Chapitre 421
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Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
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Chapitre 421 : Ancien, Ain, Yeiling et humain - 8
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Ma suggestion de cacher Finlay était tombée à l’eau. Valdamir m’installa en face de lui, posa le menton dans sa main et réfléchit à la situation.
« Finlay. »
« Vous connaissez Finlay ? »
« Oui. »
« Ah, quelle question idiote. Il doit être l’un des thralls du Duc du Sang écarlate. »
Debout aux côtés de Valdamir, le comte Erte prit la parole comme pour me corriger.
« Ce n’est pas parce qu’il est un thrall. Son Altesse est exceptionnelle. Elle connaît les détails personnels de tous les vampires qui existent : les Anciens, les Ains, les Yeilings. Elle sait même combien de Twits chaque Yeiling commande. »
Vraiment ? À ce point-là ?
Le Duc du Sang écarlate ne le nia pas. Au lieu de cela, après un long moment de réflexion, il prit la parole.
« Erte. »
« Oui, Votre Altesse. »
Le comte Erte baissa la tête. Valdamir la fixa et marmonna d’un ton glacial :
« Arrache ton cœur. »
Quoi ? L’arracher ?
Je m’interrogeais encore sur ce que je venais d’entendre lorsque le comte Erte, sans la moindre hésitation, leva la main et se l’enfonça dans la poitrine. Le temps que je reprenne mes esprits, elle avait déjà écarté le flot de sang et retiré son propre cœur, sans pousser un cri.
Paniqué, je demandai :
« Q-Qu’est-ce que c’est que ça ? Pourquoi vous vous arrachez le cœur tout à coup ? »
Bien qu’il eût ordonné à sa fidèle subordonnée de se tuer, Valdamir ne laissait transparaître aucune émotion. Face à cela, un humain n’aurait pas éprouvé plus de regrets qu’en se coupant un ongle pour le jeter.
« Comme tu l’as dit, mieux vaut dissimuler le manque de respect de Finlay envers la Progenitrice. Pour faire taire un vampire à coup sûr, il suffit de l’anéantir. »
« Quoi ? C’est Finlay, le Yeiling, qui l’a fait, pas le comte Erte ! »
« Cela ne change pas grand-chose. Si un maître ne peut être tenu responsable des méfaits de son thrall, il suffira désormais de créer des thralls pour les envoyer commettre des crimes. »
« Mais tu es aussi le maître du comte Erte ! Tu lui fais porter le chapeau ? »
Même lorsque je cherchai la confrontation, Valdamir répondit avec calme :
« Finlay ne l’a-t-il pas dit ? Que, quelle que soit ma volonté, il fallait l’ordre de la Progenitrice pour déclencher une guerre. Qu’on ne pouvait rien décider avant son retour. »
« Comment tu sais ça ? »
« Parce que je l’ai dit à Erte. »
Valdamir voulait la guerre, ou du moins une action d’ampleur comparable. Pourtant, cette nation appartenait à la Progenitrice. Sans sa permission, il ne pouvait pas lancer une opération nationale.
« Finlay a mal compris ce qu’Erte lui avait dit. Réveiller la Progenitrice endormie et la contraindre à agir… Depuis quand les vampires ont-ils le droit de troubler son sommeil ? »
Finlay, en résonance avec les émotions de son maître, entendit ces paroles et décida de réveiller la Progenitrice. Il entreprit ce long voyage, convaincu d’agir par loyauté envers Erte et, au-delà d’elle, envers Valdamir.
Et maintenant, il allait aussi exécuter l’Ain, au nom de la responsabilité collective.
« C’est ton bras droit ! »
« C’est mon bras droit, alors c’est à moi de le trancher. »
La force vitale du comte Erte s’amenuisait peu à peu tandis qu’elle suffoquait. Une Ain de son calibre pouvait faire circuler son sang même sans cœur, mais Valdamir, son maître, l’empêchait de se régénérer. Une maigre trace d’art du sang la maintenait en vie, mais elle ne survivrait pas sans la clémence de Valdamir.
Face à cette scène glaçante, je ne pus que rester bouche bée.
« Alors, l’immortalité des vampires, c’est de l’histoire ancienne. Combien sont morts, ces derniers temps ? »
« Les choses se sont déroulées comme tu le souhaitais. »
« Quoi ? Tu me fais porter le chapeau, maintenant ? Finlay s’est pratiquement tué lui-même, et toi, tu as tué le comte Erte. »
« Il y a aussi eu Jazra, l’Ain de Luscinia. Celui qui est venu te voir pendant que tu escortais la Progenitrice en sortie et qui est mort. »
« Je ne les ai pas tués. C’est Cabilah ! Je ne peux même pas tuer des vampires, à la base ! »
Ils essayaient maintenant de me coller leurs crimes sur le dos. Certes, j’en avais commis, mais ce n’était pas une raison pour endosser ceux des autres. Un casier judiciaire, ça s’alourdit vite !
