Père, vous êtes la concubine d’une beauté renversante qui a provoqué cette fracture~. “Moi”, je serais la servante qui se démène en coulisses pour servir sa maîtresse arrogante~. »
« Quelle servante abandonne sa maîtresse pour aller se promener ? »
« Le rôle d’une servante, c’est de faire le travail d’une dame qui a du mal à se déplacer. Enfin, Père. Allez-vous fuir ou rester ? »
« Je ne peux pas fuir quelque chose que j’ai provoqué. »
Même si je partais, je devais rester jusqu’au bout pour voir comment tout cela finirait. Après tout, c’était moi qui avais semé toutes ces graines. Je le déclarai avec une ferme résolution, mais Hilde l’interpréta un peu différemment et hocha la tête.
« C’est vrai. Nous devons l’emporter ici pour tout gagner. Si nous fuyons, que les rebelles ou la Progenitrice l’emportent, aucun des deux camps ne verra “nous” d’un bon œil. »
« Hilde, donne-toi à fond. Je compte sur toi. »
« Père aussi doit travailler ! C’est pour votre chère Tyrkanzyaka, pour l’État militaire qui finira par vous appartenir, et pour “moi” comme pour vous ! Si la Progenitrice perd, les rebelles exécuteront d’abord la concubine qui a plongé le pays dans le chaos, puis sa servante ! »
« Très bien. Je vais d’abord prévenir Tyr pour qu’elle étouffe la rébellion dans l’œuf, c’est ça ? Ça ressemble à une tâche qui convient à une concubine. »
« La séduction, c’est votre spécialité, Père. Je vous laisse les petits mots d’amour au lit~. »
Hé. Quelqu’un pourrait mal comprendre s’il entendait ça.
« Quels petits mots d’amour ? Tu essaies sans arrêt de me faire passer pour un obsédé des femmes, mais ce n’est pas le cas. Ce serait moins injuste si c’était vrai. »
« Quoi ? Ce n’est pas le cas ? Pourtant, vous ne voyagez qu’avec des femmes vampires~ ? »
« Le Duc du Sang écarlate me les a confiées de son propre chef. Et puis, les vampires n’ont pas de sensations, alors ce que tu imagines ne s’est jamais produit. »
Les choses avaient changé depuis que je leur avais directement gravé des sensations, mais Hilde n’avait aucun moyen de savoir ce qui se passait au dernier étage du Château de la Pleine Lune. Elle me regarda avec compassion.
« Ah bon~ ? Quel dommage. Tyrkanzyaka a beau être célèbre pour être un vampire, elle l’est aussi pour sa beauté. Même en tant que sa concubine, Père ne peut profiter d’aucun des avantages… Ah ! »
Hilde se couvrit soudain le visage avec la planche de bois qu’elle portait. Un instant plus tard, elle l’abaissa et « Tyr » se tenait là, le sourire malicieux. Hilde s’approcha, affichant une expression que Tyr n’aurait jamais eue, me tapota la poitrine et murmura :
« Si vous en avez envie, dites-le-moi quand vous voulez. “Moi”, je peux imiter le corps et le visage de Tyrkanzyaka tout en restant parfaitement vivante. Au lieu d’une Progenitrice magnifique mais insensible, je m’occuperai de Père quand la frustration le gagnera~. »
Pourquoi s’obstinait-elle à essayer de me faire passer pour ce genre de type ? Alors que j’allais protester contre les calomnies de Hilde, je m’arrêtai pour y réfléchir.
… À bien y penser, je n’y perdrais peut-être pas au change.
« Merci pour l’offre. J’en ferai bon usage plus tard. »
« … Quoi ? »
« Malheureusement, je devrai recevoir les soins de l’infirmière plus tard. Je ne suis moi-même sorti qu’un instant. »
Je désignai la feuille de papier que Hilde avait glissée sous la porte. Chargée d’énergie, elle tremblait au moindre frémissement. Quelqu’un s’approchait de la chambre.
Hilde le remarqua également et se prépara à partir. Elle se couvrit de nouveau le visage avec la planche de bois, reprit ses traits, puis l’abaissa légèrement pour se cacher la bouche en parlant.
« Au cas où, évitez de contrarier la Progenitrice, d’accord ? Vous pourriez gagner le pari et tout perdre quand même. »
« La contrarier ? Comment ça ? »
« En flirtant avec d’autres femmes, comme vous venez de le faire. Je garde ça pour moi parce que c’est “moi”. Si Tyrkanzyaka a vraiment retrouvé son cœur, comme le dit la rumeur, la rendre jalouse pourrait aussi vous mettre en danger, Père. »
« C’est toi qui as commencé, et maintenant tu exiges que je reste chaste. »
« Mettez ça sur le compte du destin d’une concubine. Je m’en vais. »
Après cet étrange avertissement, Hilde enjamba le rebord de la fenêtre et disparut. Sa technique de furtivité était si silencieuse qu’elle s’éclipsa comme un serpent rampant le long d’un mur. À peine Hilde eut-elle quitté la chambre que la porte s’ouvrit et que la feuille de papier glissée dans l’interstice tomba en voletant.