Valdamir me dévisagea. C’était la première fois qu’un dirigeant de nation — non, qu’un administrateur — essayait de me piéger, et une sueur froide me coula dans le dos. Mais enfin, qui étais-je ? Le concubin de la Progenitrice. Un homme favorisé par le dieu de ce pays, au-dessus des lois. Valdamir avait beau vouloir m’enterrer, il n’en avait pas le pouvoir. Je devais garder la tête haute.
« Tu ne voulais pas les tuer ? Pourtant, ils sont morts après s’être poussés trop loin. »
« Comment veux-tu empêcher les gens de se suicider ? »
Valdamir, qui me fixait depuis un moment, baissa soudain la tête.
« Roi de l’Humanité, je te remercie d’avoir restauré le cœur de la Progenitrice. Je ne pensais pas qu’un humain, plutôt qu’un vampire, exaucerait son vœu le plus cher… mais si c’est le Roi de l’Humanité, je peux le comprendre. »
« Hein ? Si tu me remercies comme ça, je ne peux que te répondre : de rien. »
« Mais si tu es vraiment le Roi de l’Humanité, tu dois représenter “tous les humains”. »
Son regard froid et acéré me transperça. Une véritable sueur froide me coula dans le dos.
Je devais bien l’admettre. Je n’avais pas lu les pensées de Valdamir très en profondeur.
Les souvenirs d’un vampire étaient trop vastes et trop complexes pour être lus facilement. Imaginez passer de souvenirs couvrant tout au plus cinquante ans à d’autres qui s’étendaient sur un millénaire. Même le lecteur le plus vorace serait débordé par des piles de livres de vingt ou trente tomes chacun. Et ce serait encore pire s’il fallait en lire plusieurs à la fois.
C’était pour cette raison que je rendais visite aux Anciens un par un, afin de lire leurs pensées comme il se devait…
Mais il m’avait devancé.
C’est lui qui m’avait trouvé le premier.
« Pour toi, Roi de l’Humanité, les Ains et les Yeilings sont-ils aussi des humains ? »
Je ne pouvais pas mentir. En tant que Roi de l’Humanité, j’avais le devoir de les représenter. Je répondis sans hésiter :
« Bien sûr. »
« Alors, pour toi, la Progenitrice et Finlay sont égaux. Comme la Progenitrice et tous les autres vampires. »
Le Roi de l’Humanité ne prenait le parti de personne.
C’étaient les derniers mots qu’avait laissés la Vierge d’Acier avant de partir. Valdamir les avait pris plus à cœur que quiconque. Non, ce n’était pas tout à fait exact. Même si la Vierge d’Acier n’avait rien dit, il aurait enquêté sur moi.
Valdamir voulait simplement me comprendre. C’est seulement alors qu’il pourrait décider si j’étais dangereux ou inoffensif.
Je répondrais sincèrement à ses questions. En toute honnêteté.
« Pas tout à fait. Tyr est un peu différente des autres vampires. »
« Même si elle est humaine, elle aussi ? »
« Être pareils ne signifie pas que nous sommes identiques. Toi et moi, nous sommes humains tous les deux, mais nous sommes différents. »
Une réponse aussi vague ne le satisferait pas. Je repris donc :
« Rends la vie au comte Erte. »
« Quel rapport avec cette conversation ? »
« Tu n’as qu’à voir par toi-même. »
Valdamir acquiesça. À cet instant, la force qui retenait le comte Erte se relâcha. Enfin capable de maîtriser le sang qui l’entourait, elle se hâta de le faire rentrer dans son corps. Une légère touche de couleur reparut sur sa peau livide.
Après avoir rendu la vie au comte Erte, Valdamir me regarda de nouveau, comme pour dire qu’il avait fait ce que je lui avais demandé et qu’il attendait maintenant ma réponse.
Je répondis donc :
« Tu m’as étudié et observé. Puis tu m’as fait venir ici pour discuter avec moi. C’est comme ça que tu as pu apprendre à me connaître. »
Comme je n’ajoutai rien, Valdamir m’encouragea à poursuivre.
« C’est tout naturel. »
« Non. Ça ne l’est peut-être pas, si tu as déjà décidé de ce qu’est un “humain”. »
La lecture des pensées était le seul pouvoir qu’il me restait. La capacité de lire les humains. Je ne savais pas comment le Roi de l’Humanité avait perdu ses pouvoirs au cours de la Première Année, mais je savais pourquoi celui-ci était le seul à avoir subsisté.
Pour représenter les humains, je devais les lire.
« L’entité appelée “humain” doit exister pour que je puisse exister. Le Roi des Bêtes est une entité conceptuelle qui représente les bêtes. Tout comme tu me juges après avoir observé mes actes et discuté avec moi, j’ai besoin de connaître les humains tels qu’ils sont réellement avant de pouvoir les représenter. »
C’était pour cette raison que je n’avais pas eu d’autre choix que d’affronter le Sanctuaire. C’était aussi pour cela que je m’étais précipité au quartier général de l’État militaire après avoir senti l’ombre de la Sainte Vierge.
Le Sanctuaire effacerait l’avenir lui-même afin de supprimer à jamais ce qu’il appelait le péché.
… Enfin, quand j’étais arrivé, l’État militaire s’était révélé un peu différent de ce que j’avais imaginé, alors tout allait bien. La Clairvoyante cherchait les péchés déjà commis au lieu d’empêcher le péché lui-même. Et même ce travail était désormais confié aux officiers des transmissions ; il ne me restait donc qu’à procéder à quelques ajustements.
« Mais les vampires liés à leurs maîtres… ne peuvent pas faire des choix qui vont à l’encontre de leur volonté, n’est-ce pas ? Finlay a accepté tes émotions, est descendu jusqu’au fond de l’Abîme et a tenté de persuader Tyr. Était-ce vraiment sa volonté ? »
Anciens, Ains, Yeilings. Tous étaient humains. Pourtant, la nature vampirique brouillait la frontière de ce qui faisait d’eux des humains. Leur corps comme leur esprit étaient liés à leurs maîtres.
C’était pour cette raison que je devais m’en assurer. Leurs désirs leur appartenaient-ils vraiment ?
« Restaurer son cœur était le souhait de Tyr. C’était aussi ce que je voulais. Ce n’est qu’en brisant le joug du sang que je peux examiner l’“humanité” d’un vampire sans interférence. Pas comme les mains et les pieds de quelqu’un, mais comme un être humain à part entière. »
Tyr était retournée dans le Duché avec son cœur restauré et sans son pouvoir de contrôle. Désormais, les vampires libérés du joug du sang pouvaient agir de façon imprévisible quand bon leur semblait. Non pas qu’ils le feraient, mais ils en étaient capables, et c’était ce qui comptait.
… Ça me rendait aussi la vie un peu plus dangereuse. Mais c’était tout de même bien plus humain, non ? C’était préférable à une nation entière faisant corps avec la Progenitrice, ses vampires obéissant automatiquement à sa volonté.
« Roi de l’Humanité. Une entité qui représente tous les humains… Tu dis que tu braverais le danger pour entendre la voix de l’humanité ? Même si un humain faisait quelque chose qu’il ne pourrait se pardonner et en mourait ? »
Ayant compris ce que je voulais dire, Valdamir marmonna, une lueur singulière dans les yeux.
« Comme l’avait prédit la Sainte Vierge, tu es une existence extrêmement dangereuse. Tu rejettes le système à la racine. Roi des Bêtes… Est-ce pour cela qu’on te qualifie de barbare ? »
« Tu ne vaux pas mieux. Un humain qui veut abandonner une paix stable pour déclencher une guerre traite quelqu’un d’autre de barbare. »
Il parlait comme si ça ne le concernait pas. Pendant que tu essayais de me lire, moi aussi, je te lisais.
Les souvenirs de Valdamir étaient particulièrement difficiles à lire. À la mesure d’un vampire ayant vécu plus de mille ans, ils étaient innombrables. Mais surtout, chaque instant de sa vie avait été bien rempli.
« Duc du Sang écarlate. Le plus noble des Anciens. Le seul vampire dont l’identité et la localisation soient connues. Parce que tu as toujours occupé le trône du Duché du Brouillard. Tu n’es jamais entré en sommeil éternel. Tu as gouverné cette nation en dormant par courtes périodes, comme un humain. »
Il n’était jamais entré en sommeil éternel. Première Épée de la Progenitrice et souverain du Duché du Brouillard, il avait régné pendant mille ans. Il avait vécu chaque instant avec l’intensité de quelqu’un qui pourrait mourir le lendemain, durant une période que les humains pouvaient à peine concevoir. Il s’était entraîné, avait appris, pratiqué, gouverné, réagi. Il avait même combattu l’ennui auquel les vampires immortels finissaient inévitablement par faire face.
En d’autres termes, Valdamir avait mené une vie humaine pendant mille ans. Il ne ressentait aucune émotion, mais avait consciencieusement rempli toutes ces années. C’était aussi pour cela que je n’avais pas réussi à lire ses pensées correctement. Ce livre ne contenait pas la moindre parcelle d’émotion, mais la quantité d’informations qu’il renfermait rendait difficile d’en extraire ce que je cherchais.
Mais à présent que je l’avais rencontré seul et que j’avais lu ses pensées, j’en étais certain.
Ce que Valdamir avait fait.
« Toi aussi, tu ne souhaitais pas le changement ? C’est pour ça que tu as tué Luscinia et fait de Lir Nightingale une Ancienne. Parce que Lir est une humaine capable de briser le joug du sang. »
Le regard de Valdamir se fit encore plus froid.
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