Le comte Erte jeta un regard curieux à la feuille tombée de nulle part, puis m’aperçut dans la chambre et s’approcha.
« C’est terminé. Je vous prie de m’excuser de vous avoir inquiété. Les Ain qui perdent leur Ancien ont tendance à devenir violents, comme des chevaux dont on aurait coupé les rênes. »
« Tant que Rutrik est mort, ça me va. Je m’en fiche. »
« … Si c’est ce que souhaite la concubine, j’en suis soulagée. Cependant, la mort d’un Ain est une affaire qui exige beaucoup d’attention dans le Duché. Pourquoi ne pas retourner d’abord au Château de la Pleine Lune ? Vous pourrez informer la Progenitrice et veiller à votre sécurité. Vous serez en sûreté au Château de la Pleine Lune. Pendant ce temps, je ferai mon rapport au Duc du Sang écarlate et réglerai les suites de la trahison de Rutrik. »
Ça ressemblait à ce que Hilde m’avait dit. Me mettre sous la protection de Tyr et me préparer à la suite. Hmm, c’était certainement raisonnable, mais…
« Attendez. Si je raconte à Tyr ce qui vient de se passer, elle va m’assigner des gardes, pas vrai ? »
« Bien entendu. »
« Et je ne pourrai plus sortir aussi facilement. Il y aura des gardes avec moi chaque fois que je sortirai. »
« Ce sera le cas, mais seulement pendant quelque temps. »
« J’en ai assez des “quelque temps” des vampires. Ça veut dire combien de temps, au juste ? Un mois ? Un an ? »
« Au moins jusqu’au reflux de la marée nocturne… »
« Quoi ? C’est beaucoup trop long ! »
Le comte Erte cligna des yeux en entendant ma plainte. Comme elle restait là, sans voix, je fis une suggestion du genre de celles qu’aurait faites une jeune noble écervelée.
« Gardons ça secret pour Tyr. Comme si je n’avais jamais été attaqué ici. »
« Pourquoi le ferions-nous ? Il n’y a aucune raison de cacher cela à la Progenitrice. Votre sécurité est ce qui lui importe le plus ; si elle l’apprend, elle prendra les mesures qui s’imposent. »
« Mais je ne peux pas rester enfermé dans ce château tout ce temps, si ? Même quand je sortirai, je vais étouffer si des gardes me collent aux basques. Ce ne serait pas mieux de lui cacher l’incident ? Tyr a déjà beaucoup à faire, elle n’a pas besoin de s’inquiéter pour une broutille pareille ! »
Waouh. Je venais de parler exactement comme une jeune noble écervelée. Le comte Erte sembla partager cet avis et me regarda de nouveau.
Avec moins de bienveillance.
« Je vous prie d’y réfléchir à nouveau. C’est… »
« Comte Erte, vous aussi, vous devriez y réfléchir. Je suis la concubine de Tyr. Qui comprend le mieux les sentiments de Tyr ? Moi. Alors ne devrions-nous pas décider des affaires qui la concernent comme je le souhaite ? Et puis, le Duc du Sang écarlate vous a chargée de veiller sur moi, n’est-ce pas ? »
Dès que j’invoquai les ordres du Duc du Sang écarlate, le comte Erte n’eut d’autre choix que de se plier à ma volonté. Elle parla comme si elle venait d’atteindre l’illumination.
« … Très bien. Mais chaque fois que vous sortirez, vous devrez m’emmener avec vous. »
« Son comportement semblait soudain, mais je pensais qu’il agissait avec assurance. À le voir maintenant, peut-être n’a-t-il tout simplement aucun instinct de survie ? C’est inquiétant. Contrairement aux vampires, les humains meurent beaucoup trop facilement. Comment suis-je censée le protéger ? S’il y a deux Ain ou plus, même moi, j’aurais du mal… »
C’était une vampire qui avait connu son lot d’épreuves. Elle savait que les humains ne faisaient pas toujours des choix judicieux. Le comte Erte avait commencé à me prendre pour un enfant écervelé.
« On pourrait visiter un peu plus l’hôpital ? C’est intéressant. »
« Il y a eu un combat ici il y a quelques instants à peine… Non. Faites comme bon vous semble. »
« On dit qu’un pays sombre dans le désordre quand une concubine gagne en influence. Qui aurait cru que cela se produirait exactement comme on l’avait prédit, dans le Duché ? »
Les inquiétudes de la fidèle servante ne faisaient que s’accroître à mesure que les ténèbres s’épaississaient sur le Duché.
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